D'une histoire... l'autre

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Histoires de couples

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lundi 27 juillet 2009

La lubie ( 8 )

- Tu as une mine superbe ces derniers temps… Vraiment superbe, je t’assure !… Tu es - comment dire ? - épanouie… Oui, c’est ça, épanouie…

Haussement d’épaules. Sourire. Regards qui s’attardent sur les gens dehors…

- Qu’est-ce qui se passe ?… Hein ?…

- Rien… Oh, rien de spécial… Je me sens bien en ce moment, c’est vrai… Pas mal…

Au fond de la salle des rires éclatent. On s’interpelle.

- Tu sais à quoi tu me fais penser ?… Au tout début de ton mariage… Tu as le même air… Les mêmes expressions… Quelque chose dans le regard… Ca arrive quelquefoisdans les couples… Comme une seconde lune de miel… Alors comme ça avec Guillaume…

- Ca va, oui… Ca va…

La petite cuiller heurte le rebord de la tasse, ricoche sur l’angle de la table… Elle se penche pour la ramasser…

- Faut dire qu’avec Guillaume tu as vraiment trouvé le mari idéal… Et tu as beaucoup de chance… Parce que quand je pense à la comédie que tu nous avais faite pour…

- Ah oui, à propos, tu sais que Sandrine est rentrée ?

- Rentrée ?

- Oui… Depuis jeudi… C’est complètement fini son histoire… C’était à prévoir d’ailleurs… Comme quoi on a rudement bien fait finalement de pas la prendre de front… Avec le caractère qu’elle a on l’aurait braquée c’est tout ce qu’on aurait gagné…

- Oui, enfin ça !…


- Alors là c’est la meilleure !… Tu es complètement folle !…

- Tu peux pas comprendre…

- Je peux pas comprendre… Je peux pas comprendre… ce que je comprends quand même c’est que ce type t’a à moitié démolie il y a pas huit jours et que tu es en train tranquillement de me dire que tu retournes t’installer avec… Tu y cours même…

- C’est pas si simple…

- Simple ou pas tu viendras pas te plaindre après…

- On s’est expliqués… On a parlé…

- Et tu imagines que ça va suffire ?

- Mais oui !… Richard, tu sais, il est pas du tout comme ça au fond… Ce serait même plutôt le contraire…

- Il le cache bien, dis donc !

- Ecoute… Je voulais pas t’en parler, mais c’est vrai que je suis pas toute blanche non plus… Il y a des choses que…

- Que quoi ?

- Richard il est très bien pour tout un tas de trucs… On a plein de points communs ensemble… Et forts… On échange beaucoup, mais bon… au lit il est complètement nul… Ca compte, ça, pour moi… Beaucoup… Et l’autre jour quand il est rentré on l’attendait pas avec David… Il a pas supporté… J’ai répondu… Je lui ai dit des trucs qu’il est pas près d’oublier… Alors du coup…

- Mais enfin, Sandrine, est-ce que tu te rends compte ?

- Quoi ?

- Tu vis avec Richard et en même temps tu vas te… Comment veux-tu après ça que Richard… Enfin est-ce que tu as seulement réfléchi une seconde ?

- Ecoute, maman, sur ce sujet-là tu n’es quand même pas la mieux placée pour me faire la morale, tu crois pas ?

- Pardon ?

- Non, rien… J’ai rien dit…

- Aie au moins le courage d’aller jusqu’au bout maintenant que tu as commencé…

- J’ai quand même pas les yeux dans mes poches, écoute !

- Ce qui veut dire ?

- Si tu crois que ça se voit pas avec Antoine !

- Tiens, celle-là au moins tu l’auras pas volée !…


- Mais enfin, Guillaume, tu as vu l’heure ?!

- Oui. Neuf heures et demi…

- Et c’est tout ce que tu trouves à dire ?… Tu me demandes pas où j’étais ?

- Où tu étais ?

- Chez mon amant…

- Ah bon, tu as un amant ?

- C’est ça, fais de l’humour en plus !… Si j’en avais un, je suis bien tranquille que tu ne t’en apercevrais même pas… C’est quelque chose avec toi, je t’assure !… On sait jamais sur quel pied danser… Il y a des jours où on peut pas lever le petit doigt sans sans déclencher aussitôt des cataclysmes, sans que tu fasses des histoires pas possibles pour rien… Si on fait noir c’était blanc… Si on fait blanc c’était rouge… Et des jours où on dirait que tu te fous complètement de tout… On pourrait bien aller poser des bombes dans les supermarchés ça te serait complètement égal… Tu continuerais à mener ta petite vie tranquillement comme si de rien n’était… Je ne sais pas si tu te rends vraiment compte de ce que c’est que de vivre avec toi… De devoir supporter tes sautes d’humeur au quotidien, de ne jamais savoir comment tu vas prendre les choses, ce que tu vas en penser ou en dire… C’est insupportable… Il y a des moments où on ferait n’importe quoi pour échapper à ça, pour pouvoir respirer un peu… Mais tu trouverais encore le moyen de démontrer par a plus b que tu n’y es pour rien…Alors !


- Tu es toute seule ?

- Ben oui, tu vois…

- Excuse-moi pour l’autre jour… J’étais…

- Laisse tomber… Ca fait rien… J’en suis plus à une baffe près…

- Et avec lui comment ça va maintenant ?

- Ca va… Très bien même…

- De toute façon je suis bien tranquille que tu le dirais pas…

- Mais si !

- Ca a bien avancé, dis donc, ici !

- Oui, cette fois c’est pratiquement fini… C’est pas trop tôt…

- Vous en avez drôlement bien tiré parti…

- Oui… On est assez contents…

- Et tu as décidé quoi pour David ?

- Tu veux du thé ?

- Non… Non, merci… Je suis juste passée comme ça en coup de vent voir comment tu allais… On est mardi… Ta grand mère m’attend… Tu vois ça d’ici si je suis en retard ?!

- J’imagine…

- Bon… Eh bien je vais te laisser… Dis, Sandrine…

- Oui ?

- Je voulais te dire… C’est fini avec Antoine… Complètement fini…

- Et t’es sûre que c’est ce que tu fais de mieux ?

jeudi 23 juillet 2009

La lubie ( 7 )

- Mais qu’est-ce qui t’arrive ?

- Rien. Rien. T’as un mouchoir ?

- Mais qu’est-ce qui se passe enfin Sandrine ? Réponds-moi ! Qu’est-ce qui t’a mis dans un état pareil ?

- Mais rien !… Laisse !… Ca va passer…

- Tu as des ennuis ?

- Non… Mais non !

- C’est Richard ?

- Non… Oui… Quel con !

- Vous vous êtes disputés ?

- Si tu savais tout ce que j’ai pas entendu ! Jamais je lui pardonnerai. Jamais. Alors là il peut toujours courir…

- Il est où ?

- Parti… Il va faire quinze fois le tour du quartier et puis il rentrera quand il en aura marre… N’importe comment il peut bien faire ce qu’il veut… Si tu savais ce que je m’en fous…

- Mais qu’est-ce qu’il y a eu ?

- Rien… Oh, rien… Des conneries…

- On se dispute pas pour rien quand même !

- C’est à cause de David… Il faut toujours qu’il aille imaginer des tas de trucs… Oh, laisse tomber, j’te dis !… Ca fait rien…

 

- Non, Antoine, je suis sérieuse, écoute !

- Moi aussi. Si tu voyais tes yeux ! Ils sont tout cernés de plaisir. Et ce n’est pas fini. Je vais t’épuiser, je vais te…

- Arrête ! Réponds-moi !

Il s’immobilise, mains en coques sur ses seins

- Mais qu’est-ce que ça peut faire ?

- Dis-moi ! Tu veux pas me dire ?

- Ca n’a pas d’importance…

Entre le poce et l’index il emprisonne la pointe

- Non… Attends ! Elle a quel âge ?

- Vingt-trois. Jamais je n’aurais dû te dire, te parler d’elle… Maintenant tu vas sans arrêt…

- Et tu l’aimes ?

- Est-ce que je sais, moi ?… Allez…

- Non. Lâche-moi ! Et pourquoi tu es avec moi alors ? Elle te suffit pas ?

- Je suis bien avec toi…

- Ce n’est pas une réponse. Elle a ton âge. Elle est sûrement jolie. Elle est jolie ?

