D'une histoire... l'autre ( Pour adultes )

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vendredi 18 mai 2012

Apprentissages ( 6 )

– Qu’est-ce tu lui as fait à ma mère ?
– À ta mère ?! Rien du tout… Pourquoi tu me demandes ça ?
– Parce que… Depuis hier elle arrête pas de me chanter tes louanges… Sur tous les tons… Soi-disant que tu es quelqu’un d’exceptionnel… Que c’est un vrai plaisir de bavarder avec toi… Etc… Etc…
– Oui, oh, je l’ai surtout écoutée…
– C’est de ça dont elle a besoin… Parce qu’on peut pas dire que son Bernard il soit très causant… Et moi… Moi, je suis sa fille… Elle me confie beaucoup de choses, mais certainement pas tout… Alors une oreille extérieure attentive comme ça ça lui fait forcément un bien fou… Même si pour toi c’est pas forcément…
– Oh, non… Non… Je l’aime bien ta mère… Et depuis le temps que je la connais…
– Alors attarde-toi un peu à bavarder comme ça avec elle de temps en temps… Ne fût-ce que cinq minutes… Ça ensoleillera un peu sa journée… Et Dieu sait si elle en a besoin… Parce que sa vie n’est pas très drôle, tu sais…



Chloé m’a pris la main par-dessus la table, m’a souri…
– Je suis contente… Je croyais pas que tu viendrais… Que t’aurais envie de me revoir…
– Hein ? Mais pourquoi ça ?
– Parce que tu devais penser plein de mal de moi…
– Du mal de toi ? V’là autre chose…
– Ben oui, attends ! Un garçon une fille qu’il vient tout juste de la connaître et qui se laisse faire comme ça tout de suite c’est obligé qu’il s’imagine des tas de choses sur elle… Qu’il croie qu’elle est pareille avec tout le monde…
– Je crois rien du tout…
– Mais c’est pas vrai, tu sais… C’est pas souvent que j’ai été avec des types… Presque pas… Presque jamais… Je te raconterai… Tout… Tu verras si je t’ai menti… Parce que… Si ça a été comme ça hier c’est parce que c’était toi… Parce que je me sentais bien… Que rarement je m’étais sentie aussi bien… Alors du coup…
– Mais il est où finalement le problème ? T’avais envie… J’avais envie… Bon, ben voilà...
– Oui, mais…
– Prends les choses dans l’autre sens… Suppose qu’il se soit rien passé hier… Qu’est-ce j’aurais pensé de toi ? Que t’étais une fille bien ? Ou au contraire une grosse coincée avec qui on devait s’emmerder à cent sous de l’heure au lit… Et encore ! À condition d’avoir d’abord réussi à l’y amener… Et sans doute – sûrement – que j’aurais laissé tomber…
– Oui… Alors finalement, si je comprends bien, nous, les filles, quoi qu’on fasse, ça se retourne toujours contre nous, quoi !



– Et vous êtes allés chez elle…
– Évidemment…
– Et ?
– Comme l’autre jour… À peu près… J’ai bien essayé…
– De ?
– De descendre avec ma bouche… Elle m’a ramené par les cheveux, l’air horrifié… «  Non ! Non ! Je t’en supplie, non ! »
– Ça n’en sera que meilleur le jour où elle se laissera faire…
– S’il arrive…
– Bien sûr que oui qu’il arrivera… Et des tas d’autres avec… Tu as bien choisi… Très… Une petite sans expérience… Bourrée de pudeurs et de réticences… Dont il va te falloir patiemment triompher les unes après les autres… C’est une mine une petite comme ça… Je sens que ça va être passionnant… Beaucoup plus que tu ne l’imagines… Tu me raconteras, hein ? Tout… Tu me promets ?
– Évidemment que je te raconterai…
– Initier un type… Lui apprendre mille et mille choses, sur lui, sur la femme, ça a déjà quelque chose de profondément émouvant… Mais alors prendre en mains une petite nana pleine de préjugés et de candeur ça doit être d’un exaltant !
– Rien ne t’empêche de te lancer…
– Parce que tu crois que j’y ai pas pensé ?
– Et si ?
– Chut… Tais-toi ! Peut-être… On verra… Le moment venu on verra…
Et elle est venue se blottir contre moi… Elle était trempée…

mardi 15 mai 2012

Apprentissages ( 5 )

Elle feuilletait distraitement une revue, seule à une table, tout au fond de la salle…
– Bonjour…
– Ah, c’est vous… Vous m’avez fait peur… Bonjour… Alors elle était bonne cette soupe ?
– Délicieuse… Mais beaucoup moins que vous… Et de très loin…
Elle a souri… Elle était flattée… J’ai posé ma main sur le dossier de la chaise en face d’elle…
– Je peux ?
– Franchement je préfère pas… 
– On aurait parlé un peu… Fait connaissance…
– Oui, mais ici il y a mes collègues… Qu’arrêtent pas de rentrer… De sortir…
– Et qui n’auraient rien de plus pressé que d’aller mettre votre petit ami au courant… C’est ça ?
– Oui, alors là il y a pas de risque… J’en ai pas de petit ami… Pas pour le moment… Non… Mais vous les connaissez pas… Si elles nous voient attablés ensemble ça va être toute une traînée de poudre au magasin là-bas… Ça va se faire des films… Inventer des tas de trucs… En raconter des tas d’autres… Me poser dix mille questions… J’ai vraiment pas envie…
– Si bien qu’à cause d’elles je vais être privé du plaisir de discuter un peu avec vous…
– Oh, on peut bien discuter si vous voulez… Mais pas ici…
– Où alors ?
– À « La Taverne » par exemple… Vous voyez où c’est ?
– Ce soir ?
– Je finis à sept heures… Le temps de rentrer me changer…

Elle avait passé une petite robe blanche qui lui allait à ravir… Qui mettait son teint mat magnifiquement en valeur… S’était recoiffée… Remaquillée…
– Vous m’en voulez pas pour tout à l’heure ?
– Bien sûr que non… On sera beaucoup plus tranquilles ici…
– Ce qu’elles peuvent être lourdes quand elles s’y mettent !... Vous avez pas idée…
– J’imagine… Bon, mais parlons de vous plutôt… Je connais même pas votre prénom…
– Chloé… Je suis quelqu’un de très banal, vous savez…
– Que vous dites…
– Si, c’est vrai…



– Et c’est vrai ?
– Oh, non… Non… Alors là non… Qu’est-ce qu’elle est agréable à discuter…
– Qu’à discuter ?
– Pas seulement, non…
– Eh bien raconte !
– Deux bonnes heures on y est restés à « La Taverne »… Et puis on a eu faim… Quand on est sortis du Mac Do pas loin de minuit il était… Je l’ai raccompagnée… Jusqu’en bas de chez elle… Et là… Au moment de la quitter… Je me suis approché… penché… Elle ne s’est pas dérobée… Un long baiser… Interminable… Un autre… Encore… Un sein… Doucement modelé à travers la robe… Sous la robe… Sous le soutien-gorge… Elle a respiré plus vite… S’est pressée contre moi… Décidée d’un coup… «  Viens ! »… Elle m’a pris par la main, on est montés et on a roulé sur son lit…
– Et alors ?
– Ben… tu imagines, je suppose ?
– C’était bien ?
– Oui…
– T’as pas l’air vraiment convaincu…
– Si… Si… Oui…
– Mais ?
– Mais c’était nettement moins bien qu’avec toi…
– En quoi ?
– Je sais pas… C’est tout un ensemble… Elle se laisse faire… Elle aime bien ce que je lui fais… Elle a l’air en tout cas… Je crois pas qu’elle simule… Mais de son côté elle fait rien… Pas une fois elle m’a touché… Pris dans sa main…
– Oh, mais ça viendra… Laisse-lui le temps de s’habituer à toi… D’oser avoir des audaces… Vous vous connaissez à peine… Et puis elle a peut-être pas encore beaucoup d’expérience cette petite… T’es peut-être l’un des tout premiers…
– Pas le premier en tout cas…
– Oui, mais bon… Sois patient… Est-ce que je l’ai pas été avec toi ? Rassure-la… Apprends-lui… Montre-lui… En épousant son rythme à elle… Ça a aussi son charme, tu verras…   

vendredi 11 mai 2012

Apprentissages ( 4 )

– Monsieur ? Ah, mais c’est toi, Luc ! Je t’aurais pas reconnu depuis le temps… Comment tu as changé ! Tu es un homme maintenant… Oh, la la ! Mais c’est vraiment incroyable… J’en reviens pas… Bon, mais tu viens voir Jessica, je suppose… Monte ! Elle est là-haut… Tu connais le chemin…



