21 Mars
Quelqu’un dans l’obscurité… Penché sur moi… Sur mon lit… Qui m’effleure les
lèvres…
– Hein ? Mais qu’est-ce que ?
– C’est moi… Kevin…
– Kevin ? Mais comment t’es rentré ?
– C’est ton beau-père qui m’a ouvert… Je voulais pas partir sans te dire au
revoir…
– Partir ? Mais partir où ?
– Au Brésil… Pour du boulot… Une occasion en or… Je t’en ai pas parlé avant…
Parce que c’était pas sûr… Mais ça y est… Je décolle tout à l’heure…
On s’est rassasiés de plaisir… Et on est restés longtemps dans les bras l’un de
l’autre…
– Faut que j’y aille, Manon ! Maintenant faut vraiment que j’y
aille…
Il s’est penché une dernière fois sur moi… À la porte il ne s’est pas retourné…
Pour que je ne le voie pas pleurer…
Il va me manquer, c’est sûr… Parce qu’il était là, Kevin, tissé à ma vie… Et
pas seulement pour le cul… Pour plein de trucs… Quand j’avais besoin, pour quoi
que ce soit, il suffisait que je lui fasse signe et aussitôt… Pareil dans
l’autre sens… Ce qu’est bizarre quand même, si on y réfléchit bien, c’est qu’on
n’ait pas fini par tomber vraiment amoureux l’un de l’autre… Peut-être qu’on se
connaissait trop… Ou qu’instinctivement on sentait qu’on aurait couru à la
catastrophe…
Est-ce qu’on se reverra ? Sans doute pas… Sûrement pas… Il va faire sa vie
là-bas… Moi ici… La probabilité, pour qu’on se retrouve, est quasiment nulle…
Et alors à moi il va me rester quoi de lui ? De tous ces moments qu’on a
passés ensemble ? Rien ! Enfin, si ! Nos ébats filmés sur le
canapé du séjour… Le comble du comble, c’est que le seul souvenir de Kevin qui
me reste, c’est à Bertrand que je le dois… À Bertrand et à ses petites manies
tortueuses…
16 heures
Je suis allée dans son bureau… À son ordi… Pour la dupliquer cette video… Pour
me le réapproprier Kevin… Kevin avec moi… Kevin et moi… Pour garder quelque
chose de nous… Ce qui m’a permis de découvrir que maintenant – c’est tout
récent… ça doit remonter à deux ou trois jours… pas plus – il y a aussi une
camera dans ma chambre… Eh oui ! De toute façon au point où on en
est ! Un peu plus un peu moins… Et du coup… ben du coup – c’était
inespéré – nos adieux de ce matin je les ai… Deux fois même je les ai copiés…
Au cas où…
21 heures
– J’ai bien fait ? De le laisser entrer dans ta chambre ce garçon ce
matin ? J’ai bien fait ?
– Oui…
– Je savais pas trop si je devais, mais il paraissait tellement
désemparé…
– T’as bien fait, oui… T’as bien fait…
– Et donc s’il revient…
– Il reviendra pas…
Et les larmes me sont brusquement montées aux yeux…
– Ah…
Il s’est approché, m’a prise doucement contre lui… Je me suis abandonnée contre
son épaule et j’ai éclaté en sanglots…
vendredi 27 janvier 2012
Découverte ( 18 )
Par francois-fabien le vendredi 27 janvier 2012, 05:10 - Histoires de regards
mardi 24 janvier 2012
Découverte ( 17 )
Par francois-fabien le mardi 24 janvier 2012, 06:17 - Histoires de regards
20 Mars
Lui dans le bureau… Avec – j’en étais sûre – l’envie de me voir me donner du
plaisir… Et moi dans la salle de bains… Avec l’envie qu’il me voie m’en donner…
En cadeau… En merci pour hier… Plus rien d’autre que son envie rivée à moi… Et
que la mienne suspendue à son attente…
Alors doucement… Tout doucement… Tournée vers lui… Mi-assise mi-appuyée au
rebord de la baignoire… En effleurements légers, du bout des doigts, aux
lisières… Et soudain… le violon… Son violon à côté… En plainte ténue… Presque
inaudible…
Sur moi je me suis faite insistante… Obstinée… Sur le violon il s’est fait
prière… Supplication…
Et tout s’est emballé… Moi… Lui… Pour un plaisir inouï que j’ai hurlé à
pleine gorge… Que le violon a proclamé avec moi…
Et voilà… C’est fait… On se l’est dit… Avoué… On ne s’est rien dit, mais on
s’est tout dit… Beaucoup plus, beaucoup mieux que si on se l’était parlé avec
des mots… Il sait que je sais… Et il sait que je sais qu’il sait… Et on ne sait
rien... Ni l’un ni l’autre… On fait comme si… Est-ce que c’est
mieux ?
16 heures
Elle nous est tombée dessus à midi… Juste comme on allait se mettre à
table…
– Ah, ben je vois qu’on se laisse pas aller ! Des ris de veau ! Qui
c’est qu’a cuisiné ça ? Sûrement pas Manon… Elle est incapable de faire
cuire un œuf à la coque… Tu as des talents cachés, mon cher ! Dommage que
tu n’aies pas jugé bon de m’en faire profiter quand j’étais là… En attendant je
vous remercie, hein, tous les deux… Parce qu’en trois jours pas un coup de fil…
Ni de l’un ni de l’autre… Faut croire que je vous ai manqué… Ah, ça fait
plaisir…
– Tu pouvais aussi appeler…
– Ben bien sûr ! Tu crois pas que c’était à vous de le faire plutôt,
non ? En tout cas à toi… Parce que Bertrand, lui, à part sa petite
personne… Bon, mais maintenant au moins je saurai à quoi m’en tenir… Alors pour
info, Solange et moi on s’est trouvé un petit quelque chose… Du côté de Dreux…
On emménage demain… Si ça te dit de passer voir, un de ces jours, comment on
est installées… Mais te sens pas obligée non plus, hein ! Bon, sur ce je
vous laisse à vos ris de veau… J’ai à faire…
– Eh ben voilà ! En tout cas toi, elle t’a pas invité…
– Faut croire qu’on n’a pas trop envie que je débarque là-bas…
– Finalement, si on y réfléchit bien, vous vous séparez sans vous séparer
vraiment, quoi !
– C’est à peu près ça…
– Un truc qui m’étonne, c’est qu’elle ait pas insisté, une fois de plus, pour
que j’aille habiter ailleurs qu’ici… Elle a dû trouver que c’était pas le
moment de parler de ça…
22 heures
Il m’a donné mon premier cours de violon… Qui a surtout consisté à m’apprendre
à le tenir…
– Parce que si tu prends, dès le début, de mauvaises habitudes tu auras un mal
fou à t’en débarrasser…
Et à faire glisser l’archet sur les cordes…
Une petite demi-heure… Il n’a pas voulu plus…
– Tu te lasserais…
Après… après il m’a appris à reconnaître les instruments… À l’oreille… Et, en
dessert, on a écouté la messe en A-dur de César Franck…
vendredi 20 janvier 2012
Découverte ( 16 )
Par francois-fabien le vendredi 20 janvier 2012, 07:14 - Histoires de regards
19 Mars
Samedi… On pouvait traîner… Et on s’en est pas privés… On a pris tout notre
temps pour déjeuner…
– Tu vas faire quoi, toi, aujourd’hui ?
– Je sais pas… Je vais bouquiner… Sûrement… Et me balader un peu sur Internet…
Pourquoi tu me demandes ça ?
– Parce que… Parce que moi, je file à Royaumont…
– Je connais pas… C’est quoi ?
– Une abbaye… Une abbaye d’une beauté exceptionnelle… Où on donne ce soir un
concert de César Franck…
– Je connais pas non plus… Je suis complètement nulle, hein !?
– Je t’emmène si tu veux… Tu regretteras pas, tu verras…
– On part quand ?
– Quand tu seras prête… Mais prends ton temps…
Je l’ai pris… Parce que j’avais à peine refermé la porte de la salle de bains
que déjà il s’engouffrait dans son bureau… C’était du direct qu’il voulait ce
matin… Il en a eu… Du sage… Du tranquille… Du longuement étiré… Qu’il puisse en
profiter tout son saoul…
On a roulé… Il chantonnait, heureux, insouciant…
– Faut bien reconnaître…
– Que quand elle est pas là c’est nettement plus détendu… Ça, c’est sûr… Il y a
pas photo…
À midi on s’est arrêtés, pour déjeuner, dans une petite auberge aux nappes et
serviettes vichy…
– Bon… Mais si tu me parlais un peu de toi?
– De moi ?
– De toi, oui… Ça fait deux ans qu’on vit sous le même toit et je sais
quasiment rien de tes goûts, de tes projets, de tes rêves…
– C’est qu’il y a pas grand-chose à en dire… Je suis une fille tout ce qu’il y
a de plus banal, tu sais…
– Ça, c’est ton point de vue à toi…
– Oh, mais si, c’est vrai, hein !
– T’as bien des amis quand même… Qui te fréquentent parce qu’ils te trouvent
toutes sortes de qualités…
– Parce qu’ils me connaissent pas vraiment… Parce que je triche… Je laisse
croire… J’arrête pas de tromper mon monde… Et de crever de trouille qu’on
découvre qui je suis vraiment… Une usurpatrice… Voilà ce que je suis…
– Je suis pas convaincu, mais alors là pas convaincu du tout…
– Oui, mais parce que toi…
– Parce que moi ?
– Non… Rien… Si tu me parlais de César Franck plutôt ? Que j’en connaisse
au moins un peu quelque chose en arrivant là-bas…
L’abbaye… Brusquement apparue au milieu d’une immensité de verdure…
– C’est magnifique ! C’est splendide !
