D'une histoire... l'autre ( Pour adultes )

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vendredi 18 septembre 2009

Un meurtre très ordinaire

- Ton fric, la vieille !… Allez, ton fric !… Tu te grouilles ou on te défonce ta lourde !… Ton fric !… T’as compris, oui ?…

 

- Vous avez entendu ça cette nuit ?… Hein ?… Vous avez entendu ?… Si c’est pas malheureux !… Ca a pas arrêté… J’en ai pas fermé l’œil… Et elle !… Que ça a toujours été sa terreur, ça, qu’on vienne la dévaliser la nuit… Elle qui se verrouille tant et plus… Un drôle de quart d’heure elle a dû passer… Oui… Un drôle de quart d’heure…

 

- Oh, c’est nous, la vieille !… C’est nous !… Tu dors ?… Ben ça va pas durer !… Allez, debout là-dedans !… Debout ou on rentre te tirer par les pieds…

 

- Il faut quand même reconnaître… Elle est pas toute blanche non plus, hein !… Elle y met pas beaucoup du sien… A force de faire tout ce qu’elle peut pour pas être comme tout le monde… Ca n’arrive quand même pas à n’importe qui ce genre de choses… Ni à vous ni à moi en tout cas… Ca, non, c’est pas à nous que ça arriverait… Mais on l’avait pas soignée pour la tête un moment ?

 

- Alors, la vieille ?!… Comment tu dors ?… A poil ?… Fais-nous voir ça… Qu’on rigole…

 

- Non, cette fois, ça devient infernal cette histoire… Ca peut plus durer… C’est tout le quartier qui va devenir invivable si ça continue… On en parlait justement encore tout à l’heure avec la Juliette Beaugrand… Non… Il faut faire quelque chose… Elle, en tout cas, ça a pas l’air de la tracasser plus que ça… On la guettait quand elle est descendue chercher son courrier… Elle vous dit bonjour comme si de rien n’était… Comme si elle n’avait rien entendu… Ca aussi ça les énerve… Ca les excite… Ca énerve tout le monde ces espèces d’air… Comme si elle était au-dessus de tout et de tout le monde… A croire qu’elle le fait exprès… qu’elle prend un malin plaisir à faire tout ce qu’elle peut pour que ça continue…

 

- Oh, vieille conne, tu vas répondre, oui ?!… T’es sourde ?… C’est quoi qui t’a rendue sourde ?… Tu t’es trop tripotée, c’est ça ?

 

- Enfin !… Enfin !… Eh ben c’est pas trop tôt qu’elle se soit décidée… depuis le temps… A deux gendarmes qu’ils sont montés… Avec la fourgonnette… Et la machine à écrire… Plus d’une heure qu’ils y sont restés… J’ai bien cru qu’ils allaient coucher là… Et c’est tout droit chez moi qu’ils sont venus après quand ils sont sortis… Oh, mais moi, les gendarmes, pas folle, hein !… Je tiens pas du tout à ce que ça se retourne contre moi… On sait ce que c’est, les gendarmes… Moins on leur en dit et mieux on se porte… Rien, non, oh, rien, je leur ai fait, j’ai rien entendu… Oui, oui, oui, bien sûr il y a des gamins qui passent comme ça de temps en temps en braillant… Mais allez savoir quoi au juste !… A cet âge-là, vous savez !… Les gamins, c’est des gamins… Moi, en tout cas, j’ai suffisamment à faire sans m’occuper de ça… J’y ai jamais vraiment fait attention… Non… Jamais…

 

- Oh, la vieille, c’est pas beau de cafter… Tu vas nous payer ça… - Bande de petits voyous, vous allez voir… - C’est tout vu, la vieille… Mets-toi à la fenêtre : on jouera aux fléchettes…

 

- Et voilà !… Ca recommence… Vous avez entendu ça ?… C’est même encore pire qu’avant… On se demande vraiment à quoi ça lui a servi de faire tout ce remue-ménage… Avec les gendarmes et tout… Elle aurait bien mieux fait de se tenir tranquille… Oui… bien mieux fait… Ils auraient fini par se calmer à la longue… Forcément… Tandis que maintenant… En tout cas ça peut plus durer… Non, ça peut plus durer… On a droit à notre tranquillité, nous, quand même !… Comme j’ai dit à ce bon monsieur Dubois vous devriez vous en charger, vous !… Ca aurait beaucoup plus de poids… Et puis avec votre femme malade… Si elle peut même plus se reposer en paix, la pauvre !…

 

- Oh, la vieille, c’est où qu’elle fait la pute déjà ta fille ?… Tu nous donneras l’adresse… Qu’on aille y faire un tour…

 

- Je lui ai dit : - Monsieur Dubois, c’est une très bonne idée - une très très bonne idée - la pétition pour l’obliger à s’en aller… Nuisance de voisinage il a mis… Il a tout marqué : les odeurs qui viennent de chez elle avec les chats et les poubelles que c’en est une infection l’été… Son chauffe-eau qui finira bien par faire sauter tout le quartier un jour… Et puis l’histoire des boîtes aux lettres qu’il faut bien dire que c’est resté en travers de la gorge à tout le monde… Tout il a mis… Tout… Et comme je lui ai dit : je suis avec vous, Monsieur Dubois, avec vous tous, mais je peux pas signer… Vous comprenez… Avec mon fils à l’usine et ma fille à la banque on sait jamais… Faudrait pas qu’après, hein ?!… Il a très bien compris… Très très bien… Vous faites comme vous voulez, Madame Delpierre, vous faites comme vous voulez… Ca prendra du temps il a ajouté… Ca prendra forcément du temps, mais il faudra bien qu’on finisse par la faire partir…

 

- Ca m’a fait un choc, mais un choc, vous pouvez pas savoir !… De voir les pompiers là - j’étais dans ma cuisine - et puis les gendarmes… Et personne pour dire ce qui se passait au juste… C’est quand le lieutenant est enfin descendu qu’on a su qu’elle s’était suicidée… - Et c’est fini… Il y a plus rien à faire… Suicidée… Ben ça… Ca m’a fait un choc !… Et sans un mot d’explication… Rien… Mais elle avait déjà fait une tentative quand on la soignait là-bas… On l’avait sauvée de justesse, mais vraiment de justesse… Ca l’a reprise… Avec ces maladies-là vous savez !… Surtout qu’elle s’obstinait à voir Dupré… Gardant, lui, il l’aurait sûrement sauvée… Mais Dupré !…

 

- On a décidé - si vous voulez participer aussi - on a décidé de faire quelque chose tous ensemble… le quartier… Laissez, j’ai dit, laissez, Monsieur Dubois, je vais m’en occuper… Qu’elle ait quelque chose de bien, mais de vraiment bien… Pas une couronne qui sera fanée dans huit jours, non, mais quelque chose qui dure… Qui restera… C’est vrai, elle a pas eu toujours la vie bien rose la pauvre femme… C’est la moindre des choses…

 

lundi 14 septembre 2009

Stratagème

J’avais tout le temps envie de lui… Tout le temps… De son corps… De sa fougue… De sa jeunesse… Dans ses bras j’étais ivre… De plaisir… De jouissance… De bonheur… Comme jamais… Avec personne…

- C’est vrai ?…

Il se rengorgeait : ça flattait son orgueil de petit mâle…

 

Je ne me faisais pas d’illusions… Ca ne durerait pas… Ca ne pouvait pas durer… J’avais trente ans de plus que lui… Des tas de filles de son âge lui tournaient autour… Il s’en vantait en toute candeur… Alors forcément un jour ou l’autre… Et ce jour-là…

- Tu m’oublieras…

Ca me minait… C’était là sans arrêt, en arrière-fond, entre nous…

- Tu m’aimeras toujours ?…

- Evidemment que je t’aimerai toujours…

Il m’embrassait, me serrait contre lui…

- Je veux que tu me promettes… si jamais ça arrive… si tu en as une autre… je veux que tu me dises… Tout de suite… Je préfère savoir… Tu me promets ?…

- Mais ça n’arrivera pas… Ca n’arrivera jamais…

 

C’est arrivé le mois suivant… Il est devenu distant tout d’un coup, absent, préoccupé… Il en pouvait plus… Le boulot… Les examens… Tant de choses…

- Elle s’appelle comment ?…

Il a ouvert de grands yeux stupéfaits…

- Aude… Mais comment tu sais ?… Qui c’est qui t’a dit ?…

Il ne s’est pas fait prier pour la raconter… Une fille exceptionnelle… D’une intelligence… D’une subtilité… Et puis d’une beauté… Tu verrais ça !… J’ai vu… Il m’a apporté des photos le lendemain: une gamine insignifiante sans style, sans personnalité… Et c’est de ça qu’il était tombé amoureux !…

- Elle fait quoi dans la vie ?…

- Elle est serveuse… Dans un grand restaurant…

 

Je suis allée y déjeuner le lendemain… Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien trouver à une petite dinde pareille ?!… Il me parlait d’elle… De plus en plus… Il ne me parlait plus que d’elle… Il ne me faisait plus l’amour… Il n’y pensait pas… Il n’en avait plus envie…

- Et pour nous tu lui as dit à elle?…

- Hein ?!… Oui, ben sûrement pas alors là !…

 

Je suis retournée là-bas… De plus en plus souvent… Tous les jours… J’échangeais quelques mots avec elle, quelques sourires… Il finirait bien par se passer quelque chose, par se présenter une occasion qui me permettrait de reprendre la main… Et effectivement un mardi : tout un tumulte dans les cuisines… Des éclats de voix… Elle en est sortie au bord des larmes, a déposé l’assiette devant moi en tremblant de tous ses membres…

- Tu finis ton service à quelle heure ?…

- Trois heures…

- Je t’attendrai au bar, au coin de la rue… J’ai quelque chose à te proposer…

 

- Ils te mènent la vie dure, hein !?…

C’était rien de le dire…

- Et encore quand il y a les clients ils se contiennent… Non, j’en peux plus… J’en peux vraiment plus…

- Ecoute, j’ai un ami restaurateur… Quelqu’un de très bien… Avec qui tu n’aurais pas tous ces problèmes… Alors je te promets rien, mais je vais lui parler de toi…

- Oh, oui, s’il vous plaît, oui… Merci… Merci beaucoup…

 

Sous prétexte de la tenir au courant des négociations avec cet ami restaurateur…

- Ca avance !… Ca avance !…

je la retrouvais régulièrement dans notre petit bar où je la mettais en confiance, la poussais progressivement aux confidences… Bon, mais alors, entre nous elle avait sûrement un petit ami ?… Oh oui, oui… Ca faisait trois mois… Un type beau, mais beau !… Et tendre… Et câlin… Et tout et tout… Elle était folle de lui… Et lui ?… Lui aussi… Du moins il le disait… Elle le croyait… Mais enfin avec les garçons on pouvait jamais être sûre… Ils étaient tellement menteurs des fois…

- Présente-le moi !… Je te dirai… J’ai un flair pour ça !… Je me trompe jamais…

 

- Ecoute, Quentin, Aude j’ai fait sa connaissance…

- Ah oui ?!… Où ça ?…

- Au restaurant où elle travaille… Je voulais savoir où tu mettais les pieds, être sûre que c’était une fille bien… Et je suis complètement rassurée… Elle tient la route… Tu seras heureux avec elle… Difficile de trouver mieux…

Il m’écoutait ravi…

- Oui, hein ?!…

Il s’est brusquement assombri…

- Mais tu lui as rien dit au moins pour nous ?… Tu diras rien ?…

- Bien sûr que non enfin !… Pour qui tu me prends ?… Je ne suis même pas censée te connaître… Et on a dîné tous les trois ensemble, un soir, au Châtelet…

 