– Au Super Marché ? Une caissière ? Alors ça y est ? Tu t’es enfin décidé… Tu as bien fait… Parce que j’aurais tenu parole, tu sais… Bon, mais raconte ! C’est qui cette caissière ?
– Une petite brune… Mignonne… À peu près mon âge… Sûrement… Parce qu’elle a le permis…
– Et ?
– Et ma mère m’avait envoyé chercher des patates… Juste ça… Sauf que quand je suis rentré avec mes patates… « Je suis désolée, Luc, mais je viens de m’apercevoir que j’avais plus de carottes non plus… » Et me v’là reparti… À la même caisse… Et la fille en rigolant : « Si c’est pour faire la soupe vous devriez le prendre tout de suite le poireau… Ça vous éviterait de revenir… – Non, mais ça, je crois qu’il y en a des poireaux… » Seulement elle m’avait donné une idée du coup… Et un quart d’heure plus tard je me repointais à sa caisse… Avec deux navets… « Vous, on peut pas dire, vous faites vraiment les courses en décomposé… – Ce qu’est loin d’être désagréable quand on a affaire à une caissière aussi charmante que vous… » Elle a fait celle qui n’avait pas entendu, mais elle souriait à l’intérieur… Ça se voyait… Elle souriait… « Bon, ben peut-être à tout à l’heure… Des fois qu’il y ait plus de sel… » Elle n’a pas répondu…
– Et tu y es retourné ?
– Non… Faut pas que ça devienne lourd non plus…
– Et c’est tout ?
– Oui… Enfin non… Je la revois jeudi… Au café de la paix… Parce que, pendant que je faisais la queue, la dernière fois, avec mes navets, je l’ai entendue se plaindre à sa collègue derrière qu’elle en avait ras le bol de ces horaires à trous… « Tu peux rien faire… Et quand t’habites loin, comme moi, t’as même pas le temps de rentrer chez toi… Alors à part aller t’emmerder au café d’en face… C’est deux heures que j’y passe tous les jeudis après-midi… Deux heures… » Et donc jeudi prochain je passe à l’attaque…
– D’autant que le discours à la collègue, c’était peut-être bien un message dont tu étais le destinataire finalement…
– Oh, tu crois ?
– Va savoir… C’est pas sûr, mais c’est pas impossible… Les femmes, tu sais…
– Auquel cas… c’est carrément dans la poche…
– Oui… Oh, alors ça ! On verra… Faut jamais vendre la peau de l’ours… Jamais…
– Mais quand même ! t’es fière de moi, hein ?
– Je te dirai ça jeudi…



– Entre ! Elle va arriver Jessica… D’un moment à l’autre… Elle est partie faire une course… Assieds-toi ! Tu vas l’attendre… Tu veux un café ? Non ? C’est vrai ? Si tu savais comment j’ai du mal à me persuader que c’est toi… Quand je pense au petit ado mal dans sa peau que tu étais… À qui on arrivait tout juste à extirper trois mots… Qu’un rien désarçonnait… Et maintenant… Tu fais si sûr de toi… Si homme… Si bien dans ta peau… Quelle métamorphose ! Ah, tu dois en avoir des filles à tes pieds… Parce qu’on peut bien dire ce qu’on veut… On adore ça, nous les femmes, nous sentir protégées… Poser la tête sur une épaule et savoir que rien – absolument rien – ne peut nous arriver… La grande erreur de ma vie ça aura été de le plaquer son père à Jessica… C’était un roc ce type… Inébranlable… Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Et tout ça pour quoi ? Pour qui ? Un égoïste qui se soucie de moi comme d’une guigne… Qui vit retranché dans son monde… Tout pourrait bien s’écrouler autour de lui qu’il ne s’en rendrait seulement pas compte… Tu peux pas savoir ce que je l’appréhende le jour où Jessica va quitter la maison… Parce qu’on parle toutes les deux… Quelquefois pendant des heures… On fait des trucs ensemble… Elle ensoleille mes journées… Mais ça n’aura qu’un temps… Et c’est dans l’ordre des choses… Elle s’entend à merveille avec Bastien… Ils ont tout plein de projets tous les deux… Je leur souhaite de tout cœur de les réaliser… Et d’être heureux… Et moi pendant ce temps-là… Mais moi, ça n’a pas d’importance, moi… Aucune importance…
– Oh, mais faut pas dire des choses pareilles ! On sait jamais de quoi demain sera fait… Et c’est souvent au moment où on commence à désespérer que le ciel s’éclaircit et que…
– Oui, oh ! Mais voilà Jessica, tiens ! Vas-y ! Allez travailler tous les deux…

mardi 8 mai 2012

Apprentissages ( 3 )

– Je me permettrai quand même de te faire remarquer que la rentrée universitaire a eu lieu… Ça fait même quinze jours…
– Je sais… Je sais…
– Oui, ben on dirait pas… Parce que… Qu’est-ce qu’il y a de si intéressant à côté ?
– Oh, tout de suite… Mais rien ! Seulement repeindre une maison de fond en comble, ça se fait pas en huit jours, figure-toi ! Sans compter qu’à la cave ça fuit de partout… Et que les circuits électriques tu te demandes comment les Lambert ils se sont pas fait sauter la tête avec…
– T’es grand… T’es majeur… Alors tu prends tes responsabilités…  La seule chose qu’on ait à te dire, ton père et moi, c’est qu’il n’est pas question que tu rates ton année pour des motifs qui n’en sont pas… À bon entendeur…



– Elle a pas complètement tort non plus… Il faut que tu penses à ton avenir…
– Oui, maman…
– Sans compter qu’ils commencent à parler les gens…
– Oh, mais on s’en fout de ça !
– Jusqu’à un certain point… Parce que si ça revient aux oreilles de mon mari…
– Il y a pas de raison…
– T’en sais rien du tout… Quand ça démarre les ragots…
– Il ferait quoi ?
– J’en sais rien ce qu’il ferait… Et je tiens pas vraiment à le savoir… Non… Le plus sage, c’est qu’on lève le pied, que tu te consacres à tes études et que…
– Ce que t’es en train de me dire, c’est que c’est fini, nous deux… C’est ça, hein ?
– Jamais de la vie ! Mais qu’il faut qu’on se voie moins… C’est tous les jours… Et depuis plus d’un mois… C’est beaucoup trop…
– Tu t’ennuies avec moi, quoi !
– Tu sais bien que non… Tu as vite appris… Tu es doué… Tu es devenu, en un rien de temps, un amant d’exception… Attentionné… Fervent… Passionné… Tu es, en plus, d’une conversation infiniment agréable…
– Eh bien alors ?! Il est où le problème ?
– Le problème, il est que tu es en train de t’attacher beaucoup trop à moi… Qu’il faudrait que tu ailles vers des filles de ton âge… Que tu en tombes amoureux…
– C’est avec toi que j’ai envie d’être… C’est à toi que j’ai envie de faire l’amour… Et qu’à toi… À personne d’autre…
– Ce que je voudrais que tu comprennes, Luc, c’est que c’est le meilleur moyen de me perdre… Qu’à ne plus vivre que par moi tu vas m’OBLIGER à tirer un trait définitif sur nous… Dans ton intérêt à toi… Et dans mon intérêt à moi…
– Faut que je fasse quoi alors ?
– Ce que je viens de te dire… Que tu regardes ailleurs… Que tu t’intéresses aux filles…
– Et on pourra encore se voir ?
– Bien sûr qu’on se verra… Tu viendras me raconter ce que tu fais… Comment ça se passe avec elles… J’ai le droit de savoir après tout… Si j’avais pas été là…
– Oui, mais… et nous ? On se fera quand même encore l’amour ?
– Évidemment qu’on se le fera… Mais moins… Beaucoup moins… Tu en auras beaucoup moins envie, tu verras…
– Alors ça… ça m’étonnerait…



Jessica était persuadée qu’on m’y reverrait pas à la fac…
– Ben attends… C’est vraiment pas ton style de sécher systématiquement les cours comme ça… Qu’est-ce qui t’est arrivé ? T’étais amoureux ou quoi ?
– Oui… Non… Enfin c’est plus compliqué que ça…
– En attendant c’est pas que je veuille te saper le moral, mais si tu veux pas être largué tu vas avoir intérêt à t’accrocher… Parce que ça a démarré sur les chapeaux de roues… Et c’est plutôt hard le programme cette année… Mais passe à la maison si tu veux… Je te filerai ce que j’ai… Et je te montrerai des trucs que c’est impossible de les comprendre si t’as pas quelqu’un qui te les explique…



– Et avec la petite Jessica…
– Oui, oh, alors là… Il y a pas de risques… On était au collège ensemble avec Jessica… Non… Si ça avait dû se faire il y a longtemps que ça se serait fait… Elle est amoureuse comme une folle de son Bastien en plus…
– Donc… Ce sera pas Jessica… Mais tu sais ce que je t’ai dit… Et n’attends pas trop… Parce que tu pourrais bien trouver porte close… Et beaucoup plus tôt que tu ne crois…   

vendredi 4 mai 2012

Apprentissages ( 2 )