- Oui. Allez, fiche-lui la paix, écoute !

- Alors je t’apporte quoi, moi ?

- Tu es toi…

- Ca veut rien dire…

- Et moi alors ? Je t’apporte quoi ? Tu as bien ton mari, toi, non ?

- Mais ça n’a rien à voir enfin, Antoine ! On peut pas comparer…

- Ah bon !

- Bien sûr que non ! Ce n’est pas du tout la même chose !

- Ah !

- Mais non, mon mari, il…

- Il ?

- Non. Rien. Zut. Ca m’agace.

- Allez, viens, va !

Ses lèvres se font douces aux contreforts du sein. Elle pose sa main dans ses cheveux, les lisse, caline…

- Quand même c’est pas pareil !

- Viviane, je t’apporte quoi, moi ? Tu m’as pas dit…

- Tu es un monstre…

 

- C’est toi, Sandrine ? A cette heure-ci ! Mais qu’est-ce qui se passe ?

- Il m’a foutu une trempe…

- Qui ça ?… Une… Oh là là, mais tu es dans un état ! Fais voir, mais fais voir ! Tu as mis que chose dessus au moins ? Viens ! Viens dans la salle de bains… Tu peux pas rester comme ça… Attention ! Ton père dort… Non, mais quelle ptite brute !… Ca te brûle ?… Ca peut pas durer comme ça…

- Oh, pour ça t’inquiète pas ! Cette fois c’est fini. Et bien fini. J’en ai marre de passer pour une conne. Demain je récupère mes affaires. Et bonsoir. Antoine m’aidera…

- Je te fais mal ? Non ? J’ai cru. Enlève-la, va, ce sera plus commode…

- Antoine ou un autre. J’emmène tout. Et terminé. Je veux plus en entendre parler. J’ai assez donné…

- Eh ben dis donc il t’a drôlement arrangée !

- Parce que cette fois ça commence vraiment à bien faire… S’il s’imagine qu’il va pouvoir me cogner dessus comme ça à tout bout de champ quand il en a envie !… Qu’est-ce que j’y peux, moi, si les types me regardent ? Je vais quand même pas me défigurer pour passer inaperçue ! Et tous les jours : T’étais où ? Qu’est-ce que t’as fait ? Et t’as vu qui ? Et après ton cours d’anatomie t’es allée où ?

- Bouge pas tant !

- Et demain tu as quoi ? T’avais rien la semaine dernière… Comment ça se fait ? Et merde à la fin ! J’ai plus huit ans. J’en ai ma claque, moi, vraiment ma claque…

- Là… Là… Ca ira… Et si tu essayais d’aller dormir maintenant ? Ce n’est pas en t’énervant comme ça que ça y changera quelque chose… Ton lit est fait… Rien n’a bougé là-haut… Essaie au moins ! Demain il fera jour… On verra comment on s’organise…

dimanche 19 juillet 2009

La lubie ( 6 )

Antoine élève le sucre très haut et de là-haut - au-dessus - il vise longuement d’un œil… Il le lâche au beau milieu de la tasse…

 - T’as vu ça ?… Bon, le mec !...

Le thé déborde… Dans la soucoupe… Sur les draps… Eclabousse tout… Jusque sur l’oreiller… D’un bond elle se réfugie, jambes repliées, au bord du lit…

- Idiot !… Tu l’as fait exprès !…

- Oui…

- Quel gamin tu fais !… Tout est trempé maintenant…

Il rit, l’embrasse, rit, se drape dans la couverture et fait Sandrine… L’attitude, la démarche de Sandrine… Buste en avant, tête haut levée de la fenêtre au lit et du lit à...

- Arrête !… Que tu es bête !

Fait la voix de Sandrine : « - Vous en avez mis un temps !… Tu es sûre qu’il a tout compris… Qu’il va pas couper les pieds de sa sœur ? »

- Tu es vraiment infernal !

- Tu m’en as expliqué des choses ce jour-là, hein ?

- Tais-toi !… Dis, Antoine ?

- Oui ?

- On est fous… On est complètement fous… Quelle idée de se retrouver ici !… Tu te rends compte si je tombe sur elle en descendant d’ici tout à l’heure ?… Non, mais tu imagines ?

- Tu lui diras : Ah ben ça alors par exemple, Sandrine !… Quelle bonne surprise !… Qu’est-ce que tu fais par là ?

- Tu peux jamais être sérieux...

- Jamais. Non. C’est vrai…

Il la renverse sur le lit, la couvre de baisers, la…

- Encore !… Tu es fou !

- Encore, oui !


- Mais enfin comment as-tu pu faire une chose pareille ?… Cette fois ça dépasse vraiment tout ce qu’on peut imaginer… J’espère au moins que tu t’en rends compte ?

- Il ne faut rien exagérer… Ce n’est quand même pas…

- Tu ne vas quand même pas chercher à justifier ça, non ?… Ce serait la meilleure…

- Ecoute, maman, s’il te plaît…

- J’écoute… J’écoute…

Furieuse elle mord du regard autour d’elle, le couple à côté, la serveuse entre les tables et les gens sur le trottoir au-dehors…

- J’écoute… J’attends… Et je suis curieuse de savoir ce que tu vas bien pouvoir inventer cette fois-ci pour avoir raison… Puisque tu trouves toujours des arguments pour tout justifier… Et n’importe quoi…

- Mais il ne s’agit pas d’avoir tort ou raison !…

- C’est bien ce que je disais !… Alors j’apprends comme ça, en pleine rue, - et par l’autre imbécile en plus - j’apprends que ma propre petite fille affiche une liaison   - parce que je ne vois pas comment tu peux appeler ça autrement - que je suis la dernière à être au courant et tu as le culot de venir me dire en face que tu trouves ça normal…

- Mais non, écoute !… L’occasion ne s’est pas présentée, c’est tout !…

- Ben voyons !… On se voit tous les mardis, mais je suppose que ça ne t’est seulement pas venu à l’esprit de m’en parler… C’est bien ça ?… Est-ce que tu te fiches de moi ?…

- Mais enfin, maman, aujourd’hui…

- Tu veux que je te dise ?… Tu savais très bien ce que j’en aurais pensé… Et tu penses la même chose… Seulement ça fait moderne aujourd’hui d’avoir l’air de tout accepter… De passer sur tout… Et comme de toute manière tu n’as jamais été capable d’obtenir quoi que ce soit de ta fille et que ce n’est sûrement pas maintenant que ça va s’arranger tu n’as pas d’autre solution que de faire semblant d’approuver…

- Richard est quelqu’un de très bien, tu sais. Il…

- Oui. Eh bien ça permets-moi d’en douter : vous n’en seriez pas là !… Franchement… Que toi encore tu sois incapable de… Bon. Passons. C’est pas nouveau. Mais Guillaume !… Un homme quand même je sais pas, moi, il a les moyens de se faire entendre, d’imposer sa volonté… Quand ton père…

- Ah, je t’en prie, maman, laisse papa en dehors de ça !

- C’est pourtant la vérité. Ton père quand ça t’a pris ce coup de folie pour ce Sylvain… Tu avais quel âge déjà ?

- Je t’en prie, maman !

- Mais oui, tu avais son âge… Un peu plus même puisque c’était l’année de Concarneau… Eh bien ton père ça ne l’a pas empêché d’employer les grands moyens puisque tu ne voulais rien comprendre d’autre… Age ou pas âge… Et ça n’a pas traîné…Je suis bien tranquille que tu t’en souviens encore parce que des choses comme ça on ne peut pas…

- Ca suffit, maman !

- C’est pourtant la vérité !… C’est quand même curieux que tu aies toujours été incapable d’entendre la vérité !


- Alors ?… Hein ?… Comment tu trouves ?

Le parasol étend som ombre bleutée et douce. Les garçons s’activent, discrets, silencieux.

- C’est bien… Oh oui, c’est très bien…

- Ca te plaît ?… Et tu verras là-haut la chambre… Tu verras !

A la table au-delà de son épaule il y a un autre couple… La fille toute en blanc… Le garçon penché sur elle…

- Ce sera notre endroit à nous, rien qu’à nous… Pourquoi tu souris ?

- Parce que… pour rien… comme ça… la façon dont tu en parles…

Derrière lui ils s’embrassent par dessus la table, se murmurent quelque chose…

- Ils pensent quoi, tu crois, pour nous ?