- Alors ?!… Qu’est-ce que j’en pensais ?… Comment je l’avais trouvé ?… Oh, sympa… Oui… Bien… Bien… Oui ?… Sûr ?… J’avais pas l’air vraiment convaincue… Oh, si, si, mais… Mais quoi ?… Il fallait que je lui dise, c’était pas la peine sinon…

- Mais… Mais c’est un dragueur… le dragueur-né… Qui peut pas s’empêcher… C’est plus fort que lui… Elle a eu une petite moue dubitative… Ah oui ?… Je croyais ?…

- C’est drôle… Je le vois pas comme ça, moi !… Mais alors là pas du tout !…

Non… Non… Je me trompais… Elle était sûre que je me trompais… Il était si empressé, si amoureux, si tendre… Je le connaissais pas assez bien… Si je le connaissais mieux…

 

- Tu sais quoi ?… Il m’a téléphoné Quentin…

- Qu’est-ce qu’il voulait ?…

- A ton avis ?…

- Discuter avec vous ?… Comme on se connaît toutes les deux…

- Discuter, oui, mais avec des intentions bien précises…

- Ah, oui ?!…

- Il était vraiment très explicite…

- Je peux pas croire ça…

- Et pourtant…

- C’est complètement fou…

- S’il le fait avec moi il le fait aussi avec d’autres…

- C’est peut-être juste un jeu… Oui, c’est sûrement un jeu…

- Je crois pas, non… Tu me laisses carte blanche ?… Au moins tu sauras à quoi t’en tenir…

- Si vous voulez, oui… Mais il le fera pas… Je suis sûre qu’il le fera pas…

 

On a passé le week end tous les deux…

- Tu vas pas la voir ?…

- Non… Elle a un mariage…

Et pendant deux jours il m’a parlé d’elle… Avec passion… Avec tendresse… Avec ferveur… Elle… Seulement elle… Toujours elle…

 

Le lundi, au bar, j’ai posé sans un mot une photo sur la table entre nous… Une photo d’avant elle… On y était enlacés, les yeux dans les yeux, enamourés, heureux…

- Le salaud !… Non, mais quel salaud !… Et avec une vieille en plus !…

- Merci…

- C’est pas ce que je voulais dire…

Et elle a fondu en larmes…

- En tout cas c’est fini… Et bien fini…

- On dit ça… On dit ça, mais…

- Oh, vous me connaissez pas… Quand j’ai décidé quelque chose…

- Il va vouloir des explications… Chercher à t’entortiller… Tu te laisseras avoir…

- Je veux plus lui parler… J’ai rien à lui dire…

- Il t’appellera…

- Je raccrocherai… - Il viendra t’attendre au boulot…

- Je demanderai à mon père qu’il vienne me chercher… Et vous connaissez pas mon père…

 

Il a surgi chez moi, la mine défaite, les épaules secouées de sanglots…

- Qu’est-ce qui se passe ?… Qu’est-ce qui t’arrive ?… Eh bien réponds !…

Il s’est écroulé sur le lit…

- C’est Aude… Elle m’a plaqué…

- Hein ?… Mais pourquoi ?… Qu’est-ce qui s’est passé ?… Vous vous êtes disputés ?…

- Non… Je sais pas pourquoi… Elle veut rien dire…

- Elle a quelqu’un d’autre ?…

- Je crois pas, non…

- Et moi je crois bien que si… Il y en a un là-bas ça fait un moment qu’il lui tourne autour… Et ça avait pas l’air de vraiment lui déplaire…

- Quelle salope !…

 

Et de nouveau il a été à moi…        

jeudi 10 septembre 2009

Préparatifs

Ca s’est passé un soir qu’il venait encore de me larguer l’autre animal, Marine aussi le sien, la veille, et Vanessa ça allait pas tarder… elle sentait arriver… Il y en avait marre des mecs, mais vraiment marre… Qu’est-ce qu’on s’emmerdait encore avec ça ?…

- On sort en boîte, tiens !… Toutes les trois… Et si jamais il y en a qui viennent nous brancher…

Oui, mais qui c’est qui allait nous emmener du coup?…

- L’autre coincé… Il y a qu’à le siffler… Il va rappliquer…

- Oh non !… On va pas se le traîner toute la soirée !…

- Il y aura qu’à le poser dans un coin et il attendra sagement que ce soit l’heure de nous ramener… Je l’appelle… Allo, Max ?… Ca va et toi ?… Qu’est-ce tu fous ?… Rien ?… Eh ben amène-toi alors !… On t’attend… Et voilà !… Dans cinq minutes il est là…

 

Ce qu’on avait pu lui en faire voir à lui !… Tout ce qu’on voulait on en faisait !… Il disait jamais rien… Il se laissait faire… Et ça, forcément, ça donne toujours un peu plus envie… Mais alors, ce soir-là, de le voir débarquer avec son air de chien battu et sa tête à claques je peux pas dire ce que ça m’a fait… l’envie de passer mes nerfs sur lui, de le faire payer pour l’autre, pour tous les autres… le truc que c’est pas la peine tu peux pas t’empêcher…

- Dis-moi, Maxou, jamais on t’a vu avec une nana, toi !…

- Ah mais oui, c’est vrai ça !… Comment ça se fait ?…

Il est devenu écarlate, s’est mis à danser d’une patte sur l’autre…

- T’es puceau, Maxime, c’est ça ?!… C’est pas vrai que t’es puceau !… A vingt-deux ans !… Eh ben dis donc !…

Il nous a regardées l’une après l’autre d’un air suppliant…

- Oh, mais fais pas cette tête-là !… Ca se soigne… C’est pas grave… Et puis, tu sais, nous, on s’en fout… Complètement…

J’ai fait signe aux filles qu’elles bronchent pas, qu’elles me laissent faire…

- Non, ce qui compte c’est comment t’es super gentil avec nous… Toujours prêt à rendre service… A te précipiter dès qu’on a besoin… Même quand ça t’embête… Même quand t’as pas le temps… Alors c’est pour ça - on en a parlé toutes les trois tout à l’heure avant que t’arrives – on a décidé de te faire un super cadeau… un truc que tu vas vraiment halluciner, tu vas voir !… Mais d’abord faut qu’on te bande les yeux… ce sera plus une surprise sinon…

Il s’est docilement laissé faire sans rien dire, sans poser de questions…

- Là… là… ça serre pas trop ?… Donne-moi la main…

Et je l’ai emmené tout doucement, pas à pas…

- Attention !… Il y a une marche là…

Jusqu’à la salle de bains… Je l’ai planté à côté du lavabo, bras ballants, tête baissée, et on s’est plus occupées de lui…

 

On se préparait… On discutait… On rigolait… Exactement comme si il était pas là… Marine a pris une douche, s’est aspergée, savonnée… Il écoutait – ça se voyait – tant qu’il pouvait… Ca grimpait et ça descendait sans arrêt sa pomme d’Adam… A toute allure…

- Ca va ?… Tu t’ennuies pas trop ?…

De la tête il a fait signe que non…

- C’est con de rien voir, hein !… Tu veux que je te raconte à la place ?… Ca te passera le temps en attendant… Hein ?… Tu veux ?…

- Tu parles si il veut!...

- Bon… Alors ce que t’entends là c’est Marine qui se lave… Tu verrais ces jolis lolos qu’elle a, tout ronds, tout mignons, avec des bouts longs, mais longs !… Et en bas !… Comment elle est bien sage la petite touffe, bien régulière, bien coiffée sur la foune… Mais ce qu’elle a de mieux Marine c’est quand même son cul !… Il y a pas photo… Tu vas pas me dire que tu l’as pas remarqué ?!… Tout le monde le remarque… Un cul comme ça ça les rend dingues les mecs !… Toi aussi, dis donc !… Parce que… ouah !… vous avez vu ça, les filles, comment ça grimpe là-dedans ?!… Ca fait pas semblant… Bon, alors à Vanessa maintenant… Tu veux savoir pour Vanessa ?… Oui… Il fait signe que oui… Alors Vanessa elle est assise sur la chaise complètement à poil… Elle se coupe les ongles des pieds… De relever la jambe comme ça pour y arriver comment ça la lui fait baîller, c’est de la folie !… Presque pas de frisettes elle a dessus en plus… Ca cache rien du tout…

 

Il déglutissait sans arrêt. De grosses gouttes de transpiration lui dégoulinaient dans le cou… Bon, ben il restait plus que moi alors !… Et moi, il voulait savoir, moi ?… Fallait que je me déshabille alors ?!… Lui aussi !… Tous les deux ensemble on allait le faire alors !…

- Ah ben si, attends, si !… C’est normal… Faut une justice… Tu crois pas qu’il faut une justice ?…

 

Le haut ça a pas été trop difficile…

- Ce torse, Maxou, ce torse !… Quel homme !… On peut toucher ?…

Toutes les trois avec nos mains dessus en nous lançant des clins d’œil et en rigolant par en dessous… Le pantalon il voulait pas, il a résisté, mais il a quand même fini par le faire…

- Bon, allez, ensemble on finit… Attention !… A la une… A la deux… Et à la trois… Ah ben non, non, t’es pas marrant…

Bon, mais tant pis pour lui… Puisque c’était comme ça on allait le ramener à côté, mais il savait pas ce qu’il perdait parce que ce qu’on avait décidé toutes les trois tout à l’heure c’est que ce soir il pourrait une de nous, celle qu’il avait envie… Oh, alors là , comment il l’a quitté le calbut… Ca a pas mis deux heures… On a éclaté de rire…

- Visez-moi ça les filles !…

Il se dressait tout droit son truc tout gonflé…

- Il cache bien son jeu en attendant le Maxou… Il y en a une qui va avoir sacrément de la chance, là, tout à l’heure… Qui ?… Allez, nous fais pas languir, quoi !… Tu vois pas comment on est impatientes ?… Qui ?… Hein ?… Plus fort… On n’a rien entendu…

- Vanessa…

Ah, elle lui plaisait bien, hein, Vanessa… Ce qu’elle était belle avec ses cheveux blonds et ses yeux dorés en amande… Et ces seins qu’elle avait !… Il les aimait, hein, ses seins !… Comment il arrêtait pas de les reluquer par en dessous quand il croyait qu’on le voyait pas…

- Et tu te rends compte ?… Tu vas pouvoir les toucher… tant que tu veux… lui faire tout ce que t’as envie…

Sa queue a palpité, battu l’air, comme si elle voulait saluer…

- Tu vas pas t’ennuyer, dis donc, Vanessa… A condition qu’il sache y faire quand même… Tu vas savoir t’y prendre au moins ?… Oui ?… T’es sûr ?… Parce que c’est pas le tout d’être monté comme un taureau encore faut-il que… mais tu sais pas le mieux ?… On va vérifier avant… C’est plus prudent… Elle est où Aglaé, Marine ?…

- J’sais pas… Dans la chambre de mon frère, sûrement…

- Tu vas la chercher ?… Mais panique pas, Maxou, hein !… C’est juste une formalité… Ca va très bien se passer, tu vas voir !…

 

On la lui a fait gonfler…

- Là, c’est bon… Maintenant tu la prends dans tes bras et t’imagines que c’est Vanessa… Qu’est-ce que tu lui fais ?… Rien… Il te fait rien… Ben ça promet !… Bon, allez, c’est pas la peine, on laisse tomber… Tu te rhabilles et pour Vanessa… Ah ben voilà !… Voilà !… Pas si fort!… Pas si fort quand même !… Tu vas l’écraser… Et parle-lui !… On aime les mots d’amour, nous, les femmes, tu sais pas ça ?…

- Je t’aime…

- Tu l’aimes, oui… Tu l’aimeras toujours… Ils disent tous ça… Et puis après ?… Quoi d’autre ?…

- Tu es belle…

- Ah ça au moins c’est original… Qu’est-ce que tu sais bien y faire, toi, dis donc, avec les femmes, c’est dingue !… Et maintenant ?… Eh bien descends !… Qu’est-ce que tu peux être empoté !… Va la lécher en bas… Ca nous rend toutes folles ce truc… Là, tu vois… Oh là là comment elle gigote !… Comment elle se trémousse !… Elle en peut plus… Elles mouille à fond, non ?

