D'une histoire... l'autre

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vendredi 30 juillet 2010

Visites médicales ( 10 )

Elle n’a rencontré personne…
- Oui ?… Entrez !…
Il jouait avec le stylo rouge de Madame Saulnier qu’il faisait tourner entre ses doigts…
- Encore vous !… Décidément… Bon… Mais vous savez comment ça se passe… Vous commencez à avoir l’habitude… Je vous attends à côté…

 

Ils étaient cinq… Trois garçons et deux filles… Clarisse exceptée, elle ne se souvenait avec précision d’aucun d’entre eux…
- Allez vous installer…
Et, sans plus se préoccuper d’elle, il s’est lancé, en empruntant à Madame Saulnier ses gestes et ses intonations, dans un discours abscons qui leur a arraché d’abord des sourires, puis de francs éclats de rire…

 

- Bon… Alors…
Il s’est emparé d’elle. Il l’a crûment exposée aux regards. Elle n’a pas protesté. Elle n’a pas bougé. Elle est restée offerte…
- Vous en pensez quoi ?…
- Que c’est un beau petit brin de femelle…
- Oui, mais à part ça ?…
Il y a eu à nouveau ses doigts…
Des têtes sur elle. Tout près. Des têtes au-dessus d’elle… Des têtes…
- Hein ?… Vous en pensez quoi ?…  
- Qu’elle mouille… Et pas qu’un peu…
Il est venu s’accroupir derrière elle, la bouche à la hauteur de son oreille…
- C’est bon, hein ?!… C’est tellement bon… Comment tu aimes ça qu’on te regarde !…
Les têtes. Toujours sur elle les têtes…
- Tu veux qu’ils t’auscultent eux aussi ?…
Elle n’a pas répondu. Elle a fermé les yeux…
- Hein ?… Tu as envie ?…
Oui. D’un signe de tête. Oui… Oui…
Et alors des mains. Plusieurs. Des mains à l’investir. Des mains à l’habiter. Des mains… Une surtout… Précise… Savante… Elle s’est cabrée… Elle a plongé les siennes dans une chevelure… Au hasard… S’y est agrippée… Ca a déferlé…

 

 

 

- Tu regrettes ?…
- Non… Non… Bien sûr que non… T’as bien vu…
- Et je vois encore… Faut pas t’en promettre… T’es insatiable ce soir… Ah, ça t’a fait de l’effet on peut pas dire…
- J’aurais jamais cru…
- Moi, si !… Dès le premier jour j’ai su… Dès que tu as franchi la porte… J’étais sûr qu’il suffirait d’un petit coup de pouce… D’un tout petit coup de pouce…
- C’est ta faute tout ça…
- Ben voyons !… Faut forcément un coupable…
- J’étais pas comme ça… J’y pensais même pas… C’est toi… Tu m’as manœuvrée… T’as tout fait pour m’amener là où t’avais décidé de me faire aller…
- Ah non !… Non !… J’ai juste un peu brassé pour faire remonter en surface ce qui  stagnait par en dessous… Pour ton plus grand bonheur…

- Je sais pas… Il y a des moments où je me dis quand même que j’aurais préféré pas savoir… Que ça aurait mieux valu…

 

 

 

 

- Je peux te demander un truc…
- Allez-y !…
- C’est qui qui m’a ?…
- Qui vous a ?…
- Ben qui m’a…
- Branlée ?… Faut pas avoir peur des mots… Vous avez pas vu ?…
- Non… Ils me cachaient avec leurs têtes…
- Et Emilien vous a pas dit ?…
- Il a pas vu non plus… Il était derrière moi…
- Et vous avez pas une petite idée ?…
- Si !… Bien sûr… Si !… Mais pour être sûre…
- C’est quoi votre idée ?…
- Que c’est forcément une fille… Un type jamais il aurait su s’y prendre comme ça…
- Ben c’est facile alors !… Il y avait qu’Emilie et moi…
- C’est toi, hein ?!…
- Fallait bien que quelqu’un se dévoue… Vous en creviez d’envie, mais vous osiez pas vous le faire…
- Tu te rends compte ?… Non, mais tu te rends compte ?… Qu’est-ce qu’ils ont dû penser les autres ?…
- Ils ont rien pensé du tout… Ils avaient beaucoup mieux à faire qu’à penser…

mardi 27 juillet 2010

Visites médicales ( 9 )

Il a jeté un coup d’œil à droite… un coup d’œil à gauche… A glissé la clé dans la serrure…
- T’es vraiment sûr qu’on peut ?…
- Mais oui, j’te dis…
Le couloir. La porte du bureau de Madame Saulnier. Il s’est laissé tomber dans son fauteuil…
- Bon… Donc… Qu’est-ce qui vous amène ?…
Elle est aussitôt entrée dans le jeu…
- Ca me brûle, là, en bas…
- Oui… Je vois… Vous avez très vraisemblablement vos chaleurs… On va vérifier ça… Et y remédier… Vous vous déshabillez… Complètement… Et vous me rejoignez à côté dans la salle d’examen…

 

Il avait tiré les rideaux, allumé toutes les lumières…
- Installez-vous !… Passez les pieds dans les étriers… Là… Oui… Bon… Voyons ça… Ne bougez pas… Laissez-moi faire… Oui… Oui… C’est bien ce que je pensais… Vous avez tous les symptomes… Vous êtes en chaleur… Mais ça va s’arranger, vous allez voir… Dans un quart d’heure il n’y paraîtra plus…

 

- Waouh !… Eh ben dis donc !…
- Ca a dû s’entendre, Emilien, non ?…
- Non… Aucun risque… Il y a personne dans ce bâtiment le soir… Mais comment j’ai trouvé ça excitant de faire ça là, moi, tu peux pas savoir… Maintenant chaque fois qu’on aura cours ici avec Madame Saulnier je pourrai pas m’empêcher d’y repenser… De vous revoir, toi et ton plaisir… Et toi, tu as aimé ?… Oui, hein !… De toute façon tu me dirais le contraire j’aurais du mal à te croire… Tu y as pensé ?… A ce que tu avais été là avec tout le monde autour qui te regardait tu y as pensé pendant qu’on le faisait ?… Oui… Forcément… Et comment c’était bon pour toi d’y penser, hein !… Tu sais ce qu’il faudrait qu’on fasse ?… C’est qu’on revienne ici un soir et que la visite médicale ce soit moi qui te la fasses passer… Devant eux…
- Hein ?!… Non, mais ça va pas Emilien !… On peut pas faire une chose pareille…
- Oui… Non… Mais pas devant tous… Quelques-uns… Que j’aurais choisis…

 

 

 

 

- Ah, il t’en a parlé… Déjà !… Il perd pas de temps… Comme de toute façon il est hors de question que je me prête à ça…
- Ben pourquoi ?… Il y compte drôlement, vous savez !…
- Il peut bien y compter tant qu’il veut…
- Il va être déçu…
- Ca m’est complètement égal…
- Si vous le perdez faudra pas venir vous plaindre… Vous pourrez vous en prendre qu’à vous-même…
- C’est quand même pas parce que…
- Oh, alors ça !… Avec lui on peut s’attendre à tout…
- Tu crois qu’il me quitterait ?… Qu’il me quittera si je veux pas ?…
- C’est pas qu’il vous quittera pour ça… C’est qu’il y en a d’autres qui, elles, ne demanderaient pas mieux… J’en connais… Et que si elles lui apportent ce que vous, vous voulez pas lui apporter…
- Non, mais tu te rends compte de ce qu’il me demande ?…
- Rien de bien exceptionnel… Vous vous faites une montagne de pas grand chose… Parce que pour des étudiants en médecine, vous savez… Surtout que là il y en aura pas beaucoup… Quatre ou cinq au grand maximum… Et qu’il va les choisir… Il va pas prendre n’importe qui…

 

 

 

 

Et encore Rocamadour…
- C’est maintenant qu’il faut y venir… Avant que ce soit envahi de touristes… Tu aimes au moins ?…
- Oh oui !… Oui… Beaucoup… Mais tu sais, l’essentiel pour moi c’est d’être avec toi… Que ce soit ici ou ailleurs…
- Pour moi, ici, c’est comme si on était beaucoup plus ensemble que n’importe où ailleurs… Comme si tu étais reliée à tout ce que j’ai connu avant… A tous les bons moments que j’ai vécus… Comme si tu avais participé à ma vie depuis toujours…
- Elle était plus jeune ou plus âgée que toi ta cousine ?…
- Elle a quatre ans de plus que moi… Pourquoi tu me demandes ça ?…
- Non… Comme ça… Pour rien… Tu la vois toujours ?…
- Presque pas… Presque plus…
- Pourquoi ?…
- Parce que… Parce que elle est mariée maintenant… Avec un con… Qui peut pas me voir… Et c’est réciproque… Ca finirait mal, je crois… On se foutrait sur la gueule…
- Tu étais amoureux d’elle, hein ?!…
- Peut-être un peu… Oui… Sûrement…
- Un peu ?… Follement tu veux dire, oui…

 

vendredi 23 juillet 2010

Visites médicales ( 8 )

- Si on partait ?…
- Où ça ?…
- On s’en fout où ça… N’importe où… Deux jours… Trois jours… Pour être ensemble ailleurs… Pour profiter l’un de l’autre…

 

Ce fut Rocamadour… Un hôtel au cœur de la Cité… Avec une table en terrasse, sous les tilleuls, surplombant la vallée…
- C’est magnifique…
- Tu peux le dire…
- Et qu’est-ce que c’est calme…
- En cette saison…

 

- T’es venu souvent ici ?…
- Oh, oui…
- C’est là que t’emmènes systématiquement tes petites amies ?…
- Tu es la première… Non… Tous les ans mes grands-parents venaient me chercher pour les vacances… Ils me ramenaient… C’est toujours ici qu’on s’arrêtait… A l’aller comme au retour… C’était devenu une tradition…
- Tu aimais ça les Vacances chez eux ?…
- J’adorais… Surtout qu’il y avait ma cousine…
- Avec qui tu jouais au docteur…
- Idiote !…

 

Ils se sont attardés longtemps… Ont marché, main dans la main… Se sont assis au pied de l’interminable escalier que les pélerins gravissaient jadis sur les genoux…
- T’es toute songeuse… A quoi tu penses ?…
- Que tout peut tellement vite changer… Il y a une semaine je croyais t’avoir perdu – j’en étais même persuadée – et ce soir on est là, tous les deux, tellement bien… Comme si rien jamais ne pouvait venir se mettre en travers… Comme si on devait être heureux jusqu’à la fin des temps…
- On le sera peut-être…
- Non… Bien sûr que non… Et tu le sais très bien… Forcément un jour ou l’autre il se passera quelque chose… Tu en aimeras une autre… Ou bien tu te lasseras… On a vingt ans d’écart… Non, tais-toi, s’il te plaît !… Ne dis rien… Embrasse-moi plutôt… Il faut qu’on profite de tous les instants… Tous… Tous… Tu me promets, hein ?!…

Et ils sont rentrés à l’hôtel…

 

 

 

 

- Il s’en parle toujours ?…
- De quoi donc ?…
- De l’autre mardi…
- Ah… Oui… Oui… Forcément… Un peu…
- Qui c’est qu’en parle ?…
- Ca vous dirait rien… Vous les connaissez pas…
- Il y avait un blond avec un air poupin qui me regardait d’une façon, mais alors là d’une façon !…
- C’est Récamier… A tous les coups c’est Récamier… Oui, oh ben lui… C’est le genre de type convaincu que les femmes – toutes les femmes – ne pensent qu’à ça… Partout et toujours… Pourquoi c’est jamais avec lui qu’elles ont envie alors ?… La question il se la pose pas… Il devrait… Il est lourd, mais lourd…
- Et une brune… Qui m’a fusillée du regard…
- Oui, oh ça !… C’était Emilie Chaudard… Forcément… C’est une fille qui appartient à un groupe de recherches spirituelles de je sais pas trop quoi… Elle a des idées très arrêtées. Sur tout… Ca l’embête d’avoir un corps… Si elle pouvait s’en passer… Ca l’embête qu’on ait des corps… On se demande vraiment ce qu’elle est venue fabriquer en médecine…