- Qui ça ?

- Les gens… Les clients… Les serveurs…

- Ca n’a pas d’importance ce qu’ils pensent… Qu’est-ce que ça peut faire ?

- Oui, mais quand même !… A ton avis ?

- La vérité sûrement…

- La vérité ?

- Que tu es une petite madame qui vient retrouver son amant en cachette…

- Ce n’est pas vraiment ça… Non, nous ce n’est pas ça, hein ?!

- Mais non bien sûr… C’est ce qu’ils croient…

- Ils sont jeunes, tellement jeunes. Ils se tiennent les mains, se sourient… Il la regarde…

- Viviane, à quoi tu penses ?

- A rien… A rien de spécial…

Ils sont dans les yeux l’un de l’autre, lumineux

- Antoine ?

- Oui ?

- Tu as une amie ?… Une autre amie ?

- Que tu es bête !… Finis ton café, idiote !

mercredi 15 juillet 2009

La lubie ( 5 )

- Mais oui, maman, je sais… je sais !… Tu me l’as déjà dit cent fois… Entre plutôt… Tu connais Richard… Vous pouvez vous embrasser maintenant quand même, non ?!… Lui, là, c’est Antoine… Un copain qui habite juste au-dessus… Enfin au-dessus du dessus… Il nous aide pour l’installation, l’électricité, repeindre la cuisine, tout ça… Heureusement qu’on l’a, sinon… Lâche ton pinceau deux minutes, Antoine !… Viens avec nous : on va se boire un thé… Quand il est lancé, lui, plus moyen de l’arrêter… Alors comme ça papa n’a pas voulu venir avec toi ?…

- Mais non, Sandrine, enfin, non !… Pas du tout !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?… Non… Seulement, comme par un fait exprès, juste au moment où on allait partir voilà Lambert qui s’amène… Tu connais Lambert : ils y seront encore ce soir… Du coup je suis venue toute seule…
- Non, Richard, non… Au-dessous le thé… Derrière le Nescafé… On est obligés de tout rentrer, tu comprends, avec la peinture pour pas que ça prenne l’odeur… Alors c’est vrai pour papa ?…  

- Puisque je te le dis !…

- Je me demande… Il peut pas le voir Richard, papa… C’est pas parce qu’il l’a rencontré trois fois entre deux portes… Mais bon !… Ca fait rien !… J’m’en fous !… Alors comment tu trouves ?…         

- Quoi ?…

- Ici… Comment tu trouves ?…

- Bien… Oui, ce sera bien…

- Oui, hein ?… Un peu petit quand même… Surtout quand j’aurai ramené toutes mes affaires… Ca y est !… Antoine qui a déjà repris le pinceau… Quand je te disais qu’on peut pas l’arrêter… Heureusement que samedi il y a le mariage de sa sœur… Il va pouvoir se reposer un peu… Ah oui, tiens, à propos, tu pourrais pas lui montrer, toi ?… Parce qu’on veut que ce soit lui qui fasse les photos et on lui a prêté un appareil d’un compliqué, mais d’un compliqué, je te raconte même pas !… Tu l’as là-haut, Antoine ?… Eh bien allez-y !… Ce sera fait…


Comme toujours. Comme chaque mardi depuis…

- Depuis quand déjà au juste?

- L’année juste après la mort de ton père… En avril… Tu te rends compte toutes ces fois que ça fait…

Elle égoutte sa cuiller au-dessus de la tasse à petites secousses sèches, précises, du poignet.

- On en aura vu défiler des serveuses !… Et même des patrons…

Elle la dépose avec précision, dos en l’air, sur le rebord de la soucoupe…

- Alors comme ça tu dis que tu as des nouvelles ?

- Oui… Oh oui… Cyrille, tu sais !…

Sourire…

- Une lettre chaque semaine… Au moins… Quelquefois plus… De sa toute petite écriture serrée… Avec tout plein de détails et d’anecdotes… Et des photos… Beaucoup de photos… Pour qu’on se rende bien compte…

- Et ça lui plaît ?

- Oui… Oui et non…

- Quelle idée aussi d’aller courir là-bas !… Comment veux-tu qu’avec des gens comme ça…

- Il adore son travail… Et puis, tu sais, Cyrille a toujours été un grand solitaire… Ne voir personne, ne fréquenter personne cela ne le gêne pas beaucoup… Au contraire même…

Elle picore machinalement, du bout de l’ongle, les miettes tombées sur la nappe.

- Et Sandrine ?

- Oh, Sandrine, elle !… Ca va… Ca va…

- Tu n’as pas l’air très convaincue !…

- Si !… Oh, si !… Elle mène son petit train train à sa façon… Les études… Les copains… Alors s’il y a quelqu’un pour qui je ne me fais vraiment aucun souci…

- Oui… Eh bien tu as tort… Crois-moi , tu as tort… Vous lui laissez beaucoup trop la bride sur le cou à cette gamine !… Beaucoup trop… Vous le paierez un jour… Forcément…

- Mais non, enfin, maman, voyons, ce n’est pas parce que…

- On verra… On verra… On en reparlera…


- Tiens, tu t’y remets ?!…

- Ah non, Guillaume, non !… Ca va pas recommencer !… Je finis une malheureuse pellicule qui traînait depuis des mois dans mon appareil, un point c’est tout !… Alors je t’en prie ne va pas encore te mettre à imaginer je ne sais trop quoi…

- Mais je n’imagine rien du tout enfin !

- Si tu crois que je te connais pas !… Que je ne sais pas ce que ça veut dire quand tu prends cet air-là… Alors tu es incapable d’empêcher ta fille de faire les pires âneries, mais quand il s’agit de ta femme, d’être sur son dos sans arrêt, de trouver à redire dès qu’elle lève le petit doigt, là par contre !…

- Mais enfin tu sais très bien que…

- C’est ça !… Joue les maris modèles !… Joue les grands libéraux !… Ca te va bien… Tu veux que je t’aide ?… Que je te souffle ?… Depuis le temps, tu penses, je connais le rôle par cœur : mais voyons, Viviane, ma petite chérie, tu sais très bien que si ça te fait tellement plaisir la photo !… Mais si, mais si, c’est moi qui te le demande !… D’ailleurs tu as un vrai talent ça ne fait aucun doute, tu l’as assez prouvé… C’était vraiment très bien, très très bien, ce que tu faisais, je t’assure !… C’est quand même pas maintenant que tu vas laisser tomber juste au moment où… Et patati et patata !… Et moi, si j’ai l’idiotie de te croire, de m’y remettre comme une imbécile, je vais me passionner et quand je serai bien mordue, que je ne pourrai plus m’en passer, tu vas me trouver un prétexte quelconque… n’importe quoi… le premier truc qui te passera par la tête… Ou bien tu vas me tirer une telle gueule pendant des soirées et des soirées entières que je saurai très bien ce qui me reste à faire… Parce que rien que l’idée que je puisse vivre quelque chose - n’importe quoi - en dehors de toi ça te rend malade… Et tu as toujours tout fait - tout - pour que je…

- Mais qu’est-ce que tu racontes ?

- Ce n’est pas vrai peut-être ?

vendredi 10 juillet 2009

La lubie ( 4 )

- Tiens, maman, tiens, c’est pour toi !…
Son bonjour du matin… Qui commence sa journée… Qu’elle attend toujours avant de se lever… Penché sur elle dans la pénombre, il l’embrasse…
- Tiens, c’est pour toi…
- Qu’est-ce que c’est ?
- Regarde !
- Mais j’y vois rien…
Le papier résiste dans le noir
- Attends !
Il tire les rideaux, revient vers elle dans la lumière… Beau… Lumineux… Souriant…
- Ca te plaît ?
- Tu es fou !… Ca coûte une fortune !
- Mon premier salaire… Je voulais que ce soit pour toi… Comme ça tu seras obligée de penser à moi quand je serai là-bas… Je serai forcément toujours un peu dans chaque photo… Elle se relève à demi dans le lit…
- Attends, passe-moi un rouleau… Dans le tiroir là-bas… Non… Une 400… Une boîte verte… Là… Oui… Merci… Je veux que la première photo soit une photo de toi… Mets-toi là !… Ne bouge pas…


- Une riche idée il a eue Cyrille, je t’assure !… Tout ce que je veux je peux faire avec ça… Des photos de rêve… Cet après-midi j’ai arpenté tout un tas de petits villages du côté de Luzarches… Superbes et hors du temps… Tout ça dans cinq ans ça aura disparu… Il n’en restera plus la moindre trace… Demain je file au labo… Je développe et je tire tout ça… Et vendredi j’y retourne… J’affinerai… Je vais faire des trucs géniaux, je le sens… Et la semaine prochaine Senlis… J’y suis passée à toute allure ce matin… Là aussi il y a…
- Mais c’est plus de l’amour, c’est de la rage !
- Ah non, Guillaume, tu vas pas t’y mettre, toi aussi !