– Tu avances vite, toi, dis donc ! J’ai bien fait de t’embaucher… Par contre… Par contre faut bien reconnaître que t’es pas très causant… T’es toujours comme ça ?
– Oh, non… Non… Je parle d’habitude…
– Mais pas à moi… C’est que je suis trop vieille, c’est ça ? Et qu’à une vieille comme moi tu sais pas trop quoi raconter…
– Hein ? Mais vous êtes pas vieille ! Ah, non alors ! Vieille, vous ! Ah, non ! Alors ça, non !
– C’est gentil... Eh bien parle-moi alors ! Raconte-moi des choses… Tiens… Ta petite amie par exemple… Elle s’appelle comment ?
– Ma petite amie ?
– Ta petite amie, oui… T’as bien une petite amie quand même ! À dix-huit ans tout le monde a une petite amie… Pas toi apparemment… Vu ton air… Pourquoi ? Elles t’intéressent pas les filles ?
– Oh, si ! Si !
– Eh ben alors !
– Je sais pas…
– Elles te font peur, c’est ça ?
– Oh, non… Non… Souvent je suis avec… Des tas en plus… On discute… On rigole… On déconne…
– Et c’est tout… Ça en reste là… T’en crèves d’envie, mais ça va pas plus loin… Jamais… C’est ça, hein ? Et il te vient pas à l’idée que… Parce que t’es beau garçon… Agréable à regarder… Pour autant que je puisse en juger t’as l’air d’avoir excellent caractère… Et il te vient pas à l’idée que, parmi toutes ces filles, il y en a sûrement qui en crèvent d’envie autant que toi ? Et beaucoup plus que tu ne crois… Seulement si t’oses pas… Si tu leur fais pas voir…
– Ben oui, mais…
– Mais t’as la trouille… De pas savoir faire… De pas être à la hauteur… Qu’elles se moquent de toi… Parce que… t’es puceau, hein ? Oui… Évidemment que tu l’es… Le jour où tu le seras plus tu verras que tout sera beaucoup plus facile… Seulement pour plus l’être encore faut-il finir par se lancer...



– C’est pas encore fini ces peintures depuis le temps ?
– Parce que tu crois que ça se torche comme ça, toi ? En deux temps trois mouvements… Il y a tous les enduits à faire… Les sous-couches à passer… Et si on veut que ce soit à peu près potable...
– Oh, mais moi ce que j’en dis ! Tu peux bien y rester tant que tu veux… Au contraire… Pendant ce temps-là j’entends pas ta musique beugler…



– Quelle chaleur ! Pour un mois de septembre, c’est de la folie…
– On va y crever, oui !
– On dégouline… Aussi bien l’un que l’autre… Et tu es rouge ! Tu te verrais ! Alors tu sais pas ce que je propose ? C’est qu’on lâche nos pinceaux… Qu’on marque une pause… Et qu’on en profite pour aller se prendre une bonne douche… Ça nous rafraîchira… Allez, viens !

Elle a tout retiré… Tout… Toute nue… Elle a escaladé le rebord de la baignoire… Fait couler l’eau…
– Ça fait un bien, mais un bien ! J’te dis pas… Eh ben reste pas planté là ! Viens ! Qu’est-ce t’attends ?
Je me suis déshabillé… À mon tour j’ai enjambé…
– Houlala ! C’est quoi qui te met dans cet état-là ? De me voir ? C’est vrai ? C’est flatteur pour moi… Très…
Elle a tendu la main… Doucement effleuré… Juste un peu enserré… Et c’est venu…
Elle a ri… 
– Quel impatient tu fais ! Bon… Mais maintenant on va pouvoir passer aux choses sérieuses…
Dans sa chambre… Dans son lit…

– Ben non… Non… Je vais pas te raconter d’histoires… Tu t’es bien rendu compte que non n’importe comment… Mais c’est pas grave… C’était la première fois… T’apprendras… Un corps de femme ça s’apprend… Pas à pas… Je t’apprendrai… Jusqu’à ce que tu en connaisses toute la gamme… Que tu sois capable de le faire chanter encore et encore…

mardi 1 mai 2012

Apprentissages ( 1 )

Maman l’a annoncé triomphalement, ce soir-là, en posant la soupière sur la table…
– Vous savez quoi ? Eh bien ça y est ! On a de nouveaux voisins…
Papa a relevé la tête…
– Ah, oui ! C’est qui ?
– Un couple… La quarantaine… Ils ont emménagé cet après-midi… Lui, il serait commercial dans une boîte de je sais pas trop quoi à ce qu’il paraît… Et elle, apparemment , elle fait rien… Oh, mais je tarderai pas à en savoir plus… En attendant tâche d’être poli, toi, hein, Luc ! Oublie pas de dire bonjour…
J’ai haussé furieusement les épaules…
– Oh, quand même ! Je suis plus un bébé…
– Oui, ben ça ! On serait parfois en droit d’en douter…



Le vieux père Cauet montait la garde derrière son portail…
– Tu l’as vue ?
– Qui ça ?
– La Stéphanie, pardi ! Le gentil petit lot qui vient de nous arriver… C’est juste la maison à côté de chez toi et tu l’as pas vue ?! Ben, mon garçon ! C’est pour quoi faire qu’il t’a donné des yeux le bon Dieu alors ? Il y a pas que les bouquins dans la vie… Et moi, je peux te dire une chose, c’est que j’aurais vingt ans de moins comment je te l’aurais entreprise la donzelle… J’y serais pas allé par quatre chemins… Ah, non alors ! Et ça l’aurait fait… Parce qu’on peut bien dire ce qu’on veut, mais le Marcel quand il en voulait une, il mettait pas six mois à l’avoir… Même qu’elle en redemandait… Oh, pour ça j’ai pas à me plaindre… J’en ai eu… Et celui qu’en aura autant que j’en ai eu sûr qu’il est pas encore né… Et que c’est pas demain la veille… Mais si tu rentrais boire un café plutôt ? Je te raconterais tout ça et tu verrais que…
– Une autre fois, monsieur Cauet, une autre fois… Déjà que je suis en retard…



Elle a reposé sa fourchette…
– Vous me demandez pas ? Ça vous intéresse pas ?
Papa l’a regardée, éberlué…
– On te demande pas quoi ?
– Ben, pour la voisine… Parce que je l’ai vue…
– Ah…
– Oui… J’y suis passée… Ç’aurait plutôt été à elle de venir se présenter, vu qu’ils viennent d’arriver, mais bon… faut pas être trop à cheval sur les principes non plus… Elle m’a reçue… Sympa… On a bu le café… De Boulogne ils viennent… On l’a changé de secteur son mari… On lui donne de nouvelles responsabilités… C’est pour ça qu’ils débarquent ici… Et non pas parce que… Mais ça ! Les gens ils sont tout de suite prêts à raconter n’importe quoi… En attendant en douce que les Lambert ils leur ont laissé la maison dans un état ! Ah, elle peut refaire les peintures ! Dès demain elle compte s’y mettre… Je lui ai dit que tu viendrais l’aider à déplacer les meubles, Luc… Parce que, évidemment, les déménageurs lui ont tout laissé en vrac dans le séjour… Et c’est par là qu’elle a l’intention de commencer…



Elle m’a ouvert un pinceau à la main… Un foulard bleu lui recouvrait entièrement la tête… Un vieux tee-shirt tout délavé tombait sur un court short kaki… Dessous les seins étaient libres… Et les jambes, fuselées, toutes bronzées, interminablement longues… 
– Oui ?
– Je viens pour… Ma mère m’a dit… Les meubles… Pour les déplacer…
– Ah, tu es le petit voisin… C’est très gentil à toi d’avoir accepté de venir me donner un coup de main… Parce que toute seule… Tiens, entre ! C’est par là… Ce qu’il faudrait d’abord, c’est pousser ce gros bahut, là, au milieu… Que je puisse accéder au mur… Tu y es ?... Un… Deux… Trois… Là… Parfait… Et si c’est pas trop te demander on va aussi déplacer ce grand truc… Comme ça je devrais pouvoir avoir fini au moins cette pièce avant le retour de mon mari samedi… Hou là ! Il pèse celui-là, hein ! Vas-y encore un peu… Juste un peu… Voilà… Bon, ben merci…
– Si vous avez encore besoin…
– Je ferai appel à toi… C’est entendu… Je me gênerai pas…
– Mais même…
– Même ?
– Si vous voulez que je vous donne un coup de main pour vos peintures… Ça vous avancera…
– Faut pas exagérer… Ce serait abuser…
– Oh, non… Non… Ça m’occupera… C’est que dans trois semaines la rentrée en fac… Alors en attendant…
– Dans ces conditions… C’est pas de refus… Mais je te dédommagerai…
– Oh, non… Non… C’est pas la peine… Bon, mais je reviens… Je reviens tout de suite… Je vais me mettre en tenue…