 

 

 

 

La tête posée sur son épaule, il lui caressait distraitement la hanche…
- Tu sais où j’aimerais qu’on le fasse un jour ?…
- Dis…
- Là-bas… Sur la table d’examen…
Elle a éclaté de rire…
- Ben voyons !… Et puis quoi encore ?…
- Ce serait possible…
- C’est ça !… Avec tous tes petits camarades autour et Madame Saulnier qui battrait la mesure pour nous donner le rythme… T’as fumé quoi ?…
- Non, mais c’est vrai que ce serait possible… Un soir… Il y a personne dans cette aile du bâtiment le soir… C’est désert… Et je peux avoir les clefs si je veux… Ca te dirait pas ?…
- Il y aurait que nous, c’est sûr ?
- Certain…
- Et on pourrait pas nous surprendre ?…
- Il y a absolument aucun risque…

mardi 20 juillet 2010

Visites médicales ( 7 )

Madame Saulnier a repris place derrière son bureau…
- Ce n’est toujours pas passé ?…
- Si !… Enfin non… C’est-à-dire que c’est pas tout à fait la même chose… Ni exactement au même endroit…
- Bon… Eh bien on va voir ça… Je vous attends à côté…

 

Face à eux. Ils étaient plus près de la porte que la fois précédente. Beaucoup plus près. Elle n’a regardé personne. Elle a fixé un point sur le mur. Très loin. Au-delà du mur…
- Allez vous installer là-bas… Je vais vous examiner…
Hein ?!… Ah oui !…
Oui… Elle s’est précipitée. Quelqu’un a murmuré quelque chose qu’elle n’a pas compris… Il y a eu des rires étouffés. Madame Saulnier déroulait des mots. Une ribambelle de mots ponctués parfois d’un silence que la voix d’un étudiant venait aussitôt combler…

 

Ca s’est mis en marche. C’est venu. Ca a encore entouré…

Elle a croisé un regard. Un autre. Un troisième. Sans trouver celui d’Emilien. Un petit étudiant au visage poupin lui a fait un clin d’oeil lourd de sous-entendus. Elle a rougi, baissé les yeux…
- Voyons ça !…
Et encore la main de Madame Saulnier. Encore ses doigts. Plus pressants. Plus précis. Plus intrusifs. En pleine lumière…
- Quelqu’un peut me dire ?…
Quelqu’un pouvait. Plusieurs. Emilien aussi. Et Clarisse. Un mot compliqué. Qu’elle n’avait jamais entendu…
Madame Saulnier a acquiescé…
- En effet… Oui… En effet…
S’est tournée vers elle…
- Un produit agressif… Auquel vous êtes allergique… Un savon sans doute… Ou une lessive…
Elle s’est éloignée. Les étudiants lui ont emboîté le pas. Une fille s’est retournée. Qui l’a toisée. D’un air de profond mépris… L’étudiant poupin est revenu sur ses pas ramasser quelque chose… Il a cherché ses yeux, franchement rigolard…

 

Elle n’avait pas fait trois pas en dehors du CHU qu’Emilien l’avait rattrapée. Prise par les mains…
- Merci…
Serrée contre lui… Elle a jeté les bras autour de son cou…
- Viens !…
Il l’a entraînée dans une petite rue latérale. Une porte cochère. Un escalier. Un couloir sombre…
- Tu m’emmènes où ?…
- Chez un copain… Il n’est pas là…

 

Ils sont restés enlacés…
- Comment tu as crié !… C’est de la folie… Tout l’immeuble a dû en profiter…
- C’est vrai ?… A ce point ?… Je me suis pas rendu compte…
- Ah, pour en être tu en étais… Tu vois finalement… Tu vois que ça te met en appétit ces petites visites médicales… Tous ces regards sur toi… Tous ces regards rien que pour toi…
- Mais c’est pas ça, Emilien, c’est pas ça…
- Ah non ?!… C’est quoi alors ?…
- C’est toi… C’est l’idée que ça te plaît à toi… Que c’est important pour toi…
- Ce qui revient un peu au même au bout du compte, non ?…

 

 

 

 

- Pas du tout… J’ai pas voulu discuter, mais ça revient pas du tout au même… Absolument pas…
- Comment vous vous débattez contre ça, hein !…
- Je me débats pas, mais j’aime pas ça qu’on croie ce qui est pas vrai…
- Ca n’aurait rien de déshonorant, vous savez…
- Peut-être… Mais c’est pas vrai… Et j’ai horreur de ça…
- Vous l’empêcherez pas… Ni lui ni les autres…
- Ils en parlent ?…
- Evidemment qu’ils en parlent… Qu’on en parle… Qu’est-ce que vous croyez ?…
- Qu’est-ce qu’il se dit ?…
- Qu’est-ce que vous voulez qui se dise ?… Vous devez bien l’imaginer, non ?…
- Pour quoi je dois passer !…
- Ah, il y en a qui vous font pas de cadeaux… Ca, c’est sûr… Mais dans l’ensemble…
- Dans l’ensemble ?…
- Les types ils sont plutôt admiratifs… Ils vous trouvent super bien roulée pour dire que vous avez l’âge que vous avez…
- Et lui ?… Il dit quoi ?… Il fait quoi ?…
- Lui ?… Il écoute… Il dit rien… Et il boit du petit lait… Personne sait qu’il sort avec vous… Personne…

vendredi 16 juillet 2010

Visites médicales ( 6 )

- Oui, ben alors là !… Il se plante complètement… Ou plutôt non… Il vous raconte ce qui l’arrange… Parce qu’il le sait très bien ce qu’ils disent les autres… Qu’une femme qui vient consulter le mardi en dermato pour des endroits intimes comme ça elle sait très bien ce qu’elle fait… C’est qu’elle a envie d’avoir des tas de spectateurs… Jeunes de préférence… Alors vous pensez bien que si vous revenez une deuxième fois !…
- Mais pourquoi il veut me faire faire ça ?…
- Parce que ça l’excite de penser qu’ils vont penser que ça vous excite d’avoir leurs regards sur vous…
- Il est hors de question que je me prête à ça…
- Vous faites bien comme vous voulez… C’est vous que ça regarde…
- Il va m’en vouloir, tu crois ?…
- Ca… Le connaissant il y a des chances…
- Au point de ?… De me plaquer ?…
- Qu’est-ce que vous voulez que j’en sache ?… Je suis pas dans sa tête, moi…

 

 

 

 

- C’est moi, Emilien !… Moi, Sophie…
- Ah oui… Ca va ?…
- Bien… Et toi ?…
- Ca pourrait être pire...
- T’es pas venu hier… T’as eu un empêchement ?…
- Oui… Oui… Avec les examens qui approchent… Tout ça…
- On se verra ce soir ?
- Je sais pas… Demain plutôt… Je te dirai… Je t’appellerai…

 

- A quoi tu penses ?…
- A rien…
- T’es pas avec moi…
- Mais si !…
- Tu m’en veux ?… Tu m’en veux parce que je veux pas retourner en visite au CHU, c’est ça ?…
- Mais non, je t’en veux pas, non… Même si j’aurais préféré…
- Il y a autre chose alors ?… C’est quoi ?…
- Mais rien !… Il y a rien…
- Dis-moi !… S’il te plaît, dis-moi !…
- Rien, j’te dis !… Mais je crois que je vais rentrer… Ca vaut mieux…

 

 

 

 

- Excuse-moi… Tu étais à table ?… Je vais pas te déranger longtemps… C’est au sujet d’Emilien…
- Ca… Je m’en doutais un peu…
- Il me bat froid… A cause de cette histoire de visite médicale… Il me dit que non, que c’est pas à cause de ça, mais moi je suis sûre que si…
- Probable, oui !…
- C’est moche, Clarisse !… C’est vraiment moche… On est en train de se perdre… On est déjà en train de se perdre… Et tout ça pour un truc idiot…
- Si vous êtes sûre que c’est pour ça et si vous voulez pas le perdre vous savez ce qui vous reste à faire…
- Oui, mais je peux quand même pas…
- Ben pourquoi ?… Pourquoi ?… Vous faites des complications pour pas grand chose, moi, je trouve…
- Je fais pas des complications, mais…
- Ah ben si !…
Si !… Qu’est-ce que vous attendez pour y retourner à cette visite médicale puisqu’il y tient tant ?…
- Si c’est pour que tout le monde s’imagine que je viens là pour me faire reluquer…
- Qu’est-ce que vous en avez à foutre de ce qu’ils vont penser ?!… A part lui et moi vous connaissez personne… Vous les reverrez jamais… Alors !…
- Oui, mais quand même !… Quand même !…
- Si vous préférez reprendre votre petite vie d’avant… Passer vos week end à attendre un type qui vous fait l’aumône de sa présence une fois tous les trois mois et qui se fiche carrément de vous c’est votre problème…
- Oui, ben alors ça il en est pas question !…
- Eh ben alors !…
Qu’est-ce qui vous fait peur ?…
- Mais rien… Rien…
- Moi, je crois que si !… Je crois que ce que vous avez peur de découvrir en y retournant c’est que finalement ça vous est pas si désagréable que ça de vous retrouver à poil devant plein de monde… Et alors ?… Même si ça devait finir par vous plaire qu’est-ce que ça peut bien faire ?!… Au contraire…

 

mardi 13 juillet 2010

Visites médicales ( 5 )

- Il t’a parlé ?… Il t’a dit quelque chose ?…
- A propos de quoi ?…
- De moi… Ce qu’il en pense… S’il a envie que ça dure… Tout ça…
- Oh, vous savez, Emilien et moi on est d’excellents copains… On a toujours été d’excellents copains, mais de là à ce qu’il me fasse ses confidences…
- De toute façon je me fais pas beaucoup d’illusions…
- Qu’est-ce que vous en savez ?…
- Il y a tant d’autres filles plus belles, plus jeunes et plus intéressantes que moi…
- Ce que vous pouvez être négative quand vous vous y mettez !…
- Mais non, mais… Il a vingt ans…
- Nous y voilà !… L’âge, vous faites une sacrée fixation là-dessus, hein !…
- Mets-toi à ma place… Non… Le plus vraisemblable, c’est que ça l’amuse d’inscrire une « vieille » à son tableau de chasse, qu’il en fait des gorges chaudes avec ses copains et que d’ici quinze jours…
- Vous êtes trop, vous, dans votre genre…
- Oh, mais je lui en veux pas… Je suis rentrée dans le jeu… Et s’il faut absolument un coupable…
- Vous avez une sacrée bonne opinion de lui, on peut pas dire…
- J’ai déjà été tellement échaudée…
- Que vous avez encore envie de l’être…
- Mais non, mais…
- Eh ben on dirait pas… Non… Vous savez où c’est que ça va pas votre truc ?… C’est que vous avez encore des idées du Moyen-Age… L’amour éternel et tout le tintouin… On n’en est plus là aujourd’hui… Un homme… Une femme… Ca se plaît… Ca a envie de faire des choses ensemble… Ca les fait… Sans se poser toutes ces questions… Ca dure parce que les deux ils en ont envie ?… Tant mieux !… Ca dure pas ?… Tant pis !… On fait pas tant d’histoires… Et vous voulez que je vous dise ?… Le meilleur moyen pour que ça dure c’est de pas faire des pieds et des mains pour… C’est d’être tout légers l’un pour l’autre… De rien demander… De rien exiger… De rien vouloir… De pas le gonfler l’autre…

 

 

 

 