- Ecoute… Allo… Ecoute… C’est moi… Ecoute, pour Senlis je ne viendrai pas…
- Qu’est-ce qu’il y a ?… Il se doute de quelque chose ?
- Non… Oui… Non… Je sais pas… C’est pas ça…
- C’est quoi alors ?
- Tout ce qu’on a dit hier… J’ai réfléchi… Ca ne peut plus durer… Je suis bien décidée… Je ne veux pas que…
- Tu as peur…
- Mais non je n’ai pas peur, mais…
- Si, tu te fais peur…
- Mais non, mais…
- Alors viens !… Si tu n’as pas peur, viens !… On en parlera…
- Maintenant ?… Tu es fou…
- Viens !


- Je n’aurais jamais dû te téléphoner… Dès que j’entends ta voix je…
- Viviane !…
- Quoi ?
- J’ai envie de toi…
- Tais-toi !
- Et toi ?
- Quoi, moi ?
- Tu as envie ?
- Non…
- Menteuse !… Dis-le !…
- Quoi ?
- Que tu as envie…
- Oui…
- Dis-le !… Dis : j’ai envie…
- J’ai envie… Oui…
- Alors tu viens ?
- Oui… Je suis folle… Oui, je viens… Oui…


- Où ça ?
- Etretat…
- Et tout le week end ?
- On rentre lundi…
- Ton père est au courant ?
- Mais bien sûr, maman, enfin !
- Et il en dit quoi ?
- Mais rien du tout !
- S’il trouve ça très bien…
- Ecoute, maman, j’ai 18 ans !… Je suis assez grande pour savoir ce que j’ai à faire…
- Oui… Eh bien ça on pourrait quelquefois se le demander… En tout cas tu me feras le plaisir de ranger ta chambre avant de partir… Je me demande comment tu peux vivre dans un gourbi pareil…


- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Qu’est-ce que ?… Mais rien du tout… Qu’est-ce que tu veux qu’il y ait ?
- Tu vois pas ta tête !
- Ma… Mais enfin, Viviane !
- Dis-le si tu as quelque chose à dire… C’est agaçant à la fin… Tu vas pas me faire la gueule comme ça toute la soirée…
- Je ne fais pas la gueule…
- Si !… Si, tu fais la gueule… Si !… Tu fais la gueule parce que je suis allée faire des photos à Senlis et que tu as passé le samedi tout seul… Et tu as horreur de ça… Je te connais, tu sais !
- Mais pas du tout !… J’ai…
- Reconnais quand même qu’en 25 ans de mariage je n’ai pas abusé, non ?… Et pour une fois, une seule fois, que quelque chose me passionne il faut que tu fasses tout ce que tu peux pour tout gâcher… Et tu sais pourquoi ?… Parce que tu es un égoïste… Parce que tu ne supportes pas que je vive quoi que ce soit en dehors de toi… Dès le début je l’ai su… Dès que je me suis inscrite là-bas… Je savais qu’un jour ou l’autre tu finirais par trouver un prétexte – n’importe quoi – pour m’empêcher de continuer… Voilà… Tu es content maintenant : tu as trouvé…
- Si ça doit te mettre dans des états pareils je crois qu’il vaut effectivement mieux que tu arrêtes…
- Tu vois… Tu vois… Qu’est-ce que je disais !?… Tu n’attendais que ça…
- Ecoute, s’il te plaît, sois gentille… J’ai eu une semaine éreintante et je n’ai pas du tout envie de…
- Oh, rassure-toi !… Je vais te la rendre ta tranquillité… Puisqu’il n’y a que ça qui compte… Puisque ça doit passer avant tout le reste… Puisqu’il y a des mois que tu n’attends que ça… Rassure-toi : j’ai compris… Je vais faire ce qu’il faut pour… Une fois de plus…


- Ah oui ?!… C’était couru… De toute façon c’était couru… Ils sont douteux ces cakes, tu trouves pas ?… Depuis le temps qu’on est clientes ils pourraient quand même faire attention, non ?… Finalement ça t’est passé comme ça t’était venu, quoi !… Du jour au lendemain… Comme d’habitude…
La nuit est presque tombée…
- Oh, j’en avais fait le tour !… Je peux me débrouiller toute seule maintenant…
- Oui… Ou laisser tous tes appareils dans un coin… Probable d’ailleurs…
La nuit est tombée…
- Si tu venais manger avec Guillaume dimanche ?… Avant ta prochaine lubie…

dimanche 5 juillet 2009

La lubie ( 3 )

Il est comme d’habitude… Exactement… Il ne la regarde même pas… Soulagée… Immensément… Rien n’a eu lieu… Rien… Il commente des épreuves : celles d’Annelise, de Marine…
- Vous voyez… vous voyez comment ça aurait pu être bien meilleur ?…
Indulgent… Parce que leurs clichés sont d’une pauvreté, d’une nullité affligeantes… Ou diplomate… Ca ne fait rien : elles sont contentes… Elles le boivent bouche bée… Elles sont toujours ravies quand on se penche sur elles, quand elles occupent le devant de la scène…



Quand c’est fini elles se précipitent, elles l’entourent, glapissantes, frétillantes…
- Viviane !
Elle n’entend pas… Elle n’entendra pas…
- Viviane !
Leurs voix meurent l’une après l’autre… Le silence… Et tous les regards dans son dos…
- Viviane !
En quelques bonds il est devant elle…
- Je suis sans voiture… Vous me déposez ?
- Non… Non… Je ne peux pas… C’est impossible… je suis horriblement pressée… Je…
- Mais c’est sur votre route… Vous passez devant chez moi…
- Non… Pas aujourd’hui… Il faut que je…


- Allez-y !… Il n’y a rien à droite… Vous abusez du 35, vous savez !… Ca devient un jouet pour vous… Certes c’est un moyen de se donner l’illusion de faire entrer toute la réalité extérieure dans l’objectif, mais elle est tellement déformée que… Attention !… Le feu !… C’était juste, dis donc !… Tu conduis toujours comme ça ?… C’est là… Là… Juste après la pharmacie… T’as une place…
Le moteur tourne… Elle regarde droit devant elle, les mains crispées sur le volant… Il sourit…
- Alors ? Et sa main se pose sur sa cuisse…
Non… Non… Elle croit bien qu’elle l’a dit… Elle l’a sûrement dit… Non… Elle voudrait le dire… Elle est sûre qu’elle le voudrait… Et elle se regarde le laisser faire… Ses mains s’infiltrent, s’insinuent, entreprennent…
- Pas ici !… Je vous en prie… Pas ici !…


Il y a des livres partout… Des tas de photos… Et une grande vitrine pleine d’insignes… Ses mains sont hâtives et son désir pressant… Sur le lit elle est heureuse brusquement, si heureuse dans son cou… Il reprend souffle contre elle, sa main posée, légère, sur son sein…
- Je savais… Je savais bien, tu sais… Du premier jour - quand je t’ai vue - je t’ai voulue… Je t’imaginais sous tes robes… Je te devinais sous tes pulls…
Il lisse son sexe, en ourle et houle les rebords…
- Je te voulais… J’en étais sûr, tellement sûr que tu serais à moi, que tu serais…
- Il faut que je rentre… Si, si, je vous assure… Je dois rentrer… Non, c’est vrai… Laissez-moi !… S’il vous plaît, laisse-moi partir !…


- C’était bien ?
- C’était bien, oui… La petite Frazier fait des progrès étonnants… Elle nous a sorti toute une série de feuillages… De toute beauté vraiment, je t’assure… Elle a épaté tout le monde…