 

Il s’est redressé d’un coup, crispé, et il a déchargé, à grands spasmes blanchâtres, sur le carrelage de la salle de bains…

- Ah ben non !… Non !… Déjà ?.. T’es qu’un égoïste, Maxou… Tu penses qu’à toi , qu’à ton plaisir… T’es comme les autres… Alors pour Vanessa eh ben tu repasseras !… Quand t’auras fait des progrès… Et il y a du boulot…

jeudi 13 août 2009

Les roses rouges

Alicia a ouvert de grands yeux stupéfaits…

- T’attends quelqu’un ?… Mais je croyais qu’Alexandre…

- Il est chez ses parents dans la Nièvre, oui !… et Mathieu à Paris… J’attends quelqu’un d’autre…

- J’y crois pas… non… mais alors là j’y crois pas… Tu es…

- Complètement folle… Je sais… Tu me l’as déjà dit…

- C’est qui ?…

- Benjamin…

- Benjamin !… Je te comprendrai jamais…

- Il y a rien à comprendre… Je me prends pas la tête, c’est tout !… Alexandre, c’est Alexandre… Je peux pas me passer de lui… On se connaît tellement tous les deux depuis le temps… Par cœur… On sait exactement comment on fonctionne… Dès qu’il y a un truc qui va pas je sais que je peux compter sur lui… qu’il sera là… Jamais je pourrai le quitter Alexandre… jamais… ça, c’est sûr… Mathieu non plus d’ailleurs… Un mec amoureux de toi comme ça comment t’hallucines, attends !… Tout ce que je veux j’en fais… Et ses yeux quand il me regarde… T’es obligée de craquer… Obligée…

- Faudra quand même bien que tu finisses par choisir…

- Ben pourquoi ?…

- Le jour où ils vont se rendre compte que…      

- Oui, oh ça !… Si tu sais te débrouiller…

- Benjamin aussi tu vas le garder ?…    

- J’en sais rien… Ca fait même pas un mois Benjamin… Mais je te prends un de ces pieds avec… Jamais j’aurais cru que ça existe un truc pareil… Increvable il est en plus !… Il devrait pas tarder d’ailleurs…

- Oui… J’te laisse… J’te laisse…

 

Une rose rouge… tendue tout sourire à bout de bras… Ses lèvres…          

- Viens !…

Blottie contre lui sur le canapé du salon…

- Tu restes, hein !?… T’as le temps ?…

- Toute la nuit…

Ses lèvres encore…

- Je suis bien avec toi… Tellement bien…

Il lui a caressé la joue, les cheveux, le cou… A petites touches tendres, délicates… Envie de ronronner doucement de bien-être… Il a lissé la peau sous la bretelle de soutien-gorge, découvert un sein… Il en a emprisonné la pointe entre deux doigts… Doux… Si doux et…

- Je t’aime, Benjamin… Je t’aime tellement… Si tu savais !…

Un long coup de sonnette…

- Qu’est-ce que c’est que ça ?… A cette heure-ci ?… On laisse courir… Ca va partir…

Ca a insisté… Encore plus long… Plus appuyé…

- Tu devrais peut-être aller voir ?!… On sait jamais…

Et puis à petits coups pressés, répétés…

- C’est qui cet emmerdeur ?… Juste le temps de le virer et… 

 

- Mais… mais qu’est-ce que tu fais là, toi ?… T’es pas à Paris ?…

Mathieu !… Mathieu… Avec une rose rouge lui aussi… Mathieu repoussé dehors sur le palier…

- Ecoute, Mathieu… Sois gentil…

- Tu m’embrasses pas ?…

Du bout des lèvres…

- Ecoute…

- Mais qu’est-ce qui se passe ?… Ca te fait pas plaisir de me voir ?…

- Si !… Bien sûr que si !… Mais va-t-en, Mathieu, je t’en supplie… Va-t-en !… Je t’expliquerai tout… Demain…

- Ah oui… Je vois… T’es avec un mec, c’est ça ?!…

- Mais non !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?… C’est Alicia… Elle est mal… très très mal… Il lui est arrivé un de ces trucs !… Je te raconterai… Elle a besoin qu’on parle toutes les deux, qu’on…

- Alicia ?!… Je vais juste lui dire un petit bonjour alors… et puis je me sauve…

Il est passé… Elle n’a pas pu le retenir…

- Eh ben alors Alicia qu’est-ce qui ?… Ah non, tiens, c’est pas Alicia…

 

- Tu devrais aller mettre les fleurs dans l’eau… Elles vont s’abîmer…

- Ah oui… Oui…

Machinalement, dans le même vase… A côté ils bavardaient tranquillement… Il y avait même des rires… Elle s’est pris la tête entre les mains… Ne pas pleurer… Surtout ne pas pleurer…

- Eh bien qu’est-ce tu fais ?… Viens avec nous !…

Avec eux… Entre eux… Sur le canapé… Benjamin a passé un bras autour de ses épaules…

- Excuse-moi, vieux, mais c’était ma soirée… T’auras d’autres occasions…

Il a cherché ses lèvres… Elle s’est dérobée…

- Tu m’aimes plus ?… Si ?!… Pourquoi tu le dis pas alors ?… Tu le dis tout le temps d’habitude… T’arrêtais pas de le dire tout à l’heure…

Il a glissé une main sous son tee shirt, a voulu enrober un sein…

- Laisse-moi !…

Elle s’est levée, reculée contre le mur…

- Laisse-moi !…

On a encore sonné… Léger… Discret…

 

C’était Alexandre… Alexandre lui aussi une rose rouge à la main… Elle l’a laissé passer sans un mot…

- Bon, ben voilà !… On est tous là…

- Ca, c’est pas sûr !… Il y en a peut-être d’autres…

Elle a fait signe que non… Non… Farouchement… De la tête… Non…

- Non… Tu es sûre ?… Bon… Eh bien il te reste plus qu’à choisir alors !… Lequel tu gardes ?… De nous trois lequel tu gardes ?… Vas-y !… On t’écoute… Elle a relevé la tête, les a longuement regardés l’un après l’autre, l’a secouée…

- Je peux pas…

- Il va bien falloir pourtant !… Attends, on va t’aider… Qui tu supprimes d’abord ?… Mathieu ?…  

- Ah non, non, pas Mathieu…

- Bon… Pas Mathieu… Benjamin alors !… Non plus ?!… Il reste plus que moi du coup…

- Pas toi, Alexandre !… Pas toi !…       

- Moi non plus… Tu nous gardes tous les trois alors ?!… T’as bien raison… Comme ça on s’amusera tous les quatre ensemble… C’est pas plus mal pour toi finalement !… Gourmande comme tu es… Tu vas te prendre un de ces pieds, tu vas voir !… Ils se sont rapprochés et il y a eu leurs mains sur elle… Toutes leurs mains…

- Non !…

Elle s’est redressée, relevée…

- Non !…

 

- Non ?… Il y a jamais rien qui te va à toi, dis donc !… Il faut pourtant bien trouver une solution !… Qu’est-ce tu proposes ?… Rien… Elle propose rien…

- Et si on la tirait au sort ?… Ou qu’on la joue aux cartes ?… Au poker par exemple… T’as des cartes ?…

Elle avait, oui !…

- Et du whisky… Faut toujours du whisky au poker…

Et ils ont joué, enveloppés de fumée, sans plus se préoccuper d’elle…

 

Benjamin a abattu son jeu…

- Carré… C’est fait… J’ai gagné…

Il l’a prise contre lui…

- T’es contente ?… Non !… T’as pas vraiment l’air… Oh, mais je veux pas m’imposer, moi, hein!… Il y en a d’autres des filles… Plein d’autres… C’est pas ça qui manque…

Et il a dévalé l’escalier en sifflotant…

 

- Alors ?… Qu’est-ce qu’on fait ?…

Mathieu a haussé les épaules…         

- Alors… ben alors je te la laisse…

- Ah non, non !… Il y a pas de raison que tu te sacrifies… Garde-la…

- Je voudrais pas te priver…

- Mais tu me prives pas !… J’en ai fait largement le tour, tu sais, depuis le temps… Non… Je te la laisse…

Il s’est levé… Il s’est dirigé vers la porte…

- Mais j’en veux pas !… Attends !… Attends !…

Il y a eu leurs voix jusqu’en bas… Ils ne sont pas remontés… Ni l’un ni l’autre…  

samedi 8 août 2009

Réglement de comptes

- Alors c’est toi ?…

Elle m’a tranquillement dévisagé…

- Je te voyais pas comme ça… Non, parce que faut dire : elle a un de ces goûts ma mère  pour les types d’habitude… Ils sont à faire peur… Bon, mais enfin avec toi ça a l’air de s’arranger on dirait… Il y a longtemps que t’es arrivé ?…

- Deux heures… Peut-être trois…

- Tu t’es installé ?… T’as trouvé votre chambre ?… Oui ?… Tu peux pas venir m’aider à décharger ma voiture alors ?… Parce que je sais pas comment je me débrouille, mais j’ai toujours tout un tas de trucs… Et puis après toi tu fais ce que tu veux, mais moi je file à la plage… Je suis venue pour ça et j’ai bien l’intention d’en profiter…

 

- Tu dormais ?… Non ?…

Elle s’est ébrouée, séchée, enduite de crème, allongée sur la natte à côté …

- Elle me fait trop rire ma mère… Parce qu’attends… Elle te fait venir exprès pour passer les Vacances avec toi et elle est pas là…

- Elle sera là demain…

- Oui, oh alors ça, moi, à ta place… Parce que tu la connais pas… Tu paries qu’elle appelle ce soir pour annoncer qu’il vient de lui débouler un gros client japonais par les pieds?… Qu’elle peut pas y échapper ?… Et demain ce sera une réunion de dernière minute avec le repreneur allemand… Et après-demain encore autre chose… Elle est pas là avant une semaine, c’est couru… Oh, mais c’est pas moi que ça dérange, hein !… Du moment que tu sais faire la bouffe… Tu sais la faire ?…

 

- Qu’est-ce que je t’avais dit ?!… Je sais comment ça se passe depuis le temps… Elle a inventé quoi ce coup-ci ?…

- Sa sœur a de gros problèmes… Elle passe un jour ou deux avec elle et elle nous rejoint…

- Qu’elle dit… Tu parles !… Ca fait vingt ans qu’elle a des gros problèmes sa sœur… Quand on voit avec quoi elle est mariée !… Tant qu’elle aura pas largué ça !… Non… La vraie raison, c’est qu’elle se supporte pas ici ma mère… Elle se supporte nulle part d’ailleurs… Il y a qu’à Paris… Alors elle recule… Elle recule tant qu’elle peut… A chaque fois c’est la même chose… Tu te demandes pourquoi elle l’a gardée cette baraque finalement !…

 

- Ce sera répété… Répété et amplifié…

- Quoi donc ?…

- Tu crois que je le vois pas comment tu les regardes par en dessous les nanas avec ton air de pas y toucher ?… Surtout l’autre sous le parasol bleu là-bas… Elle est moche en plus !… Oh, mais tire pas cette tronche !… T’as bien le droit… Ca fait de mal à personne… Je dirai rien de toute façon… Je suis pas complètement idiote… Surtout jalouse comme elle est… Elle t’arracherait les yeux, oui…

 

- T’assures quand même pour la bouffe !… Elle a intérêt à te garder… Il y a longtemps que tu la connais ?…