- Pourquoi tu ris ?…
- Je ris pas… Je souris…
- Pourquoi tu souris alors ?…
- Parce que je repense à la première fois que je t’ai vue… Comment t’as eu envie de fuir d’un seul coup… Et comment tu t’es vite reprise…
- Reconnnais que c’était vraiment pas facile comme situation…
- Comme quoi… Même quelque chose dont on a très envie… Dont on rêve depuis très longtemps que ça se produise… Quand on passe enfin à l’acte et qu’on se trouve au pied du mur c’est pas forcément si simple…
- Hein ?… Mais pas du tout… C’est pas ça… Je savais pas…
- Tu savais pas quoi ?…
- Que vous seriez là… Qu’il y aurait des étudiants…
- C’était un mardi… Et le mardi…
- Personne m’avait dit…
- Elle le spécifie toujours la secrétaire…
- Ben pas là… Je te jure que…
- Je te crois… Je te crois, mais…
- Qu’est-ce qu’il y a ?… T’as l’air tout bizarre d’un seul coup… J’ai dit quelque chose qui t’a fâché ?…
- Oh non… Non… Mais je m’étais mis des trucs en tête… Que c’était ton fantasme secret ça une visite médicale devant des étudiants… Que tu le réalisais enfin… Mais bon… Ca fait rien…
- Si, ça fait !… Si !… Je le vois bien…

 

- Finalement… si t’y revenais maintenant, un mardi, à la consultation de Madame Saulnier tu pourrais pas dire que tu sais pas…
- Ca, c’est sûr… Mais j’ai aucune raison d’y retourner… C’est complètement guéri…
- Alors ça ce serait vraiment pas un problème… J’ai les moyens de te provoquer une éruption de petits boutons qui serait absolument sans danger…
- T’as de ces idées !… Mais on peut pas faire ça enfin Emilien !…
- Ben pourquoi ?…
- Ben parce que… Non, mais tu te rends compte ?…
- Oui, je me rends compte… Oui… Je me rends compte que ce serait absolument génial… Rien que d’y penser…
- Je vois vraiment pas ce que tu peux trouver de génial là-dedans…
- Mais tout !… Tout… Que tu y ailles sans vraie raison… Que tu fasses ça pour moi… Qu’ils sachent pas qu’on est ensemble tous les deux… Plein de choses…
- Non, mais pour quoi je passerais, moi ?… Qu’est-ce qu’ils iraient s’imaginer ?…
- Mais rien du tout !… Ils penseront que tu es très satisfaite de la façon dont Madame Saulnier t’a soignée… Que c’est pour ça que tu fais à nouveau appel à elle…
- Oui, mais de ce que je revienne un mardi ?…
- Que tu es suffisamment décoincée pour n’en avoir rien à foutre…

 

vendredi 9 juillet 2010

Visites médicales ( 4 )

- Ah, c’est vous… Je me demandais…
- C’est mignon chez toi…
- Oh, c’est pas vraiment chez moi… C’est chez mes parents… Alors à part ma chambre… Vous voulez que je vous la montre ?…

- Elle te ressemble… C’est bien comme ça que je me la serais imaginée…
- Eh bien asseyez-vous… Vous voulez boire quoi ?…
- N’importe… Ce que tu veux… Ce que tu as… Mais dis-moi… Emilien…
- Je croyais qu’il vous intéressait pas…
- Oui… Non… Mais quel genre de garçon c’est ?…
- Dans quel sens ?…
- Avec les filles… C’est plutôt le style « J’te prends j’te jette » ?… Ou bien le genre à ce que ça dure ?…
- Pourquoi vous me demandez ça ?…
- Comme ça…
- Il y a bien une raison… Ca y est, je parie !… Ca y est !… Vous avez couché avec… Eh ben ça a pas perdu de temps, dis donc !… Je pensais bien que ça finirait par se faire… Mais pas que ça irait aussi vite… C’était quand ?…
- Hier… Hier soir… Il m’a emmenée au restaurant et… Mais tu lui répètes pas que je te l’ai dit, hein !…
- Comment vous avez dû vous éclater !… Parce que c’est pas le genre à se démultiplier partout Emilien, mais toutes celles qui sont allées avec elles disent la même chose… Que pour savoir s’y prendre il sait s’y prendre… Qu’avec lui t’es sûre de monter… Et de monter haut…
- Faut reconnaître que…
- Que vous aviez encore jamais connu ça avant…
- On peut dire ça comme ça, oui…
- A votre âge ça a dû vous faire drôle quand même…
- Oui… Enfin… C’était pas la première fois non plus que ça se passait plutôt bien, mais faut reconnaître qu’à ce point-là…
- Et du coup vous avez pas envie de le lâcher… Ca peut se comprendre… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?… Ca fait quatre-cinq ans que je le connais Emilien… Je l’ai vu avec des filles, oui… Mais pas tant que ça finalement… Avec certaines ça durait… Plusieurs mois… Avec d’autres pas du tout… Il y avait aucune logique apparente là-dedans… Je suppose que ça dépendait pas mal de la nana… De comment elle était intéressante… Et de s’ils avaient des choses à se dire… Mais à votre place, moi, je me poserais pas tant de questions… Je prendrais les choses comme elles viennent… Je lui montrerais que je prends mon pied avec lui – ils adorent ça les mecs – …Je lui dirais que je le trouve exceptionnel – ils adorent encore plus ça – et je me laisserais aller… Parce que plus vous allez compliquer les choses…
- Oui… Tu as raison… Tu as sûrement raison…
- Evidemment que j’ai raison… Et pour l’autre, là, dont vous m’avez parlé… Vous allez faire quoi ?…
- Oh, lui !… Depuis le temps qu’il s’est pas manifesté… Et puis de toute façon…




Le lendemain soir il était là. A l’arrêt du car. Il attendait. Il a souri, s’est levé, l’a prise dans ses bras… Le désir dansait dans ses yeux… Elle s’est blottie contre lui… Il s’est penché à son oreille…
- T’as envie qu’on fasse quoi ?…
- Ce que tu veux… Ca m’est égal… Décide, toi…
- Alors viens !…
L’hôtel juste en face…

 

Il l’a déshabillée. Dépouillée de ses vêtements. De tous ses vêtements. Et il l’a prise, là, par terre, sur la moquette… Elle lui a offert son plaisir en longs sanglots hoquetés…

 

- Comment tu donnes envie !… Non, mais comment tu donnes envie !… C’est de la folie !…
Et encore… Presque aussitôt… Sur le lit cette fois…
Ils sont restés noués l’un à l’autre… Elle s’est assoupie de bien-être… Endormie…

 

C’est un picotis de petits baisers qui l’a tirée du sommeil… Au-dehors il faisait nuit noire…
- Hein ?!… Mais fallait me réveiller !…
- Pourquoi ?… Quelqu’un t’attend ?…
- Non… Non… Personne…
- Eh bien alors !…
Il a posé sa tête sur ses seins…
- Ca m’a donné faim tout ça !… Pas toi ?…
- Un peu…
- On se fait un petit resto ?… Comme hier… Et puis on revient passer la nuit là ?… Allez… Vite… Habille-toi !…

 

mardi 6 juillet 2010

Visites médicales ( 3 )

- Me v’là !… Avec mon questionnaire…
- Deux secondes… Je finis ça et je suis à toi…
- Oh, prenez votre temps… Je suis pas pressée… En tout cas un truc qu’est sûr, c’est que vous lui avez tapé dans l’œil à Emilien… Et pas qu’un peu…
- Oui, oh…
- Ah si, si !… Je peux vous dire que si… Il arrête pas de nous bassiner avec vous… Que vous êtes ci… Que vous êtes ça… Que vous avez de ces yeux… Que c’est d’une femme comme vous qu’il a toujours rêvé… Que…
- Grand bien lui fasse…
- Il vous plaît pas ?…
- Il a pas à me plaire ou à pas me plaire… J’ai le double de son âge… A quoi veux-tu que ça rime ?… Où veux-tu que ça nous mène ?…
- Au moins à passer des bons moments…
- De ce côté-là j’ai ce qu’il me faut, merci…
- C’est vrai ?… Vous avez quelqu’un ?… En tout cas vous vivez pas avec… Ca se voit tout de suite qu’il y pas d’homme qui habite ici…
- C’est pas parce que je vis pas avec que…
- Ouais… Je vois ce que c’est… Il est marié, hein ?…
- Non… Enfin oui… Mais c’est pas important ça qu’il soit marié…
- Ben voyons !… Vous le voyez tous les combien ?…
- Ca dépend…
- En moyenne ?… Tous les mois ?… Tous les deux mois ?… Si ça vous suffit…
- Mais non, mais…
- Et vous attendez quoi ?… Ce que vous savez très bien qui n’arrivera jamais… Et lui pendant ce temps-là il a sa femme… Et peut-être deux ou trois autres en plus…
- Oh non… Non… Ca m’étonnerait beaucoup… C’est pas le genre…
- Oh, alors ça !… Il serait pas le premier… Il y en a ils sont doués quand il s’agit de cacher leur jeu… Et pendant ce temps-là vous, vous lui restez obstinément fidèle… Pas question de regarder ailleurs… Pas question du moindre petit écart… Si c’est pas être amoureuse ça… Sauf que vous vivez pas… Mais après tout c’est peut-être ça que vous voulez ?… C’est peut-être ça qui vous arrange ?… Oh, mais vous faites ce que vous voulez, hein !… C’est votre vie… Moi, ce que j’en dis…

 

 

 

 

- Qu’est-ce que vous faites ?…
- Je descends avec vous…
- Oui, ben ça je vois bien…  Mais pour quoi faire ?…
- Peut-être que j’ai l’intention d’ouvrir un compte ?…
- Pas de problème… L’une de mes collègues se fera un plaisir de s’occuper de vous…
- Non… En fait vous m’avez eu l’autre jour… Il y a pas eu moyen que je les paye nos cafés… Alors je veux ma revanche…
- Mais j’ai pas le temps !… J’embauche dans deux minutes…
- Eh bien ce soir alors !… Je vous attendrai…
- Mais non !… C’est pas la peine… Une autre fois… Il y aura d’autres occasions…
- Si !… Si !… A ce soir…
Et il s’est enfui…

 

- Parlez-moi un peu de vous…
- De moi ?… Oh, il y a pas grand chose à dire, vous savez… Il y a même rien à dire… Je suis quelqu’un de simple… Qui mène une vie tranquille…
- Qui ne s’ennuie jamais ?…
- Pour être franche, si… Un peu… Quelquefois…
- Ce qui veut dire… Beaucoup… Souvent…
Elle a souri…
- C’est pas complètement faux…
- Quand vous êtes pas au boulot… le soir… le week end… vous faites quoi ?…
- Rien de spécial… Je lis… Je regarde un peu la télé…
- Wouah !… Ce que vous devez vous éclater… C’est de la folie…
- Vous moquez pas !…
- Je me moque pas, mais enfin !… Vous parlez d’une vie !… Vous sortez jamais ?…
- Rarement…
- Vous n’avez pas d’amis ?…
- Si… Si… Quand même… Mais vous savez les femmes quand elles sont en couple les femmes seules elles se méfient… Elles les tiennent à distance… On sait jamais…
- Oui… Alors en fait, si je comprends bien, vous passez votre vie chez vous sans jamais rien faire et sans jamais voir personne… Mais c’est un coup à devenir complètement neurasthénique ça !…
- On s’habitue… On fait avec…
- Ouais… Jusqu’au jour où on craque complètement… Vous imaginez tout de même pas que je vais vous laisser vous enfoncer comme ça…
- Ah oui ?!… Et vous allez faire quoi ?…
- Vous sortir… Vous faire voir des trucs… Et pour commencer je vous emmène au restaurant…
- Comme ça ?!… Mais je suis pas habillée… Rien…
- Qu’est-ce que ça peut faire ?…
- Oh si, si !… Faut que je passe chez moi d’abord… 

 

vendredi 2 juillet 2010

Visites médicales ( 2 )