On l’a visitée…
Revisitée…
– Il y a pas de mots… Il y a pas de mots…
Et puis, à la nuit tombée, ça a été le concert…
– Qu’est-ce qu’il y a ? Ça va pas ?
– Si !
– Mais tu pleures !
– C’est que c’est trop beau ! Comment c’est trop beau !
Dans la voiture, au retour, il a mis de la musique. La même musique... Qu’on a
écoutée en silence… Sans échanger un mot… On était bien… Si bien…
mardi 17 janvier 2012
Découverte ( 15 )
Par francois-fabien le mardi 17 janvier 2012, 07:38 - Histoires de regards
17 Mars
– Ah, t’es là !
– Oui, je suis là, oui… Pourquoi ? Ça te dérange ?
– Non… Bien sûr que non…
– De toute façon je fais que passer… En coup de vent… J’avais besoin de deux
trois trucs…
– En fait tu t’installes carrément chez Solange, quoi ?!
– Pas vraiment, non ! Mais enfin on en parle… On l’envisage… Ça va sans
doute finir par se faire… Parce qu’avec Solange au moins on a des sujets de
conversation toutes les deux… On est à notre rythme… Au calme… Je me sens
détendue… Sereine…
– Vous êtes seulement amies ou bien ?
– Ou bien quoi ? Qu’est-ce que tu vas chercher ? Non, mais ça va pas,
Manon ! Ça va pas ! T’es vraiment pas bien…
– Ce serait pas un drame…
– Pour toi peut-être pas ! Mais pour moi, si, figure-toi ! S’il y a
quelque chose que je n’ai jamais envisagé… Avec personne… Et avec Solange
encore moins qu’avec qui que ce soit…
– C’est bon… C’est bon… On va pas en faire un plat non plus… Je disais ça comme
ça, moi, hein !
– Ben, réfléchis un peu avant de parler… Au lieu de lancer comme ça n’importe
quelle idiotie en l’air… Bon, mais et toi ? Tu vas faire quoi
maintenant ? Quand je serai partie… Tu vas aller où ?
– Je sais pas… Je verrai… Quand on y sera…
– Penses-y quand même… Parce que ça peut arriver vite… Et tu vas quand même pas
rester ici toute seule…
– Ben pourquoi ?
– Mais parce que enfin, Manon ! Tu parles pas sérieusement,
j’espère ?
16 heures
– Allo… Kevin ? C’est moi, Manon !
– Oui, ben ça, je vois bien… J’entends bien plutôt…
– Qu’est-ce tu fais ?
– Rien de spécial...
– Tu passes me voir alors ?!
Il ne se l’est pas fait répéter deux fois…
Petite mise en bouche sur le canapé du salon… Le temps de se mettre en
appétit…
– Viens ! Viens dans la chambre… On sera mieux…
Il y en a un ce soir qui va se sentir frustré, mais frustré ! Et qui saura
jamais ce qu’il a perdu… Parce que pour donner ça a donné… C’est comme ça
chaque fois – presque chaque fois – de toute façon tous les deux…
22 heures
– Et si tu m’apprenais ?
– Si je t’apprenais quoi ?
– À en jouer du violon…
Il m’a regardée stupéfait, l’archet en l’air…
– T’aurais envie, c’est vrai ?
– Puisque je te demande…
– C’est difficile, tu sais…
– J’m’en doute…
– Et il faut s’y tenir… Mais après… après ça donne tellement de
satisfactions…
vendredi 13 janvier 2012
Découverte ( 14 )
Par francois-fabien le vendredi 13 janvier 2012, 05:39 - Histoires de regards
16 Mars
Je me suis douchée chez Kevin… Parce qu’à la maison j’aurais été fichue de pas
pouvoir m’empêcher de me le faire… Une fois de plus… Et qu’est-ce qu’il
finirait par penser de moi Bertrand à force ? Que je suis une véritable
obsédée… Que je passe ma vie à ça… Il aurait pas complètement tort d’ailleurs…
Je me le suis rarement autant fait qu’en ce moment… Ce matin encore… Au lever…
Deux fois… Il y a plus que ça qui compte… J’ai tout le temps envie… Et ça
dépote… Au point que… même Kevin il en revenait pas … C’est pour dire… Parce
que Kevin il me connaît depuis le temps… Il sait qu’il faut pas m’en promettre…
Eh ben même lui il était estomaqué tout à l’heure !
– Eh ben dis donc ! Une furie ! Une vraie furie… Mais qu’est-ce qui
se passe ? Qu’est-ce qu’on t’a fait ?
D’un air complètement ahuri…
Je me suis bien gardée de lui répondre… Je me suis contentée de m’employer à le
ranimer… Avec succès…
23 heures
– Elle rentre pas non plus ce soir, ta mère…
– Ah, oui !? Et elle a dit quelque chose ?
– Qu’elle passerait demain, vite fait, prendre quelques affaires…
– Oui… Elle se casse carrément, quoi !
– Elle prétend que non… Qu’elle a juste besoin de faire un peu le point…
Quelques jours…
– Oui, oh, alors ça !
– On n’est pas près de la revoir… C’est ce que tu veux dire ? C’est bien
aussi mon avis…
D’habitude, c’est lui qui fait les courses. Mais là…
– J’ai oublié… J’ai complètement oublié…
Tu parles ! C’était cousu de fil blanc… Depuis le temps qu’il crève
d’envie qu’on aille au restaurant tous les deux !
– On dirait presque qu’on est en train de fêter ça qu’elle soit partie… En
faisant un gueuleton…
Il a souri, mais il n’a pas répondu…
– Faut reconnaître, hein… Ça beau être ma mère… Faut reconnaître… Tiens,
franchement, tu sais pas ce que je suis en train de me dire ? C’est que
plus longtemps elle y restera chez sa copine Solange et plus longtemps on aura
la paix… Parce que je sais pas toi, mais moi d’entendre gueuler comme ça tous
les soirs pour des broutilles, j’en ai ma claque à force, mais ma claque !
Pas toi ? Et même quand elle gueule pas d’ailleurs c’est pas mieux… Parce
qu’elle te tire une de ces tronches ! Non… Si elle pouvait y rester
là-bas ! Une bonne fois pour toutes ! Qu’est-ce qu’on serait au
calme ! La seule chose…
– La seule chose ?
– C’est que t’aurais plus aucune espèce de raison de me garder… Du moment qu’il
y aurait plus ma mère…
– Ah, ben si, si ! Il y en a une de raison ! Et de taille…
– Ah, oui ? C’est quoi ?
– C’est que j’aurais plus personne pour m’écouter passionnément jouer du violon
si tu n’étais plus là…
J’ai plongé mes yeux dans les siens…
- J’ai envie… De t’entendre… J’ai trop envie… On rentre ?
3 heures du matin
Il n’est resté que très peu de temps dans son bureau. Il est là, à côté.
Sûrement il dort. Moi pas. Je me suis tournée, retournée sans réussir à trouver
le sommeil. J’ai fini par me lever…
mardi 10 janvier 2012
Découverte ( 13 )
Par francois-fabien le mardi 10 janvier 2012, 05:29 - Histoires de regards
15 Mars
J’avais pris d’excellentes résolutions : pas question de recommencer. Pas
tout de suite en tout cas. Que ça ne devienne pas une habitude. Qu’il ne
finisse pas par considérer ça comme un dû. Que ça reste exceptionnel. Pas mal,
oui ! J’ai tenu le coup, allez, quoi ? Dix minutes à tout casser… Et
puis… Un bien-être… Des images… De lui, dans son bureau, à l’ordi, en train de
me regarder me le faire… En train de se le faire, lui, avec fougue, avec
emportement, sans jamais me quitter des yeux… Le jet de la douche… Qui me
cible… Qui s’installe… Sans que je l’aie vraiment voulu… Qui refuse obstinément
de s’éloigner… Mes doigts… Ça démarre… Ça peut plus s’arrêter… Ça s’arrêtera
plus…
17 heures
Ce qu’on voit, c’est la même chose qu’hier. Ni plus ni moins. En plus agité. En
carrément déchaîné, oui, même, à la fin… Ça, c’est ce qu’on voit… Mais alors ce
qu’on entend ! Ah, il va en avoir pour son argent ! Je rugis
carrément, oui ! Et ça dure, mais ça dure ! Jamais j’aurais pensé que
je pouvais me mettre dans des états pareils ! Comment ça me fascinait de
me voir ! Je me le suis repassé en boucle au moins vingt fois ce truc… Et
de me dire que ce serait lui qui serait assis là ce soir ! Tout à l’heure…
Exactement au même endroit… Dommage qu’il ait pas eu l’idée de se filmer, lui,
tiens, devant son ordi… Je lui aurais rendu la monnaie de sa pièce… En
attendant à force de me regarder comme ça… À force de penser que j’étais à sa
place, dans son fauteuil, j’ai… Je dois pas être bien… Je dois vraiment pas
être bien par moments…
22 heures
- Elle rentre pas ta mère ce soir…
- Ah, oui ?! Elle est où ?
- Elle passe la nuit chez Solange…
- Encore ! Il y a vraiment plus que cette Solange qui compte…
- Je te le fais pas dire…
- Elle va peut-être finir par y rester…
- Qui sait ?