- Huit mois… A peu près…

- Ah oui, c’est vrai, je me rappelle… Elle était encore avec son Thierry à l’époque… Elle savait pas ce qu’elle allait faire… Toi ?… L’autre ?… L’autre ?… Toi ?… Tous les soirs elle me prenait le chou avec ça… Des semaines ça a duré… De toute façon ma mère les mecs c’est quelque chose !… Encore pire que moi, t’as qu’à voir !…

 

- T’es vieux jeu ou pas ?…

- J’espère que non, mais tout dépend de ce que t’entends par là…

- Si je me baladais à poil dans la maison ça te choquerait ?…

- Oh que non !… Tu fais bien comme tu veux…

- Parce que comment on se sent mieux toute nue !… Toujours je l’ai été ici… Depuis toute petite… Ailleurs aussi… Elle gueule assez… Si quelqu’un arrivait !… Qui veux-tu qui vienne ?… Ils sonnent n’importe comment !… Et puis même !… On me verrait à poil !… Et alors ?!… Tu parles d’une affaire !… Et toi ?… T’aimes ça être sans rien ?… Tu le fais des fois ?…

- Oh, ça m’arrive…

- Oui, ben tu peux aussi, hein !… Du moins tant qu’elle est pas là… Parce qu’après…

 

- Alors ?… Tu l’as eue ?… Ca y est ?… Elle arrive?…

- Pas encore, non…

- Et c’est quoi le prétexte?… Toujours sa sœur ?…

- Toujours… Mais elle sera là jeudi soir… Sans faute…

Elle a éclaté de rire…

- J’ai déjà entendu ça dix mille fois… Mais t’as le droit d’y croire, hein !… Pour le moment… Parce que quand elle t’aura fait le coup aussi souvent qu’à moi… Enfin… Si elle t’en laisse le temps… Si vous restez ensemble…

- Tu sous-entends quoi par là?…

- Oh, je sous-entends rien du tout… Moi, il y a longtemps que je me mêle plus de ses affaires… Bon, allez, on mange ?… Qu’est-ce tu nous as préparé de bon ?

 

- T’es déjà levée ?…

Elle bronzait nue sur le balcon côté jardin…

- Tu tombes bien, tiens !… Tu voudrais pas aller me chercher un autre café… J’ai la flemme…

Appuyée sur un coude, elle l’a avalé d’un trait, m’a tendu la tasse…

- Merci…

- Dis-moi, Amandine, qu’est-ce que tu insinuais hier soir ?… Qu’elle a quelqu’un d’autre ?… Que c’est pour ça qu’elle reste à Paris ?…

Elle s’est mise sur le ventre…

- Oh non, non, j’en sais rien si elle a quelqu’un d’autre… Je crois pas, non… Quoique… Avec elle on peut toujours s’attendre à tout… Non, c’est pas ça… Mais je la connais… Elle s’enflamme pour un type… Il y a plus rien d’autre qui compte… Et puis trois mois après c’est le dernier des derniers… Il est bon à jeter aux chiens… Mais enfin avec toi, ce sera peut-être pas pareil, hein, on sait jamais…

Elle s’est retournée, assise…

- Elle est trop quand même dans son genre… Il y a jamais rien qui lui va… Pour ça comme pour le reste…

Elle a fait couler une noix de crème protectrice dans le creux de sa main, s’en est uniformément pénétré les seins…

- Elle peut dire que je suis pas stable, mais alors elle, elle bat les records… Et le pire c’est qu’à chaque fois elle y croit… Suffit qu’il y en ait un qui passe et ça y est c’est celui-là… Celui qu’elle attendait depuis toujours… Les autres elles ont intérêt à les ramasser leurs types… Parce que il y a rien qui l’arrête, j’en sais quelque chose… Tu crois que ça te fait plaisir, toi, quand tu rentres à l’improviste et que tu trouves ta mère en train de s’envoyer en l’air avec ton petit copain ?… Et deux fois c’est arrivé en plus !… Deux fois…

 

- C’est quoi ?…

- De la lotte…

- Comment tu maîtrises!… Un vrai professionnel… Je sais pas cuisiner, moi !… De toute façon j’ai horreur de ça… C’est peut-être pour ça que j’arrive pas à garder un mec ?!… Non, je rigole… N’empêche que j’arrive pas à en garder un quand même… Je sais pas pourquoi… Je suis pas trop mal foutue… Non, tu trouves pas ?…

- Tu es très mignonne…

- J’ai pas trop mauvais caractère… enfin… je crois… Je suis pas emmerdante… Je t’ai cassé les pieds à toi depuis qu’on est là ?…

- Pas du tout, non… Au contraire…

- T’expliques ça comment alors ?…

- Tu as quel âge ?…

- 23 en octobre…

- T’as le temps alors !… Tu finiras par trouver le moment venu…

- Oui, mais c’est tout de suite que je voudrais…

 

- Bon, ben ça y est !… On est jeudi soir… Et elle est pas là…

- Oui, ben ça j’avais remarqué, merci…

- Et sans prévenir en plus… T’as réussi à l’avoir, toi ?…

- Non, son portable est éteint…

- Eh ben voilà !… C’est tout elle, ça !… T’en as combien des semaines de Vacances ?… Parce que si ça continue tu seras obligé de rentrer qu’elle sera pas encore arrivée…

 

- Ah, enfin, tu t’y mets !… C’est pas trop tôt… Il le fera pas, je me disais, tu paries qu’il se mettra pas tout nu ?…

- Eh bien tu vois t’aurais perdu ton pari…

- N’empêche qu’il t’en a fallu du temps !… Et je sais pourquoi en plus…

- Ah oui ?!…

- Oui… C’est parce que tu voulais pas que je voie quand tu bandes… C’est pas vrai peut-être ?… Mais c’est idiot… Parce que ça se voit quand même… On s’en rend toujours compte si on veut… Bon, mais alors maintenant ça veut dire que tu t’en fiches que je m’en aperçoive ?…

 

- T’en as eu beaucoup des femmes ?… Avant elle… T’en as eu beaucoup ?…

On était dans la voiture… On revenait des courses…

- Quelques-unes…

- Ca veut dire quoi quelques-unes ?… Cinq ?… Vingt ?… Cent ?…

- Tu es bien curieuse…

- Non, je me renseigne, c’est tout… Et ça durait longtemps à chaque fois ?… Le plus longtemps ça a été combien ?…

- Dix ans…

- Wouah !… Eh ben dis donc !… C’est elle qui est partie ou c’est toi qui l’as plaquée ?…

- Un peu les deux…

- Ca veut rien dire… Et avec les autres c’était sérieux ou c’était pour t’amuser ?…

- Ca dépendait des cas…

- T’es pas très causant, toi, quand tu t’y mets… Et avec ma mère ?… C’est sérieux ou ça t’est complètement égal ?…

- Tu veux que je te réponde franchement ?…

- Evidemment !… Si je te pose la question…

- Je n’en sais absolument rien…

 

On était tous les deux à somnoler, nus, face à face, dans le soleil, sur les chaises longues… Elle a ri… De son petit rire haut perché…

- T’es trop, toi !…

- Et pourquoi donc ?…

- Non… Comme ça… Pour rien… Mais tu te verrais !…Cette façon que tu as de me…

Son portable a sonné…

- Allo… Ben oui, c’est moi, oui !… Qui veux-tu que ce soit ?… Où ça ?… Ah oui !?… Au bout de la rue ?… Evidemment, oui… Evidemment…

- C’était quoi ?…

- Oh rien… Une connerie… Tu veux pas m’en passer dans le dos de la crème ?… J’y arrive pas toute seule… Oui, ben vas-y, appuie!… Fais pas semblant… Ca sert à rien sinon… Ben continue !… T’arrête pas !… En dessous aussi… Fais pas ton coincé comme ça !…

En dessous aussi… Les fesses… Entre les fesses qu’elle a progressivement écartées…

- Bonjour…

Elle était arrivée… Elle était là… Elle nous regardait…          

lundi 22 juin 2009

Au suivant!

- Au suivant!… Au suivant!…
La petite lumière verte s’allumait et, chaque fois, on reprenait tous en chœur la chanson de Jacques Brel…
- Au suivant !… Au suivant !…
C’était la traditionnelle visite médicale, celle de l’indispensable tampon sur la carte d’étudiant…
- Au suivant !… Au suivant !…


Quand mon tour est arrivé on rigolait tous tellement que je ne l’ai pas vue tout de suite la petite lumière verte… Qui s’est mise à clignoter furieusement…


- Tu crois que j’ai que ça à foutre d’attendre ?…
- Oui, oh, ça va !… On n’est pas à dix secondes près…
- Moi, si !…
Elle m’a regardé approcher, en slip…
- Bon… Sujet maigre, mais musclé… Elle n’était guère plus âgée que moi… Sûrement pas une toubib, non… Plutôt une étudiante en fin d’études à qui on imposait cette inutile corvée…
- Allonge-toi là !… Redresse-toi !… Respire à fond !… Par la bouche… Tousse !… Tu fumes ?…
Ben oui… Oui… Je fumais, oui…
- Beaucoup ?…
Sur un tel ton de mépris hautain que :
- Trois paquets par jour… Et je me saoûle la gueule… Elle n’a pas relevé… Elle s’est contenté de hausser les épaules…
- Assieds-toi !… Ouvre la bouche !… Tu fais quoi comme études ?…
- Lettres…
- Tu sais peut-être lire un annuaire alors ?!… A dentistes tu cherches… Chirurgiens-dentistes… Et tu prends rendez-vous… Tu sauras faire ?…
Quelle conne !… Non, mais quelle conne !…
J’ai désespérément cherché, en catastrophe, une réplique cinglante… Je n’ai trouvé qu’un pitoyable :
- Faut que j’apprenne à lire alors !…
- Tu peux descendre…


Elle est retournée à son bureau et s’est silencieusement absorbée dans l’étude de mon dossier…
- Et évidemment question vaccins – tétanos, polyo – t’es pas à jour… Ca remonte à quand le dernier rappel ?…
- Putain !… Mais vous emmerdez tout le monde comme ça ou c’est un traitement qui m’est spécialement réservé ?…
- Je fais mon boulot, c’est tout… Et si ça te convient pas ça m’est complètement égal… Pas de maladies vénériennes ?… Jamais ?… Pas de troubles urinaires ?… Approche !… Elle a tiré sur mon slip, enserré, pressé, décalotté sèchement… Non, ça va… T’es pas trop complexé au moins ?…
- Hein ?… Non… Pourquoi ?…
- Ca aurait pu… Parce que il y en a des petites, mais alors à ce point-là…
Elle a lâché… Ca a claqué contre le ventre…
- Je t’aurais dirigé vers un psy, mais tant mieux, tant mieux…
Et elle m’a congédié du revers de la main…

jeudi 18 juin 2009

Le marronnier

Il y va tous les jours… Chaque après-midi… Il s’installe en face du grand marronnier… Sur leur banc … Comme avant… Comme quand elle était encore avec lui… Comme si elle était encore avec lui… Il y reste jusqu’au soir…


- Qu’est-ce qu’il fout là comme ça sans bouger pendant des heures celui-là ?…
- Il va finir par prendre racine, ça, c’est sûr…
- Camille !… Non, mais elle a le diable dans la peau cette gamine…


Quand elle en avait encore la force, que la chimio ne l’avait pas encore trop fatiguée c’est dans ce square qu’ils descendaient tous les deux… « Que je profite au moins des mes derniers beaux jours… Du peu de temps qui me reste… »… Il lui restait trois mois…