– Tu sais pas la meilleure ? Ton fils… Ton fils qu’il y a pas moyen de lui faire passer la tondeuse ou tailler la haie tu sais pas ce qu’il a fait de sa journée ?
– Comment veux-tu que je sache ?
– Les peintures chez la voisine… Et le plus beau… Parce que tu sais pas le plus beau ? C’est qu’il y retourne demain…

vendredi 27 avril 2012

Découverte ( 44 )

14 Avril

– J’ai une faim de loup…
– Et moi donc !
En bas la patronne nous a souri… Complice… Nous a servi un plantureux petit déjeuner…

– Ah, ça va mieux !
On s’est pris la main par-dessus la table…
– Tu sais… Je voudrais te dire… Ça va peut-être te paraître bizarre… Mais c’est comme si ce qui vient de se passer là, cette nuit, ça me donnait vraiment le droit d’être enfin complètement avec Étienne… Autant qu’avec toi… Tu comprends ?
– Évidemment que je comprends… Très bien… Très très bien… Beaucoup plus sans doute que tu ne crois… Mais faut y aller maintenant… Il va t’attendre…

J’ai quand même voulu retourner à Royaumont…
– Oh, si ! Vite fait… Juste pour la voir… C’est important pour moi ce matin… Tellement…
On y est restés plus d’une heure…



Du plus loin qu’il m’a aperçue il s’est précipité vers moi, souriant, les yeux pétillants de bonheur…
J’ai posé mes lèvres sur les siennes…
– Bon anniversaire, Étienne…
– Merci… Mais… Mais comment tu sais ?
– Ah, ça, c’est mon secret… T’occupe ! Bon, mais il y a toujours un cadeau pour un anniversaire, non ?
Il a regardé mes mains, mon sac, moi… Sans comprendre…
– Viens !

Ceux des hommes… À la porte il s’est arrêté, m’a regardé, stupéfait…
– Eh ben viens !
Il n’y avait personne… La même cabine que le jour où… Je l’ai poussé dedans… Je nous ai enfermés… Je l’ai fait asseoir… Je me suis installée sur lui, une jambe passée de chaque côté…
– Laisse-toi faire… Laisse-moi faire…
Il s’est abandonné…



– Et si ?
– Et si quoi ?
– Et s’il venait s’installer ici, avec nous, Étienne ?
Je lui ai sauté au cou…
– Tu voudrais, c’est vrai ?
– Si je te le propose…
– Qu’est-ce qu’il va être content ! Qu’est-ce que je suis contente !



C’est la première chose qu’on ait faite… Dès qu’il a été là… La regarder la video… La fin… C’est moi qui ai voulu… Qui ai demandé… On s’est mis au lit… Tous les trois… Moi au milieu… Bien serrée entre eux… Et Bertrand l’a lancée… 

                                                                                                    FIN

mardi 24 avril 2012

Découverte ( 43 )

13 Avril

– Bertrand ?! Tu es où ? Ah, tu es là…
– Ben oui ! Oui… Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ? T’as l’air tout excitée…
– C’est Étienne… Je l’ai vu… On a passé la matinée ensemble… À midi aussi… Et même encore après…
– Oui… Bon… Et alors ?
– Ben rien… Enfin si ! Tout… On a parlé… Mais parlé ! Et… Et tu vas peut-être m’en vouloir…
– De quoi donc ?
– Je lui ai tout dit…
– Tout quoi ?
– Ben tout ! Qu’on habite ensemble… Que ça fait des années que tu me filmes sous toutes les coutures… Que je sais que tu lui passes des videos… Que deux soirs de suite on a été à l’hôtel en face de chez lui…
– Il fallait bien qu’il finisse par le savoir… Et autant que ce soit toi qui lui apprennes… Il a pris ça comment ?
– Oh, bien… Bien… Ça nous a encore rapprochés tous les deux ! T’es pas fâché au moins ?
– Non… Bien sûr que non… Pourquoi je serais fâché ? Au contraire… La relève est assurée…
– Par contre il dit que peut-être maintenant tu vas vouloir que je m’en aille de chez toi maintenant…
– Il me connaît bien mal… Et toi, tu crois une chose pareille ?
– Oh, non… Non…
– Encore heureux… Manquerait plus que ça… Tu me décevrais… Beaucoup… Non… C’est moi qui partirai… Un jour ou l’autre… Il faudra bien… Personne n’est éternel…
– Ce que je peux détester quand tu parles comme ça !
– J’ai trente ans de plus que toi…
– Je sais… Je sais… Tu me le répètes assez… Je sais… Mais j’ai pas envie de le savoir… J’ai pas envie d’y penser…
– Seulement le jour où ça arrivera…
– Le jour où ça arrivera ça arrivera sans qu’on ait seulement jamais fait l’amour une seule fois  tous les deux… Je n’aurai même pas ce souvenir de toi… De nous…
Il m’a attirée tout contre lui… Les larmes lui sont montées aux yeux…
– Si, tu l’auras ! Si ! Viens !

Il ne m’a pas dit où… Mais je le savais… Je l’ai su tout de suite…
On a roulé… Sans parler… Les symphonies de Théodore Gouvy…  De temps à autre il me souriait… Ou bien posait doucement sa main sur mon genou… Heureux… Moi aussi… Heureuse…

À Royaumont pas âme qui vive… On a fait le tour de l’abbaye… Deux fois… Trois fois… On s’est assis sur notre banc… Un couple de mésanges nous a survolés… Le soir est lentement tombé…

Notre auberge… La même chambre… Il m’a longuement redessiné le visage… Les tempes… Le front… Les joues… Le cou… Les lèvres… Dans ses yeux il y avait du désir… Beaucoup de désir… Et une infinie tendresse…

Il m’a redessinée toute… Jusqu’au plus intime de moi-même… À caresses amoureusement répandues… Voluptueusement étirées…

Je l’ai voulu en moi, impatiente… Il est resté dans mes yeux tout le temps de mon plaisir… Et puis il a gémi le sien, agrippé à mes cheveux… Il n’est pas parti… Il est resté… Il m’a habitée…

Et on s’est endormis de bonheur dans les bras l’un de l’autre…   

vendredi 20 avril 2012

Découverte ( 42 )

12 Avril

Forte déception de ne pas le trouver là, ce matin, à l’entrée de la fac… J’ai raté le début de mon cours à l’attendre… Pour rien… Il n’est pas venu… Je suis allée m’enfermer dans les toilettes des mecs… La même cabine que le jour où… Comme si ça allait, par magie, le faire surgir… J’y ai passé plus d’une heure… Puis j’ai promené, tout le reste de la matinée, ma rancœur et ma désillusion dans les couloirs… Est-ce qu’il est déjà devenu si important pour moi ?



Bertrand a éclaté de rire…
– Tu peux pas l’épuiser toute la nuit de plaisir et espérer le trouver là, au matin, frais et dispos…
– J’y suis bien, moi ! Bon, mais tu l’as vu ?
– Je l’ai vu, oui ! Sur le coup de midi j’ai débarqué chez lui … Il dormait…
– Et alors ?
– Et alors t’es en fond d’écran sur son ordi… Et son mot de passe, c’est « Mamanon »
– C’est vrai ?
– Ben oui, c’est vrai…
– Et c’est quoi la photo ?
– La dernière image du bout de video qu’il a…
– Je vois… Et tu la lui as laissée la suite ?
– Non… Il l’aura ce soir… Quand on sera à l’hôtel…
– Tu es machiavélique…
– Bien plus que tu ne l’imagines…
– T’es resté longtemps avec ?
– Deux bonnes heures… On a déjeuné ensemble… Et beaucoup parlé… On a dit plein de mal de toi…
– Non… Sérieux…
– T’es bien curieuse… On a le droit d’avoir nos petits secrets, nous aussi…
– J’m’en fiche… Il me le dira, lui… Je lui ferai dire…

– Ça y est ?
– Ça y est, oui… Il est installé devant… Il avait qu’une hâte… C’est que je le laisse tout seul…
– Qu’est-ce tu fais ? C’est quoi ça ?
– Un ordinateur portable…
– Oui, ben je vois bien… Je suis pas idiote… Pour faire quoi ?
– Pour que tu puisses voir en même temps que lui – ou presque – ce qu’il voit…
– C’est pas machiavélique que tu es… C’est démoniaque…

Sa fenêtre en face… L’ordi là-bas… L’ordi ici… Bertrand… Son souffle dans mon cou… Sa main sur mon épaule… L’autre… Bertrand qui m’a tout doucement déshabillée… Qui a chuchoté…
– Nue pour lui… Nue pour moi… Nue pour nous…
Nue…
– S’il savait… S’il se doutait… Que je suis là… En face…
– Mais il sait peut-être… Je lui ai peut-être dit tout à l’heure…
– Non… Tu l’as pas fait…
– Mais il saura… Il saura que tu te caresses en le regardant te regarder te caresser… Il verra même… Le moment venu…
– Ah, parce que…
– Parce que… oui… Tu sais bien que rien de ce que tu vis ne tombe jamais dans l’oubli…
– Elle est où la camera ?
– T’occupe pas… Qu’est-ce ça peut faire où elle est ? T’occupe pas… Occupe-toi de toi…       

mardi 17 avril 2012

Découverte ( 41 )