- Ça a pas l’air de te tracasser plus que ça…
- Ta mère a énormément de qualités, mais…
- Mais elle a encore plus de défauts… Et elle est carrément invivable… Tu peux
le dire, tu sais, ça me choque pas… Il y a longtemps que je suis au courant…
Bon, mais alors du coup tu vas pouvoir me jouer du violon tout à l’heure…
3 heures du matin
Il m’en a joué. Longtemps. Jusqu’à ce que je tombe de sommeil…
- Va te coucher… Tu n’en peux plus…
Mais je n’ai pas pu m’endormir… Il n’était pas dans la chambre, à côté. Il
était dans son bureau. Forcément. Je me suis relevée. Je me suis approchée. À
pas de loup. J’ai collé mon oreille contre la porte… C’était moi. Moi de ce
matin. Moi ! Lui aussi en boucle. Inlassablement. Son souffle s’est fait
plus profond. Plus rapide. Un petit gémissement. Un autre. Un râle étouffé. Je
me suis enfuie. Le plus rapidement possible. Le plus silencieusement
possible.
Maintenant il dort, là, à côté… Et rêve peut-être de moi… N’empêche que j’ai
pris un risque… Et s’il était sorti ? Un risque inconsidéré… Pas
tant que ça finalement ! J’aurais inventé un truc… Que j’avais soif… Où
que j’étais pas sûre d’avoir bien fermé la porte d’entrée… Il y aurait vu que
du feu…
vendredi 6 janvier 2012
Découverte ( 12 )
Par francois-fabien le vendredi 6 janvier 2012, 07:05 - Histoires de regards
14 Mars
Je ne vais pas me chercher d’excuses. Je n’en ai ni besoin ni envie. Je l’ai
fait. Tout à l’heure. Dans la salle de bains. Assise dans la baignoire. En
sachant parfaitement ce que je faisais. À cause d’hier. De la musique. De la
journée qu’on a passée ensemble. Et aussi parce que je savais qu’il allait me
voir – me regarder – toute nue. Que, sans doute, il allait attendre ce
moment-là toute la journée avec impatience. Y penser constamment. Se
précipiter, aussitôt rentré, dans son bureau pour se gorger de moi tout son
saoul. Ça avait quelque chose d’infiniment troublant cette idée. De
profondément excitant. Et je l’ai fait. Même si j’avais voulu, je n’aurais pas
pu, je crois, me retenir… J’en avais bien trop envie…
17 heures
J’ai trouvé. J’ai enfin trouvé par où transitent les vidéos, quand elles
sortent, toutes fraîches, des caméras. Il est retors. Mais je suis maligne. Et
du coup je me suis regardée. Avant lui. On voit rien du tout en fait. Enfin
si ! On me voit jusqu’à la moitié des seins. Qui ballottent tant qu’ils
peuvent. Forcément. Ils suivent le mouvement. Une chose est sûre en tout
cas : c’est qu’on ne peut avoir aucun doute sur l’occupation à laquelle je
suis en train de me livrer. Même si on ne fait que la deviner. Il sera
peut-être déçu ? Il aurait peut-être préféré voir vraiment… Non, mais
attends, il va pas se plaindre en plus ! Manquerait plus que ça !
C’est déjà un sacré beau cadeau que je lui fais là… Il ira pas prétendre le
contraire… Oh, et puis qu’est-ce qui lui dit que je recommencerai pas… Et que
cette fois… En attendant je peux être fière de moi : parce que pas une
seule fois – ce qui aurait pu éveiller sérieusement ses soupçons – je ne me
tourne vers la caméra… Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manquait par
moments…
21 heures
Il avait à peine refermé la porte de son bureau que ma mère a explosé…
- Et voilà ! Voilà ! Le v’là encore enfermé là-dedans… Non, mais tu
peux me dire ce qu’il y fabrique comme ça à longueur de temps ? Ah, c’est
agréable pour moi ! Je le vois pas de la journée et quand il rentre il a
rien de plus pressé que de disparaître. Le week end, pareil… Oh, mais j’ai pas
dit mon dernier mot ! Parce que Solange elle a le même à la maison.
Exactement le même. Et tu sais ce qu’on se disait toutes les deux ? Eh
bien qu’on allait sûrement pas continuer à supporter ça comme ça pendant des
mois et des mois…
- J’ai déjà entendu ça des dizaines de fois…
- Oui, mais bouge pas que si ce coup-ci il change pas ! Parce que j’en
peux plus, Manon… J’en peux vraiment plus… Et Solange non plus… On en a soupé
des bonshommes… Alors tu sais ce qu’on envisage ? De se prendre un petit
quelque chose toutes les deux… Pas trop grand… Pas trop cher… Ah, ils
tomberaient de haut…
- Eh ben faites-le ! Qu’est-ce que vous attendez ?
- Si on ne s’éloigne pas de Paris c’est hors de prix. Et tu as tes études, toi,
ici ! Et tu as ton petit caractère… Alors je ne suis pas certaine que
Solange et toi ça se passerait bien tous les jours…
- Et bien sûr, comme d’habitude, c’est de ma faute…
- C’est pas ce que je veux dire…
- Mais c’est quand même ce que tu dis… Ce que t’es en train de me dire, c’est
que je t’empêche de faire ce que tu veux… Que je t’empêche de vivre… Ah, c’est
agréable à entendre !
- On peut pas parler avec toi… Jamais… Faut tout de suite que tu prennes la
mouche…
- Mais pars ! Pars ! Vis ta vie ! Et t’inquiète pas pour moi… Je
me débrouillerai… Je trouverai une solution…
- Laquelle ?
- T’inquiète, j’te
dis !
mardi 3 janvier 2012
Découverte ( 11 )
Par francois-fabien le mardi 3 janvier 2012, 07:44 - Histoires de regards
13 Mars
Ma mère a quitté la maison ce matin sur le coup de dix heures…
- Puisque vous allez à ce fichu concert, puisque vous serez pas là de tout
l’après-midi, je vais en profiter pour aller rendre une petite visite à ma
vieille copine Angèle… Par contre je sais pas à quelle heure je rentrerai… Vous
verrez bien…
- Oh, mais t’es toute belle !
Comme s’il le savait pas ! Comme s’il avait pas assisté, de son bureau, en
direct, à mes longs préparatifs dans la salle de bains. À moins que… à moins
qu’il ne se les soit réservés pour plus tard. Ce soir. Ou demain. Pour pouvoir
les savourer à petites bouchées gourmandes. Qui sait ?
Il a absolument tenu à ce qu’on prenne un taxi…
- Si ! C’est la fête aujourd’hui…
Ce n’était plus le même homme. Plus du tout. Il était enjoué, volubile, riant
de tout. Riant de rien. Heureux. Pour la première fois je le découvrais
heureux.
Une salle superbe. On s’y est laissé envelopper par la musique. Trois heures.
Quatre heures. Je ne sais pas. Je n’avais plus la moindre notion du temps. De
temps à autre il me jetait un sourire ravi et complice. Ou bien battait
discrètement la mesure sur son genou.
En sortant on a marché un long moment en silence, les oreilles encore tout
éblouies de musique. Et puis…
- Ça t’a plu ?
- Un peu que ça m’a plu… Je serais difficile…
- On recommencera alors…
- Oh, alors ça ! Quand tu voudras…
Ce sera bientôt. Aucun doute là-dessus…
J’ai rallumé mon portable. J’avais un message « Je passe la nuit chez
Solange. Ne m’attendez pas. »
- Et si ?
- Si ?
- Non. Rien. Rien…
Mais je sais ce qu’il voulait dire. J’en suis sûre. Il voulait proposer qu’on
aille au restaurant. Il n’a pas osé…
On a mangé tous les deux. En tête à tête…
- Mais pourquoi ? Pourquoi t’as accepté ça ?
- Accepté quoi ?
- De renoncer à tout ça… Au violon… À la musique…
- Elle les percevait comme des rivaux… Elle m’a sommé de choisir… Elle ou
eux…
- Et tu l’as préférée elle…
- On peut dire ça comme ça… Si on veut…
- Et maintenant ?
- Elle ne me met plus le marché en mains…
- Et si elle te le remettait ?
Il n’a pas répondu…
- Tu l’aimes ?
Il n’a pas répondu non plus…
On s’est levés de table…
- Tu me joues quelque chose ?
Il ne s’est pas fait prier… Sa musique a envahi le séjour…
Quand j’ai regagné ma chambre, il était deux heures du matin…
Lui, il est allé s’enfermer dans son bureau. Pour y voir quoi ? Pour y
faire quoi ?
vendredi 30 décembre 2011
Découverte ( 10 )
Par francois-fabien le vendredi 30 décembre 2011, 07:45 - Histoires de regards
11 Mars
Il y a du nouveau ! Il a installé une caméra dans la salle de bains. Enfin
non ! Pas une. Deux. La première est braquée sur la baignoire et l’autre
sur la glace au-dessus du lavabo. Les trois quarts d’heure que j’ai passés hier
matin à me doucher, à m’extirper deux ou trois poils du menton et à me
maquiller ont été intégralement filmés et placés dans un sous-dossier qu’il a
intitulé : « ELLE INTIME »…
Bon, mais à qui la faute ? Hein ? À qui ? Parce que jusque là,
en deux ans, il n’en avait pas eu l’idée ou, du moins, s’il l’avait eue, il ne
l’avait pas mise à exécution. Quelque chose le retenait. Seulement… seulement
il y a eu le petit épisode avec Kevin sur le canapé. Qui l’a mis en appétit.
Qui lui a donné envie de me voir plus. Plus souvent. Et complètement. Il a pas
pu s’empêcher. Comment lui en vouloir ? C’était à moi de faire attention.