- Ah non, maman, ah non, écoute !… Tu vas pas recommencer avec ça, je t’en prie… C’est vraiment pas le jour, je t’assure…
- N’empêche… N’empêche que Guillaume…
- Quoi, Guillaume ?… Guillaume est comme les autres… Guillaume ne pense qu’à lui… Guillaume est un égoïste qui…
- Bon… Qu’est-ce qui s’est passé ?… Raconte…
- Mais rien… Rien du tout enfin !… Qu’est-ce que tu veux qui se soit passé ?
- Il te trompe…
- Mais non, maman !… Jamais de la vie… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- Je ne sais pas… A voir la tête que tu fais !
- Mais non !… Mais on peut pas dire qu’il fasse beaucoup d’efforts… Il y a des moments où je me demande si j’existe vraiment à ses yeux… Si j’ai seulement jamais existé à ses yeux…


- J’aime tes yeux… J’aime tes yeux quand tu es comme ça… Tu es belle de désir, tu sais !… Un jour je ferai des photos de tes yeux… Rien que tes yeux de désir… Tu es tellement toute entière désir que…
- Mais non, mais non !… C’est toi qui me vois comme ça… Je suis une grande sentimentale au fond, tu sais… C’est vrai… C’est normal aussi… C’est parce que…
- La vérité, c’est que tes désirs te font tellement peur que tu es obligée d’aller les cacher très loin derrière tout le reste…
- Que tu es bête !…

mercredi 1 juillet 2009

La lubie ( 2 )

- Oui… Bien… Vraiment… Je suis très contente… Tu verras d’ailleurs…Je raménerai tout… Il m’a fait des tas de compliments… Tu aurais vu la tête des autres… Et jeudi j’ai le labo pour moi toute seule… Tout l’après-midi… Parce que tout le monde s’est défilé… Elles s’en foutent complètement de la photo en réalité, tu penses bien !… Elles font ça comme elles feraient autre chose… De la poterie… Ou du bouddhisme zen… N’importe quoi du moment qu’on les occupe… Alors le labo pour elles… Trop ingrat… Trop compliqué… Et puis il ne sera pas là pour les admirer… Alors quel intérêt veux-tu que ça présente ?… Franchement ?!…

 

- Tu sors, Sandrine ?

- Oui… Tu n’as pas vu mes chaussures bleues ?

- Avec Stéphane ?

- Mais écoute, maman, qu’est-ce que ça peut vraiment te ?… Hou hou, David !… David !… J’arrive…

 

- Ah, c’est vous !… Vous m’avez fait peur…

- Alors, qu’est-ce que ça donne ?

Il tient le film dans la lumière par les pinces au bout de ses deux bras tendus…

- C’est bon, on dirait… Oui, c’est bon…

- Le premier, je l’ai complètement gâché… J’avais oublié de le fixer…

- Ca arrive… On apprend en se trompant…

- Je continue ?… Il m’en reste un…

- Bien sûr… Bien sûr… Allez-y !…

Elle éteint, déroule le papier, tâtonne, tâtonne encore sans trouver, dans l’obscurité, la fente d’entrée de la spirale…

- Zut !… Mais c’est pas vrai… J’y arriverai pas…

- Ne vous énervez pas !

Ses doigts se posent sur ses mains, les guident, habiles, apaisants…

- Question d’habitude… Quand vous l’aurez fait deux cents fois… Là !… Faites tourner les joues… Pas trop vite… Pas si vite… Là !… Je vous laisse faire…

Ses mains, au retour, s’arrêtent sur ses hanches, de chaque côté, s’y mettent en attente d’une façon si naturelle que…

- Doucement !… Doucement les joues…

Il est léger contre elle…

- Voilà… Voilà… Ca y est… S’il vous plaît aidez-moi !… Où est la cuve ?… Elle était là… Elle…

Ses mains se déplacent…

- S’il vous plaît…

Ses mains la cherchent… Son souffle est dans son cou…

- S’il vous plaît, non !

L’interrupteur le long de la paroi en toute hâte à tout hasard… Il l’arrête, l’immobilise…

- Vous êtes folle !… Vous allez tout gâcher…

 

Le salaud !… Non, mais quel petit saligaud !

La voiture la protège… La voiture la rassure… Le salaud !… Il m’a prise comme une grue !… Sur la route luisante les feus arrière des voitures se répercutent en longues traînées rouges… Le salaud !… Qu’est-ce qu’il va penser de moi maintenant ?

 

Ecoute, Guillaume, écoute, c’est sérieux… Il faut que je te parle… Ecoute… Tu m’écoutes ?… Je ne t’ai jamais trompé, tu le sais… Jamais… Tu me crois ?… Bon, eh bien… Non… Non… Ca ne va pas du tout…

Ecoute, Guillaume, écoute !… Pour moi c’est fini la photo… Fini…. Ne me demande pas pourquoi… Ne me demande rien s’il te plaît… Non, je t’en prie… N’insiste pas, je préfère… Il s’est conduit d’une façon inqualifiable… Non… Non… Je n’ai pas envie d’en parler… Non… Ca vaut mieux, je t’assure… Non… Non… C’est encore pire…

Ecoute, Guillaume, écoute !… Nous sommes adultes tous les deux, non ?… Je n’ai jamais cherché, jamais - reconnais-le - à savoir si tu m’avais trompée… Oui ou non ?… Non… Non…

 

Guillaume lit sous la lampe, lève la tête, sourit, tend les lèvres…

- Ecoute, Guillaume, écoute, c’est important, je t’assure… Ca ne va pas Sandrine… Pas du tout… Il faut que tu lui parles, toi… Que tu lui dises… Vraiment… Avant qu’il soit trop tard…

 

- Alors ?

- Alors quoi ?

- Millefeuilles ou religieuse ?

Elles mangent, silencieuses… Des gens passent… A cette heure-là il n’y a jamais grand monde…

- Et cette lubie ?… Ca t’est passé, j’espère ?

- Quelle ?… Mais enfin, maman, je ne vois vraiment pas en quoi la photo peut bien…

- Tu n’as vraiment rien d’autre à faire ?

- Ecoute, maman, je tiens ma maison, non ?… Je fais mon travail… Je n’ai vraiment rien à me reprocher de ce côté-là et ce n’est quand même parce que…

- Une femme qui se sent bien chez elle - avec son mari et ses enfants - s’arrange pour y rester…

- Tout le monde envie mon couple avec Guillaume… Tout le monde… Tout le monde dit que…

- Alors qu’est-ce que tu as besoin de courir comme une gamine après je ne sais trop quelles balivernes ?… Parce que j’imagine que tu n’envisages quand même pas sérieusement de t’installer comme photographe ?

- Mais bien sûr que non, écoute !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?… Les temps ont changé, maman… Aujourd’hui…

- Les temps ont peut-être changé, mais pas toi en tout cas… Qui as toujours voulu toucher à tout sans jamais rien faire vraiment… Quand je pense à la comédie que tu nous avais faite, à ton père et à moi, pour qu’on t’inscrive à l’école d’infirmières… Pour - finalement - y passer le plus clair de ton temps à apprendre l’espagnol… Juste le temps de rater tous tes examens…

samedi 27 juin 2009

La lubie ( 1 )

- Alors, c’était comment ?…
- Ah, tu ne dors pas ?… Tu m’attendais ?…
Guillaume sourit… Il pose son livre ouvert, retourné, sur le lit…
- Alors, c’était comment ?
- Oh, tu sais, la première fois !… On a fait connaissance… On était - quoi ? - une quinzaine… Rien que des femmes… Ou presque… Sandrine est rentrée ?… On a vu les toutes premières bases - rien de bien nouveau pour moi - l’obturateur, l’ouverture, la vitesse… A quelle heure elle est rentrée ?… Elle m’inquiète en ce moment… elle m’inquiète, je t’assure… D’abord ce David… Maintenant ce Stéphane… Qui ne me plaît pas, mais alors pas du tout… Après il nous a montré ses photos à lui… Je ne sais pas qui est allé chercher ce type ni où… un gamin… - 25-26 ans à tout casser - ni ce qu’il vaut, mais en tout cas il a vraiment très très bonne opinion de lui-même… c’est le moins qu’on puisse dire… Tu verrais ces airs qu’il se donne… C’est à mourir de rire… Et il faut l’entendre parler des grands photographes avec une de ces petites moues condescendantes… Il est impayable… Je ne sais pas si j’apprendrai grand chose en photo, mais en tout cas je sens que je vais bien m’amuser… Ca…