- Pour être bizarre il est bizarre…
- Ca, c’est le moins qu’on puisse dire…


Longtemps il avait été incapable de remettre ses pas dans leurs pas… Et puis, peu à peu, tout doucement, il s’était réapproprié leurs lieux à eux… Un à un… Tous… Celui-là aussi…
- C’en serait un que ça m’étonnerait même pas…
- Il y en a partout n’importe comment maintenant !…
- Et il en a la tête en plus !…
- Viens ici, Livie !… T’approche pas du monsieur… Tu écoutes ce que je te dis ?!…


Comme elle l’aimait ce marronnier !… Des heures et des heures elle avait passées les yeux perdus dans ses branches, déjà réfugiée, ailleurs, dans des pensées auxquelles il n’avait plus vraiment accès…


- Il va nous emmerder encore longtemps comme ça ?…
- C’est vrai que l’avoir là, tout le temps, à côté des gamins… On a beau surveiller, on sait jamais…


Il change… Imperceptiblement… Ce n’est plus tout à fait l’arbre qu’elle a connu… Ce le sera de moins en moins… A travers lui elle continue à mourir… Chaque jour un peu plus… Il faudrait pouvoir le retenir, le fixer au plus près de ce qu’il a été… Pour toujours…


- Photographier les arbres… Tu parles !… C’est cousu de fil blanc son petit manège… Il fait semblant, oui, et il nous photographie nos gamins en douce…
- Oui, ben moi, cette fois je vais chez les flics… On peut pas laisser passer un truc comme ça… C’est bien trop grave…


Le gendarme est revenu, s’est rassis…
- Le labo vient de m’envoyer les photos… Ce sont bien des arbres…
- Ah, vous voyez… Qu’est-ce que je vous disais !…
- Oui, mais vous auriez sans doute fini par y venir, non ?… Votre attitude, d’après les différents témoins, était on ne peut plus suspecte… Et quand on passe ses journées, comme ça, à proximité des enfants, il y a forcément des raisons…
- Mais pas du tout !… Pas du tout !… Comme je vous disais : avec ma femme on…
- Oui, oh… De toute façon aucune charge ne peut être retenue contre vous, mais je vais quand même vous donner un petit conseil amical… Entre nous… Ne retournez pas là-bas… Dans votre intérêt… Et puis voyez un psy… Vous vous en trouverez très bien, vous verrez…

samedi 6 juin 2009

Une journée d'Adrienne Petitbois

La journée d’Adrienne Petitbois a commencé à la sandwicherie Bertrand à midi moins deux. Juste avant la sortie de l’usine voisine…
- Vous avez des sandwichs ?
Ils avaient, oui . Evidemment qu’ils avaient. Ils n’avaient même que ça…
- A quoi ?…
- La liste est là juste au-dessus.
Elle s’est longuement absorbée dans sa contemplation. Derrière elle on entrait. On ne cessait pas d’entrer…
- Je sais pas. J’hésite. Il est frais le jambon ? Non. Pas au jambon. C’est plein de phosphates le jambon. Au fromage plutôt. Le gruyère, c’est de l’Emmental ? Oui ? Vous êtes sûre ? Parce que je m’y connais, vous savez, en fromage. Bon, mais finalement, tiens, je vais plutôt le prendre au Gorgonzola... Ah, vous n’en avez pas… Vous avez du chèvre quand même ? Non plus ?!… Si vous n’avez pas de chèvre…
- Bon, alors elle se décide celle-là ? On bosse, nous ! Et on n’a qu’une demi-heure de battement.
Elle s’est brusquement retournée…
- Moi aussi, ma petite dame, j’ai travaillé. Et j’ai fait plus que ma part. C’était pas les 35 heures à l’époque. Ni les RTT. On travaillait VRAIMENT. Et on mettait pas la Sécu sur la paille au moindre bobo. Avec quarante de fièvre on y allait quand même. Eh oui ! C’est comme je vous le dis. Seulement le problème aujourd’hui avec vous les jeunes, c’est que vous voulez plus rien faire. Si on vous met pas tout rôti dans le bec…
- Vous avez choisi ? Je vous mets quoi comme sandwich ?…
- Rien. Non, merci, rien. Il me reste du bourguignon à la maison…


A 14 heures 30 Adrienne Petitbois s’est assise aux côtés d’une toute jeune mère de famille sur un banc du square Jean Moulin…
- Vous n’avez pas honte ?…
L’autre a levé sur elle des yeux ahuris…
- Honte ?… Mais honte de quoi ?…
- Ca…là…
- Oh, mais on est dehors…
- On est peut-être dehors, mais les enfants vous voient. Le vôtre et ceux des autres. C’est criminel de leur donner un exemple pareil. Criminel, parfaitement. Et en plus vous m’empestez avec votre fumée…
- Oui, ben personne vous a obligée à venir vous installer là…
- Non, mais alors là c’est la meilleure ! Je m’installe où je veux. Personne m’en empêchera. Et sûrement pas une mijorée comme vous. Ce banc, figurez-vous, je l’occupais déjà que vous n’étiez pas encore née. Alors si vous croyez que vous allez m’en déloger !… C’est ça, fiche le camp, petite dinde… Bon vent…


A 16 heures 58 Adrienne Petitbois est entrée à la poste…
- On va fermer, Madame Petitbois…
- A 17 heures. Vous fermez à 17 heures. Ca tombe bien : j’en ai pour deux minutes. Il me reste combien sur mon livret ?…
- 812 euros…
- C’est pas possible. Non, c’est pas possible. Il y a quelqu’un qui se sert dessus. Il y a forcément quelqu’un qui se sert dessus. Faut dire qu’il y a une telle pagaille aussi chez vous. Tout le monde se plaint. Tout le monde. Vous les entendriez les gens ! Mais c’est vrai aussi qu’on ne peut pas à la fois se consacrer sérieusement à son travail et courir après les femmes des collègues… - Ma vie privée ne regarde que moi…
- Faut pas l’étaler sur la place publique alors !…
- On ferme, Madame Petitbois…
- Et pour mon livret ? Je sais toujours pas où est passé mon argent… Mais vous avez raison. Je verrai ça avec le directeur. Il vaut toujours mieux s’adresser à quelqu’un de compétent…


A 20 heures 30 Madame Petitbois s’est couchée satisfaite. Si – à son âge on savait jamais – si, par malheur, il lui arrivait quelque chose dans la nuit on se souviendrait d’elle. « Ils » se souviendraient d’elle. Ah oui alors !
Et elle s’est endormie. Heureuse.

samedi 9 mai 2009

Adrienne Petitbois

Adrienne Petitbois n’aime pas les pervers. Et il y en a beaucoup. Partout. Rien que dans son immeuble – pourtant un petit immeuble – elle en a compté quatorze. Qui « oublient » de tirer les rideaux quand ils vont à la salle de bains. Qui se repaissent de films scandaleux sans couper le son. Qui s’installent sur le banc, en bas, pour regarder passer les femmes. Qui…
Il ne faut pas les laisser faire. Si personne ne leur dit rien ils en prendront de plus en plus à leur aise. On commence comme ça et on finit par…
Alors Adrienne Petitbois dit. Adrienne Petitbois résiste. C’est son combat. Et il est juste. L’autre jour, par exemple, il y en avait un qui déambulait déboutonné dans les galeries du centre commercial. Avec un slip en dessous, oui, mais quand même !… Déboutonné !!!!
Elle a ameuté les vendeuses, les mères de famille…
- Il allait la sortir !… Si, si !… Il allait la sortir… J’en suis sûre… Vous vous rendez compte…
Ca s’est regroupé… Ca l’a entouré… Ca s’est montré menaçant… Et l’autre qui faisait semblant de tomber des nues… Tu parles !… C’était cousu de fil blanc. Les vigiles l’ont embarqué. Direction les gendarmes, allez, hop !… Et après ce sera le juge. Obligation de soins… Et pas seulement. Ca va le calmer. Mais le pire, c’est qu’il y en avait pour le défendre… Une petite vendeuse de chaussures en tête…
- Oh, mais il l’a pas fait exprès… C’est un distrait…
Un distrait !… Ben voyons !… En tout cas, elle, elle l’était pas distraite… Parce que sa petite jupette au ras du cul, quand elle l’a enfilée, elle savait ce qu’elle faisait. Et elle avait quoi là-dessous ?… Sûrement un de ces machins à la mode qui laissent les fesses toutes nues. Une honte ! Mais Adrienne Petitbois va s’occuper de son cas. Elle ne la lâchera pas.
Adrienne Petitbois passe et repasse devant le magasin. Tous les jours. Elle s’offusque…
- Non, mais vous avez vu ça ?… Si c’est pas malheureux !…
Des gens s’arrêtent, s’agglutinent…
- Hein ?… Vous avez vu ça ?… Il y a des limites quand même… Il y a des enfants ici…
Adrienne Petitbois insiste. Persiste. Jusqu’à ce que… les patrons n’aiment pas le scandale. Ca fait perdre des clients… Jusqu’à ce qu’ils l’obligent à adopter une tenue décente. Une tenue décente ou la porte.
C’est enfin fait. Ca n’a pas été sans mal. Adrienne Petitbois jubile. Elle va enfin pouvoir jouir d’un repos bien mérité. Elle rentre par le square. Un petit couple est enlacé sur un banc. Les mains du garçon sont sous le tee shirt de la fille. Elle soupire…
- Encore !… Bon, allez, au boulot !…

mercredi 15 avril 2009

Culture

Je l’ai tout de suite senti que c’était une connerie… Tout de suite… Ca te trompe pas, ça… Seulement comment j’étais flattée !… Qu’un type comme lui… trente ans… un intello en plus… il s’intéresse à moi… Et pas que pour mon cul pour une fois !… Alors j’ai voulu tenter le coup… On savait jamais après tout… On m’avait toujours prise pour une conne… depuis l’école… toujours… J’avais fini par y croire à force… Et voilà que celui-là…


- Mais non !… T’es pleine de qualités, si, si, je t’assure!... On t’a pas appris à les exploiter, c’est tout… Tu vas voir… Fais-moi confiance, tu vas voir… Il m’apportait des tas de bouquins…
- Tiens, tu liras ça… Et ça… Des trucs énormes…            « Histoire de la philosophie occidentale »…                     « Méthodologie et rationalité »… Ca me tombait des mains au bout de deux pages…
- Insiste !… Fais un effort !…


J’essayais, mais franchement…
- C’est où que tu comprends pas ?…
Tout… Partout… Les mots… Les phrases… Ca voulait rien dire…
- Mais si !… C’est que…
Il voulait m’expliquer…
- Tu vois ?…
- Non…
Ca compliquait encore plus… Il s’énervait…
- Tu le fais exprès, c’est pas possible !…
- Laisse tomber, Marc, j’y arriverai jamais…
- Mais si !… Allez, on recommence…


On y passait des journées entières. Pour rien… A quoi ça pouvait bien servir la philo n’importe comment ?… Ils étaient même pas d’accord entre eux tous ces types… Il y avait qu’une chose qui les intéressait c’était d’avoir raison… Et il y avait pas de preuves… De rien du tout… C’était des inventions tout ça…
- Mais tu veux pas comprendre, c’est pas possible !… Comprendre quoi ?… Qu’ils étaient tous bourrés de préjugés et que pour les en faire démordre…


Alors il a décidé que… Bon… Bon… c’était pas la peine la philo… Il me fallait du concret… du solide… du scientifique… Et il m’a ramené tout un tas de trucs sur l’origine de l’Univers… Il y avait des fois il était plat… d’autres fois en forme de selle de cheval… d’autres fois encore c’était une bulle en expansion… Pour les uns il y avait eu un Big Bang… pour les autres non… Ils pouvaient pas se mettre d’accord une bonne fois pour toutes, non ?… Non… Ils pouvaient pas… parce que c’était justement comme ça qu’elle avançait la Science… en échafaudant des hypothèses… en se trompant…