- C’est moi !… Je vous dérange pas ?…
- Non… Entrez !…
- C’est marrant ces apparts !… Ils sont tous faits sur le même modèle finalement… La déco mise à part j’ai l’impression d’être chez moi… Bon… Mais c’est pas tout ça… Je voulais vous demander… J’ai un rapport à faire sur la façon dont les patients ils perçoivent la médecine… les soins… tout ça… Ca vous ennuierait de m’aider ?… Ce serait juste quelques questions à vous poser comme ça… Il y en aurait pas pour longtemps… Et comme vous habitez juste à côté…
- Si ça peut vous rendre service…
- Merci… C’est sympa… Je l’aménerai le questionnaire… Mais vous pouvez me tutoyer, hein !… En attendant je peux vous demander un truc ?…
- Vas-y !…
- Pourquoi vous avez choisi de venir à la consultation du mardi ?… Le mardi on est là, nous, les étudiants… Un autre jour vous auriez été toute seule avec Madame Saulnier… Et vu l’endroit où vous l’avez votre problème…
- C’est que… Oh, c’est tout simple comme explication… C’est que c’était le rendez-vous le plus proche… Et puis… Tu vas rire… Mais je n’avais pas la moindre idée de ce que ça pouvait signifier « dans le cadre des cours de Madame Saulnier »…
- Ah oui !… Ben je peux vous dire que c’est pas du tout ce qu’ils s’imaginent les autres… Mais alors là pas du tout… Ils pensent que vous l’avez fait exprès de choisir le mardi… Pour qu’il y ait plein de monde à vous regarder…
- Oui, ben tu pourras leur dire…
- Je leur dirai rien du tout… Parce que quand ils ont une idée en tête pour les en faire démordre… De toute façon qu’est-ce que ça peut faire ce qu’ils pensent… Vous vous en fichez… Vous les reverrez pas… N’empêche… N’empêche qu’ils ont quand même pas complètement tort non plus…
- Hein ?!… Mais pas du tout !…
- Non, mais je parle pas pour vous !… Mais c’est vrai qu’il y en a des fois !… On voit trop pour quoi elles sont venues… Surtout celles de votre âge… Il y en a même une un jour ça l’avait mise dans un état d’être toute nue comme ça devant tous ces étudiants, mais dans un état !… Oh, mais je critique pas, hein, je juge pas… Je constate… C’est tout…

 

 

 

 

Elle l’a ignoré. Elle s’est ostensiblement passionnée pour la lecture de sa revue. Il la fixait. Elle a nerveusement décroisé, recroisé, redécroisé les jambes. Il ne cessait pas de la fixer…
- De quoi ça parle ?…
- Pardon ?…  Ah, mais c’est vous… C’est vous qui…
- C’est moi… Emilien… Oui…
- Excusez-moi !… J’étais tellement absorbée par…
- De quoi ça parle ?…
- Oh, ça n’a pas beaucoup d’intérêt…
- En somme, si je comprends bien, ce qui vous passionne, c’est ce qui n’a pas d’intérêt…
- Mais non, mais…
- C’est pareil pour les gens ?...
Il a éclaté de rire…
- Oh, mais faites pas cette tête-là… Je plaisantais… En tout cas c’est gentil de m’accompagner jusqu’à la fac comme ça…
- Hein ?… Mais pas du tout !… Je vais travailler…
- A la banque… Place Jean Jaurès… Je sais… Sauf que ça fait un bon moment qu’on l’a dépassée la place Jean Jaurès… Et qu’on va arriver au CHU…
- Oh la la !… Mon Dieu !… Mais c’est pas vrai !…
- Ben si !…
Elle s’est levée d’un bond. Il l’a fermement rattrapée par le bras…
- Qu’est-ce que vous faites ?… Vous êtes folle… Vous allez quand même pas sauter en marche ?…
Forcée à se rasseoir…
- Allons !… Soyez raisonnable…
- Mais je vais être en retard !…
- Et alors ?… C’est pas une raison pour aller vous fracasser la tête sur le trottoir… Et finir aux urgences… Remarquez… Ce serait pas forcément désagréable… Pour moi en tout cas… Je vous accompagnerais là-bas… Je prendrais soin de vous… Je vous ferais donner une des meilleures chambres… Je viendrais vous rendre visite… Tous les jours… Plusieurs fois par jour… Oui… J’aurais dû vous laisser sauter finalement…

 

- Et voilà… Vous n’avez plus qu’à reprendre le car dans l’autre sens… Mais avant on se boirait bien un petit café, non ?… Vous me devez bien ça : je vous ai sauvé la vie…
- Je suis déjà terriblement en retard…
- Justement… Raison de plus… Vous n’êtes plus à cinq minutes près…

 

mardi 29 juin 2010

Visites médicales ( 1 )

Sa gynécologue semblait beaucoup y tenir…
- J’aimerais quand même que vous voyiez un dermato… Qu’il nous donne son avis sur une éruption aussi soudaine…
Un dermato ?… Mais elle en connaissait pas !…
- Madame Saulnier, au CHU, est quelqu’un de très bien… De très compétent… A qui on peut faire une confiance aveugle…

 

La secrétaire n’avait pas de rendez-vous à lui proposer avant trois mois…
- Ou alors mardi en huit… Si vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que ce soit dans le cadre des cours de Madame Saulnier…
Elle n’y voyait pas d’inconvénient, non… Elle ne voyait pas du tout en quoi ça consistait. Ce que ça changeait. Et elle n’a pas posé la question…

 

C’était une femme d’à peu près son âge. Peut-être un peu plus. Quarante-cinq ans. Tout juste a-t-elle jeté un œil sur la lettre de la gynéco…
- Oui… Bon… On va voir ça… Vous vous déshabillez et vous me rejoignez à côté dans la salle d’examen…

Ce qu’elle a fait… Pour se trouver aussitôt nez à nez avec une quinzaine d’étudiants – garçons et filles – alignés en rangs d’oignons… Elle n’a pas pu retenir un petit cri de stupéfaction… Elle a esquissé un mouvement de repli instinctif vers la porte salvatrice… Avant de très vite se reprendre… Elle n’allait tout de même pas se donner le ridicule, à son âge, de jouer, les vierges effarouchées… De toute façon c’étaient des étudiants… En fin d’études… Ou en spécialisation sûrement… Ils en avaient vu d’autres…

 

Madame Saulnier ne s’était aperçue de rien. Ou faisait mine de ne s’être aperçue de rien…
- Tenez, allez vous allonger là-bas… On arrive…
Et elle s’est lancée dans un savant exposé technique totalement incompréhensible pour elle…

 

Ils se sont enfin approchés. L’ont entourée. Cernée. Un mur. Une muraille d’étudiants… Elle a posé sa main. Entrouvert avec ses doigts. Ouvert plus largement. Maintenu...
- Vous voyez ?… Tout le monde voit ?… Là-bas aussi derrière ?… Eh bien venez plus près !…
On s’est penché. Des têtes. Des bouclées. Des frisées. Des rasées. Des brunes. Des blondes. On est resté penché…
- Vous avez vu ?… Tout le monde a vu ?… Oui ?… Vous conviendrez avec moi que poser un diagnostic, dans ce cas précis, ne présente pas de véritable difficulté…
Ils ont tous bruyamment approuvé…
- Bien… Vous pouvez aller vous rhabiller… Cela ne revêt pas le moindre caractère de gravité… Je vais vous faire une ordonnance… Dans huit jours il n’y paraîtra plus…

 

 

 

 

- Bonjour… Vous me reconnaissez pas ?…
Une petite brune tout sourire à l’arrêt du car… Non… Non… Sa tête me disait rien… Rien du tout… Non… Je voyais pas…
- L’autre jour… En dermato… A la fac…
- Ah… Ah oui…
- On était tellement nombreux… Vous pouvez pas vous rappeler… C’est pas possible… Vous habitez dans le coin que vous attendez le car ici ?…
- L’immeuble qu’on voit là-bas juste derrière…
- C’est pas vrai !… Moi aussi… Quel étage ?…
- Quatrième…
- Et moi sixième… C’est trop quand même ça comme coïncidence… Et qu’on s’en soit seulemement jamais aperçues…

 

Dans le car elles se sont assises face à face…
- Vous retournez quand même pas en consultation là-bas ?…
- Oh non… Non… Je vais travailler… Je m’arrête bien avant…
- Ca a disparu ?…
- Quoi donc ?…
- Ben !…
- Ah oui !… Non… Pas encore, non… Mais presque…
- Il y en a beaucoup qui la critiquent, mais c’est une excellente toubib Madame Saulnier… Et une excellente prof… C’est pas parce qu’elle est froide et distante au premier abord comme ça que…

 

Le car a ralenti. S’est arrêté. Elle a fait signe à travers la vitre…
- C’est Romain et Emilien… Venez là !… Il y a de la place…
Ils se sont assis à côté d’elles…
- C’est la femme de l’autre jour avec Madame Saulnier… Vous vous rappelez ?…
Emilien a plongé ses yeux droit dans les siens…
- Comme si on pouvait oublier !…
Elle est devenue écarlate…

vendredi 25 juin 2010

2034 ( 72 )

Lundi 4 Décembre 2034

 

On est chez grand mère. C’est maintenant chez moi. Je n’y avais pas remis les pieds depuis l’enterrement. Tout est resté en l’état. Je n’ai pas eu le cœur d’y changer quoi que ce soit. Et c’est comme si elle allait surgir en s’essuyant les mains à son tablier. Comme toujours. Convaincre Christopher de venir a été beaucoup moins difficile que je ne l’aurais cru. Il a bien protesté pour la forme, mais s’est pourtant laissé emmener sans résistance. Il semble heureux ici. Et je crois qu’il l’est autant qu’il lui est possible de l’être. Il s’assied face à la mer. Il la regarde – on a une chance inouïe : il fait exceptionnellement doux pour un mois de Décembre – il la contemple. Je m’assieds à ses côtés et je lui tiens la main. On ne parle pas. Presque pas. L’essentiel est déjà dit. On habite juste les instants, c’est tout. Du mieux qu’on peut. C’est une horrible course contre la montre qui est engagée. Une course qu’on est sûrs de perdre. Dont il faut impérativement oublier – ne fût-ce que momentanément – l’issue…

 

 

 

 

Mercredi 6 Décembre 2034

 

Zaza est adorable. Elle fait tout, elle s’occupe de tout pour que je puisse être le plus possible avec lui. Et je lui consacre effectivement le plus clair de mon temps. Tout mon temps. Ou presque. Il dort de plus en plus. Ce n’est pas bon signe. C’est même très mauvais signe. Il ne veut pas que je le quitte. Il a besoin de moi. De ma présence. Je reste avec lui. Je le regarde dormir en me disant que demain. Ou dans trois jours. Ou dans huit. Ne pas penser. Surtout ne pas penser…

 

 

 

 

Vendredi 8 Décembre 2034

 

Au réveil il pose sa tête sur mon ventre. Au réveil il pose toujours sa tête sur mon ventre. Il le caresse. Il le redessine. Il s’y installe…
- Dire qu’il est là…
Il le couvre d’une multitude de petits baisers…
- Un garçon ou une fille ?… Je saurai jamais… Mais c’est le seul qu’aura vraiment été à moi… T’en prendras soin, hein, tu me promets ?!…
Ca, il peut en être certain…
- Et tu lui parleras un peu de moi ?!…
Si on me le laisse, oui… Mais on me le laissera… Je ferai tout pour… Je le jure…

 

 

 

 

22 heures

 

C’est Vionne qui l’a envoyée…
- Ca coûte rien d’essayer…
Une femme qui aurait, paraît-il, guéri, l’an dernier, quatre personnes contaminées par le virus… Je n’y crois guère. Sans doute avaient-ils attrapé autre chose dont ils ont guéri spontanément. Je l’ai malgré tout laissé faire. Si ça pouvait au moins, à défaut d’autre chose, lui donner un peu d’espoir… Elle lui a imposé les mains, a récité des prières, lui a fait boire une potion-miracle et est repartie comme elle était venue… L’amélioration devrait, selon elle, être perceptible dans trois ou quatre jours…

 

 

 

 

Lundi 11 Décembre 2034

 

Ca n’a servi à rien. C’est une doctoresse de ses amies qui est venue cette fois. Quelqu’un de sûr. Elle a haussé les épaules…
- Quelques jours… Quatre ou cinq… Pas plus… -
Et si on l’emmène à l’hôpital ?…
- S’agissant du pronostic vital ça ne change strictement rien… Mais là-bas il ne souffrira pas… On dispose de tout ce qu’il faut… Tandis qu’ici !…

 

 