11 Avril

– Qu’est-ce qu’il y a ? Tu verrais ta tête ! Une vraie tête de crevé… T’es malade ?
– Non… Non… Ça va…
– T’es sûr ?
– Certain… T’inquiète pas…
– Ou bien alors… Ah, oui… Oui… Je vois…
– Tu vois quoi ?
– Non… Rien…
– Mais si ! Dis !
– T’as passé la nuit avec une fille… C’est ça, hein ?
– Je te jure que non…
– Oh, mais j’m’en fiche, moi… Complètement… Tu me dois rien… T’as pas de comptes à me rendre…
– Je sais bien… mais quand même… Non… Avec toi je l’ai passée la nuit… Comme toutes les autres depuis des semaines… Jamais tu me quittes… Jamais…
– Mais bien sûr !
– Bien sûr, oui… Si tu savais !
Les larmes lui sont montées aux yeux… Il a voulu les miens… Je les lui ai laissés…



Palestrina… C’est ce qu’il a décidé de nous faire répéter le « patron » à la chorale… Et, si tout se passe bien, on devrait donner des concerts, fin septembre, dans trois ou quatre églises du Vexin… On a écouté des motets toute la soirée… J’avoue qu’au début j’avais le sentiment que ça se ressemblait terriblement tout ça… Que c’était toujours un peu la même chose… Et puis, petit à petit, j’ai saisi des nuances… toutes sortes de subtilités qui m’avaient d’abord échappé… Et, au bout du compte, c’est absolument magnifique…



On est rentrés à pied… Il faisait incroyablement doux…
– Tu crois qu’il aime la musique Étienne ?
– Je n’en ai pas la moindre idée…
– Peut-être qu’il joue d’un instrument et qu’on le sait pas… T’imagines ?  Ce serait génial… Toi au violon… Lui à la flûte ou au clavecin… Un truc comme ça… Et moi je chanterais… Quel pied on se prendrait tous les trois ! Tu crois pas ?
– Ça fait pas l’ombre d’un doute… Encore faudrait-il…
– Qu’il joue de quelque chose… Ben oui… ça !
– Suffit que tu lui demandes et il s’y mettra… Je le vois mal te refuser quoi que ce soit… Surtout maintenant…
– Tu vas lui donner quand la suite ?
– Je pensais le faire demain…
– En entier ?
– Non… Non… Bien sûr que non… Au moment où tu commences à t’occuper de toi ça coupera…
– Tu vas le rendre fou…
– De toi ? Il l’est déjà… Parce que qu’est-ce qu’il est en train de faire, à ton avis, là, en ce moment ?
– Je sais pas…
– Mais si tu sais ! Tu sais même très bien… Il s’épuise de plaisir en te regardant retirer ton maillot… Comme il l’a fait toute la nuit dernière…
– Où tu vas par là ?
– Comme si tu le savais pas ! Là où tu crèves d’envie qu’on aille… À l’hôtel… Comme hier… Pour pouvoir te poster à la fenêtre et…
– Tu comprends tout… Tu comprends vraiment tout… C’en est presque effrayant…   

vendredi 13 avril 2012

Découverte ( 40 )

10 Avril

Il a raison… Je suis en train de tomber amoureuse d’Étienne… Ou plutôt non… Ne nous racontons pas d’histoires… Je suis amoureuse d’Étienne… Et pas qu’un peu ! Et être amoureuse d’Étienne –  pas facile à expliquer, je sais ! – c’est aussi être encore un peu plus amoureuse de Bertrand… Parce que c’est son double Étienne… En beaucoup plus jeune… Sa copie conforme… De plus en plus conforme…



– Il fait beau…
– Je vois bien…
– Alors tu pourrais peut-être… Maintenant… La vidéo… pour Étienne… Il en a tellement envie…  

Et je me suis offerte au soleil… Longtemps… Dans le cerisier en fleurs, juste au-dessus, des oiseaux chantaient à tue-tête… Quelque part, au loin, il y avait de la musique…
 
J’ai eu envie d’être nue… Je l’ai été… De l’autre côté du haut mur de brique, à droite, il y a eu des voix… Tout près… De femmes… D’hommes… Posées… Chaudes… J’ai fermé les yeux… Bertrand était là, quelque part, à une fenêtre… Etienne aussi… En filigrane… Derrière lui… Dans son ombre…

Mes mains sont parties à ma recherche… M’ont lentement conquise… Débordée… Et tout a chaviré…

– Tu viens ? Je t’emmène…
– Où ça ?
– Tu verras bien…

Un hôtel…
– Mais qu’est-ce tu veux aller faire là-dedans ?
– Pose pas tant de questions… Viens !

Une chambre…
– Tu m’attends là ? J’en ai pour deux minutes…

Un gros quart d’heure…
– Tu vois la fenêtre, là, en contrebas… Au deuxième étage… La troisième en partant de la gauche…
Ben oui je la voyais, oui… Et alors ?
– Et alors c’est celle d’Étienne… Celle de sa chambre…
– Étienne à qui tu viens de porter la video… C’est ça, hein ?
– Le début… Seulement le début …
– Jusqu’où ?
– Jusqu’au moment où tu retires ton maillot… Il t’a nue une seconde ou deux… Pas plus… Le reste il y aura droit plus tard… Quand il l’aura mérité à force d’en avoir envie…
– Tu penses à tout, toi ! Et tu comprends tout… Tout…

Juste le rectangle de la fenêtre… Et la lumière grisée-bleutée de l’écran…
– Tu crois que c’est moi qu’il regarde ?
– Je crois pas… Je suis sûr…
Et je suis restée à le regarder regarder… À l’imaginer plutôt…

Quand il a éteint il était cinq heures… Et Bertrand dormait… Depuis longtemps déjà… Je me suis blottie contre lui…
– Merci… Merci pour Étienne… Merci d’être toi… Merci pour tout… 

mardi 10 avril 2012

Découverte ( 39 )

9 Avril

– Où tu vas ?
– La lui porter la vidéo à Étienne…
– C’est samedi… Il y sera pas à la fac…
– C’est pas à la fac que je vais… C’est chez lui…
– Ah… Carrément…

– T’en as mis un temps !
– Il était insatiable… Dix fois… Vingt fois… il a fallu que je la lui repasse...
– Parce que… tu la lui as pas laissée ?
– J’avais pas ton accord… Et puis il y a rien qui presse… Peut-être une autre… Plus tard… Pour le moment qu’il se satisfasse donc de ce qu’il a vu tout-à-l’heure… Et de ce que je lui ai raconté à ton sujet…
– Je crains le pire…
– Oh, non ! Non ! Je me suis contenté de lui dire ce qu’il avait envie d’entendre… Et dont il était déjà persuadé…
– À savoir ?
– À savoir que parfois, une légère brise et le soleil aidant, saisie d’un langoureux bien-être, tu t’abandonnes voluptueusement, dans le jardin, à toi-même… Que tes caresses s’enhardissent… Et que tu es loin de bouder ton plaisir… Ce dont je possède la preuve…
– Quel menteur tu fais ! Je vois pas quelle preuve tu pourrais avoir… Jamais je l’ai fait dehors… Jamais…
– Lacune qu’il va impérativement falloir combler au plus vite… Pour ton plaisir… Pour le mien… Et pour le sien… Il fait un temps magnifique… Alors je propose que cet après-midi…
– Pas cet après-midi, non… Je lui en ai promis un d’après-midi à Étienne… Et j’ai très envie que ce soit celui-là…
– Choix judicieux… Très judicieux…



– Si vite… J’osais pas espérer… Je suis content… Si content… Heureux…
– Tu veux qu’on fasse quoi ?
– Ça m’est égal… Décide ! Du moment que je suis avec toi… Enfin, si ! Il y a quelque chose que j’aimerais… Beaucoup…
– Eh bien dis !
– Ce serait qu’on trouve un banc quelque part dans un square…
– Décidément…
– Que tu t’y assoies… Comme si on se connaissait pas… Et que tu me laisses te regarder… Aussi longtemps que je voudrai…



– Et alors ?
– Et alors je l’ai emmené… Tu devines pas où ?
– Si… Bien sûr que si… Sur notre banc… Dans notre square… À Saint Vincent-de-Paul…
– Tu l’aurais vu ! Comment il me buvait des yeux… Comment c’était important pour lui…
– Et vous y avez passé l’après-midi…
– Presque… Quand la fraîcheur a commencé à tomber il s’est levé… Il a retiré sa veste… Il me l’a posée sur les épaules… S’est assis à mes côtés… Flanc contre flanc… Il a passé un bras derrière mon cou… Je me suis laissé aller contre lui… Et on est restés là… Comme ça… Sans bouger… Sans rien dire…
– Toi, t’es en train de tomber amoureuse d’Étienne…
– Je crois pas, non…
– Mais si ! Bien sûr que si !