Oui, ben moi, j’avais pas que ça à faire… J’attendrais qu’ils soient sûrs alors… A quoi ça servait de se farcir la cervelle avec des trucs que tu savais même pas si ça tenait la route…
Mais c’était ça la culture enfin !… Ah, ben si c’était ça on pouvait s’en passer alors !… Moi, je pouvais en tout cas… Très très bien…


- Mais c’est ridicule enfin !… Quand tu penses à toutes ces générations qui ont cherché la vérité avec passion, à tous ces gens qui sont morts pour elle… alors pour toi tout ça ça a servi à rien ?…
A pas grand chose… La preuve !… Ils avaient rien vraiment trouvé… Et si c’était tâtonner dans le brouillard pour arriver nulle part ça valait vraiment pas la peine…
- Tu comprends rien à rien… Tu m’agaces, tiens !… Et pas qu’un peu…
- Toi aussi, tu m’énerves !… Et arrête de me casser les pieds avec tout ça… Tu vois pas comment j’en ai rien à foutre de toutes ces conneries ?…
- Des conneries ?… Ah, parce que passer ses journées à se pomponner et à traîner les boutiques de fringues ça valait mieux peut-être ?!…
Sûrement, oui !… Au moins tu la ramenais pas… Tu passais pas ta vie à vouloir avoir l’air intelligent… De toute façon quand on voulait avoir l’air en général c’était que… Oui… Alors lui il faisait tout ce qu’il pouvait pour moi, pour me sortir de… Pour me sortir d’où ?… Je lui avais rien demandé, moi, rien du tout !…
Oh, mais si je préférais… Si je préférais quoi ?…
- Dis-le !… Mais dis-le !… - Non… rien…
- M’envoyer en l’air avec tout ce qui passe, c’est ça ?… Eh bien oui je préfère… oui… au moins je m’éclate… au moins je perds pas mon temps… Et il aurait mieux fait de me tirer un peu plus, tiens, plutôt que de passer sa vie dans ses bouquins… Ca lui aurait remis les idées en place…


Et on s’est engueulés… Ca tapait trop juste ce queje lui disais… En tout cas ça m’a servi de leçon… Je suis pas près de me remettre avec un intello, moi !

samedi 4 avril 2009

Le jouet

- C’est toi qui choisis, Benoît… Ce sont tes sous…
C’est le plus beau… Rouge… Tout rouge… Avec un peu de doré sur le dessus… Sur les côtés aussi… Il approche la main, il touche, il soulève… Il va le serrer dans ses bras…
- Regarde, Benoît, regarde celui-là là-bas… le grand… le jaune… Tu as vu comme il est joli ?…
Non… C’est le rouge… Tout rouge… Avec du doré…
- Mais enfin, tu ne l’as même pas regardé, Benoît… On ne choisit pas comme ça sans regarder… C’est ridicule… Tiens, et celui-là ?…
Elle soulève le bleu, le fait tourner, l’incline dans la lumière…
- Regarde !… Regarde comme il est beau… Bien plus beau que ce vilain rouge… On le prend ?… Hein ?… D’accord ?…
Il tient le rouge serré très fort contre lui…
- Non, Benoît, non… Maman n’est pas d’accord… Pas d’accord pour que tu choisisses n’importe quoi comme ça sans réfléchir… Ca va finir au fond d’un placard… Comme d’habitude… Maman ne veut pas que tu gaspilles ton argent… Alors ou bien tu en choisis un beau ou bien tu n’auras rien du tout… Donne !…
Il donne… Elle le remet au milieu des autres…
- Alors ?… Lequel tu veux ?… On va pas rester là tout l’après-midi…
Rien… Il ne veut rien… C’est pas la peine… Rien du tout…
- Ne fais pas la mauvaise tête, Benoît… Tu sais très bien que maman a horreur de ça… Horreur… Alors ?… Lequel? Mais réponds au moins !… C’est agaçant à la fin! Tu ne sais pas… Tu ne sais pas… Ce n’est quand même pas moi qui vais choisir à ta place…
Il lève la main… Il pointe le doigt… Le jaune… Non… Le bleu… Non… Le jaune… Oui…
- Le jaune ?… Tu es sûr, Benoît ?… Tu as bien réfléchi ?… Tu vas pas me dire en rentrant que c’était le bleu que tu voulais ?…
Non… Le jaune… Le jaune… Oui… Oui…
- Eh ben dis donc !… Ca n’a pas été sans mal… Mon pauvre Benoît… Il t’en faut un temps pour te décider…

vendredi 20 février 2009

En stage

Ce stage en entreprise - pour mon BTS - j’avais eu la chance de pouvoir l’obtenir chez une disquaire… Royal… Une patronne cool qui filait je sais pas où tous les après-midi en me laissant le magasin… De la musique - celle que j’aimais - toute la journée… Et des filles, des tas de filles, qui entraient, qui tournaient, qui se penchaient, qui s’accroupissaient pour mieux voir les travées du bas… Le rêve…

Il y en avait trois qui passaient tous les jours… On avait fini par sympathiser et par s’offrir notre petit brin de causette quotidien…
- Ca t’ennuie pas au moins?…
M’ennuyer ?… Oh que non !… Non… Au contraire…
- Oui… Parce que qu’est-ce qu’on se fait chier, nous, toutes seules toute une journée !… On sait pas quoi faire… On sait pas où aller… Tandis que là ici… Comment on aime ça discuter avec toi… Si, c’est vrai… T’es vachement sympa…

- Bon, mais dis, maintenant qu’on se connaît, tu peux bien nous laisser en prendre des CD…
- Hein ?!… Ah non… Non… Sûrement pas…
- Oh, tu parles !… Qu’est-ce t’en a à foutre ?!… Ca se verra pas… Et puis c’est pas à toi n’importe comment… - Ben justement raison de plus !…
- Oh, t’as de ces principes, toi !…

Elles sont revenues à la charge le lendemain…
- Allez, quoi !…
- Non, j’vous dis…
La petite brune en a attrapé un dans un bac…
- Allez, tu me le donnes…
- Non…
- Eh bien viens le reprendre alors !…
Et elle l’a glissé sous son tee shirt… Je l’ai poursuivie, coincée au fond du magasin…
- C’est bon… C’est bon… Le voilà ton truc…
Elle l’a jeté à mes pieds…
- Mais c’est qu’il deviendrait mauvais en plus…

Pendant plus d’une semaine je ne les ai pas revues… Et puis, un mardi, elles sont arrivées avec un grand sac qu’elles se sont mises à remplir, sans rien dire, de tous les CD qui leur tombaient sous la main…
- Qu’est-ce que vous faites ?…
- Ben ça se voit pas ?… On se sert…
- Ah, mais non !… Ah, mais non !…
- Ah, mais si !… Ah, mais si !… Tu vas quand même pas nous chier un tank pour trois CD !…
- Trois ?!… Il y en a au moins cinquante…
Elles n’ont pas répondu… Elles ont voulu filer… Je les ai rattrapées… J’ai agrippé le sac… Je le leur ai arraché…
- On t’aura, espèce de connard !… On t’aura…

Je les avais oubliées quand... un matin… La patronne était à la caisse… Je déballais de la marchandise en réserve…
- Il est pas là le jeune ?…
- Il est occupé… Qu’est-ce que vous lui voulez ?…
- Rien… Ca fait rien… On reviendra…
Elle a voulu savoir…
- C’est quoi ces filles ?… Tu les connais ?…
- Comme ça… sans plus… C’est des clientes…

Le lendemain aussi…
- Il est toujours pas là ?…
- Non, mais je peux m’occuper de vous, vous savez !…

- C’est quoi ces petites connes, tu peux me dire ?

Et encore…
- Mais enfin qu’est-ce que vous lui voulez ?…
- C’est parce que…
Elles ont fait mine d’hésiter…
- C’est parce que… on peut se servir, prendre tout ce qu’on veut d’habitude quand c’est lui… Il nous fait pas payer…
Elles ont ri…
- Du moment… du moment qu’on veut bien lui faire voir… Baisser notre culotte là-bas dans le coin derrière… Et le laisser toucher…
Il n’y a pas eu d’explication possible… Elle m’a viré sur le champ… Dehors, sur le trottoir, elles m’ont regardé partir en riant…

dimanche 8 février 2009

Basse vengeance

- Qu’est-ce que tu fous là, toi ?…
- Ben, et toi ?…
Christophe… Ce vieux pote de Christophe… Comment ça faisait plaisir de se revoir !… Sans le savoir on tournait depuis six mois sur le même secteur, lui dans le matériel d’écriture et moi dans le jeu éducatif…
- Non, mais alors ça c’est la meilleure !…

Du coup on s’est débrouillés pour prendre notre tournée dans le même sens… On se retrouvait le plus souvent possible… Sur la route… Au restaurant… A l’hôtel… On évoquait, avec délectation et nostalgie, nos années de Boulogne…
- Ces fêtes qu’on pouvait faire !… Ah, on s’ennuyait pas… - Et Sonia, t’as des nouvelles ?…
Ca avait été son grand amour de jeunesse Sonia… Un véritable drame quand elle l’avait quitté, du jour au lendemain, pour aller épouser un type à Paris…
- Non, non, j’ai pas cherché à en avoir non plus, mais tu sais pas le plus beau ?… C’est que son mari, c’est un collègue à toi… Il travaille dans ta boîte… Un certain Cibaud… Gérard Cibaud… Ca  te dit quelque chose ?…
- Un peu que ça me dit quelque chose… C’est mon directeur des ventes… Mais comment tu sais ça, toi ?…
- Par Vannier…
- Cibaud… C’est fou, ça !…
- J’aimerais bien voir à quoi il ressemble ce salopard…
- Oh, ça c’est facile… Il vient sur ma tournée en Janvier…
- Je te jure que si je peux lui en faire une à celui-là je vais pas le louper alors là !…
- Et moi donc !… C’est une vraie carne au boulot… Et comme j’ai pas l’intention de moisir dans cette boîte…


Je les ai présentés l’un à l’autre dans un routier près de Montluçon…
- C’est un collègue Christophe, mais surtout un ami… Depuis le lycée à Boulogne on se connaît…
Il a pas cillé Cibaud…
Ah, Boulogne !… On en avait des souvenirs là-bas tous les deux… Nos plus belles années… Ces coups fumants qu’on avait pu faire… Et les filles !… Ca y allait les filles…
- Tu te rappelles Sylvie Pélissier ?… Et Monique Laval ?… Fallait pas leur en promettre à celles-là !… Et Sonia Dumas ?!…
Il est resté de marbre Cibaud…
- Elle avait pas froid aux yeux, Sonia… Ailleurs non plus d’ailleurs… La vraie petite cochonne de base… ca dépannait bien…
- Tu te rappelles au Celtic, dans l’arrière-salle, quand elle passait sur les genoux de tous les mecs les uns derrière les autres… Tu tâtais… Tu tripotais… Tant que tu voulais… Fallait surtout pas te gêner… A trois ou quatre en même temps des fois… Quand elle était bien excitée ça se finissait en bas sur la cuvette des chiottes à tour de rôle jusqu’à ce qu’elle ait son compte… Tout le monde en profitait…
- Et quand elle se faisait troncher sur le parking de la boîte à même le capot de la bagnole, tu te rappelles ?… Il pouvait y avoir trente mecs autour c’est pas elle que ça dérangeait…

On inventait… On inventait tant et plus… Grisés par nos mots, on rivalisait dans la surenchère… Jamais, au grand jamais, Sonia n’avait été celle que nous lui décrivions… Sans être coincée ni bégueule elle s’était toujours montrée très sage… C’était d’ailleurs, à l’époque, à ce qu’il disait, ce qui avait tout particulièrement séduit Christophe…