 

 

Mardi 12 Décembre 2034

 

Il faut qu’on l’hospitalise… Il faut !…
- Et vous, il faut que vous partiez…
- Non… Ca m’est égal la prison… Si c’est pour qu’il ne souffre pas ça m’est égal…
- Et votre bébé ?… Et son bébé ?… Vous y pensez ?… Parce que qu’est-ce qu’il va se passer ?… On va forcément se poser des questions… Faire des tests… Et découvrir le pot-aux-roses… Et après ?… C’est fini le bébé… Il y en a plus de bébé… Jamais elles laisseront passer une chose pareille…
Mon bébé… Notre bébé… Je veux pas…
- Partir ?… Mais pour aller où ?… Comment ?…
- Je m’en occupe… Je m’occupe de tout…
- Tu penses toujours à tout… Mais… et toi ?…
- Vous inquiétez pas pour moi… Je vous rejoindrai… Dès que possible…

 

 

 

 

Mercredi 13 Décembre 2034

 

D’ici une heure je serai partie. Ce sont mes dernières lignes dans ce cahier que je ne peux pas emporter. Trop dangereux. Il constitue un aveu en bonne et due forme. Zaza se chargera de le mettre en lieu sûr. Je vais aller passer tout le temps qui me reste avec Christopher… Et ensuite à la grâce de Dieu !…



                                  FIN 

 

mardi 22 juin 2010

2034 ( 71 )

Mercredi 29 Novembre 2034

 

Iliona a commencé par me tirer une gueule longue de trois mètres… Et m’a assommée de reproches… Ah, on pouvait compter sur moi !… On pouvait… Soi-disant que je devais l’aider à le retrouver Christopher… Je m’étais chargée de la moitié de la liste et au final je l’avais laissée tomber… Mais si !… Si !… J’avais enquêté de mon côté…
- Et alors ?…
Et alors rien… Fallait croire qu’il avait bien préparé son coup pour disparaître comme ça sans laisser la moindre trace…
- Ouais… Ouais… Et tu crois pas que t’aurais quand même pu me tenir un minimum au courant, non ?…
- Tant qu’il y avait rien de concret…
- Quand même !… Quand même !… Ca t’aurait pas coûté grand chose de donner signe de vie, non ?… 
- J’avais beau te chercher à la fac…
- J’y vais plus à la fac… Mais il y a pas que la fac… Tu sais où j’habite…

- T’y vas plus ?… Tu fais quoi alors ?…

- Rien… A part chercher Christopher… Oh, mais je le trouverai… Je finirai bien par le trouver… Un jour ou l’autre il commettra une erreur… Et ce jour-là…

C’est vraiment devenu une idée fixe…
- Bon… Mais… et toi ?… Qu’est-ce tu deviens ?…
- Moi ?… Je suis enceinte…

Et je lui ai servi la version officielle…

- T’es complètement conne !… Un gamin !… A l’heure actuelle… Alors qu’on sait seulement pas comment tout ça va tourner… Pour qu’on te le retire quasiment à la naissance si ça tombe… Tu es folle !… Tu es vraiment folle !…
Je suis peut-être folle, mais elle est à cent mille lieues de soupçonner la vérité…  

 

 

 

 

23 heures 30

 

A cent mille lieues de la soupçonner ?… Non… Dans l’état d’esprit obsessionnel qui est actuellement le sien il fallait bien que l’idée vienne l’effleurer. Et ça n’a pas perdu de temps. Elle est passée tout à l’heure. En mon absence. A une heure où elle savait pertinemment que j’étais à la fac. Elle est passée. Poser, mine de rien, quantité de questions à mon sujet et au sujet de ma grossesse. Les filles, qui la connaissent, se sont méfiées et s’en sont strictement tenues à ce qu’elle savait déjà. Selon elles elle n’est pas repartie convaincue. J’ai donc tout intérêt à rester aussi vigilante que possible. Avec Iliona on peut s’attendre à tout…

 

 

 

 

Jeudi 30 Novembre 2034

 

Zaza m’a prise dans ses bras. Embrassée. Cajolée...
- Tu es bien caline…
- Il faut que je vous dise quelque chose…
- Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?…
- Quelquefois les choses sont tellement évidentes qu’on ne les voit pas… Surtout quand on n’a pas du tout envie de les voir…
- C’est quoi tous ces préambules ?… Dis !… Dis !… Tu me fais peur… C’est Christopher, hein, c’est ça ?…

- Oui…

- Il est parti ?…

- Non, il n’est pas parti, non, mais… il est pas bien depuis quelque temps…
- Oui, ben ça j’avais remarqué, merci…
- Et il a de la fièvre depuis quelques jours… De plus en plus forte… Comme… Comme quand…
Quelle conne !… Non, mais quelle conne je fais !… Mais c’est pas possible d’être aussi conne… Et j’ai éclaté en sanglots… Elle m’a doucement caressé le front… Du bout du pouce…
- Il va mourir, hein ?!… Oui, évidemment qu’il va mourir… Ils sont tous morts… Tous… On peut pas… Il faut… Essayer quelque chose… Tenter quelque chose…
- Non… Non… La médecine est aussi impuissante aujourd’hui qu’elle l’était il y a un an… On ne le sauvera pas… C’était son choix… Vivre encore – à plein – quelques semaines… Et mourir dehors... On n’a pas le droit de lui imposer autre chose que ce qu’il a voulu, lui… Vous ne croyez pas ?…
- Si !… Bien sûr… Evidemment…

 

 

 

 

Vendredi 1er Décembre

 

J’ai couru là-bas. Je me suis jetée dans ses bras. J’ai été forte. Je n’ai pas pleuré. Lui aussi m’a doucement caressé le front. Les cheveux…
- Il y a longtemps que tu sais ?…
- Que je suis sûr ?… Une dizaine de jours… A peine…
- Pourquoi tu n’as rien dit ?… Pour me protéger, hein, c’est ça…
Il n’a pas répondu…
- Chut !… En parle pas… J’ai plus beaucoup de temps… Il faut qu’il soit le plus plein possible… De nous… De soleil… De vie… Il a voulu qu’on se fasse l’amour. Très doux. Très tendre. Il n’a pas pu aller jusqu’au bout. Il s’est endormi contre moi, épuisé. Je l’ai gardé – contemplé – toute la nuit…

 

Au réveil il s’est excusé, les larmes aux yeux…
- J’aurais tellement voulu…
Je l’ai fait taire d’un baiser…
- Ca ne fait rien… Ce sera pour une autre fois…
- Je ne crois pas, non… C’est au-dessus de mes forces… Mais tu auras quand même été la dernière… C’est bien que tu aies été la dernière… Pars maintenant !… Pars !… Et ne reviens pas !…
- Que je ne revienne pas ?… Mais pourquoi ?…
- Parce que… Parce que je n’ai pas le droit de t’imposer ça… Parce qu’il faut que tu vives… Et que tu gardes de moi un souvenir qui ne soit pas trop… dégradé…
J’ai refusé. Il a insisté et s’est effondré en larmes dans mes bras…

 

vendredi 18 juin 2010

2034 ( 70 )

Vendredi 24 Novembre 2034

 

Simple formalité, mais passage obligé par le service des inséminations. La fille n’a pas fait le moindre commentaire, mais on voyait, à son air, qu’elle n’en pensait pas moins. Elle a inscrit un numéro de lot dans la case prévue à cet effet, a décoré la feuille avec des coups de tampon rouges, jaunes, verts, bleus et m’a sèchement congédiée…

 

En redescendant je suis passée devant la porte de Nathalie Malingre. J’ai hésité. Je suis revenue sur mes pas. J’ai frappé…

- Oui ?…

- Tiens, tiens !… Ma petite jouisseuse… Quel bon vent t’amène ?…

- Je voulais vous remercier pour… -

Chut !… On ne parle pas de ces choses-là… Déshabille-toi plutôt !… J’adore la façon dont tu fais ça…

Elle ne m’a quittée pas des yeux… Je n’ai pas attendu qu’elle me le demande pour aller m’allonger sur sa table d’examen… Jamais deux fois avec la même ?… Avec moi, si !… Et avec plus « d’emportement » encore… Elle m’a raccompagnée jusque sur le pas de la porte…
- Tu reviendras ?…
Il y avait quelque chose de suppliant dans sa voix… Je suis rentrée de la meilleure humeur qui soit…

 

 

 

 

Samedi 25 Novembre 2034

 

Zaza, qui pense toujours à tout, m’a demandé ce que je comptais faire…

- Ce que je compte faire ?… A propos de quoi ?…
- Maintenant que, légalement, tout est rentré dans l’ordre, il y a peut-être un certain nombre de gens qu’il faudrait prévenir, non ?…
- Qui ça ?…
- Ben Monelle par exemple… Vous êtes amies depuis toujours… Et Iliona… Si elle l’apprend par raccroc elle va vous en vouloir à mort…
Elle a raison. Evidemment qu’elle a raison. Mais je suis tellement dans ma bulle que je n’y avais même pas pensé…

 

 

 

 

Lundi 27 Novembre 2034

 

Vionne a surgi dans la salle de bains au moment où j’allais en sortir…

- Hou la !… Mais t’es toute belle !… Tu vas le retrouver, je parie…
- Hein ?… Mais non !… Je…
Elle a éclaté de rire…
- Oh, mais c’est toi que ça regarde !… Tu fais bien ce que tu veux… Quoique… Quoique comme bonne copine on fait mieux… Beaucoup mieux… Surtout après tout le mal que je me suis donné pour toi… Avoue que t’aurais pu au moins nous le présenter… Et même nous le prêter un peu… Au lieu de te le garder en égoïste  pour toi toute seule… Nous aussi on est en manque… A force de plus voir d’hommes comme ça depuis des mois on finit par même plus savoir comment c’est fait… Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, hein !… Tu nous le présentes quand ?… Oh, mais fais pas cette tête-là !… Je plaisante…
Elle plaisantait ?… Je n’en suis pas si sûre… Elle tâtait le terrain, oui, plutôt… Elle serait pas déçue si je la prenais au mot... Parce qu’elle pourrait pas en tirer grand chose de Christopher en ce moment… Il a pas le nez vraiment tourné à la bagatelle… Il a le nez tourné à rien…  

 

 

 

 

21 heures

 

Je vais là-bas de plus en plus à reculons. Il n’y a pas si longtemps encore quand j’arrivais il faisait des efforts. Pour parler. Pour être là. Ce n’est même plus le cas. Tout juste s’il se lève pour m’accueillir. Et il se renferme dans son mutisme. En sortir semble lui demander de tels efforts que je n’ai pas le courage de chercher à l’y contraindre. Je reste assise à ses côtés. Je lui tiens la main. Ou je la lui passe dans les cheveux. Quand ça me devient trop insupportable j’invente n’importe quel prétexte pour m’en aller. Il ne cherche pas à me retenir. Il ne cherche jamais à me retenir. Il est soulagé – c’est évident – de me voir partir. Je pars et je pleure. Mais qu’est-ce qui s’est passé ?… Comment on a fait pour en arriver là ?… Comment a-t-il pu changer ainsi, du tout au tout, sans qu’il y ait à cela la moindre apparence de raison ?… Et impossible – rigoureusement impossible – de demander de l’aide à qui que ce soit…

 

 

 

 

Mardi 28 Novembre 2034

 

J’ai dit à Monelle que j’étais enceinte…
- Mais pourquoi t’en as pas parlé plus tôt ?…
Ce qui est logique : si j’avais effectivement suivi le circuit officiel classique je l’aurais impliquée. J’aurais sollicité son avis. A chacune des étapes je l’aurais tenue au courant. Ce que je n’ai pas fait. Elle n’a pas cru un mot de mes tentatives confuses d’explication. De justification plutôt. Je m’enfonçais de plus en plus. Si bien que j’ai fini par lui abandonner la vérité. Elle n’a pas paru réellement surprise…
- Tu t’en doutais ?…
- Oui et non… Tu avais changé… Tu étais absente… Ailleurs… Il y avait forcément quelque chose… Mais quoi ?… J’aurais pensé à tout sauf à ça…