- T’es encore là, toi ?… Tu n’as pas cours ?
- Si… Anatomie… Mais, bof, tu sais… De toute façon Mylène me les passera… Excuse-moi, Maman, tu peux pas me laisser la glace ?
- Tu peux bien attendre deux minutes quand même, Sandrine, non ?… J’ai presque fini… Et tu n’aurais pas vu mon pull gris par hasard ?
- Non… Si… J’en ai eu besoin… Il est là-haut… Tu le veux ?
- Ecoute, Sandrine, tu pourrais au moins me demander quand tu prends mes affaires, non, tu ne crois pas ?
- Oui… Oui… Dépêche-toi, maman, écoute, s’il te plaît… Stéphane va arriver…
- Stéphane ?
- Stéphane, oui…
- Et tu comptes sortir comme ça ?
- Ben oui, évidemment… Pourquoi ?
- Non… Non… Pour rien…


- Oh, pour connaître sa partie ça il connaît sa partie… On peut pas dire le contraire… Il est fort… Très fort même… Et il sait expliquer… Mais alors il t’a une de ces façons de se prendre au sérieux… C’est d’un ridicule achevé… Ce qu’il lui faudrait - ce qu’il mériterait - c’est de tomber sur quelqu’un qui le remette à sa place, qui le mouche une bonne fois pour toutes… Ca lui ferait vraiment pas de mal, je t’assure !… Et avec les femmes !… Tu le verrais se pavaner, sûr de lui, comme s’il lui allait lui suffire d’un mot, d’un claquement de doigt, pour qu’elles se couchent toutes à ses pieds… Ce que certaines sont prêtes à faire d’ailleurs… ça crève les yeux… A ce point-là c’en est même indécent… Je suis gênée pour elles… Il faudrait que tu les voies, je t’assure !… Les mines qu’elles font… Comment elles le couvent des yeux… Et lui… tu penses bien !…


- Mais non, maman, mais non enfin !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?… La photo aujourd’hui, tu sais, tout le monde en fait…
- Quand même !
Comme tous les mardis elles sont assises face à face toutes les deux… "Ma fille peut bien consacrer une après-midi par semaine à sa mère, non ?…" Toujours à la même table…
- Ils en feraient une tête si on changeait de place !… Elles mangent leur éclair au café, boivent leur thé à petites gorgées tranquilles…
- C’est la technique, maman, que j’étudie…
- J’avais compris, merci… Quand même… Quand même…
Elle mastique, lointaine, réprobatrice… Sous la pluie les passants se hâtent…
- Il y en a qui ont de ces têtes, avoue !
- Mais, maman, maintenant les enfants sont grands… Ils ont leurs études, leurs amis… L’an prochain Cyrille sera au Gabon ou à Madagascar… Sandrine…
- Tu as ton mari !…
- Guillaume est un excellent mari, mais il a son travail, ses occupations, ses loisirs à lui… Je ne vais quand même pas passer mes journées à l’attendre…
- Une femme trouve toujours à s’occuper dans sa maison… Et puis si tu ne sais pas quoi faire tu peux toujours venir me voir… Parce qu’on ne peut pas dire que, jusqu’à présent, tu aies fait énormément d’efforts de ce côté-là…
Elles sont presque toujours les dernières… La nuit commence à tomber…
- J’ai quand même bien le droit de vivre un peu pour moi, non ?
- Décidément tu ne changeras jamais… Tu es incorrigible… Est-ce que tu t’es seulement demandé une seule seconde ce que ton père aurait pensé de tout ça ?


- Bonjour, maman !
Cyrille… Cyrille… Penché sur elle… Qui l’embrasse… Qui… Elle n’a jamais réussi à lui apprendre… Il la regardait avec ses grands yeux clairs, il se regardait… "Mais pourquoi ?…" Elle n’a jamais su, elle n’a jamais pu… Elle a depuis longtemps renoncé… Cyrille… Bien dans son corps… Homme… Depuis longtemps homme… Et encore son enfant… Homme fort appuyé nu au chambranle de la porte, beau, si beau dans la lumière à claire-voie…
- Je peux prendre la salle de bains ?
Cyrille qui partira… Ailleurs… Loin… Cyrille qu’elle voudrait tellement retenir… Encore un peu… Juste un peu… Seulement un peu… Jusqu’à ce que…
- Tu sauras quand ?
- Je saurai quoi ?
- Pour Nairobi… Tu sauras quand ?
- Le mois prochain… Peut-être… Ou bien après… Ca dépend…
Il s’approche, s’assied au bord du lit…
- Tu n’as pas froid comme ça ?
Il rit, fait signe que non…
- Et sinon ?
- Sinon quoi ?
- Si ça ne marche pas ?
- On verra… N’y pense pas…
Il l’embrasse…
- Je vais me laver… N’y pense pas…

vendredi 24 avril 2009

couples ( 3 )

- Ca va quand même nettement mieux, hein, tu trouves pas?
- Quoi donc?
- Nous deux au lit...
- Ah oui... oui...
- Ca, c’est l’effet Magali... Elle est vraiment fabuleuse cette femme... Et je t’assure qu’elle me ménage pas... J’en prends plein la tête des fois, mais je suis bien obligé de reconnaître... elle a raison... elle a toujours raison... C’est fou ça... Tu sais ce qu’il aurait fallu finalement?... C’est que je la rencontre avant... Avant toi... Ca aurait été complètement différent nous deux après... On aurait pas perdu tout ce temps...
- Mais on l’a pas perdu enfin, Bruno!... Qu’est-ce tu racontes?
- Si!... Quand même!... Tu aurais été plus heureuse...
- Oui... alors si je comprends bien pour toi il y a que par le cul que je...
- J’ai pas dit ça, mais quand même ça compte...
- C’est pas ça l’essentiel...
- Mais c’est quoi alors pour toi l’essentiel?
- Plein de choses... je sais pas... Qu’on s’aime... Qu’on ait envie de faire des trucs... Qu’on soit bien ensemble... - Ben justement... justement... T’es pas bien avec moi... T’es triste... Toujours t’as été triste... Depuis le début... Presque... Il y a des fois - souvent - je me demande pourquoi tu restes... On dirait que tu te forces... Que tu voudrais être ailleurs... T’es pas heureuse... non... T’es pas heureuse...


- Ben oui... il a pas tort... Est-ce que t’es heureuse avec lui?
- Je sais pas en fait... j’en sais rien...
- Est-ce que tu l’aimes au moins? Il se pose la question, tu sais, et il me la pose à moi...
- Mais bien sûr que je l’aime, mais...
- Mais?
- Il y a un truc... ça me bouffe la tête... même si on en parle pas... parce que c’est pas la peine... ça avance à rien... c’est que... il peut pas avoir d’enfant Bruno... il a fait tous les examens... il pourra pas... il pourra jamais... alors... même que je l’aime j’en veux des enfants, moi!... Ca, c’est quelque chose... et alors je me dis que forcément un jour je vais le quitter... et du coup je me mets à voir tous ses défauts... je lui en invente même... Et c’est clair que je peux pas rester avec un type comme ça... c’est évident... Qu’est-ce que je fous encore avec?... Et puis d’autres fois c’est exactement l’inverse... Je pourrai jamais me passer de lui... il est adorable... Si délicat... Si attentionné quand il s’y met... c’est pas de sa faute en plus ce truc... et c’est vraiment dégueulasse d’avoir des idées comme ça... et au bout du compte je sais plus où j’en suis... ce que je vais faire... enfin si, je sais!... j’arriverai jamais à le quitter... je vais jouer pendant des années avec l’idée de le faire... un jour... plus tard... jusqu’à ce que ce soit plus possible d’avoir des enfants... que je sois trop âgée... Et le reste de ma vie je regretterai de pas l’avoir fait quand c’était le moment... Voilà ce qui va se passer à moins qu’il arrive quelque chose.... je sais pas quoi...