De ne pas me donner comme ça en spectacle. Rien ne serait arrivé. Il aurait
continué comme avant. À me regarder manger. Ou glander…
Et maintenant je fais quoi ? Parce que ça change de registre, là, quand
même ! Qu’est-ce qu’elles feraient à ma place les autres dans la même
situation ? Elodie… Séverine… Aurore… Elles réagiraient. Ça ne fait pas
l’ombre d’un doute. Elles réagiraient. Elles monteraient sur leurs grands
chevaux. Elles exigeraient que ça cesse. Immédiatement. Ou plutôt non. C’est ce
qu’elles proclameraient haut et fort qu’elles feraient si je leur posais la
question. Mais est-ce si sûr ? Est-ce que c’est ce qu’elles feraient
VRAIMENT si ça leur arrivait ? Je n’en mettrais pas ma main au feu. Et de
toute façon qu’importe ce qu’elles feraient ou ne feraient pas. Diraient ou ne
diraient pas. C’est moi qui suis concernée. Pas elles. Et moi, eh bien moi, je
ne suis pas certaine d’avoir envie de lui taper un scandale. Parce que voilà
quelqu’un dont la vie sexuelle est réduite, par la faute de ma mère, à la
portion congrue. Qu’elle oblige à se satisfaire tout seul. Il le fait en me
regardant sous la douche ? Et alors ! La belle affaire ! J’en
mourrai pas… Je suis bien tranquille que c’est le genre de choses qu’est déjà
arrivé, à une occasion ou à une autre, à neuf filles sur dix. Sauf qu’elles
l’ont jamais su. Qu’elles s’en sont pas rendu compte. Alors disons que moi non
plus. Que, tout comme elles, je ne sais rien. Ce qui devrait d’ailleurs être le
cas…
21 heures
- Je peux avoir des places…
Ma mère a levé le nez de son assiette…
- Des places ? Des places pour quoi ?
- Pour un concert, dimanche, salle Pleyel…
- C’est quoi ?
- Le Concerto pour violon en ré majeur de Beethoven… Entre autres…
- Alors ça te reprend ce truc…
- C’est pas que ça me reprend, c’est que…
- Oh, tu fais bien ce que tu veux… Du moment que tu me fais pas grincer ton
horrible crincrin dans les oreilles… En tout cas compte pas sur moi pour
t’accompagner là-bas… Je tiens pas à m’ennuyer toute une après-midi…
- J’irais bien, moi !
- Toi ! On voit que tu sais pas ce que c’est, ma pauvre fille ! Oh,
mais vas-y ! Vas-y ! Ça te fera passer à tout jamais l’envie d’y
retourner…
Et elle a emporté une pile d’assiettes en marmonnant…
- Je t’en prends une de place alors ?
- Évidemment ! Quelle question !
mardi 27 décembre 2011
Découverte ( 9 )
Par francois-fabien le mardi 27 décembre 2011, 07:14 - Histoires de regards
9 Mars
Encore un réveil en violon tout à l’heure. Quelque chose de plus violent que
l’autre jour. Ou plutôt pas violent, non. Passionné. Quelque chose de très
beau. Sur quoi j’étais parfaitement incapable de mettre un nom. Parce que je
suis une vraie buse en musique. Et mis à part l’adagio d’Albinoni, je ne
connais rien, mais ce qui s’appelle rien ! Ça m’émeut pourtant… Ça me
remue à l’intérieur… Ça me bouleverse… Mais je n’ai jamais cherché à
approfondir… À savoir… J’ignore pourquoi… C’est comme ça…
Il n’est pas entré dans ma chambre. C’est moi qui suis sortie… L’écouter… Le
regarder jouer… Il s’est aussitôt arrêté… « - Oh, non, non,
continue ! Continue ! » Ce qu’il a fait… Longtemps… Chaque fois
qu’il relevait son archet, qu’il faisait mine de s’interrompre je lui faisais
signe : Encore ! Encore ! jusqu’à ce que…
- Tu sais l’heure qu’il est ? Pas loin de midi…
- Hein ?! Mais j’ai pas vu le temps passer…
- Ah, ça, moi non plus ! Ça me fait un bien de rejouer, mais un bien, tu
peux pas savoir !
- Ben faut pas t’en priver alors ! C’est idiot…
- Je sais, oui ! Mais ça va changer… Oui, ça va changer…
14 heures
Aussitôt après son départ je suis allée sur son ordi revoir – pourquoi m’en
cacher ? – la vidéo où je suis avec Kevin. Que je n’ai pas regardée, mais
alors là pas du tout, avec les mêmes yeux qu’hier. Parce que je savais – faut
pas être idiote non plus ! – qu’il s’en est « servi » ?
Peut-être. Sûrement. Il y a forcément de ça. Est-ce que je lui en veux ?
Un peu quand même. Et puis en même temps pas du tout. Parce que faut bien
reconnaître : v’là un type qu’est complètement privé. Sevré de sexe.
Depuis des semaines, voire des mois. Et moi je lui offre, sans vraiment le
faire exprès, le spectacle d’une partie de jambes en l’air débridée sur le
canapé du séjour. Une aubaine pour lui. Une bénédiction. Faudrait qu’il soit
héroïque pour ne pas en profiter ! De toute façon j’avais qu’à faire
attention. Je savais. Même si je suis censée pas savoir je savais. J’avais qu’à
y penser. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même…
Et puis – je l’écris ? j’ose l’écrire ? – eh bien je me dis qu’au
fond c’est un peu ma façon de le remercier, en secret, pour tout le plaisir
qu’il me procure avec son violon. C’est mon cadeau à moi. En échange du sien.
Voilà… Mon cadeau… Et si ? Non, arrête, t’es complètement folle ! En
tout cas ce serait possible, hein ! Parce que Kevin le mercredi
après-midi… Arrête, j’te dis ! Tu vas pas faire ça ?! Ce serait
délibéré cette fois… Volontaire… Et… Et quoi ? Tu vas continuer longtemps
à faire ton hypocrite… À te faire croire que… Sois honnête ! Est-ce que ça
te flatte pas – au moins un peu – est-ce que ça te flatte pas que ce soit en te
regardant, toi, avec Kevin qu’il ait eu envie hier soir alors qu’il y a tant de
films sur Internet avec des actrices mille fois plus belles et plus séduisantes
que toi ?
Oui, mais enfin faut avouer que t’es quand même trop, toi, dans ton
genre ! Parce que qu’est-ce que t’en sais !? Tu y étais ?
T’étais avec lui ? Eh ben alors ! Si ça tombe il y a même pas pensé à
ta vidéo. Il s’est jeté sur autre chose. Oui, mais non, mais j’y crois pas. Je
suis sûre. Sûre et certaine que c’est nous qu’il a regardés. Je le sais. Je le
sens. Bon, alors qu’est-ce que je fais ? Je l’appelle Kevin ? Je lui
dis de venir ? Non. Non, je peux pas faire ça. Ça craint quand même…
15 heures
Je l’ai appelé. Son portable était éteint.
vendredi 23 décembre 2011
Découverte ( 8 )
Par francois-fabien le vendredi 23 décembre 2011, 08:07 - Histoires de regards
6 Mars
J’y suis retournée ce matin. Vite fait. En espérant. Que ça n’y serait pas. Que
la caméra avait beugué. Ou qu’il nous avait effacés. Exprès ou pas. N’importe
quoi pourvu que… Mais non ! Non ! Malheureusement ça y était. Et…
quel spectacle ! Non, mais quel spectacle je lui ai, sans le vouloir,
offert là avec Kevin ! J’ai dû m’y reprendre à cinq fois pour pouvoir nous
regarder jusqu’au bout. Déchaînée je suis là-dessus. Complètement déchaînée. Et
il a vu ça ! Ah, je peux être fière de moi !
Mon premier réflexe a été de supprimer. D’instinct. Ce que j’ai fait. Mais je
me suis presque aussitôt ravisée. Et j’ai récupéré. Dans la corbeille. Parce
que la disparition de cette vidéo il allait se l’expliquer comment ? Une
fausse manœuvre, par inadvertance, de sa part ? Oui. Peut-être. Mais c’est
tiré par les cheveux. Non. Comment ne pas soupçonner – au moins soupçonner –
dans un cas pareil une intervention extérieure ? En l’occurrence la
mienne. Parce que ma mère ignore tout de la façon dont fonctionne un
ordinateur. Et je ne veux pas. Je ne veux pas qu’il sache que je sais. Qu’il
puisse seulement le supposer. Encore moins maintenant qu’avant. Parce qu’il
irait forcément s’imaginer que c’était délibéré. Que j’ai sciemment attiré
Kevin sur le canapé du salon au lieu de l’entraîner logiquement dans ma
chambre. Exprès. Pour qu’il assiste à ça… Et rien que d’y penser…
Ce qu’il va falloir en tout cas, c’est que je découvre comment il procède. Par
où transitent les vidéos avant qu’il les fasse basculer dans ses dossiers
cachés. Pour que je puisse intervenir en amont. Non pas que je compte
recommencer à m’ébattre – je suis vaccinée – avec Kevin sur le canapé du salon,
mais parce qu’il peut se produire n’importe quoi d’imprévisible… De ces choses
dont on n’a vraiment pas envie que qui que ce soit les voie…
23 heures 45
J’appréhendais… Non, mais comment j’appréhendais ! Parce que je l’avais
pas revu depuis que lui a vu, hier soir, ce qu’il n’aurait jamais dû voir… Eh
bien il était exactement le même que d’habitude avec moi… Comme si de rien
n’était ! Exactement comme si de rien n’était… Bon, mais je m’attendais à
quoi aussi ? À ce qu’il évite mon regard, rouge de confusion ? À ce
qu’il me jette des coups d’œil douloureusement réprobateurs ? Ou au
contraire résolument égrillards ? Ridicule… Complètement ridicule…Il est
censé n’avoir rien vu. Ne rien savoir. Tout comme moi… On ne sait rien. Ni l’un
ni l’autre…
À la fin du repas il est allé s’enfermer dans son bureau dont il n’est
ressorti, une bonne heure plus tard, que pour aller rejoindre ma mère dans la
chambre. Un soupir. Un grognement. Un autre… « - Oh, fous-moi la paix,
écoute ! » Le silence. Troué, quelques instants plus tard, d’un…
« - T’as compris ce que je t’ai dit ? Ah, quand ça te tient ça
te tient, toi, hein ! » À nouveau le silence. Et puis l’explosion…
« Oh, mais merde ! Merde à la fin ! Si tu peux pas t’en passer,
va regarder un porno, va te branler, mais lâche-moi ! T’as compris ?