 

mardi 15 juin 2010

2034 ( 69 )

Vendredi 17 Novembre 2034

 

- Tu as un moyen imparable d’obtenir ce que tu veux… De réussir à faire falsifier ton dossier…
- Ah !… Lequel ?…
- Tu demandes une contre-expertise… C’est une certaine Nathalie Malingre qui te recevra… Qui t’examinera… Tu en obtiendras tout ce que tu veux à condition de te montrer gentille… Très très gentille…
- Je vois… Et sinon ?…
- Sinon on peut toujours « se tromper »… T’inséminer « par erreur »… Mais si le pot aux roses est découvert tu as neuf chances sur dix qu’on te contraigne à avorter… Et tu nous mets en danger, mes collègues concernées et moi… Alors j’ai pas de conseil à te donner, mais si elle ne te répugne pas trop, passes-en par où le veut Nathalie Malingre… D’autant que je me suis laissé dire qu’elle s’y prenait pas mal du tout et que toutes celles qui lui sont passées par les mains – et pas seulement les mains – n’ont pas eu à le regretter…

 

 

 

 

Dimanche 19 Novembre 2034

 

- Fais un effort, Christopher, écoute !… T’as une mine de déterré… Tu peux pas rester enfermé là comme ça à longueur de journée… Tu vas finir par devenir complètement neurasthénique…
Il est allé se raser avec un soupir. A mis un temps fou à se préparer. M’a suivie manifestement à contre cœur. Quelques pas sur le boulevard. Il a presque aussitôt voulu s’asseoir. Laissé tomber sa tête sur mon épaule. Eclaté en sanglots…
- Mais qu’est-ce qu’il y a, Christopher, enfin !… Tu veux pas me le dire ?…
Il a haussé les épaules…
- Il y a rien… Il y a absolument rien… Il y a juste que j’ai plus envie de vivre…
On a pleuré ensemble. Et, au retour, il m’a fait l’amour. Avec violence. Avec désespoir. Sans jamais cesser à aucun moment de pleurer…

 

 

 

 

Mardi 21 Novembre 2034

 

Une femme d’une cinquantaine d’années au visage dur, anguleux, à la peau parcheminée… Elle m’a désigné sans un mot, sans même me regarder, le fauteuil de l’autre côté du bureau et s’est plongée dans une étude silencieuse et profondément attentive de mon dossier. Qui a duré près d’un quart d’heure…

- Ainsi donc vous avez décidé de faire appel ?!…
J’ai acquiescé…
- Vous avez bien fait… Non pas que les résultats de vos tests biologiques le justifient… Bien au contraire… Ils sont calamiteux… Mais parce qu’il y a beaucoup d’autres paramètres à prendre en considération… Et en particulier les paramètres humains… Tu as joui ?…
- Pardon ?…
- Quand tu l’as conçu ce gamin – je ne veux surtout pas savoir avec qui ni dans quelles conditions – tu as pris ton pied ?… Oui, hein ?!…
- Je sais pas… Je sais plus… Pour déterminer exactement quand…
- Mais bien sûr que si que tu as joui !… T’as la tête à ça… A ne penser qu’à ça… A ne vivre que pour ça…
Elle s’est levée, a contourné le bureau, m’a soulevé le menton du bout de l’index…
- Oui… Oui… Une vraie frimousse de petite jouisseuse… J’adore… Une petite jouisseuse qui va gentiment se déshabiller maintenant… Qui va tout enlever… En prenant bien son temps… Allez !… Mais c’est qu’elle est docile à souhait !… C’est bien… C’est très bien… A ton âge l’obéissance est la plus belle des vertus… Plie-les tes vêtements… Soigneusement… Comme ça… Oui… Sur le bureau pose-les… Tu sais que tu es à croquer ?… Vraiment à croquer ?… Va t’allonger là-bas, sur la table d’examen… Je vais venir m’occuper de toi…

 

Elle m’a effleuré un sein, en a pris la pointe entre ses doigts, a constaté à mi-voix…
- Il t’en faut pas beaucoup… Je t’ai à peine touchée… Mais ça j’en étais sûre…
Elle a posé ses lèvres sur les miennes… - Ferme les yeux !… Et laisse-toi faire… Laisse-moi faire !…

 

 

 

 

22 heures

 

- Ah, ben t’as mis de l’animation dans les services, on peut pas dire !…
- Moi ?… Comment ça ?…
- Fais bien l’innocente !… On t’entendait brailler trois étages au-dessus et trois étages en dessous à ce qu’il paraît !…
- C’est pas vrai !…
- Si, c’est vrai, si !… Je me suis laissé dire que toutes les filles avaient déserté les bureaux et commentaient à qui mieux mieux tes performances vocales dans les escaliers…
- Je me suis pas rendu compte… Oh là là !… Mais c’est la honte !…
- Tu t’en fiches… Tu les connais pas… Et elles te connaissent pas… De toute façon elles sont habituées… T’es pas la première… Parce qu’apparemment le grand plaisir de cette Nathalie Malingre c’est de faire en sorte que tout le monde entende comment elle fait se pâmer de bonheur ses jeunes conquêtes… Ou supposées telles…
- Faut reconnaître qu’elle sait s’y prendre pour te faire perdre complètement la tête… Il y a longtemps que j’avais pas connu un truc pareil, moi !… Tu te demandes vraiment ce qui t’arrive…
- Oui… Ben t’as bien fait d’en profiter à fond… Parce qu’elle ne remet jamais le couvert avec la même… C’est un principe chez elle… Bon, mais enfin l’esssentiel, c’est que ton dossier soit nickel, non ?… Et il l’est… Je l’ai vu… De mes yeux vu…

 

vendredi 11 juin 2010

2034 ( 68 )

Vendredi 10 Novembre 2034

 

- Oh, mais sois pas si impatiente !… On peut pas avoir les résultats comme ça du jour au lendemain… Certains examens demandent du temps…
- Beaucoup ?…
- En tout début de semaine je devrais normalement voir revenir tes fiches de laboratoire…
- Je vais pas vivre, moi, jusque là…
- Même si elles n’étaient pas strictement conformes aux normes exigées on devrait quand même pouvoir trouver une solution…
- Tu es sûre ?…
- A cent pour cent non… Mais je suis sûre que je ferai tout mon possible pour te donner satisfaction… D’une façon ou d’une autre… Je peux pas mieux dire …
- Merci…
- Si c’est pas indiscret…
- Oui ?…
- Tu n’es pas obligée de répondre, mais tu as trouvé le moyen de t’introduire dans un centre, c’est ça, hein ?…
- Dans un… Ah non, non !… Pas du tout, non !… Non… Mais à toi maintenant je peux bien le dire… Quelqu’un s’en est échappé… Qui se cache… Et que je vois de temps à autre…
- Que tu caches en fait…
- Oui…
- Tu prends de sacrés risques…
- Je sais, oui…

 

 

 

 

Lundi 13 Novembre 2034

 

Pour lui redonner le moral – qui semble avoir bien du mal à lui revenir – je lui ai proposé tout à l’heure d’aller chez cette fille, cette Mylène, dont il m’a parlé l’autre jour avec tant d’enthousiasme...
- Plus tard… Un jour… On verra…
Avec Zaza non plus il n’a pas franchement envie… Ni même avec moi toute seule… Il n’a plus aucun goût pour rien. Et je le soupçonne de passer toutes ses journées, quand je ne suis pas là, affalé sur son lit à broyer du noir… Il me semble plongé dans une solitude intérieure profondément angoissante… C’était peut-être inéluctable ?… Parce qu’il n’y a plus d’hommes autour de lui. Jamais. Aucun. Nulle part. C’est comme s’il était le dernier survivant d’une espèce disparue. Au centre au moins il avait des repères. Il pouvait s’identifier. Se comparer. Se distinguer. Etre lui-même en se sachant – en se voyant – tout  à la fois semblable et différent… Ca lui est devenu impossible… Je réagirais comment, moi, si j’étais immergée dans un univers exclusivement masculin ?… Je deviendrais folle, je crois…

 

 

 

 

Mardi 14 Novembre 2034

 

Mes résultats ne sont pas ce qu’il aurait fallu qu’ils soient. Ce qui veut dire que dans les conditions d’avant je n’aurais pas pu être mère ?… Evidemment pas… Ce qui veut dire qu’on pratique aujourd’hui une forme délibérée d’eugénisme sur des critères particulièrement obscurs. Vionne elle-même s’est avérée incapable de me donner des éclaircissements satisfaisants à ce sujet. Mais enfin ce n’est pas, pour le moment, l’essentiel… L’essentiel, dans l’immédiat, c’est de trouver une solution…
- Et la solution la plus simple, c’est de falsifier tes résultats… - Et c’est possible, ça ?…
- Tout est toujours possible… Il suffit de frapper à la bonne porte… Et de disposer des bons arguments… Je m’en occupe… Dès demain… Et je te tiens au courant…

 

 

 

 

Mercredi 15 Novembre 2034

 

- Il va pas bien, hein !… Il va pas bien du tout…
Elle en a de bonnes Zaza… Je le sais bien qu’il va pas bien. C’est même pour ça que je lui ai demandé d’y passer aussi souvent que possible. De rester avec lui. De lui parler. Je ne peux pas – c’est matériellement impossible – ne me consacrer qu’à lui. Ne vivre qu’à travers lui… Ca fait deux jours qu’elle y est. Pratiquement en continu. Ce dont je lui sais gré. Bon, mais ce qu’elle voudrait maintenant, c’est qu’il voie un médecin… On va trouver ça où ?… Sans lui faire courir – sans nous faire courir – des risques inconsidérés ?… Dans un premier temps ce qu’il faudrait c’est qu’il se donne de l’exercice. Qu’il se change les idées. Mais où ?… Pas question pour lui de s’inscrire dans un club quelconque. Ni de pratiquer quelque activité collective que ce soit… J’ai bien peur qu’on aille au-devant de bien des difficultés…

 

 

 

 

22 heures

 

- Il y a un petit souci…
- Lequel ?…
- C’est que la personne qui s’en occupait, dont j’étais sûre qu’elle nous rendrait le service qu’on voulait lui demander a été mutée la semaine dernière… C’est d’autant plus dommage que j’avais barre sur elle, que je savais des choses qu’elle n’avait aucun intérêt à voir ébruitées…
- En somme c’est cuit, quoi !…
- Oh non, non !… Pas forcément… Je ne connais pas celle qui la remplace… Mais je vais me renseigner… Et voir ce qu’on peut faire…

 

mardi 8 juin 2010

2034 ( 67 )

Lundi 6 Novembre 2034

 

On a passé le week end, elle et moi, à tout tourner et retourner dans tous les sens. Et finalement…
- Bon… Mais récapitulons… Une chose est sûre : vous êtes décidée à le garder… Donc d’ici quelques semaines ça va commencer à se voir… Et il va falloir vous terrer… Sous peine d’être dénoncée et de mettre Christopher lui aussi en danger… Plus question d’aller à la fac… Ni de rentrer chez vous : même – ce qui n’est pas gagné – si les filles à la maison vous promettent le secret vous ne serez pas à l’abri d’une gaffe ou d’une visite intempestive… Alors vous allez faire quoi ?… Aller vous cacher là-bas avec lui… Ou ailleurs s’il réagit mal quand vous lui aurez appris la nouvelle… Dans un cas comme dans l’autre votre disparition ne passera pas inaperçue et je ne donne pas une semaine avant qu’on ne se soit lancé à votre recherche… Avec tous les risques que cela comporte pour vous comme pour lui…
- En somme ce que tu es en train de me dire c’est qu’il n’y a pas de solution… Que je suis devant un mur…
- Si, il y a une solution !… Si !… C’est Vionne… Parce que c’est quoi son boulot ?… Gérer les dossiers des femmes qui sollicitent une insémination. Elle vérifie qu’ils sont complets, les transmet et, quand ils reviennent, fait part de la décision prise aux intéressées… Alors qui sait ?… Elle peut peut-être intervenir, à un niveau ou à un autre, et faire en sorte que votre grossesse devienne « légale »…
- Il y a quand même un risque… Un gros risque…
- Qu’elle vende la mèche ?… Pas Vionne… Ca m’étonnerait beaucoup… De toute façon si vous le courez pas vous vous mettez dans une situation inextricable… Je lui en parle si vous voulez… Vous voulez que je lui en parle ?…