vendredi 6 avril 2012

Découverte ( 38 )

8 Avril

– Oh, mais c’est que t’as sorti le grand jeu ! Il y a longtemps que tu l’avais pas mise cette petite robe… Depuis… l’Ascension l’an dernier…
– Tu m’étonneras toujours…
– C’est Étienne qui va être content tout à l’heure…
– Et toi content qu’il le soit…
– Oui… Il est fou de toi… Il le sera de plus en plus… C’est rassurant…
– Je vois pas ce que ça peut avoir de rassurant…
– Tu es jeune… Je ne le suis plus… Lui, si ! Alors pouvoir me dire qu’après moi il y aura quelqu’un pour qui tu vas compter presque autant que tu comptes pour moi…
Je lui ai déposé un petit baiser dans le cou…
– Je file… À ce soir…



Étienne s’est avancé vers moi…
– Mes quelques secondes de bonheur quotidien… Que j’attends impatiemment pendant des heures… Et dont je savoure ensuite le souvenir, avec nostalgie, pendant des heures…
– Pauvre malheureux !
– Oui, je suis malheureux, oui… Dès que je cesse de te voir je suis malheureux…
– Je vais pleurer…
– Moque-toi en plus !
– Je me moque pas, mais avoue que…
– Que quoi ? Tu me crois pas, hein, c’est ça ?
– Oh, si, je te crois, si ! Mais je crois aussi que tu en rajoutes un peu…
– Et pourtant ! Je peux solliciter une faveur ?
– Dis toujours !
– Je voudrais que tu m’accordes une après-midi… Juste une après-midi… Mais une après-midi tout entière… Rien qu’à moi… Rien qu’à nous… On ferait ce que tu voudrais… Tout ce que tu voudrais… On irait au cinéma… Ou on se promènerait… Ou on discuterait… Ça m’est égal… On serait ensemble… C’est tout ce que je demande…
– Ça doit pouvoir s’envisager…
– C’est oui alors ? C’est oui ?
– C’est oui…
– Oh, merci… Merci… Quand ?
– On verra quand… Je te dirai…



– Tu l’aurais vu ! T’avais vraiment l’impression que sa vie en dépendait…
– Mais elle en dépendait ! Elle en dépend…
– Si vous saviez ce que vous êtes émouvants tous les deux… Chacun à sa manière…
– Et tu vas faire quoi maintenant ?
– La lui donner son après-midi… Évidemment… Et sans tarder… Je n’ai pas le cœur à lui refuser ça… Il en a trop envie…

– Tu viens voir ?
– Où ça ? Quoi ?
Dans son bureau… Une video… De moi… De moi qui prends le soleil étendue sur une grande serviette blanche, au beau milieu de la pelouse… De dos… De face…. De dos… De face… Dans mon beau maillot bleu tout neuf… Qui – j’avais pas remarqué que c’était à ce point-là – me moule de tellement près que…
– Celle-là ?
– Si tu veux… C’est toi qui décides…

mardi 3 avril 2012

Découverte ( 37 )

8 Avril

– Oh, mais c’est que t’as sorti le grand jeu ! Il y a longtemps que tu l’avais pas mise cette petite robe… Depuis… l’Ascension l’an dernier…
– Tu m’étonneras toujours…
– C’est Étienne qui va être content tout à l’heure…
– Et toi content qu’il le soit…
– Oui… Il est fou de toi… Il le sera de plus en plus… C’est rassurant…
– Je vois pas ce que ça peut avoir de rassurant…
– Tu es jeune… Je ne le suis plus… Lui, si ! Alors pouvoir me dire qu’après moi il y aura quelqu’un pour qui tu vas compter presque autant que tu comptes pour moi…
Je lui ai déposé un petit baiser dans le cou…
– Je file… À ce soir…



Étienne s’est avancé vers moi…
– Mes quelques secondes de bonheur quotidien… Que j’attends impatiemment pendant des heures… Et dont je savoure ensuite le souvenir, avec nostalgie, pendant des heures…
– Pauvre malheureux !
– Oui, je suis malheureux, oui… Dès que je cesse de te voir je suis malheureux…
– Je vais pleurer…
– Moque-toi en plus !
– Je me moque pas, mais avoue que…
– Que quoi ? Tu me crois pas, hein, c’est ça ?
– Oh, si, je te crois, si ! Mais je crois aussi que tu en rajoutes un peu…
– Et pourtant ! Je peux solliciter une faveur ?
– Dis toujours !
– Je voudrais que tu m’accordes une après-midi… Juste une après-midi… Mais une après-midi tout entière… Rien qu’à moi… Rien qu’à nous… On ferait ce que tu voudrais… Tout ce que tu voudrais… On irait au cinéma… Ou on se promènerait… Ou on discuterait… Ça m’est égal… On serait ensemble… C’est tout ce que je demande…
– Ça doit pouvoir s’envisager…
– C’est oui alors ? C’est oui ?
– C’est oui…
– Oh, merci… Merci… Quand ?
– On verra quand… Je te dirai…

– Tu l’aurais vu ! T’avais vraiment l’impression que sa vie en dépendait…
– Mais elle en dépendait ! Elle en dépend…
– Si vous saviez ce que vous êtes émouvants tous les deux… Chacun à sa manière…
– Et tu vas faire quoi maintenant ?
– La lui donner son après-midi… Évidemment… Et sans tarder… Je n’ai pas le cœur à lui refuser ça… Il en a trop envie… 

– Tu viens voir ?
– Où ça ? Quoi ?
Dans son bureau… Une video… De moi… De moi qui prends le soleil étendue sur une grande serviette blanche, au beau milieu de la pelouse… De dos… De face…. De dos… De face… Dans mon beau maillot bleu tout neuf… Qui – j’avais pas remarqué que c’était à ce point-là – me moule de tellement près que…
– Celle-là ?
– Si tu veux… C’est toi qui décides…

vendredi 30 mars 2012

Découverte ( 36 )


7 Avril

Il était pas là Étienne ce matin… Mais ça je n’ai qu’à m’en prendre qu’à moi-même… Ou plutôt… à Bertrand… Parce que c’était son idée à lui que je lui dise ce que je lui ai dit hier… Ça finira par me jouer des tours de lui faire aveuglément confiance comme ça…

Étienne était pas là, non, mais Léo, lui, si !
– Faut qu’on parle !
– J’ai rien à te dire… Va t’occuper de ta chieuse… Des fois qu’elle se suicide…
– Non, mais ça peut pas finir comme ça tous les deux enfin ! C’est pas possible…
– Bien sûr que si ! Il y a jamais vraiment rien eu entre nous… Je veux dire… Rien qui compte vraiment… On s’est contentés de s’envoyer en l’air… C’était bien… Très bien même par moments… Bon, mais il y a des dizaines de filles avec qui tu peux faire la même chose… Et il y a des dizaines de mecs avec qui, de mon côté…
– Ce qui veut dire, si je te comprends bien, qu’avec moi t’as plus envie…
– Tu comprends très bien…
– Mais pourquoi ?
– Pourquoi ? Parce que j’en ai marre que tu me prennes pour une conne, figure-toi ! Que tu inventes des histoires à dormir debout de nanas suicidaires qui te servent d’alibi pour ne te pointer, la bouche en cœur, que quand t’as envie que je te vide les couilles…
– Oh, mais si c’est que ça ! On peut en passer du temps ensemble si tu veux…
– Pour que tu me fasses la charité, à contre-cœur, de quelques instants par ci par là ? Non… Merci bien…



– C’est pas qu’il voulait t’éviter, Étienne, ce matin, non… C’est qu’il était à la bourre… Et tellement pressé qu’il allait me passer sous le nez sans même me voir « Oh, pas si vite ! Trop tard de toute façon… Elle est en cours… » Il s’est arrêté net… Tout essoufflé… «  T’as raté quelque chose… Parce que tu l’aurais vue ! Adorable elle est aujourd’hui… Un petit haut qui lui va à ravir… Et une jupette blanche qui lui sautille gaiement sur les cuisses… Faut dire qu’avec les premiers beaux jours… » Il s’est perdu dans ses pensées… J’ai enfoncé le clou… « Oh, oui… On va du bon côté… D’ici peu elle va passer des heures et des heures à bronzer juste en-dessous de ma fenêtre, dans le jardin… » Sa pomme d’Adam s’est mise à faire des bonds comme un cabri… « À bronzer ? » Ben oui, à bronzer, oui… Fallait pas que je lui fasse un dessin quand même ? À bronzer dans un ravissant et minuscule petit maillot noir… Qui, en réalité, dessinait et suggérait beaucoup plus qu’il ne dissimulait… Et même… « Et même ? » Je l’ai achevé : et même, parfois, quand tu étais seule, sûre et certaine que personne ne pouvait te voir, tu le retirais le maillot… Et alors là ! Là ! Il écarquillait les yeux… Comme si, d’un coup de baguette magique, j’allais brusquement te faire surgir, nue, devant lui… « Et alors ? Là ? » Là ? Il devait bien se douter… Un corps sublime… Comme rarement il m’avait été donné de… Bon… Mais on était entre hommes… Ça lui disait de juger par lui-même ? « Un peu que ça me dit ! » J’ai ri… «  Le cri du cœur… Bon… Mais on va voir ça… Susciter une occasion… » J’ai cru qu’il allait me sauter au cou… « Merci… Oh, merci… Merci… »
– Ce qui veut dire que tu vas l’amener ici ? Te poster à une fenêtre avec lui quand je serai dehors ?
– Oh, non ! Non ! Ce serait prématuré… Et pas question, pour le moment, qu’il sache qu’on habite ensemble… Pour lui on est voisins… Et seulement voisins… Non… Ce que je vais faire, c’est lui distiller savamment les videos que j’ai de toi… En m’en tenant, pour l’instant, à celles où tu te trouves dehors… Dans quelques semaines il ne vivra plus que pour toi… Nous ne vivrons plus, l’un comme l’autre, que par toi…

mardi 27 mars 2012

Découverte ( 35 )