- Eh ben dis donc la petite Séverine ce soir!
- Parce que c’est toi, Damien!... Avec toi je peux tout faire... Tout...
- Ca!... J’ai vu...
- Je suis si bien avec toi... Si bien... Jusque tout au fond de moi...
- Moi aussi!... Je t’aime, tu sais!... Je t’aime tellement...
- Non, Damien, non!... il faut pas dire ça... Et Magali?
- Parce que tu crois qu’elle le sait pas Magali?!... Qu’on en a pas parlé?... On se dit tout... On s’est toujours tout dit...
- Et elle?!
- Elle est ravie. Pour toi. Pour moi. Ben fais pas cette tête-là... Et elle est persuadée que toi aussi tu m’aimes... Non?... Elle se trompe?
- On peut pas Damien... On a pas le droit... Il faut pas... Il y a Magali même si elle... Il y a Bruno…
- Et alors?! Pourquoi est-ce qu’on pourrait pas aimer plusieurs personnes à la fois?... C’est des préjugés ça... Personne n’est à personne... Il y a tant de gens différents partout qui peuvent t’apporter tant de choses différentes... T’épanouir. T’enrichir. Te grandir.... Une relation réussie elle nourrit toutes les autres. Elle te donne une plénitude que tu emportes partout avec toi. Se montrer exclusif, possessif, jaloux tu crois que c’est vraiment aimer? Enfermer l’autre... vouloir qu’il ne soit qu’à soi... vouloir être tout pour lui t’appelles ça de l’amour?... c’est ce qu’on veut à tout prix nous faire croire... oui, mais en réalité...
- Je sais pas, Damien... J’en sais rien... C’est trop compliqué... Tais-toi!... Parle plus! Prends-moi seulement dans tes bras... Je suis si bien avec toi... Tellement bien...


- Si on arrêtait, Bruno?... Avec Damien et Magali... si on arrêtait?...
- Hein?... Mais pourquoi?... Qu’est-ce qui te prend?
- Ca me fait peur... Je me demande où on va là comme ça tous les quatre...
- Où veux-tu qu’on aille?... Ca va continuer pareil et puis c’est tout... et même aller de mieux en mieux... Pour tout le monde... Et d’abord pour nous... Tu reconnais toi-même que...
- Oui, oui, je sais bien, mais...
- Mais quoi?... T’es pas possible, toi, dans ton genre!... Il y a jamais rien qui te va... T’es jamais contente de rien... A chaque fois c’est pareil!... Pour tout... Tu sais quoi?... Eh ben t’as pas vraiment envie d’être heureuse au fond... C’est ça ton problème... Tu t’en donnes pas le droit... Dès que quelque chose va bien ça t’angoisse... Tu te sens pas à ta place... C’est pas pour toi... Tu le mérites pas... Pas assez bien... Et tu te débrouilles pour tout foutre par terre à chaque fois... D’une façon ou d’une autre... Pour ça t’es vraiment très douée... seulement cette fois... écoute-moi bien!... Tu fais ce que tu veux, mais moi je continue... jamais je me suis senti aussi serein... aussi harmonieux... alors c’est sûrement pas maintenant que je vais arrêter... et c’est le meilleur service que je puisse te rendre en plus... peut-être que ça finira par te forcer à être heureuse... malgré tout... malgré toi...


- Tu sais, Séverine, ce que tu m’as dit l’autre jour... pour Bruno et toi... si j’ai pas vraiment réagi sur le moment c’est que ça venait taper à un endroit beaucoup trop sensible parce que... parce que on est exactement dans la même situation que vous Damien et moi... depuis des années... une maladie que j’ai eue à 18 ans... il y a rien eu à faire... On en a souffert tous les deux... énormément... on en souffre encore... même si on évite d’en parler... si on fait semblant de pas y penser... Damien a toujours été d’une délicatesse là-dessus... d’un tact... Si ça avait pas été lui... il y a longtemps que...
- Et Bruno n’est pas Damien... ça je le sais!... On va avoir des tas de problèmes tous les deux... je me fais pas d’illusions... On aura sacrément de la chance si on arrive à s’en sortir
- Il y aurait bien une solution...
- Une solution?... Une solution pour quoi?
- Pour nous quatre... Pour avoir un enfant...
- Quelle solution?!... Qu’est-ce que tu... Non.. Non... Ah non non, c’est pas possible, ça... non...
- Pourquoi pas possible? Tu n’aurais plus besoin de te poser toutes ces questions... Et pour nous... Pour Damien... Pour moi ce serait... Personne le saurait... Que nous... Ce serait notre secret à tous les quatre...
- Oh non... non...
- Qu’est-ce qui te gêne?... Que ça se fasse pas d’habitude?... Ca, c’est sûr... ça se fait pas, mais ça n’a rien de conventionnel nous quatre, avoue!... Dès le début ça l’a pas été... ça l’est de moins en moins... Et puis les conventions, tu sais!
- C’est pas ça, non, c’est pas ça, mais... tu te rends compte tout ce qu’il faudrait qu’on...
- Légalement ce serait votre gamin à vous... évidemment... ça se discute même pas.... et t’imagines la chance que ce serait pour lui?... On serait quatre à s’occuper de lui... A l’élever... Et le jour où on disparaîtra Damien et moi...
- Il en dit quoi, lui, de tout ça?... Vous en avez parlé?
- Bien sûr!... Ca le rendrait fou de joie... Surtout avec toi... Il parle plus que de ça...
- De toute façon il voudra jamais Bruno!... alors ça!... Il y a pas de risque...
- Bruno?!... Je m’en occupe Bruno...


- Ben alors!... Ca fait une éternité!... Je te vois plus... Qu’est-ce tu deviens?
- Oh... plein de choses... D’abord je suis enceinte...
- Ah oui!?... C’est super ça!... Il est content Bruno?
- Ravi... A ce point-là j’aurais pas cru...
- Et c’est pour quand?
- Mi-avril... En principe... Si tout se passe bien...
- Il y a pas de raison... Aujourd’hui tu sais...
- Et puis on a déménagé... la semaine dernière...
- Où ça?
- A Palaiseau... Chez Magali et Damien...
- Chez ? C’est pas vrai ! Eh ben dis donc!...
- On s’entend super bien tous les quatre, tu verrais ça!... Jamais un mot plus haut que l’autre... jamais une embrouille...
- Pour le moment... Parce que forcément un jour ou l’autre ce genre de situation... C’est complètement fou votre truc... Surtout maintenant qu’il va y avoir le bébé... Non, mais tu te rends compte tous les problèmes que ça va vous poser?... T’y as pensé au moins?
- Bien sûr qu’on y a pensé, mais il y a pas de raison... au contraire...
- Ben voyons!... On en reparlera... Ca peut pas marcher ce genre de choses... Tous les gens que je connais qui...
- Tu peux pas comprendre!... Faut être dedans pour comprendre... Le vivre de l’intérieur...
- Et en plus je parie que vous continuez à... Ben oui... évidemment... forcément... vous continuez... même maintenant... Non, mais tu te rends compte?... Ils t’ont envoûtée, ma parole!...


- Ecoute!... T’as entendu?... T’as senti?
- Non...
- Il a bougé... Si, si, je t’assure!... Il a bougé!... Ecoute!... Ecoute bien!...
Leurs deux têtes - Damien, Bruno – réunies, rassemblées, soudées l’une à l’autre, là, en bas, sur son ventre... Ils se sont redressés ensemble, l’ont regardée avec infiniment de tendresse, de bonheur...
- Il bouge!... Si, il bouge!...
Et ils ont replongé... Seulement leurs crinières... la foncée... la claire... la bouclée... la drue... En haut Magali a contourné, enrobé, soupesé ses seins des deux côtés... A souri...
- Ils changent déjà... ils deviennent lourds... ca te rend encore plus belle... Elle n’a pas retiré sa main... Elle l’a laissée en frôlements doux sur la peau... Et puis elle s’est penchée, a pris une pointe doucement entre ses lèvres... En bas une bouche l’a effleurée, s’est éloignée, est revenue... L’autre l’a rejointe... Elle s’est abandonnée, ouverte, offerte... Elle a haleté, gémi, battu l’air de ses bras autour d’elle
- Je vous aime!... Je vous aime tant... Oh, comme je vous aime...
On l’a redressée, basculée, relevée... Tout a chaviré... Tout s’est emmêlé... Elle n’a plus su... Plus rien su... Tout ce qu’ils voulaient... Tout... Tout plaisir... Toute attente... Toute jouissance... Il y en a d’abord eu un en elle et puis l’autre... tous les deux... en même temps... ils n’ont fait qu’un... tous les deux... tous les trois... tous les quatre...

mardi 21 avril 2009

couples ( 2 )

- Séverine?!... T’es où?
- Là, sous la douche...
- Ca y est!... Ca y est!... Ils ont répondu... C’est elle qui a écrit... Deux pages il y en a... Ils ont reçu tout un tas de lettres, mais c’est nous qu’ils ont choisis... Ils disent qu’ils s’en fichent complètement l’âge... Ca leur est égal... Par contre ce qu’ils veulent c’est qu’on devienne vraiment amis... Ils y tiennent beaucoup... Qu’on fasse plein de trucs ensemble... ciné... resto... week-end... sorties... tout ça... C’est pas mal, non?... Comme boulot Magali elle est prof de Français pour les étrangers quand ils viennent s’installer chez nous et Damien, lui, il est musicien classique dans un orchestre... Jusqu’en Chine il va des fois... A Palaiseau ils habitent... Et ils nous invitent samedi soir pour qu’on fasse connaissance...
- Déjà!... Eh ben dis donc ils perdent pas de temps... Et tu comptes y aller?