 

 

 

 

Mardi 7 Novembre 2034

 

Il n’a pas sauté de joie. Il n’a pas pris ça à la catastrophe non plus. Comme si ça lui était complètement égal. Ou qu’il s’y attendait. Ou le savait déjà. Il s’est absorbé dans ses pensées…
- Ce que je me demande c’est combien j’en ai des enfants finalement !… Avec tout le sperme que j’ai donné…
- C’est quand même pas la même chose, Christopher, enfin !… Là ça va en être un à nous… Qu’on va voir grandir…
Il n’a pas répondu. Les larmes lui sont montées aux yeux et il s’est détourné pour que je ne le voie pas pleurer…

 

 

 

 

16 heures

 

Vionne est venue me retrouver dans ma chambre, s’est assise au bord de mon lit…
- Donc… donc si j’ai bien compris, tu es enceinte…
C’était ça, oui…
- Et c’est tout récent… Ca devrait en principe nous faciliter les choses… Tu es absolument décidée à le garder ?…
Je l’étais, oui…
- Alors le plus simple, dans un premier temps, c’est de suivre la procédure classique… En accéléré… Dès demain je m’occuperai de ton dossier… Je te prendrai rendez-vous… Tu seras soumise à toutes sortes d’examens médicaux… biologiques… S’ils sont satisfaisants il ne devrait pas y avoir de problème… Je te ferai passer en priorité… Tu seras inséminée… Ou supposée l’avoir été… Et le tour sera joué…
- Et s’ils ne sont pas bons ?…
- On verra à ce moment-là… Mais ça nous compliquerait singulièrement les choses…
- Et si on découvre que je suis déjà enceinte ?…
- Ce n’est pas ce qu’on cherche, mais si ça arrivait – ce qui est peu probable – je ferais ce qu’il faut pour qu’il n’y en ait trace nulle part…

 

 

 

 

Jeudi 9 Novembre 2034

 

Deux jours d’examens. A me faire tirer du sang. Radiographier ci. Radiographier ça. Examiner ci. Examiner ça. Passer à poil entre les mains de bonne femmes revêches à qui il est impossible d’arracher trois mots. Deux jours interminables. Deux jours que j’espère ne pas avoir à revivre de si tôt… Et je ne sais rien. Absolument rien. Personne n’a voulu me dire quoi que ce soit…

 

 

 

 

22 heures

 

Il a quelque chose Christopher… Je sais pas quoi, mais il a quelque chose… Quelque chose qu’il ne veut pas dire…
- C’est à cause du bébé ?…
- Oh non, non !… Au contraire !… Je suis ravi le bébé…
- Ben c’est quoi alors ?…
- Rien… Je sais pas… J’ai pas le moral… Je sais pas pourquoi… Ca va passer…
Il y a anguille sous roche… Je vois bien qu’il est prêt à fondre en larmes pour un rien… Est-ce que cette Mylène y est pour quelque chose ?… Est-ce qu’ils se sont disputés ?… Qu’elle ne veut plus le voir ?… Est-ce qu’elle lui en veut parce qu’il ne m’a pas amenée chez elle l’autre soir ?… On peut tout imaginer…

 

vendredi 4 juin 2010

2034 ( 66 )

Jeudi 2 Novembre 2034

 

Plus aucun doute : je suis enceinte. Il n’y a que deux solutions. Et seulement deux. Et dans les deux cas, quelle que soit celle que je finisse par choisir, je peux m’attendre à de sérieuses difficultés. C’est rien de le dire… Zaza refuse obstinément de me donner son avis…
- C’est à vous – et à vous seule – de prendre la décision… Je le sais bien, mais…
- Suivez votre instinct… Ecoutez ce que vous dit votre petite voix intérieure…
Si je m’écoutais, si je m’écoutais vraiment je le garderais ça ne fait pas l’ombre d’un doute…
- Eh bien alors !…

 

 

 

 

14 heures

 

C’est la seule occasion que j’aurai vraisemblablement jamais d’être mère. Du moins dans les conditions « d’avant ». Quand il y fallait deux géniteurs qui s’accouplaient en chair et en os… Et peut-être même d’être mère tout court : on compte réduire le nombre de naissances dans de telles proportions, on dresse tant d’obstacles sur la route de celles qui souhaitent se faire inséminer que la probabilité pour une femme aujourd’hui d’avoir un jour un enfant est, d’après les chiffres qui circulent, d’environ une sur cent. Et j’irais faire la fine bouche ?… Je risque de le regretter toute ma vie… Alors… Oui… Quoi qu’il doive arriver, quoi qu’il doive m’en coûter je vais mener cette grossesse à terme…

 

 

 

 

21 heures

 

Avec l’esprit pratique qui la caractérise Zaza a l’art de poser toujours les bonnes questions. Celles auxquelles on ne va pas forcément penser. Ou pas tout de suite. Ou pas de la façon qu’il faudrait…
- Et Christopher ?…
- Quoi, Christopher ?…
- Vous allez lui dire ?…
La réponse a fusé…
- Sûrement pas, non !… Je vais pas l’embêter avec ça…
- Peut-être que ça l’embêterait pas… Peut-être qu’il serait fou de joie au contraire…
- Tu parles !… Je le connais… Il verrait surtout les complications en perspective, oui !… Il ferait des pieds et des mains pour que je renonce… Et j’ai vraiment pas envie de me prendre la tête avec lui là-dessus… Alors il a beau être le père…
- Il va bien finir par s’en rendre compte quand même !… A moins que… A moins que vous renonciez complètement à aller le retrouver là-bas…
- Ca va pas, non ?!…
- Et ce jour-là, à votre avis, il va prendre comment d’avoir été tenu complètement à l’écart  pendant des mois ?… Evidemment… Vu comme ça…

 

 

 

 

 

Vendredi 3 Novembre 2034

 

J’étais arrivée là-bas avec la ferme résolution de lui en parler. De tout lui dire. J’avais préparé mes mots. J’étais prête à toute éventualité. Je suis tombée sur un Christopher survolté qui, d’entrée de jeu, de but en blanc, m’a annoncé qu’il allait me faire faire la connaissance de Mylène… Qu’elle nous attendait…
- Mylène ?!… Quelle Mylène ?… Qui c’est ça, Mylène ?… - C’est une des filles que… Tu sais bien…
- Avec qui tu couches… Oui… Et alors ?… Je n’ai pas la moindre envie de la voir… Ca m’avancerait à quoi ?… Ca nous avancerait à quoi ?…
- Elle est très sympathique…
- Ca me fait une belle jambe…
- Je lui ai parlé de toi… Et de Zaza… Et…
Ah, on y était… Il voulait me voir faire des trucs avec sa Mylène… C’était ça, hein ?!…
- Ben oui !… Oui…
Avec un sourire ravi… Non, mais qu’est-ce qu’il s’imaginait ?… Qu’il allait me coller dans les bras de toutes ses conquêtes ?… Non, mais ça allait pas ?… Il était pas bien ?… Oh, mais quoi ?!… Je le faisais bien avec Zaza… Avec d’autres aussi… Je lui avais raconté… Je lui avais pas raconté peut-être ?…
- Si, mais…
- Eh bien alors ?!… J’avais bien des principes d’un seul coup… C’était pas des principes… C’était que j’avais autre chose en tête… De beaucoup plus important… Il n’a même pas cherché à savoir quoi… Il a continué à essayer de me convaincre d’aller chez sa Mylène… Le ton a monté. Je l’ai planté là… Ce qu’il peut être con quand il s’y met !…

 

 

 

 

21 heures

 

Zaza m’a récupérée en larmes. Elle m’a prise contre elle. Elle m’a embrassée. Consolée avec des mots qui n’avaient pas la moindre importance. Elle a posé sa tête sur mon ventre. Là où… Fille ou garçon ?… Ca n’a pas la moindre importance… Ca n’en a pas encore… Ca finira par en avoir… Beaucoup… Beaucoup trop… Elle est descendue. A lèvres douces. A lèvres savantes. A lèvres aimantes…

 

mardi 1 juin 2010

2034 ( 65 )

Samedi 28 Octobre 2034

 

La nature est pleine de ressources insoupçonnées pour s’adapter, dans les plus brefs délais, aux situations résolument nouvelles. On vient en effet de découvrir que des rates, en différents points du globe ( Australie, Canada et Afrique du Sud notamment ), s’étaient spontanément mises à générer des chromosomes Y. Comme si quelque chose en elles SAVAIT et que leur organisme tentait de trouver une solution pour perpétuer l’espèce en l’absence de mâles. Peut-on ( doit-on ? ) en conclure qu’il en ira de même pour nous et qu’une certaine forme de parthénogénèse va progressivement se substituer au mode de reproduction que nous avons jusqu’ici connu ?… Ca donne le vertige… Décidément le monde que nous avons connu s’éloigne de plus en plus et je me sens, pour ma part, de plus en plus étrangère à celui qui vient…

 

 

 

 

Dimanche 29 Octobre 2034

 

Il fallait voir sa tête quand on s’est étendues toutes les deux, Zaza et moi, nues sur son lit et qu’on a commencé à s’occuper l’une de l’autre… On aurait dit un gamin qui découvre ses jouets sous le sapin de Noël. Et qui n’en revient pas. Qui n’ose pas y croire. On s’est embrassées. On s’est caressées. On a eu notre plaisir. Un plaisir abrupt et profond qu’il a contemplé à distance, statufié, les yeux écarquillés. On est retombées. Je lui ai fait signe d’approcher. Je l’ai pris contre moi. Il m’a pénétrée. Il s’est déchaîné. Il a eu plaisir comme jamais. Qu’il a hurlé à pleine gorge, les yeux fous, le torse secoué d’immenses frissons. Il s’est réfugié dans mon cou…
- On recommencera, hein ?… Vous recommencerez ?…
- Bien sûr !… Et cette fois…

 

 

 

 

Mardi 31 Octobre 2034

 

Ce matin j’ai vomi. J’ai peur. Ca fait une semaine. Une semaine que j’aurais dû les avoir. Et rien. Toujours rien. J’essaie de me convaincre que ce n’est pas « ça ». Que ça ne peut pas être ça. C’est presque forcément ça. On ne trouve plus nulle part de moyens contraceptifs quels qu’ils soient. Plus personne n’en a besoin. N’est supposé en avoir besoin…

 

Pourvu que ce soit pas ça !… Et si c’est ça il va se passer quoi ?… Je peux faire quoi ?… Avorter ?… Où ?… Avec l’aide de qui ?… Personne ne doit savoir. Personne. On voudrait me faire dire… On remonterait jusqu’à Christopher. On le reprendrait. On le ramènerait là-bas. C’est impossible. Je ne veux pas…

 

La seule solution, si c’est ça, ça va être que j’aille me cacher là-bas avec lui. Dès que ça se verra… Le temps d’accoucher… Le temps de… Je suis folle… Je peux pas disparaître comme ça. On me chercherait. On mettrait la police sur les dents. Et quand bien même je resterais miraculeusement introuvable après ?… On le garderait cloîtré avec nous le gamin ?… Coupé de tout… Et si c’est un garçon ?… On vivrait dans la hantise qu’il attrape lui aussi un jour ou l’autre à son tour le virus ?… Ca tient pas debout tout ça. C’est complètement irréaliste… Il n’y a tout simplement pas de solution… Il n’y en a pas…

 

 

 

 

16 heures

 

- Mais faut pas vous mettre dans des états pareils !…
Elle en avait de bonnes, elle, Zaza !… On voyait bien que c’était pas à elle qu ça arrivait un truc pareil !…
- Ca sert jamais à rien de s’affoler… Et puis d’abord, pour commencer, vous n’êtes encore sûre de rien !…
- Tu parles !…
- Non… Vous n’êtes sûre de rien… Ce qu’il faudrait, c’est que vous fassiez un test de grossesse…
- C’est ça !… Et tu comptes te procurer ça où, toi qu’es si maligne ?…
- Demain je vous en aurai trouvé un…