6 Avril

C’est son désir, tendu contre ma cuisse à travers l’étoffe du pyjama, qui m’a réveillée… J’ai posé ma main sur sa joue… L’ai doucement caressée… Du bout du pouce… Il a respiré plus vite… S’est brusquement cabré… Répandu…
– Pardon… Je suis désolé… Je voulais pas…
Je lui ai lancé une petite gifle-jeu…
– Ce que tu es bête ! Non, mais ce que tu peux être bête par moments !
– Vaudra peut-être mieux qu’on dorme plus ensemble à l’avenir… Que ça finisse pas par déraper…
– Et quand bien même ça déraperait… Tu parles d’une affaire…
– Il faut pas, non… On se perdrait…
– Il y a pas de raison…
– Oh, si ! Si ! Il y en aurait plein alors des raisons… Je veux pas… Je veux pas que tu sortes de ma vie… Et ça arriverait… Ça arrivera forcément si on couche ensemble… Comme ça arrive à tant de monde…
– Que tu crois ! Peut-être que t’as raison et puis peut-être pas… Mais en attendant il y a personne avec qui j’ai autant envie qu’avec toi… Il y a personne – je vois clair, tu sais… – avec qui t’as autant envie qu’avec moi… Et on se prive… Avoue que c’est complètement con quand même !

Il m’a rejointe sous la douche…
– Tu m’en veux ?
– Sûr que je t’en veux ! Et pas qu’un peu… Oh, mais non, idiot ! Non… Fais pas cette tête-là… Non, je t’en veux pas… Comment je pourrais t’en vouloir d’essayer de tout faire pour que jamais on se sépare ? Ça me touche… Beaucoup… Ça m’émeut… Mais n’empêche que tu te trompes… J’en suis presque sûre au fond de moi… Nous, ce serait pas pareil…
– Il y en a tant qui l’ont cru…
J’ai mis ma main sur sa bouche…
– Tais-toi ! Dis rien ! Dis plus rien ! Et va chercher ton violon… Qu’on fasse comme l’autre fois… Parce que t’as eu, toi, mais pas moi…



– On va se le boire ce café alors ?
Tu parles qu’on allait se le boire… Il se l’est pas fait répéter deux fois…
– Bon, ben voilà !
– Voilà, oui… Mais je voulais te dire… pour le reste… que je recommence… Je voudrais pas que tu te berces d’illusions… N’y compte pas…
– Hein ? Mais pourquoi ?
– Parce que… jamais j’aurais dû… Jamais… C’était une folie…
– Mais non !
– Ah, si ! Si ! N’importe qui pouvait me surprendre… La preuve ! Et encore… J’ai eu de la chance… C’est tombé sur toi… Qu’es resté discret… J’ose pas imaginer si ça avait été quelqu’un d’autre… Qui serait allé chanter ça sur les toits… Mais je serais la risée de toute la fac ! Alors prendre le risque de recommencer ? Non… Non… Sûrement pas…
– C’est pas obligé que ce soit ici… Ça peut être ailleurs…
– Oui, mais non… Non…
– Qu’est-ce qui te fait peur ? Si c’est moi…
– C’est pas toi, non… Simplement il y a des choses qu’on peut avoir envie de faire à un moment donné et plus du tout après…
– Ça peut revenir…
– Évidemment on peut jurer de rien… Mais je crois pas, non…
– J’attendrai… J’attendrai quand même… En y repensant… Tout le temps j’y pense…

vendredi 23 mars 2012

Découverte ( 34 )

5 Avril

– T’es pas encore parti ? Tu vas être en retard…
– Non… Je t’accompagne à la fac… Qu’il nous voie arriver ensemble Etienne…
– Ah, oui ! Oui… Évidemment… Bon, mais ce que je sais pas, moi, c’est ce que je vais faire maintenant avec lui…
– Je peux pas décider à ta place…
– Enfin si, je sais en réalité… Si !
– Et c’est ?
– Tu verras bien… Allez ! En route…

Il m’a regardée descendre de voiture… Approcher…
– Je lui ai parlé à lui, ce type, hier… Même qu’on a bu un café… Il est drôlement sympa… Si, c’est vrai… On pourrait, nous aussi… T’as pas envie ? Qu’on boive un café… T’as pas envie ?
– S’il y a que ça pour te faire plaisir… Mais pas aujourd’hui… Une autre fois…
– Sûr ?
– Promis…

Et Léo… À m’attendre… Toujours au même endroit… Léo qui m’a prise contre lui…
– On y va ?
– Tu crois pas que t’exagères ?
– Ben quoi ? C’est toi qu’as dit que…
– Que je me fichais que t’aies des sentiments pour moi ou pas, oui, je l’ai dit… Mais de là à ne te manifester que quand t’as envie de baiser  à la va vite il y a une marge, non, tu crois pas ? Ça ne te vient pas à l’idée que je pourrais avoir envie qu’on passe un peu de temps ensemble tous les deux ? Au moins un peu… À se promener… À discuter… À boire un coup… À se faire, de temps à autre, une petite toile… Sans que ça signifie pour autant…
– Je sais… Moi aussi je voudrais… J’aimerais bien… Seulement…
– Seulement ?
– Seulement j’ai mis les pieds dans un truc, là…
– Ah, oui ?
– Oui… Une nana… Une chieuse, mais chieuse… Quelque chose de rare… Pas moyen de m’en dépêtrer… Je peux pas m’éloigner d’elle cinq minutes sans qu’elle menace aussitôt de s’ouvrir les veines ou de se jeter par la fenêtre…
– Hein ?! Mais c’est affreux ! Elle est peut-être en train de baigner dans son sang… Et toi t’es là à discuter tranquillement avec moi comme si de rien n’était… Mais t’es complètement inconscient enfin !
File ! Va la retrouver !
– Mais non, mais…
– Il y a pas de mais… Je veux pas me sentir responsable de quoi que ce soit, moi !
Et je lui ai tourné le dos… En riant sous cape…



À la chorale nouvelle répétition du Stabat mater de Scarlatti… Je suis restée sur la touche… Difficile de s’intégrer quand les autres ont déjà des heures et des heures de travail derrière eux… J’ai écouté… Pour le moment j’écoute… Un vrai bonheur… Qu’est-ce que ce sera quand je pourrai chanter avec eux !

On est rentrés à pied, Bertrand et moi… Sans échanger le moindre mot… On était sous le charme…

À la maison on ne l’a pas rompu… On n’a pas allumé… Ses sonates à Scarlatti… Longtemps… Et cette fois c’est lui, Bertrand, qui m’a rejointe dans mon lit…   

mardi 20 mars 2012

Découverte ( 33 )

4 Avril

Il était assis sur le rebord d’un bac à fleurs à l’entrée de la fac… Il s’est levé… Du plus loin qu’il m’a aperçue il s’est levé…
– Tu le referas ? Une fois… Au moins une fois… Juste une fois… S’il te plaît, dis oui… Dis oui…
– Je sais pas…  
– T’as pas dit non… Oh, merci… Merci…
– J’ai pas dit oui non plus…
– Mais t’as pas dit non… T’as pas dit non…

Une fille m’a harponnée au passage…
– C’est bien toi, Manon ?
C’était moi, oui…
– Je peux te parler deux minutes ? Au sujet de Léo c’est…
– Ah…
– Tu tiens à lui ?
– Sans plus… Mais vraiment sans plus… On se fait du bien… Et puis voilà…
– C’est pas ce qu’il dit… D’après lui tu y es accro d’une force…
– Ben voyons !
– Il voudrait te plaquer, mais il peut pas : tu lui fais un chantage au suicide pas possible…
– Au moins…
– Et il veut pas avoir ta mort sur la conscience…
– Quel con ! Non, mais attends que je le voie… Je vais lui parler du pays…
– Dis rien ! Non… Surtout dis rien… Tu m’as pas vue… Tu me connais pas… C’est juste que je voulais savoir…
– Ben tu sais…
– Je sais, oui… Qu’en fait tu lui sers d’alibi… Que le temps qu’il prétend passer avec toi – et c’est souvent – il est pas obligé de le passer avec moi… Il en a rien à foutre de moi… Je le gave… Je le vois bien que je le gave…
– Tires-en les conclusions…
– Je peux pas… C’est au-dessus de mes forces… Je l’ai bien trop dans la peau…