Lâche-moi ! »
La porte a claqué.
Puis celle de son bureau. Dont il n’est pas depuis sorti. Il fait quoi
là-dedans ? Ce n’est pas bien compliqué à imaginer : il suit les
conseils qu’elle lui a prodigués tout à l’heure avec tant d’à propos et de
délicatesse. En regardant quoi ? Je préfère ne pas essayer de répondre à
cette question…
mardi 20 décembre 2011
Découverte ( 7 )
Par francois-fabien le mardi 20 décembre 2011, 07:20 - Histoires de regards
7 Mars
J’ai honte ! Non, mais comment j’ai honte ! Ma seule excuse, c’est
que je ne me suis pas rendu compte. Du moins pas tout de suite. Du moins pas
complètement. Ça paraît invraisemblable, je sais… Et pourtant c’est comme ça…
Bon, mais que je raconte !
En début d’après-midi mon portable sonne.
- Manon ? C’est moi, Kevin ! J’avais un truc à faire dans ton
quartier. Je suis en bas de chez toi. Je peux monter ?
Évidemment qu’il pouvait ! C’te question !
- Salut !
- Oh, là ! Ça va pas, toi ! Qu’est-ce qui se passe ?
Il était au bord des larmes.
- J’ai complètement foiré mes partiels. Je passerai pas en seconde année, c’est
sûr… Et comme je redouble déjà…
- Il y a pas mort d’homme…
- Non, bien sûr, mais… je vais faire quoi maintenant ? N’importe quoi…
Qu’est-ce ça peut foutre ? De toute façon tout ce que j’entreprends ça
tourne au désastre… Je suis un raté… Ça doit être ça ma vocation :
raté…
Je l’ai entraîné vers le canapé devant la télé. Sur le moment j’étais à cent
mille lieues de toute cette histoire de caméra. La seule chose que j’avais en
tête, c’était de trouver les mots qui allaient me permettre de lui remonter le
moral…
J’y suis en partie parvenue… Il s’est blotti contre moi, apaisé. M’a doucement
caressé la joue, les lèvres, les seins… J’étais bien. Lui aussi. Et on a eu
envie. Sur le moment je n’y ai pas pensé, je le jure ! Et quand j’ai
réalisé on était tellement bien partis tous les deux que pour s’arrêter… Et
puis j’allais lui raconter quoi à Kevin pour expliquer ? De toute façon –
c’est ce que je me suis dit – de toute façon j’aurais largement le temps
d’aller nous effacer avant qu’il rentre. Et je me suis abandonnée…
La première chose que j’ai faite, évidemment, quand il a été parti, ça a été de
me précipiter sur son ordi. Sauf que c’était pas dans le dossier. Ça ne s’y met
manifestement pas directement. Ça passe d’abord par ailleurs. Mais par
où ? Ah, j’ai cherché… Pour chercher j’ai cherché… Je n’ai pas trouvé… Et
j’ai finalement dû battre en retraite. Il allait rentrer… Et s’il me trouvait
là…
21 heures 30
Il est dans son bureau. En train de passer en revue sûrement la moisson de la
journée. Ah, j’ai bonne mine, moi ! Non, mais de quoi j’ai l’air !
Heureusement qu’il sait pas que je suis au courant de tout. Non, mais pour quoi
je passerais ! D’un autre côté il devait bien se douter qu’un jour ou
l’autre ça finirait par arriver… Non… Non, c’est idiot ce que je dis là. J’ai
ma chambre pour ça. Et ma chambre, elle, elle n’est pas surveillée. Non, mais
qu’est-ce qu’il doit être en train de penser de moi, là, maintenant !
J’ose même pas imaginer. Oh, et puis zut ! Zut ! Un couple qui
s’envoie en l’air au jour d’aujourd’hui c’est quand même pas si extraordinaire
que ça… Il y en a des milliers sur Internet… C’est devenu d’un banal ! Et
puis n’importe comment j’ai pas à me sentir coupable de quoi que ce soit.
Manquerait plus que ça ! Personne lui a demandé de placer des caméras dans
le séjour. Il n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même si ça lui convient pas et je
vois vraiment pas pourquoi je devrais m’arrêter de vivre, surveiller le moindre
de mes faits et gestes sous prétexte qu’il lui est passé je ne sais trop quelle
yayade par la tête…
vendredi 16 décembre 2011
Découverte ( 6 )
Par francois-fabien le vendredi 16 décembre 2011, 05:48 - Histoires de regards
4 Mars
De la musique qui s’insinue dans mon sommeil. Quelque chose d’infiniment doux. De céleste. Un violon. Je me suis redressée. J’ai écouté. Ça a pris de l’ampleur. Ça s’est envolé. Apaisé. Fait plus lent. Plus feutré. Je me suis levée. J’ai ouvert la porte de ma chambre. Il était derrière. Il m’a souri. Je lui ai rendu son sourire et je suis retournée m’asseoir sur mon lit. Sans s’interrompre il s’est avancé. Tout près. Et il a joué pour moi. Que pour moi. Longtemps…
Quand il s’est enfin arrêté je l’ai applaudi à tout rompre.
- Merci…
Et il a fondu en larmes.
- Excuse-moi ! Mais il y avait si longtemps…
- C’est beau… C’est magnifique…
- Tu trouves ?
- Et comment que je trouve… Jamais t’aurais dû arrêter… Jamais…
- Comme je t’ai dit…
- Il doit bien exister des orchestres où tu jouerais pour ton plaisir… Juste pour ton plaisir… Et pour celui des gens qui t’écouteraient…
- Bien sûr que ça existe… Mais ça me ferait trop de mal… Bien trop de mal…
- Et de jouer pour moi ?
- C’est pas pareil…
- Tu le feras encore alors ?
- Bien sûr ! Mais en attendant faut que j’aille travailler…
Et c’est là que j’ai réalisé qu’il avait dû prendre une partie de sa matinée pour ça. Pour jouer. Parce que ma mère l’en empêche. Mais comment peut-on priver quelqu’un de quelque chose d’aussi important pour lui ? C’est de la méchanceté pure. Gratuite. Et comment peut-on accepter de s’en laisser priver ainsi sans réagir ? Quand c’est autant tissé à soi… Aussi essentiel… D’autant qu’il est chez lui et que… Non. Ce que je vais finir par me demander à force, c’est si ma mère n’a pas barre sur lui d’une façon ou d’une autre. Si elle ne sait pas sur son compte des choses dont il a tout intérêt à ce qu’elles ne soient pas dévoilées. Comment expliquer autrement qu’il en passe aussi facilement – et aussi servilement – par tout ce qu’elle lui impose ?
22 heures 30
En attendant il va bien falloir que je trouve une solution. Je ne vais pas me laisser filmer indéfiniment comme ça à longueur de journée. Faut qu’il arrête. Le plus simple, évidemment, ce serait de le lui demander. Tout simplement. De lui dire que s’il ne met pas immédiatement fin à son petit manège je mets ma mère au courant et je porte plainte. Oui, mais… Mais quoi ? Mais si son seul plaisir dans la vie, si la seule chose qui lui permette de tenir le coup, c’est de me tirer le portrait en long, en large et en travers pourquoi l’en priver après tout ? Je vais pas faire comme ma mère. D’autant que… il fait pas bien de mal… Et qu’est-ce que j’en ai à foutre finalement qu’il entasse des vidéos de moi sur son ordi si elles se contentent d’y rester… Et apparemment c’est le cas.
Et puis… et puis il faut bien que je finisse par l’admettre ça a un petit côté qui me déplaît pas tout ça… Ben oui… Si ! Pas d’être filmée en continu, non… Mais cet espèce de jeu du chat et de la souris. Parce que qui c’est qui tire les ficelles en réalité ? Il est persuadé que c’est lui. Eh bien non ! Non… C’est moi… Parce que je sais. Et qu’il ne sait pas que je sais. Qu’il est persuadé du contraire. Il croit me posséder ? C’est moi qui le possède… C’est une situation – il faut bien le dire – enivrante. Et qui me met toutes les cartes en mains. Son petit jeu j’y mettrai fin, oui… Quand je voudrai… Comme et quand je l’aurai décidé…
mardi 13 décembre 2011
Découverte ( 5 )
Par francois-fabien le mardi 13 décembre 2011, 06:25 - Histoires de regards
3 Mars
- Tiens, une revenante !
Faut reconnaître que ça faisait un moment. Trois mois ? Quatre mois ?
- Oh, je sais pas… On s’en fiche de toute manière.
Et il m’a prise dans ses bras.