- Et la fois où elle avait parié une bouteille de champagne qu’elle ferait un strip-tease sur la piste un soir que c’était noir de monde, tu te rappelles ?… Et elle s’est pas dégonflée… En se dandinant et en se trémoussant tant qu’elle pouvait, toutes ses sapes balancées aux quatre coins de la boîte… Complètement à poil elle a fini… C’est le patron qui l’a forcée à se rhabiller parce qu’il voulait pas d’histoires… Ah, c’est sûr qu’avec Sonia t’avais le spectacle assuré… Mais le plus beau c’était quand même la fois où, à la banque, elle était en train de tailler une pipe au directeur sous le bureau et que les grands pontes de la Caisse Régionale s’étaient amenés sans prévenir… Ce délire… Il avait pas fait long feu à Boulogne le type…

Ah, Sonia !… Quel bon souvenir c’était… Et la fois où… Toute l’après-midi on aurait pu en raconter comme ça et encore… on n’aurait pas fini… Une sacrée vedette Sonia… Seulement le jour où elle avait voulu se ranger elle s’était vite rendu compte qu’à Boulogne elle était grillée… Valait mieux qu’elle change d’air… Et elle était allée se fondre dans la masse à Paris… Pendant deux ou trois ans on n’avait plus entendu parler d’elle et puis le bruit avait couru qu’elle avait trouvé quelqu’un… le bon con de base pas trop fûté… elle lui avait raconté ce qu’elle avait voulu… il l’avait crue et elle s’était dépêchée de le faire cocu à tour de bras…

Cibaud a réclamé l’addition…
- Il serait peut-être temps qu’on reprenne la  tournée, non ?…

samedi 17 janvier 2009

Hou! ( Voyage au pays de la bêtise ordinaire )

Lui, on peut lui faire confiance… Il les reconnaît au premier coup d’œil… Ils peuvent pas lui échapper… Même ceux qui en ont honte, qui font semblant d’être normaux… Et ils sont nombreux ces bestiaux-là… Il en traîne partout… On peut pas sortir de chez soi sans tomber dessus… A croire qu’ils se reproduisent entre eux, ces cons… Tiens, là… mais là…là…juste devant… c’en est une... Sûr que c’en est une… Cette espèce d’allure rance… De façon de pas être comme tout le monde… Un mal à l’aise sur eux… Oh si.. si… aucun doute possible… ça crève les yeux.. Tiens, là-bas… encore une… mais si… elle arrive.. elle passe derrière le petit mur…là… elle va réapparaître… Tu vas voir, on va lui faire baisser les yeux… T’as vu ?... Non, mais t’as vu comment elle m’a regardé cette salope ?.. Elle pourrait pas dire qu’elle en est pas, celle-là… Hou !... Hou !... Pédale, va !... Elle se retourne même pas… Elle a honte… La prochaine qui me regarde comme ça elle se prend mon poing dans la gueule quelque chose de bien… Manquerait plus que ça qu’elles fassent la loi maintenant… Non… Si tu dis rien ça devient arrogant… Ca drague en plein jour… On peut plus les tenir… Par là il y en a moins… ça vaut pas la peine… On va remonter le boulevard plutôt… on va en voir… c’en est bourré… Ben alors ?!... Où elles sont ?... Elles se planquent ? Elles ont peur ?... Non… Non… Celui-là il en a la gueule, mais c’en est pas vraiment une…. Tiens là… en voilà un beau… là… juste devant nous…On va le faire chier cet enculé… T’as vu comment ça marche ? A force de se faire tirer dans la lune ça reste écarté… Elle baisse les yeux… elle regarde ses pompes… elle va finir par se payer un lampadaire… Avec son imper comme capote… Comment ça va te faire du bien par où ça va passer, ma chérie !... Eh ben réponds au moins, tantouse, tu vois pas qu’on te cause ?!... Eh non, elle veut rien dire… Elle fait la tête… Ou bien elle parle qu’à ceux de son bord… Hou !... Hou !... Ca a vraiment pas de couilles… T’as vu comment ça a détalé ?!... Putain, moi ce qui me plairait un jour, c’est d’en démolir une… Mais alors proprement… carrément… Qu’elle s’en souvienne… Qu’elle ose plus se montrer… Je te prendrais un de ces pieds !... C’est du sûr à cent pour cent en plus… Qu’est-ce tu veux qu’elle aille se plaindre ?... Tu dis aux flics qu’elle t’a cherché, qu’elle t’a fait des avances… T’es quand même pas obligé de subir leurs sales pattes, merde !... Ca a le droit de te dégoûter…Déjà que t’es obligé de supporter leur existence… Eh… vise l’autre là-bas derrière la camionnette… Mais non , pas celui au cartable… l’autre avec le truc violet… Encore un !... Un qui sait pas qu’il l’est en plus !... Parce que… je l’ai lu dans un journal - c’est scientifique - les toubibs ils ont découvert qu’il y en a qui le sont et ils savent même pas qu’ils le sont… Ils ont l’air normal comme ça… on dirait pas, mais en réalité ils sont même trop cons pour s’apercevoir qu’ils en sont… Ils pensent qu’à ça et ils s’en rendent même pas compte… Faut vraiment être taré, non ?…

samedi 27 décembre 2008

Bonnes copines

- C’est Ophélie... Une copine... Une vieille copine… De quand on était au bahut… On s’est rencontrées par hasard tout à l’heure en faisant les courses… C’est dingue, non ?… Elles avaient une foule de choses à se raconter… - Tu restes dîner ?… Mais si, reste !… Qu’on puisse papoter un peu !… Depuis le temps !… De souvenirs à évoquer… - Quand je pense qu’on pouvait pas se sentir là-bas au début !… - Et pour cause !… Tu me piquais tous mes mecs… - Tu peux parler, toi !… Qui c’est qu’avait commencé avec Laurent ?… - Ah, parlons-en de Laurent !… Mais va te coucher, Benjamin, si tu veux… Tu tombes de sommeil…

Ca a continué en vagues de chuchotements et en grands éclats de rire jusque tard dans la nuit… Quand elle s’est enfin glissée à mes côtés il était trois heures du matin… - Elle est restée dormir finalement… Sur le canapé… Dans le séjour… Elle a soupiré… - Je vais être propre, moi, demain pour aller bosser…

A neuf heures, le lendemain, je suis allé m’installer aussi discrètement que possible devant l’ordi… - Qu’est-ce que tu fais ?… - Je t’ai réveillée ?… Désolé… - Non… Non… Ca fait rien… Hein, qu’est-ce que tu fais ?… - Je bosse… - Chez toi ?… Sur l’ordi ?… C’est cool… Il y a du café ?… Il y avait, oui… Dans la cuisine… Elle s’est levée – petite culotte et soutien-gorge blancs – est allé s’en servir un grand bol qu’elle a lentement siroté, appuyée au chambranle de la porte… - C’est quoi au juste ton boulot ?… - Disons que je donne des cours – d’informatique – sur Internet… Un petit sifflement admiratif… - Bon, ben moi je vais me laver… Et chercher du boulot…

Elles sont rentrées ensemble, sur le coup de huit heures… - On est encore allé faire des courses… On n’a pas vu le temps passer… T’as préparé quelque chose à manger ?… Oui ?… T’es un amour… Parce qu’on va essayer de se coucher plus tôt ce soir… Sinon ça va pas le faire à force …

Quand elle m’a enfin rejoint il était une heure du matin… - Comment tu la trouves ?… Elle est sympa, hein ?… Ca t’ennuierait si elle restait un peu ?… Juste quelques jours… Le temps qu’elle se retourne… Qu’elle trouve quelque chose… Parce qu’elle est dans une de ces galères en ce moment, j’te dis même pas !… Je me suis doucement approché… Elle m’a repoussé… - S’il te plaît, non… Pas ce soir… Je suis crevée…

Elle avait rejeté draps et couvertures et dormait sur le ventre, une jambe hors du canapé, l’autre repliée vers l’intérieur… A l’entrejambes la culotte avait glissé sur le côté… J’ai malgré tout fini, à regret, par aller me mettre au travail… - Ah, t’es là ?… Je t’avais pas entendu arriver… Je peux venir voir ce que tu fais ?… Elle s’est penchée, appuyée, du bout des seins, contre moi… - J’y comprends rien… mais alors là rien du tout… C’est du chinois pour moi… Elle s’est redressée… - Je peux te demander quelque chose ?… Il y a longtemps que vous êtes ensemble avec Roxane ?… - Deux ans… Pourquoi ?… - Non… Comme ça… Parce que comment elle a changé !… Tu l’aurais connue avant… Complètement instable elle était avec les mecs… Ah, je peux te dire qu’il en a défilé !… Mais elle a dû te raconter tout ça… En tout cas, tu l’as complètement métamorphosée, ça c’est sûr… Et ça a l’air de vouloir durer en plus !…

- Allo… Oui, c’est moi… Dis, nous attends pas… Mange sans nous!… On se fait une soirée entre filles, là, toutes les deux…

Elle a surgi, nue, dans la salle de bains… - Ah, t’es là !… J’étais là, oui, en train de me raser… Elle s’est précipitée sous la douche… - Faut que je me dépêche !… J’ai un rendez-vous pour du boulot… Si ça pouvait le faire !… Non, mais si ça pouvait le faire !… Elle s’est séchée… A laissé tomber la serviette… - S’il te plait, tu me fais une petite place… Que je puisse me maquiller…

- Tu peux pas savoir comme je suis contente de l’avoir retrouvée… Au bahut on pouvait pas vraiment s’apprécier… On était bien trop jeunes… Mais là maintenant on se découvre… On a une foule de points communs toutes les deux… On se comprend d’un mot… D’un regard… On devient véritablement amies… La seule chose, c’est que je peux pas trop me consacrer à toi en ce moment, mon pauvre amour !

- Tous les matins c’est pareil… Je suis à la bourre et faut que je cavale… Ca t’ennuie pas si je prends ma douche avec toi ?… Parce que sinon… Elle n’a pas attendu la réponse… Elle s’est aspergée, a frotté, savonné… Et elle a ri… - Hou la la !… Je te fais de l’effet on dirait… Oh, mais tire pas cette tronche-là !… C’est normal d’avoir envie… Moi aussi j’ai envie… Elle m’a effleuré le torse… - Chut… Roxane… - Quoi, Roxane ?… Elle est pas obligée de le savoir Roxane… Elle saura rien Roxane… Viens !… Allez, viens !…

Sur le canapé du séjour… - Laisse-toi faire !… Laisse-moi faire !… En caresses lentes et subtiles… Avec les cheveux… Avec les lèvres… Avec les seins… Elle m’a pris en elle… Elle nous a emmenés… A course folle… On a éclaté… Elle est retombée sur moi… Contre moi… Elle a murmuré… - Souviens-toi du vase de Soissons… - Quoi ?… Qu’est-ce que tu racontes ?… - Rien… Elle me l’avait piqué Laurent… Chacune son tour…

vendredi 19 décembre 2008

Rouge à lèvres

Entre midi et deux la grande surface d’à côté restait toujours ouverte et j’allais y tuer le temps en attendant de reprendre le boulot… Je flânais, je m’attardais entre les rayons, j’essayais un rouge à lèvres sur le dos de ma main… un autre… ou un parfum… Je m’éloignais… Je revenais… Je n’achetais jamais… Je n’avais pas les moyens : il y avait trop peu de temps encore que je travaillais…