– T’es pas allé bosser ?!
– Non… J’avais mieux à faire…  M’offrir un petit plaisir… Et renouer avec une vieille tradition… Je t’ai accompagnée, de loin, jusqu’à la fac…
– Et alors ?
– C’est toujours aussi agréable… Et même… beaucoup plus… Et ça m’a permis de faire la connaissance de ce brave garçon à qui tu as parlé en arrivant sur le campus… À propos il s’appelle Etienne…
– Tu lui as parlé ? C’est vrai ? Qu’est-ce tu lui as dit ?
– Que tu étais une fille superbe… Mais ça il le savait déjà…
– Non… Sérieux…
– Mais je suis sérieux ! On ne peut plus sérieux… Et puis on a discuté… Il était sur la défensive au début… Il savait pas qui j’étais… Où je voulais en venir… Je lui ai dit que souvent c’était moi qui t’amenais le matin… Que c’était sur ma route… Ça l’a rassuré… « Ah, vous êtes voisins » Je ne l’ai pas détrompé… Et on a fini par aller boire un café tous les deux… Il a osé quelques questions… Sur toi… Sur ce que tu fais… Sur les gens que tu rencontres… De plus en plus de questions… « Elle est fascinante, hein ? » «  Oh, oui ! »  Le cri du cœur… J’ai enfoncé le clou… « Comment ne pas tomber amoureux ? C’est impossible… »  «  Ça… Je vous le fais pas dire... Et j’en sais quelque chose… » Je me suis levé… Lui aussi… «  Peut-être à un de ces jours » « Oh, sûrement ! »
– Eh ben dis donc avec toi ça perd pas de temps, on peut pas dire… 

vendredi 16 mars 2012

Découverte ( 32 )

3 Avril

On y a passé toute l’après-midi d’hier… À visiter… Trois fois… À écouter une chorale qui répétait…
– C’est quoi ?
– Le Stabat mater de Haydn…
À paresser longtemps sur les bancs en bordure du plan d’eau…
– Nulle part je ne me sens aussi sereine et en harmonie qu’ici…
Il a souri…
– C’est souvent le sentiment qu’inspirent ces endroits imprégnés de spiritualité…
– Tu y crois, toi, aux vies antérieures ?
– C’est un sujet sur lequel je me garderai bien de me prononcer…
– Si ça existe alors sûrement que j’ai été moine ici… Ou quelque chose comme ça… Et toi aussi… Il y a des siècles qu’on se connaît si ça tombe… En tout cas depuis longtemps…
– Et on ne se lasse pas l’un de l’autre… La preuve !

Il a bien fallu finir par prendre, à regret, la route du retour…
– Tu te rappelles cette petite auberge au bord de la route ?
– Évidemment que je me rappelle !
Et on s’y est arrêtés…

On a parlé… De tout… En vrac… De moi… De lui… De musique… On a mangé… On a bu… Encore parlé… De Royaumont… Du type à la fac… Encore de moi… On s’est tenu la main longtemps, à la fin, par-dessus la table…
– On reste dormir ?
Un sourire pour toute réponse…

Et on a dormi dans les bras l’un de l’autre…

Là, maintenant, je suis assise à la petite table près de la fenêtre… Un rai de soleil effleure mon cahier… Des oiseaux pépient sur les branches d’un cerisier en fleurs… Lui, il dort… Paisible… Détendu… Moi, je n’ai guère fermé l’œil… Tant de choses à se bousculer dans ma tête… Et puis j’avais envie… Après une journée comme ça comment ne pas avoir envie ? Lui aussi il avait envie, mais… il y a ce qu’il m’a dit hier matin dans le square… D’un côté je lui en suis infiniment reconnaissante… C’est une sacrée preuve qu’il me donne là… Mais de l’autre je lui en veux ! C’est infernal comme je lui en veux… J’avais trop envie… On est quand même sacrément compliqués, nous, les humains…



22 heures

Quand il s’est enfin levé, il est venu tout droit se pencher par-dessus mon épaule… J’ai voulu cacher… Il m’en a empêchée… Et il a lu… Je l’ai laissé faire… Avec son souffle qui vivait dans mon cou…
– De toute façon tu l’aurais lu alors ! Comme t’as lu tout le reste… C’est pas vrai peut-être ?
– Tu sais bien que tout de toi me passionne… Tout…

On a été ensemble sous la douche… Avant de descendre déjeuner, dehors, sous un toit de chèvrefeuille…
– On fait quoi ?
J’ai haussé les épaules… Quelle question ! On retournait à Royaumont… Évidemment !
On y a passé la journée…

Quand on est rentrés on s’est longtemps enveloppés de musique… Sans bouger… Sans parler…

Je l’ai laissé aller se coucher… Et puis je l’ai rejoint… Dans sa chambre… Et j’ai dormi blottie contre lui…

mardi 13 mars 2012

Découverte ( 31 )

2 Avril ( suite )

– On reste encore un peu… Ça t’ennuie pas ?
– Non… Non… Bien sûr que non…
– Si j’avais pensé qu’un jour je serais assis là… Sur ce banc… À tes côtés… Mais ça m’aurait rendu fou de joie !
J’ai laissé tomber ma tête sur son épaule… Il m’a souri…
– Et maintenant, petite Manon, à ton avis, il va se passer quoi ?
– Je sais pas…
– Tu aurais envie qu’il se passe quoi ?
– Ce que tu veux, toi ! Tout ce que tu veux…
Il m’a pris la main…
– Ce que je veux ? Ce que je voudrais ? Tu le sais très bien… Et tu le voudrais, toi aussi… Au moins un peu… Seulement… seulement c’est ce qu’il faut surtout pas qu’il se passe si on veut éviter que ça finisse tous les deux… Si on se veut un vrai toujours… Tu comprends ?
– Oui… Même si… Mais oui, je comprends… Je comprends que tu m’aimes beaucoup plus que si tu m’aimais finalement…
– C’est ça… C’est exactement ça…
Il s’est levé… Moi aussi… Il m’a prise dans ses bras… Serrée contre lui…
– Laisse-moi te regarder vivre, Manon… Te voir… Être dans ta vie… Juste être dans ta vie…
– Tu y es… Tu y seras… De plus en plus…

– Marche ! Marche devant moi !
Je n’ai pas eu besoin de lui demander où il voulait que j’aille… Ça allait de soi… Ça coulait de source… Et j’ai pris le chemin de la fac… Sans me retourner une seule fois… Sans me préoccuper, en apparence, le moins du monde de lui…

Il m’a rejointe sur le campus…
– J’en ai passé du temps ici avec toi, en prenant mille précautions, quand j’étais à mon compte… Ce n’est plus possible… Et ça me manque… Tu peux pas savoir comme ça me manque… Ignorer ce que tu y vis… Ce que tu y fais…
– Oh, ce que j’y fais, tu sais ! J’assiste bêtement à des cours généralement chiants comme la pluie…
– Tu n’y es pas à moi… Le reste du temps que tu passes ici non plus…
– Le reste du temps…
Le reste du temps ? J’avais rencontré Léo… Et il y avait aussi eu l’autre, là… Celui des toilettes… Dont j’ignore jusqu’au nom… Et je lui ai raconté… Tout… Dans les moindres détails… Il m’a écoutée… Sans m’interrompre… Et puis…
– Tu sais de quoi je rêve quelquefois ? De quelqu’un – d’un complice – qui serait à l’affût de toi ici comme je le suis, moi, là-bas… On se rencontrerait… On parlerait de toi… Tu serais, à tous les deux, notre seul centre d’intérêt…
– Je te vois venir…
– Ça t’ennuierait ?
– Oh, non, non… Je le connais pas ce type…  Mais il m’émeut… La façon qu’il a de me regarder… D’avoir tellement envie de m’entendre recommencer… Ça m’émeut…

– On rentre pas déjà ?
– Si ! Chercher la voiture… Je t’emmène…
– Où ça ?
– Là où on a vraiment fait connaissance tous les deux…
– À Royaumont !
– À Royaumont, oui !
– Je suis heureuse… Tu peux pas savoir comme je suis heureuse…

– On y va ?
– Oui, mais avant je voudrais… J’aimerais…
Il me l’a chuchoté à l’oreille…
– Oui…
J’ai laissé la porte de la salle de bains ouverte… Escaladé le rebord de la baignoire… L’eau a ruisselé… J’ai chanté… Et son violon m’a accompagnée… De plus en plus près… Tout près… À côté… Les yeux dans les yeux…   

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