Ce qu’il y a de bien avec lui, c’est qu’il y a rien à expliquer. Rien à justifier. Jamais. J’ai envie de faire l’amour ? Hou, hou, Kevin, s’il te plaît… Et on fait l’amour. Bien. Parce qu’il n’y a pas d’arrière-pensées. Ni chez l’un ni chez l’autre. Ca libère. C’est reposant un type comme lui. Et c’est rare. Parce que le plus souvent les mecs une fille qui veut juste coucher ils refusent pas, ça c’est sûr, ils sautent sur l’occasion, mais en même temps, en arrière-fond, ils ont les vieux schémas qui s’agitent. Ils le disent pas bien sûr, ils prétendent même le contraire, mais ça se sent, au détour d’une expression, d’un regard, ça transpire d’eux de partout : ils te considèrent comme une moins que rien. Pas lui. Pour lui une femme qu’a envie de sexe – qu’a besoin de sexe – c’est aussi naturel qu’une femme qu’a besoin d’air ou d’eau. Du coup c’est souvent – presque toujours – à lui que je reviens quand je n’ai pas de petit ami attitré. Ce qui est le plus souvent le cas. On ne se contente d’ailleurs pas de se donner du plaisir. Mais on se fait mutuellement nos confidences. Depuis le temps qu’on se connaît ! S’il y a quelqu’un qui sait à peu près tout de moi, pour qui je n’ai jamais eu vraiment de secret, c’est lui…
Et pourtant je n’ai pas pu lui dire tout à l’heure pour Bertrand et les vidéos. J’étais dans ses bras. Après… Bien. Détendue. Quatre fois… Cinq fois j’ai failli lui lâcher le morceau. Chaque fois, au dernier moment, quelque chose m’a retenue. Je ne sais pas quoi. Ni pourquoi. Il aurait très certainement été d’excellent conseil. Ce n’est sans doute que partie remise…
22 heures
Comme prévu. Comme prévu c’est la pantomine. Elle l’a pas lâché de tout le repas. Pour des conneries. Son gant de toilette qu’est pas accroché où il faudrait dans la salle de bains. La porte du garage qui grince le matin quand il part. La dosette de café usagée qu’est restée dans la machine. Et tout à l’avenant. Il dit rien. Il répond pas. Jamais. C’est sûrement la meilleure solution. Sauf que elle ça l’exaspère. Et que du coup elle en rajoute une couche.
Je medemande comment il fait. Parce qu’il y a pas un homme sur dix qui supporterait le quart de ce qu’il supporte. C’est par amour ? J’y crois pas une seule seconde. Qu’il éprouve de l’affection pour elle. Sûrement. Une certaine forme de tendresse. Peut-être. Mais c’est tout. Rien de plus. Ca fait deux ans que je vis au quotidien avec eux et on ne me fera jamais croire qu’il l’aime.
Pourquoi il reste avec elle alors ? Pour le cul ? Tu parles ! Au début, oui, de temps en temps je les entendais à côté, mais ça fait maintenant belle lurette qu’il y a plus rien à entendre. Ou plutôt si. Je l’entends elle. « - Fiche-moi la paix, écoute ! Je suis fatiguée. » Ou bien : « Mais c’est pas possible ! Vous pensez qu’à ça, vous, les hommes ! »
Même ça il y a pas droit.
Et il reste avec elle. Jamais il ne manifeste le moindre agacement. La moindre lassitude. Jamais je ne l’ai entendu envisager de « mettre un terme » Est-ce que c’est pour ça qu’elle se montre aussi odieuse avec lui ? Parce qu’elle sait qu’elle PEUT ? À moins qu’elle cherche jusqu’où elle peut aller trop loin ? Jusqu’où d’ailleurs ? Jusqu’où elle veut. C’est l’impression que ça donne. Je ne le comprends pas ce type. J’ai vraiment beaucoup de mal à le comprendre.
vendredi 9 décembre 2011
Découverte ( 4 )
Par francois-fabien le vendredi 9 décembre 2011, 06:20 - Histoires de regards
1er Mars
Je me demandais pourquoi deux horloges au salon. Eh bien maintenant je sais ! C’est dedans que sont dissimulées les caméras. Je ne suis pas allée coller mon nez dessus, non – il se serait forcément aperçu que je les ai détectées et, pour le moment, je ne veux pas – mais l’angle de prise de vue ne laisse subsister absolument aucun doute.
Dans la cuisine c’est sur la petite étagère rouge qu’elle se trouve. Très vraisemblablement dans l’un des petits flacons d’épices. L’un de ceux, sans doute, dont on ne se sert jamais. Je n’ai pas cherché à déterminer lequel. Quelle importance ?
18 heures
J’avais l’intention de passer l’après-midi sur son ordi. À perdre mon temps en fait. Parce que à quoi ça peut bien m’avancer maintenant de me regarder – le plus souvent en accéléré – en train de paresser devant la télé, de manger ou de ne rien faire. À quoi ça rime ? Je connais le programme. Et je sais bien qu’il ne va rien surgir d’inattendu, d’invraisemblable ou d’exceptionnel. Alors pourquoi je fais ça ? Si seulement je le savais ! Pour voir TOUT ce qu’il a vu ? TOUT ce qu’il voit de moi ? Pour me réapproprier ce qui m’est volé et qui n’aurait jamais dû l’être ? Peut-être. Mais il y a autre chose. Sûrement. Une autre raison. Qui, pour le moment, m’échappe complètement…
Ce qu’il y a de sûr en tout cas, c’est que je n’y ai pas - comme j’en avais l’intention – passé l’après-midi. Ma mère en a décidé autrement. Elle voulait me parler et avait pris des heures, à son boulot, pour ça. Me parler de quoi ? J’ai supposé un instant qu’elle avait, elle aussi, découvert le pot-aux-roses et qu’elle voulait s’en entretenir avec moi. Mais non ! Elle voulait jérémier. Ca, elle sait très bien faire. C’est même ce qu’elle fait le mieux. Il FAUT qu’elle soit la plus malheureuse des femmes. Il n’y a que comme ça qu’elle se sent vraiment exister. Et donc j’ai eu droit au couplet habituel. « - Je me demande si je me suis pas fourvoyée finalement avec Bertrand. Parce que t’as vu, non, mais t’as vu comment il se comporte avec moi ? » Ce que je vois surtout, c’est comment elle se comporte avec lui. « - Il passe sa vie dans son bureau. » Et pour cause ! Elle se plaint sans arrêt. Elle l’assomme de reproches. N’importe qui, à sa place, ferait la même chose. Ou l’aurait foutue depuis longtemps dehors avec armes et bagages. « - Tu crois que c’est drôle, toi, de vivre comme ça, au quotidien, avec quelqu’un qui desserre pas les dents ? » Forcément. Il suffit qu’il ouvre la bouche pour qu’elle le contredise. « - Je suis quand même en droit d’attendre autre chose d’un homme, non ? » Jamais elle ne se demande ce que lui il peut bien attendre d’une femme. « - Ce qu’il faudrait que je fasse… Je vais finir par le faire d’ailleurs. C’est maintenant qu’il faut que je le fasse. Tant que je suis encore relativement jeune. Parce qu’après… Oui… Je vais le faire… Et sans tarder. Faudra pas qu’il s’étonne. Ni qu’il vienne pleurer. Parce qu’à force de pousser le bouchon… Je suis patiente, mais quand même… Oui… Attends-toi à ce que d’un moment à l’autre on redéménage toutes les deux. » On redéménagera pas. De temps en temps, comme ça, il faut qu’elle joue à se faire croire qu’elle va partir. Commencer une nouvelle vie. Rencontrer un VRAI prince charmant. Elle ne le fera pas. Elle a bien trop peur de se retrouver toute seule. Non. Maintenant qu’elle s’est bien défoulée les choses vont reprendre leur cours « normal ». Elle va lui rendre la vie impossible. Lui reprocher tout et le contraire de tout. Lui trouver tous les défauts du monde. Jusqu’à ce que ce soit lui qui peut-être un jour finisse par en avoir par-dessus la tête...
mardi 6 décembre 2011
Découverte ( 3 )
Par francois-fabien le mardi 6 décembre 2011, 06:09 - Histoires de regards
28 Février
De l’examen minutieux – et orienté – auquel je viens de me livrer, sur son ordi, de près de… 300 vidéos il ressort clairement que dans les premiers temps – disons les deux ou trois premiers mois – il était systématiquement derrière la camera. Il l’est parfois encore. Notamment quand il me filme dans le jardin ou dans la cour. Mais son système de surveillance s’est, au fil du temps, singulièrement sophistiqué. Il a installé trois caméras fixes. Deux dans le séjour braquées, l’une sur le canapé qui fait face à la télé et l’autre sur la table, sur MA place à table. Et une autre, dans la cuisine, cible l’emplacement où je déjeune le matin et où j’épluche parfois les légumes. C’est apparemment tout. C’est déjà pas mal.
Il semble, pour autant que je puisse en juger, qu’elles soient programmées pour se mettre en route à des heures bien précises, celles où il y a toutes les chances que je sois devant. Ca représente des heures et des heures de prises de vue. Est-ce qu’il regarde tout ça ? Ca semble matériellement impossible. Et pourtant il le fait. La preuve, c’est que sur aucune des videos – absolument aucune – ma mère n’apparaît. Ne fût-ce que furtivement. Or, elle passe au moins autant de temps que moi devant la télé. Et on s’y trouve assez souvent ensemble. Il faut donc qu’il la gomme systématiquement. Pourquoi cette volonté obstinée de la supprimer ? Que ce soit moi qu’il « collectionne », ça, j’avais compris. Mais pourquoi faut-il ABSOLUMENT qu’il n’y ait QUE moi sur ces videos ? Est-ce qu’il faut revenir à l’idée qu’il serait amoureux de moi ? Et exclusivement de moi ? C’est bien compliqué tout ça. Il est vraiment très compliqué…
21 heures 30
- Pourquoi t’as choisi de faire comptable comme métier ?
On avait fini de dîner. Ma mère venait de monter. Et lui de se rasseoir après être allé se chercher une bière.
- Pourquoi tu me poses cette question ?