 

 

 

 

23 heures

 

Il était manifestement déçu que je sois venue sans Zaza. Il a essayé de le cacher. Mal. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui en vouloir. Ce soir j’avais tellement besoin d’être seule avec lui. Blottie contre lui. Sans bouger. Sans rien faire. Mais lui il avait envie. Tellement !… Je l’ai laissé faire. A contre-cœur. Il s’en est rendu compte. Ca a été à son tour de m’en vouloir. Il y a des jours comme ça où tout devient incroyablement compliqué…    

 

vendredi 28 mai 2010

2034 (64 )

Mercredi 18 Octobre 2034

 

J’étais pelotonnée contre lui. Bien. Si bien. Il avait eu son plaisir. Celui qui éclate dans les yeux et qui y reste après. Longtemps. J’avais eu le mien. Né du sien…
- Dis, Christopher, il y en a d’autres ?…
- D’autres ?… D’autres quoi ?…
- D’autres femmes… D’autres femmes que moi…
Il a voulu me faire taire d’un baiser…
- Oui, il y en a d’autres. Forcément. Tu me feras pas croire que tu restes enfermé là des journées entières à contempler le plafond… Tu sors… Tu vois des femmes… Des tas de femmes… Me dis pas qu’elles te font pas envie…
- Faut bien reconnaître…
- Que c’est très tentant… Je m’en doute… Et que tu te laisses parfois tenter… Je t’en voudrais pas, tu sais !… De quel droit je pourrais t’en vouloir ?… Mais quand même !… Fais attention !… Te mets pas en danger…Parce qu’on sait jamais !… T’imagines qu’il y en ait une qui te dénonce ?!…
- Qui me dénonce pourquoi ?… Pour lui avoir fait du bien ?… Ce serait un comble…
- Mais non, mais… Tu connais pas les femmes, Christopher… Tu crois les connaître… Tu sais pas comment elles peuvent réagir quand elles sont blessées… Quand elles se sentent trahies… Elles sont capables de tout pour se venger… Qu’il y en ait une qui apprenne que tu vas voir ailleurs…
- A t’entendre on croirait que je règne sur tout un troupeau… Il y en a pas tant que ça, tu sais… Elles se comptent sur les doigts d’une main… Et puis, si ça peut te rassurer, aucune d’elles ne sait qui je suis vraiment ni où j’habite… Il n’y a que toi…
- Elles peuvent te suivre… Te faire suivre… Elle a bien cherché à te pister Iliona…
- Va pas te mettre des idées pareilles en tête… Elles n’ont rien à voir avec Iliona… Ni avec toi… Elles ne comptent pas vraiment… C’est juste parce que… j’en ai tant rêvé quand j’étais là-bas… C’est ce qui m’a aidé à tenir le coup… L’idée qu’un jour je serais dehors et que j’aurais toutes les femmes que je voudrais… Sans ça… Mais il n’y en a qu’une qui ait vraiment de l’importance pour moi… C’est toi… Tu vois, si tout redevenait normal, si tout était à nouveau comme avant, il n’y en a qu’une et une seule avec qui j’aurais envie de partager mon quotidien…
Et il m’a fait l’amour avec infiniment de tendresse…

 

Est-ce que c’est vrai ?… Est-ce qu’il le dit pour me faire plaisir ?… Ou parce que ça l’arrange ?… Parce qu’il s’est rendu compte que j’étais au courant et qu’il a eu peur que je le foute dehors ?… Je ne sais pas… Et ça m’est égal… Ca m’est égal parce que j’ai tout simplement envie de croire que c’est vrai…

 

 

 

 

Samedi 21 Octobre 2034

 

En tout cas ce qu’il y a de sûr, c’est que depuis qu’il m’a fait ses « confidences » on est beaucoup plus proches l’un de l’autre. Comme si ça l’avait débarrassé d’un poids. Et moi aussi. Du coup j’ai lancé un ballon d’essai : et si je venais vivre là, à la villa, avec lui ?… Il a paru sincèrement enthousiaste, mais je ne suis pas sûre que ce soit une bonne solution – c’est aussi l’avis de Zaza – parce qu’il me faudrait abandonner ma maison. Ce qui serait un véritable crève-cœur… Et puis je dirais quoi aux autres filles ?… J’éveillerais forcément leurs soupçons. Sans compter toutes les copines qui défilent à longueur de semaine. Tout le monde voudrait forcément savoir où me trouver… On finirait par y arriver et… Non… Et puis à la vérité je ne suis pas très sûre d’avoir vraiment envie de vivre au jour le jour avec lui… Pour que le quotidien ait, en quelques semaines, raison de nous ?… Merci bien !…

 

 

 

 

Mardi 24 Octobre 2034

 

Je ne l’interroge pas. Je ne lui demande rien. Je ne veux pas savoir. Et je crois qu’il m’en est reconnaissant… Lui, par contre, ne se lasse pas de me poser mille et mille questions sur ma vie sentimentale et sexuelle. Pas tant celle d’avant le virus, avec Kerwan, que celle d’après. Avec Valentine. Il est curieux du moindre détail…
- T’en as eu d’autres des femmes ?… Raconte !… Mais raconte, quoi !… Je raconte… Il adore… Il ne se lasse pas… Ca l’excite… Tout le temps que je parle son désir reste tendu contre moi…
- Et Zaza ?… Et avec Zaza ?… Aussi ?!… Même depuis que je suis sorti ?!…
Son œil s’allume… Je sais très exactement à quoi il pense… Quelquefois il est à deux doigts de me le demander… Il ne le fait pas… Il n’aura pas besoin de le faire… Il en aura la surprise…

 

 

 

 

22 heures

 

J’ai passé une belle peur : en fin d’après-midi j’ai vu arriver une Iliona toute excitée…
- Je l’ai retrouvé !… Je l’ai retrouvé… Viens !… Tu vas voir… Je l’ai suivie, morte d’inquiétude…
On a pris une direction opposée à celle de la villa… On a fait le guet dans l’embrasure d’une porte cochère pour voir brièvement passer une silhouette en vêtements féminins…
- C’est lui, hein ?!… Qu’est-ce t’en penses ?… Oh oui, oui, c’est lui !… J’en suis sûre…
Tant qu’elle en sera convaincue elle ne cherchera pas ailleurs…

mardi 25 mai 2010

2034 ( 63 )

Samedi 14 Octobre 2034

 

Pour Zaza des Christopher – des hommes qui se sont « enfuis » des centres – il y en a beaucoup plus qu’on ne croit. Des dizaines. Peut-être des centaines. Elle en veut pour preuve que les mesures de sécurité y ont été récemment considérablement renforcées. Ca ne m’était pas venu à l’esprit – j’étais même naïvement persuadée du contraire – mais c’est effectivement fort probable : on ne voit pas pourquoi il serait le seul à avoir voulu recouvrer la liberté malgré les risques encourus. Cela ne s’est pas ébruité : sans doute veut-on éviter de donner des idées à ceux qui ne les auraient pas encore eues. Et puis nos dirigeantes ne souhaitent probablement pas qu’il puisse se dire que les mesures qu’elles prennent, que ce soit celles-là ou d’autres – sont inefficaces… Ni que les filles se mettent en quête, ici ou là, d’hommes évadés qu’elles chercheraient à utiliser pour leurs menus plaisirs. N’empêche que ce n’est pas très rassurant : parce qu’on peut supposer que les enquêtes diligentées, pour être discrètes, n’en sont pas moins énergiquement menées. Un jour ou l’autre on risque de remonter jusqu’à nous. On verra bien, éventuellement, le moment venu. En attendant pas question que je me pourrisse la vie avec ça…

 

 

 

 

23 heures

 

Je me garderai bien de dire à Christopher que je suis au courant de ses « expéditions »… J’y gagnerais quoi ?… Même si j’y mets les formes il va y lire un reproche. Ca va l’agacer. Il ne se sentira plus les coudées franches. Comme du temps d’Iliona à l’appart. Et pour peu que cette fille là-bas – celle-là ou une autre – lui propose de l’héberger il sautera sur l’occasion. Et c’en sera terminé. Je ne le verrai plus… Zaza pense que c’est, de toute façon, ce qui risque de finir par se produire...
- T’es encourageante, toi !…
- Mieux vaut regarder les choses en face… Il n’a que l’embarras du choix… Il va multiplier les conquêtes…
- Qu’est-ce que t’en sais ?…
- J’en sais… J’en sais que c’est déjà commencé… Qu’il y a au moins trois filles chez qui il se précipite, à tour de rôle, dès que vous avez le dos tourné… Que pour le moment vous l’avez toujours trouvé à la villa quand vous rentrez… Ce ne sera pas toujours forcément le cas… Ca peut lui devenir pesant… Qu’il trouve une autre solution qui lui convienne mieux et il disparaîtra corps et biens du jour au lendemain… D’autant plus que ça correspond tout à fait au personnage…
- Mais on peut faire quoi alors ?… - Lui offrir quelque chose que les autres ne pensent pas à lui offrir… Ou ne peuvent pas lui offrir…
- C’est à dire ?…
- Vous savez bien…

 

 

 

 

Dimanche 15 Octobre 2034

 

Je sais pas, non !… Enfin si, je sais !… Si !… Que je lui flanque une bonne volée devant lui c’est ça qu’elle veut… Et après, en manière de réconciliation, bonne petite séance de léchouilles toutes les deux… Ils adorent ça les mecs… Sûr que ça va le mettre en appétit… Et que j’y trouverai mon compte… Tout le monde y trouvera son compte… Elle a raison Zaza… Ce qu’elle peut m’agacer à avoir toujours raison comme ça… N’empêche qu’il faut bien reconnaître qu’elle a raison… Si j’ai pas un bonus quelconque à lui proposer il va s’enivrer de chair fraîche et dans quinze jours je serai un poids mort pour lui… Une bonne vieille connaissance qui l’a soutenu dans les moments difficiles, qui l’a aidé à s’évader de là-bas, qui lui a procuré gratuitement une somptueuse villa et à laquelle il faut bien qu’en guise de remerciement il procure, de temps à autre, un peu de plaisir… A reculons et en soupirant… Jusqu’au moment où il décidera de s’asseoir sur ses scrupules et où il disparaîtra lâchement sans un mot. Sans une explication. Sans un au revoir… C’est dégueulasse. C’est proprement dégueulasse… Je veux pas… Je veux pas de sa pitié. Je veux pas qu’il me baise par charité. J’en veux pas de sa queue… Qu’il aille la mettre où il veut… Je m’en passerai… J’en ai pas besoin… Qu’est-ce qu’ils croient ces pauvres mecs ?… Qu’ils sont indispensables ?… On peut très bien se passer d’eux…

 

 

 

 

22 heures

 

J’ai passé l’après-midi dehors. Seule. J’ai erré sans but par les rues. Au hasard. Longtemps. Machinalement, à un carrefour, j’ai levé les yeux… « Boulevard Prélier »… Le hasard… le hasard ?… Mais oui, oui, le hasard… Je l’ai lentement remonté… Redescendu… Remonté encore. J’en ai examiné toutes les façades. Derrière l’une d’elles… Laquelle ?… Quelle importance laquelle… Une fille est sortie d’un immeuble… Et si c’était elle ?… Elle m’a souri, demandé si je cherchais quelque chose…
- Non… Pourquoi ?…
- Vous paraissez perdue…
Je paraissais perdue, moi ?… Ah bon !… C’était elle, oui, sûrement… On a discuté un peu, là, sur le trottoir et puis elle m’a proposé de monter boire un thé… Elle s’est assise sur le canapé à mes côtés, m’a effleuré la cuisse. Je ne me suis pas dérobée. J’ai approché mon visage du sien. Nos lèvres se sont trouvées. C’était elle… C’était forcément elle… Je l’ai fait jouir… Je l’ai fait hurler… Demander grâce...

 

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