Ce jour-là je venais tout juste de passer les caisses, j’allais sortir quand une femme a hurlé à pleins poumons derrière moi… - Sécurité !… Sécurité !… Je me suis retournée… Qu’est-ce qui se passait ?… Sorti de je ne sais où un vigile armoire à glaces s’est précipité sur moi, m’a agrippée par le bras, solidement maintenue… - Toi, tu me suis et surtout tu fais pas d’histoires… - Quoi ?!… Mais qu’est-ce que ?… Il m’a entraînée… - Allez, allez, viens par là… On a monté des marches, emprunté un long couloir avec la bonne femme sur nos talons qu’arrêtait pas de répéter… - Toi, ma petite, on va pas te louper… Alors ça, on va pas te louper… Depuis le temps que je le surveille ton petit manège… On m’a poussée dans une pièce… On a refermé la porte…

Derrière un bureau une femme a levé la tête… - Ah, encore une !… Eh ben décidément c’est le jour… Bon… Alors tu poses tout ce que tu as volé là devant moi… Je suis restée pétrifiée, incapable de rien dire, de rien faire… Seulement de me répéter comme un refrain que c’était pas possible, que ça allait forcément s’arranger puisque j’avais rien volé… - Alors ?!… - Mais j’ai rien pris… - Mais oui !… Mais bien sûr… Alors tu me donnes ton sac… Je le lui ai aussitôt tendu, pleine de bonne volonté… Elles allaient bien être obligées de se rendre compte… Forcément…

Elles l’ont renversé sur le bureau tout vidé tout éparpillé tout examiné un truc après l’autre… Le vigile aussi est venu se pencher avec elles… - Vous êtes sûre, madame Monnier ?… A voix basse… - Certaine… Ca fait quinze jours que je l’ai à l’œil… Elle est maligne, mais… Un rouge à lèvres… Un Dior… Elle l’a pas reposé… Absolument certaine… - Bon… alors tu vas gentiment nous dire ce que t’en as fait… Ca vaut mieux, tu sais !… Parce que ça peut aller très loin cette histoire… Tu travailles où ?… J’ai vaguement balbutié… - A mille sapes là-bas… - En plus !… Ah ben elle va être contente Madame Cartier quand elle va apprendre que sa vendeuse pique chez les collègues… Parce qu’elle va l’apprendre… A moins que… - Mais j’ai rien volé !… - Ben voyons !… C’est incroyable d’être entêtée comme ça… Oh, mais on va trouver… On va forcément trouver… Retourne tes poches !… Sors-les !… Ah oui… oui… mes poches… prête à coopérer… les convaincre… pas perdre ma place… Ah non, non, surtout pas ça… non… Evidemment il y avait rien…

- Mais qu’est-ce qu’elle en a fait ?… Il y en a une qui a plongé la main dans les autres poches derrière… Jusqu’au fond… - C’est pas possible ça !… Donne ton jean !… J’ai donné… J’ai enlevé… Tout de suite… J’ai donné… Il y avait plus qu’une seule chose qui comptait… Leur prouver… Qu’elles préviennent pas Madame Cartier… Parce que Madame Cartier… Que ça s’arrête toute cette histoire… Que ça s’arrête le plus vite possible… Le vigile aussi s’est approché… Tout près… Elles ont exploré une jambe… l’autre… Elles ont tâté les ourlets, l’ont retourné, jeté en petit tas par terre… - Mais c’est invraisemblable !… Imvraisemblable…

Elles ont tourné autour de moi comme des guêpes… - Elle l’a… C’est obligé, elle l’a… Il y en a une qui a remonté mon pull et l’autre a passé la main entre le sein et le soutien-gorge, tout le tour, enrobé, contourné… l’un après l’autre… - Il y a rien non plus… Dépitées… Vexées… Et de derrière je sais pas laquelle m’a baissé la culotte d’un seul coup jusqu’à mi-cuisses… - Non… Elle l’a pas… - Elle a vu qu’elle était repérée… Elle a dû le balancer quelque part en rayon… - Tu l’as mis où, hein ?… Eh bien réponds !… - Elle le dira pas… Une vraie tête de mule… - Bon, alors écoute-moi bien !… Pour cette fois il y aura pas de suite… Tu as été très maligne… Mais un conseil : remets jamais les pieds ici… Sinon…

D’un revers de main elle a balayé toutes mes affaires sur le bureau… - Tu te reculottes… Tu ramasses tout ton fourbi… Et tu dégages…

vendredi 12 décembre 2008

Piégée

Il baisait bien, ce mec... Si, c’est vrai, c’est rare un mec qui baise aussi bien… Mais enfin même qu’il baise bien j’étais pas mariée avec… Lui, il aurait voulu… Pas qu’on soit mariés, non, mais que je sois qu’à lui… Et ça c’était bon, merci, j’avais déjà donné… Il devenait lourd avec ça… Dès que j’acceptais de recoucher avec c’était tout de suite prise de tête… Et je l’avais complètement largué à force… J’avais pas le choix…

De temps en temps on s’apercevait ici ou là, en boîte surtout, mais de loin, je tenais pas du tout à ce que ça recommence tous les deux… Seulement ce soir-là ça l’a repris … Il s’est mis à me coller… Grave… Ca tombait d’autant plus mal que j’avais un mec en vue… un tout timide… mignon à croquer… alors avoir l’autre par les pieds !… J’ai pas été gentille… Je l’ai envoyé carrément promener… Il me faisait chier, mais vraiment chier, il comprenait ça ?… Il s’est vexé et il est allé pleurer dans le giron de son pote Cedric, le DJ, à la sono… Oui, ben bon vent !…

Ca prenait bien avec l’autre… On dansait tout serrés… Je laissais aller ma tête dans son cou… Je sentais son désir dressé contre mon ventre… Ca allait le faire… Forcément ça allait le faire… Je me demandais comment il s’y prenait… le genre tendre et câlin ça devait être… oui… sûrement… un peu gauche… un peu maladroit… ça aussi ça avait son charme des fois… j’aimais bien… pas tout le temps, mais j’aimais bien… J’étais en train de penser à tout ça quand , en superposition par dessus le slow, il y a eu des halètements, des gémissements de plaisir d’abord discrets, contenus… J’ai ri… C’était bien une idée à Cedric ça !… Le type aussi a ri, un peu gêné… Ca s’est amplifié… Elle commençait à jouir plein pot la fille… Comment ça y allait !… Elle en pouvait plus… Tout le monde se marrait autour…

Et il montait toujours un peu plus le son Cedric… Ca s’est emballé… Il y en avait qui avaient arrêté de danser… Des tas de regards s’étaient fixés sur moi avec un air bizarre, ironique, vaguement goguenard… Qu’est-ce qu’ils avaient tous ?… Et l’autre qu’était complètement déchaînée là-haut…

C’est quand elle s’est mise à hurler des mots cochons à tue-tête, à pleine gorge, que j’ai réalisé… C’était ma voix… C’était moi… J’ai foncé vers l’estrade pour faire arrêter, pour… Ils rigolaient comme des bossus les deux autres… Ils ont poussé le volume à fond… J’ai voulu grimper là-haut… Je me suis sentie tirée en arrière… C’était le videur… Ils s’y sont mis à trois pour me sortir… On m’a ramenée chez moi… Mais je me vengerai… Je jure que je me vengerai…

Le book

J’avais quoi?... Trente ans... Oui… A peu près… Même pas… Et j’étais adjoint au rédacteur en chef d’une revue qui se prétendait artistique… Qui n’a pas duré longtemps d’ailleurs comme tout ce qui veut avoir l’air et qui l’a pas… Je me voyais arrivé, moi, dans mon grand bureau à moquette bleu roi et à secrétaire personnellement affectée. Je me la jouais et je devais être – je m’en rends compte aujourd’hui – particulièrement imbuvable. Avec tout le monde…

Cette fois-là on était à la recherche d’un photographe pour un travail ponctuel extrêmement précis dont j’avais pris la responsabilité… Les candidats ne manquaient pas – j’avais déjà reçu 14 postulants – mais il y avait toujours quelque chose qui clochait, le style ou les exigences ou un climat général… Bref, ça collait pas…

La 15ème c’était une fille – 22, 23 ans pas plus – avec un énorme book – elle en avait plein la bouche de son book – et un petit air supérieur qui m’a tout de suite souverainement déplu… Avant même que j’aie pu dire quoi que ce soit elle m’avait déjà expliqué qu’elle avait tout inventé en photographie… Tout… Ou presque… Avant elle… Ah, très bien… très bien… mais alors, à part son book, elle avait réalisé quoi ?… Elle avait travaillé avec qui ?… Heu… C’est-à-dire… Rien… Personne… Pas encore… Pas vraiment… Mais ça n’avait pas d’importance ça parce que… Ah oui ?!… Elle croyait ?… Et il y avait combien de temps qu’elle le présentait son bouououououk ?… Un an… Un peu plus… Et elle avait encore rien trouvé ?… Et elle se posait pas de questions ?… Oh, mais ils étaient complètement nuls tous ceux qu’elle avait vus… Ils y connaissaient rien… Ils comprenaient rien à ce qu’elle faisait… Elle était une artiste dans l’âme, elle !… Alors le commercial… Pas question qu’elle aille se prostituer là-dedans… Ah non, alors !… C’est pour ça… une revue d’art elle avait pensé… elle était persuadée… Ben on en avait de la chance, nous, alors !… On allait être les premiers à pouvoir révéler son génie… Elle a spontanément approuvé avant de se reprendre, de me considérer avec perplexité… J’étais sérieux ou bien ?…

J’ai feuilleté le fameux book… C’était tout à fait quelconque, besogneux, académique… sans âme, sans personnalité… Une artiste ?… Qui c’est qui lui avait raconté une chose pareille?… Hein ?… Mais personne !…Tout le monde!... Ca se voyait enfin !… Ah bon ?!… Ben pas là en tout cas !… N’importe quel photographe du dimanche était capable de faire aussi bien… mieux… Et plus simplement… Sans se croire obligé de proclamer à chaque cliché : regardez comme je suis douée… Comme j’ai du talent…

Vissée sur sa chaise, le regard dur, farouche, transpirant sous son maquillage, elle commençait tout doucement à se décomposer… Je ne l’ai pas ménagée… - Ecoute… je sais pas quel est ton cursus… comment t’en es arrivée là… et je m’en fous… je veux pas le savoir… mais je vais te donner un conseil… dans ton intérêt… Va faire autre chose… le plus vite possible… Tu n’as aucun avenir dans la photo… On t’a bernée… ou tu t’es bernée toute seule comme une grande… Bien sûr tu peux toujours t’obstiner… un an… cinq ans… dix ans… tu finiras aigrie derrière un tiroir-caisse de Super Marché… alors le mieux c’est que tu prennes conscience dès maintenant de la réalité… Tu es jeune… Tu peux te retourner… explorer d’autres voies… il est encore temps…

Elle s’était complètement refermée, un bloc compact, inattaquable… Elle n’attendait manifestement plus qu’une chose, c’est que j’en aie fini avec ma morale pour s’enfuir, son book sous le bras… Je n’étais pas pressé… Je continuais à tourner machinalement les pages – toujours la même soupe indigente : elle n’avait décidément aucun talent – Je la gardais sur le gril… plus que quelques pages… elle a esquissé un geste de la main pour m’arrêter, a renoncé avec un soupir… En bouquet… en final… en cerise sur le gâteau… en apothéose… c’ était elle… Elle toute nue… Pile… Face… De près... De loin… Devant… Derrière… Sous toutes les coutures… Elle s’étalait… Tant qu’elle pouvait… J’ai regardé : les seins… la croupe… la foune… J’ai détaillé… J’ai pris tout mon temps… Et puis j’ai éclaté de rire… D’un rire franc, sonore, délibérément offensant… - Décidément… tu as très bonne opinion de toi-même, hein ?!… Dans tous les domaines… Mais ce qui te manque c’est la lucidité… un minimum de lucidité… Elle ne m’a pas laissé finir… Elle m’a arraché le book et elle s’est enfuie…