- Je me demande comment on décide de faire un métier pareil…
- On le décide pas. Ca se trouve comme ça. Parce qu’il faut bien finir par faire quelque chose. À défaut de pouvoir faire ce qu’on aurait aimé faire…
- Et c’était quoi que t’aurais aimé faire ?
- Je jouais du violon. J’ai même fait un an de Conservatoire.
- Jamais t’en avais parlé…
- L’occasion ne s’est pas présentée.
- Pourquoi t’as arrêté ?
- Pour espérer en vivre il faut être parmi les tout premiers. Et il y en avait de bien meilleurs que moi.
- Je vois… Et t’en joues plus du tout ?
- Si ! Quelquefois… Quand je suis seul…
- Ben pourquoi ? Ce serait bien de t’écouter.
- Ca horripile ta mère. Elle prétend qu’on dirait des miaulements de chat… Que c’est insupportable… Que ça lui porte sur le système…
- Oui, oh, elle, de toute façon ! La musique ça lui est toujours passé largement au-dessus de la tête. N’importe quelle musique. Tu m’en joueras à moi ? J’aimerais bien…
Il n’a pas répondu. Mais je ne regrette pas cette conversation. Je comprends un peu mieux. Non. Beaucoup mieux. J’étais sur la bonne voie. Sa vie n’est pas celle qu’il avait souhaitée. Oh, mais je vais lui en poser maintenant des questions. Plein de questions. Sur toutes sortes de sujets. Si je veux y voir clair, c’est la seule solution…
vendredi 2 décembre 2011
Découverte ( 2 )
Par francois-fabien le vendredi 2 décembre 2011, 07:29 - Histoires de regards
22 Février
Sur la première vidéo, je suis en train de débarrasser la table, dehors, sous la tonnelle. C’est pris de la fenêtre de sa chambre, là-haut, et c’est le tout premier jour. C’est le tout premier jour, j’en suis sûre, parce qu’il y a ma guitare – le cadeau de ma mère pour mes vingt ans – appuyée contre le saule pleureur. Elle avait saisi l’occasion de mon anniversaire pour faire les présentations. « - Ecoute, Manon… J’ai rencontré quelqu’un. Ca fait quelques mois. Et c’est devenu sérieux tous les deux. Très sérieux. Il veut te connaître. Alors je compte sur toi : tâche de lui faire bonne impression.» J’avais fait bonne impression. La preuve : le dessert à peine avalé, il s’était précipité pour me filmer…
Un mois plus tard on s’installait toutes les deux chez lui. Alors du coup qu’est-ce qu’on voit sur la video suivante ? Evidemment Manon en train de décharger la fourgonnette. Manon en inlassables va-et-vient de la grille au perron et du perron à la grille. Pendant… pas loin d’une demi-heure. Quel intérêt ? Non, mais quel intérêt ?
Après… Ben c’est moi. Toujours moi. Que moi. En long, en large, en travers. En robe, en pantalon, en short… En rouge, en blanc, en bleu, en jaune, en noir… Moi ! Sous tous les angles. Sous toutes les coutures. Moi en train de regarder la télé. De prendre mon petit déjeuner. De vider le lave-vaisselle. Moi à en avoir le tournis. Moi à en avoir la nausée…
23 heures
Non. Non. Je n’arrive pas à saisir la logique de cette obstination à « fixer » le moindre de mes faits et gestes. Il est amoureux ? N’importe quel amoureux, à moins d’être un saint ou un héros, se serait débrouillé, avec les moyens qu’il a à sa disposition, pour « s’emparer de moi » dans ma chambre ou dans la salle de bains. Pour autant que je puisse en juger ( je n’ai vu qu’une infime partie de sa « collection » ) ce n’est pas le cas. Il y a quelque chose qui cloche, là. Qui cloche d’autant plus que v’là un type qui ne me connaît ni d’Eve ni d’Adam ! Qui ne m’a jamais vue ! Et qui a son matériel fin prêt le jour où je me pointe pour la première fois chez lui. Qui n’a rien de plus pressé que de m’en faire – si on peut dire – profiter. Parce qu’il serait amoureux ? Amoureux juste pour avoir entendu parler de moi par ma mère et avoir – peut-être – entrevu deux ou trois photos ? Ca colle pas. Ca tient pas debout. Il y a sûrement une autre explication. Oui, mais laquelle ?
J’en verrais bien une. Qui vaut ce qu’elle vaut. Parce que c’est quoi sa vie ? Waterloo morne plaine. Il aligne des chiffres à longueur de journée. Il établit des bilans. Trente-cinq heures par semaine. Arrive le week end. Il le traîne en longueur, désoeuvré, en attendant le lundi. Il s’emmerde. Sa vie l’emmerde. Sa vie est vide. Y déboule ma mère. Bon. Ca va peut-être changer. Ca change, oui. Il s’ennuie plus tout seul. Ils s’ennuient à deux. Elle manœuvre pour venir s’installer chez lui. Il a rien contre. Il a rien pour non plus. Il s’en fout. Il laisse faire. Elle parle d’amener sa fille. Pourquoi pas ? Et l’idée l’attrape. D’un coup, comme ça, un beau matin. Il va la filmer sa fille. La « collectionner » en vidéo. Comme il collectionnerait n’importe quoi d’autre. Les timbres-poste ou les mouches drosophiles. Juste pour qu’il y ait enfin autre chose dans son existence que ce qui s’y trouve. Avec, en prime, le risque d’être un jour ou l’autre découvert. C’est la montée d’adrénaline assurée...
mardi 29 novembre 2011
Découverte ( 1 )
Par francois-fabien le mardi 29 novembre 2011, 06:26 - Histoires de regards
21 Février
Je suis furieuse, mais alors là furieuse d’une force ! Parce que… tout à l’heure je passe chercher du papier, pour mon imprimante, dans le bureau de Bertrand, le mec de ma mère ( j’arrive toujours pas à dire mon beau-père… et de toute façon ils sont pas mariés). Son ordi est allumé. Et réclame obstinément le mot de passe. Par jeu, j’essaie sa date de naissance… celle de ma mère… le nom de son ancien lycée… celui de notre rue… le numéro d’immatriculation de sa voiture… et, pour finir, le numéro de la mienne. Et là, non, mais j’y crois pas, ça s’ouvre. Bon. C’est pas ce que j’ai fait de mieux, je sais. Mais c’était trop tentant. Au-dessus de mes forces. J’ai pas pu résister. Et j’ai fouiné. Rien de bien intéressant en fait. Des factures. Des notes pour son boulot. Des lettres. J’allais m’en aller quand… une intuition… Et s’il y avait des dossiers cachés ? J’ai jeté un œil… Il y avait… Des centaines de videos. Si c’est pas des milliers. Dans un dossier intitulé « ELLE » Qui c’était cette « ELLE » ? J’en ai ouvert une… Vite fait… Deux… Trois… Dix… Eh bien cette « ELLE » c’est moi ! Oui, moi… Moi en train de lire dans un transat dehors… D’écosser les petits pois dans la cuisine… De regarder la télé au salon… De monter dans ma voiture. D’en descendre. Moi ! Moi ! Moi ! Dans tout un tas d’occupations sans le moindre intérêt. C’est quoi ce délire ? Il est amoureux de moi, c’est ça, à me tirer le portrait comme ça à tout bout de champ ? Un type de son âge ! S’enticher d’une gamine de 22 ans, mais ça tient pas debout ! N’empêche… n’empêche que je ne vois pas, pour le moment, d’autre explication. Et que ça me fait chier. Ca me fait vraiment chier. Non pas qu’il soit amoureux de moi, non, ça j’en ai rien à battre. Mais de pas pouvoir faire un pas dans la maison ou dans le jardin sans être aussitôt fliquée. Oh, mais ça va y avoir explication ! Et pas plus tard que tout à l’heure. À table. Pas question de laisser passer un truc pareil, ah non, alors !...
21 heures
Il n’y a pas eu explication. À cause de ma mère. Déjà qu’ils s’entendent pas terrible en ce moment tous les deux. Alors si en plus je soulève ce lièvre-là ! Je tiens pas du tout à être la cause de quoi que ce soit. Et qu’elle me le reproche jusqu’à la fin de mes jours. Ou des siens. D’autant que, telle que je la connais, ça va forcément être de ma faute. Avec ma soi-disant manie de faire du charme à tous les mâles qui passent à ma portée. Non. Faut impérativement la laisser en-dehors de tout ça, c’est clair…
Et, du coup, le problème reste entier. Quoi faire ? Lui en parler à lui en tête à tête ? Lui demander d’arrêter ? Qu’est-ce qui me dit qu’il le fera ? Il me jurera ses grands dieux que oui. Évidemment. Et il continuera. Il virera tout de son ordinateur et il s’y prendra autrement. En se débrouillant pour que je puisse plus m’apercevoir de rien. Et puis lui en parler, ce serait partager ce secret avec lui. Me faire d’une certaine façon sa complice. Ce serait ouvrir la porte à des sollicitations amoureuses qui me sont pour le moment épargnées.
Non. Le mieux, pour le moment, c’est de ne rien dire. À personne. Quoi qu’il doive m’en coûter. Ne rien dire et attendre. Attendre le moment où j’aurai toutes les cartes en mains pour frapper un grand coup. Il perd rien pour attendre…
vendredi 25 novembre 2011
Voisines ( 92 )
Par francois-fabien le vendredi 25 novembre 2011, 16:25 - Histoires de rencontres
Mardi 1er Décembre 2009
- Faut pas te
croire obligé, hein ?!
- Obligé ? De quoi donc ?
- De m’accompagner jusqu’à la boulangerie comme ça tous les matins…
- Je me sens pas obligé… Ca me fait plaisir… Et puis… on a plein de souvenirs
sur ce trajet tous les deux… J’aime bien repasser dessus avec toi…
- T’es un grand romantique, toi, hein, finalement ! On est des grands
romantiques tous les deux malgré les apparences…
- Il y a une
folle qui m’est tombée dessus tout à l’heure au boulot… Mais alors vraiment la
folle ! L’hystérique… Ca la fout bien devant les patrons…
- Qu’est-ce qu’elle te voulait ?
- Apparemment c’est une collègue de ma sœur… Séverine qu’elle s’appelle… Elle
voulait me prévenir… Que ma sœur file un mauvais coton… Qu’elle fréquente un
type vraiment pas recommandable… Qu’a des mœurs spéciales… Qui se drogue… Et
même qu’il fricoterait avec le grand banditisme ça l’étonnerait pas…
- Tu parles ! C’est avec Sébastien qu’elle est ta sœur… Un copain à moi…
Il est rien de tout ça…
- Oh, moi, j’m’en fiche, hein ! Elle fait bien ce qu’elle veut de sa vie…
Et j’ai pas du tout l’intention de m’en mêler… Mais alors, du coup, si elle est
avec un copain à toi tu la connais ma soeur !
- Un peu, oui !
- Tu m’en as jamais parlé…
- Ben non… Non…
- Oh, mais ça fait rien, hein ! T’étais pas obligé… Au contraire même dans
un sens j’aime mieux… Parce que si tu m’en parles pas de ce que tu sais sur
elle ça veut dire aussi que ce que tu sais sur moi t’en parles pas aux autres…
A personne… Et ça, c’est vachement rassurant pour moi… Tu peux pas savoir
comment c’est rassurant… Parce que j’ai eu des types des fois tout ce que je
leur avais confié ils… Bon, mais je vais pas revenir là-dessus… J’ai pas envie…
Ca m’a déjà assez pris la tête… Allez, on passe à table ? Parce que c’est
pas tout ça, mais faut que j’y retourne, moi, après…
- Tu sais pas ce
que j’ai appris ? Je te le donne en mille… L’appartement, en face, chez
moi, eh ben les gens qui viennent de s’y installer, c’est deux filles et leur
mère… Comme nous avant… C’est trop ça, non ? Et elles ont toutes les trois
à peu près le même âge qu’on avait… Peut-être qu’on est nées le même jour en
plus !
- Ce serait quand même surprenant…
- Oui… Non… C’est vrai… N’empêche que j’aimerais les connaître du coup… Savoir
qui elles sont au juste…
- Ca devrait pas être trop difficile pour toi de faire connaissance avec
elles…
- Oui, mais j’ai pas envie… Ils se cachent toujours les gens dans ces cas-là…
Ils montrent ce qu’ils ont envie de montrer. Et c’est tout… Non, tu sais ce qui
serait bien ? C’est d’entrer dans leur vie sans qu’elles le sachent. On
les mettrait sous surveillance. On surprendrait tous leurs petits secrets…
Personne n’en saurait plus sur elles que nous… Et elles sauraient pas qu’on
sait… Quel pied on prendrait ! Non ? Tu crois pas ?
- Ca pourrait être intéressant, oui…
- Passionnant, tu veux dire ! Allez, on le fait ? Chiche qu’on le
fait…
- Eteins ! Fais pas de bruit ! Eteins et viens voir ! Il y en a une dans ma chambre… Elles sont où les jumelles ? Tu me les apportes ? Merci… On voit bien… Oh, oui, qu’est-ce qu’on voit bien ! Elles ont pas eu le temps de mettre des rideaux en plus… Qu’est-ce qu’elle fabrique ? Elle est à l’ordi, ça, c’est sûr… Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? Ah oui, d’accord ! Elle est sur MSN ou un truc comme ça… Avec la cam… Ah ben dis donc, il doit se rincer l’œil le mec – si c’est un mec – parce qu’elle est dépoitraillée d’une force ! Elle a carrément les nibards à l’air, oui ! Tu crois que c’est son petit ami ? Ou bien alors c’est un pote et elle fait celle qui se rend pas compte qu’elle lui offre le spectacle… A nous aussi d’ailleurs ! Tiens ! A ton tour… Regarde ! Oui… On va bien s’amuser… Je sens qu’on va bien s’amuser…
FIN
Voisines ( 91 )
Par francois-fabien le vendredi 25 novembre 2011, 06:23 - Histoires de rencontres
Lundi 30 Novembre 2009
- Allez, raconte,
quoi !
- Il est quatre heures du matin…
- Et alors ? Qu’est-ce ça fout ? On est lundi… Je travaille
pas…
- Il y a pas grand-chose à raconter… Sinon que quand vous êtes sorties il y en
a tout un tas qu’ont fait la même chose… Les uns après les autres… Mine de
rien… Histoire d’aller prendre l’air…
- Ben oui ! Il faisait chaud là-dedans ! Torride !
- Et tout ce joli monde s’est retrouvé, comme par hasard, à proximité de la
voiture…
- Qu’était garée dans l’obscurité… Sous les arbres en plus… C’était con ça pour
eux… Ils devaient pas voir grand-chose…
- Je les discernais bien, moi, eux ! Très bien même…
- Parce que vous étiez dehors… Mais nous, à l’intérieur de la voiture…
- L’œil s’habitue… Et puis essayer de deviner ce qu’on n’arrive pas à
distinguer, c’est pas mal non plus…
- Oui, mais quand même ! Quand même ! La prochaine fois on se garera
mieux… Enfin… pas en pleine lumière non plus… Ils oseraient pas
approcher…
- Et là je peux vous dire que pour approcher ils ont approché…
- Il y en avait un qu’avait le nez collé à la vitre à un moment,
non ?
- Un ? Trois, oui ! Et ce qu’ils ont pas pu voir ils l’ont
entendu…
- Comment ça ?
- Avec le vacarme que vous avez fait…
- À ce point ?
- Emilie encore… On l’entendait, oui, raisonnable… Mais alors toi,
Charline ! T’as braillé d’une force ! Impressionnant…
- Je me suis pas rendu compte… Je me rends jamais compte quand je suis lancée…
Et alors ? Ils ont réagi comment ?
- À ton avis ? Ils vous ont accompagnées, tiens ! Qu’est-ce tu
voulais qu’ils fassent d’autre ?
- Tous ?
- Ben oui, tous… Il y en a même deux qui se le sont fait mutuellement…
- Ah oui ? C’est mignon, ça ! Mais ce qu’est chiant, c’est que quand
on fait des trucs comme ça, avec du monde qui regarde, on les voit pas les
gens… On sait pas comment ils réagissent… entre nous, si, oui, on peut se
raconter bien sûr… Mais c’est quand même pas la même chose…
- T’as
vu ?
- Quoi donc ?
- Il y a des gens qui sont en train d’emménager en face. J’ai beau me dire que
j’m’en fous ça me fait quand même quelque chose… Et pas qu’un peu ! Parce
que qu’est-ce que j’en ai passé des années là ! Et, qu’on le veuille ou
non, ça restera toujours un peu
chez moi… Plus que chez eux… Savoir qui ça va être… Peut-être des gros cons
comme c’est pas possible… On voit personne pour le moment… Juste les
déménageurs… Tu crois que si je leur demande de me laisser revenir voir, quand
ils seront installés, ils voudront bien ?
- Ca dépend… À priori il y a pas de raison… Seulement…
- Seulement ?
- C’est pas forcément une bonne idée… Ils y auront mis leurs meubles… Leurs
affaires… Tu n’y retrouveras pas tes souvenirs… Tu seras déçue… Ca peut pas
être autrement…
- Oui… Tu as raison… Tu as sûrement raison…
- Je suis tordue,
hein ?! Complètement tordue…
- Ca y est ! Ca la reprend…
- Non, mais si, c’est vrai, hein ! Parce que comment j’aime ça te voir
faire l’amour avec Emilie… C’est de la folie ! Heureusement que personne
le sait… Qu’est-ce qu’elles iraient penser de moi les copines ! Elles que
dès que leur mec il pose les yeux sur une fille elles te lui font une scène à
tout casser… Ben oui, j’aime ça te voir avec elle… Je sais pas pourquoi
d’ailleurs… Enfin si, je sais… Au moins en partie… C’est que quand je suis avec
toi j’en profite pas vraiment… Enfin si, dans un sens… C’est pas ce que je veux
dire… Si, j’en profite !... Trop… Je suis complètement dedans… Et, du
coup, tous les petits détails, la façon dont tu t’y prends, tes gestes, tes
expressions, tout ça, j’en rate les trois quarts… Tandis que quand je te
regarde avec Emilie je peux rester à côté si je veux… Je suis pas obligée de
participer… Et alors là il y a plein de choses dont tu t’aperçois… Dont tu peux
t’apercevoir que comme ça… Comment c’est émouvant ! Ca me remue d’une
force, tu peux pas savoir !
- Oh, si !
- Parce que ça te faisait pareil à toi quand tu me regardais avec des
types ?
- D’une certaine façon, oui !
- Mais pas complètement… Oh, ben oui, oui, c’est normal… Vu qu’on était pas
ensemble tous les deux… Mais maintenant ? Ca te fera exactement comme à
moi, tu crois ?
- Il y a de fortes chances, oui…
- Alors tu sais ce que je me demande ? C’est de quel côté ça viendra pour
nous…
- Ca viendra ? Qu’est-ce qui viendra ?
- Ben les problèmes… les difficultés… Si ça vient pas de la jalousie… Tout ça…
D’où ça va venir alors ?
- De nulle part… Pourquoi veux-tu absolument que ça vienne de quelque
part ?
- Tu crois ? Comment j’aimerais ça que t’aies raison !
« billets précédents - page 1 de 17