- Allo!?... Séverine!?... Bonjour... C’est Magali... Tu sais, de l’annonce...
- Ah oui... oui... bonjour...
- Oui... Je t’appelle pour prendre un peu contact entre nous... entre femmes... avant samedi... parce que c’est jamais évident la première fois... On sait pas trop bien où on met les pieds, sur qui on va tomber... On y est passés, nous aussi... Et c’est vrai que quelquefois... Alors ce que je voulais te dire c’est qu’on n’est pas des sauvages... On vous sautera pas dessus... Si le courant passe eh bien tant mieux et si il passe pas chacun reprend sa route sans faire d’histoires et puis voilà... Personne doit se sentir contraint à quoi que ce soit... Hein, qu’est-ce t’en dis?
- Oh oui... oui... - Tu appréhendes pas trop?... Si, hein?!... Bon, mais tu sais pas?... Le mieux la première fois chacun restera sagement avec son partenaire habituel, qu’on ait le temps de s’apprivoiser, de se sentir à l’aise... Ca rend les choses beaucoup plus faciles pour après, tu verras...


- Mais qu’est-ce qu’elle t’a dit alors au juste?...
Pour la centième fois...
- Ben ça!... C’est tout!...
- Ouais... ouais... en fait ils chercheraient à se défiler que ça m’étonnerait même pas!... Chacun de son côté, ben voyons!... Tu paries qu’on va aller là-bas pour rien?!... Il y aura personne... Ou bien ils vont nous foutre dehors en nous riant au nez... Si notre tête leur revient pas ils feraient mieux de le dire carrément plutôt que de tourner comme ça autour du pot...
Il s’est planté longuement hésitant devant la penderie.. - Bon... Qu’est-ce que je vais mettre?... Ma chemise à jabot avec mon pantalon noir ou bien je m’habille plus cool?... A ton avis?... De toute façon qu’est-ce que tu veux que des gens comme ça en aient à foutre de nous?!... Franchement!... On est pas de leur monde... Alors peut-être que oui... sûrement même... ils vont nous tirer... Parce que ça les amuse... Parce qu’on est jeunes... Pour se foutre de nous... Et puis ils vont nous jeter comme des malpropres... alors là je suis bien tranquille!...
- Eh ben on reste là alors!... Si tu savais ce que je m’en fiche, moi!...


- Alors?!...
- Alors quoi?!...
- Vous y êtes allés? Eh ben raconte, quoi!
- Ils sont sympas, si!... Drôlement sympas, ça... On peut pas dire le contraire... Tout de suite on s’est sentis à l’aise... Tout de suite... Drôlement à l’aise... Jamais on aurait dit qu’on était là pour ça... Plutôt pour discuter... De tout... De rien... De musique... De littérature... De ce qu’on pense... De ce qu’on aime... C’est fou tout ce qu’ils savent, mais pas le genre chiant... pas à t’en mettre plein la vue... à t’écraser... Non... ils t’écoutent... ils s’intéressent... ils font pas semblant... Deux heures... Trois heures... Quatre heures... je sais pas... je voyais pas le temps passer... on a parlé comme ça sans s’arrêter... Et puis encore à table après... une table superbe dans des tons mauves, roses, cassis... avec des chandelles... une multitude de chandelles... Que des chandelles... Et des vins fins... Et du sandre... Et du gibier... Il y a longtemps que je m’étais pas sentie aussi bien... Bruno aussi... Ca se voyait... Et eux aussi, je crois... Personne avait envie que ça s’arrête... Il a bien fallu finir par aller dormir pourtant... Ils nous ont conduits dans une grande chambre verte avec un lit immense... Ils ont parlé de rien... Ils nous ont laissés en nous souhaitant bonne nuit... On les a entendus à côté juste derrière notre tête... Et Bruno aussi a voulu
- Mais alors vous l’avez pas fait ensemble ?!...
- Si!... Enfin non!... Parce que le lendemain matin ils sont arrivés avec des plateaux et on a déjeuné tous les quatre sur le lit en recommençant à discuter... Longtemps... Et puis ils se sont enlacés, embrassés, caressés, là, près de nous, sur le lit... Et Bruno aussi avec moi du coup... C’était à la fois très simple, très naturel et terriblement excitant... jamais j’aurais cru... Quand ça a commencé à venir, nous, Damien s’est penché juste au-dessus tout près, m’a caressé très doucement la joue... « Chante-le ton bonheur, petite Madame, chante-le!... » Et il m’a pas quittée des yeux pendant tout le temps tout tendre tout ému on aurait dit...
- Eh ben dis donc!... Quand je pense que tu voulais pas en entendre parler...


- C’est génial!... Ah oui!... Absolument génial!... Je regrette pas alors là... On est superbien tombés, tu trouves pas?... Et du premier coup en plus!... Comment ils sont sympas... C’est de la folie... Et Magali ce qu’elle est bien foutue pour son âge!... T’as vu ces seins qu’elle a?!... Et les fesses!... Tout... Tout... Depuis le temps que j’en rêve, moi, d’une femme comme ça!... Une vraie femme...
- Merci... C’est sympa pour moi ça!...
- Oh, mais toi, c’est pas pareil... Toi, c’est toi... Ca a rien à voir... Et puis d’abord vous avez pas le même âge... On peut pas comparer... En tout cas le prochain coup... C’est quand le prochain coup?... On les invite samedi?... Le prochain coup on échange vraiment, hein?... C’est pas la peine sinon... non... ces week end qu’on va passer maintenant, t’imagines!... Au lieu de rester là à s’emmerder... Et puis tu sais pas quoi?... Je pensais à un truc pour les Vacances... Si on partait ensemble quelque part tous les quatre à la mer ou en Italie?... T’imagines comment on s’éclaterait?!... Hein?... Si on leur proposait?... Ils auront qu’à choisir où... on s’en fout... Du moment que...
- Attends, Bruno, attends!... T’emballe pas comme ça!... On les connaît à peine et puis on a l’air de se jeter à leur tête...


- Allo... Séverine!?... C’était Magali...
- Qu’est-ce tu fais?
- Oh, rien de spécial... je mettais un peu d’ordre...
- On va faire un tour?... Je passe te chercher?...
- Si tu veux... oui...si tu veux...
Un peu les magasins... un peu le nez au vent par les rues dans la douceur d’Avril... Et puis à une terrasse de café avec les gens autour qui passaient en flot léger, tranquille, étourdissant...
- Vous avez pas été trop déçus?
- Hein?!... Oh non!... Non... Au contraire! Il y a longtemps qu’on avait pas passé une soirée comme ça!
- Nous aussi...ça !... Damien était ravi... enthousiaste... Enfin!... il arrêtait pas de répéter... enfin!... enfin un couple avec qui tu as envie de parler, de passer du temps, de pas frimer... Ils sont adorables... Et puis elle!... Alors elle!... Ah ça, tu lui as fait de l’effet, tu sais! - Oui, ben toi aussi à Bruno... T’entendrais comment il parle de toi!...
- Tu es jalouse?
- Oh non... non... il aime les femmes comme toi... il y a longtemps que je le sais... les femmes-femmes... bien plus âgées que lui... Et que moi... C’est important ça pour lui... Beaucoup plus qu’il le croit... De toute façon... - De toute façon?
- De toute façon j’ai toujours su qu’un jour ou l’autre ça finirait avec Bruno... Ca pourra pas durer... Je l’ai toujours su, mais en même temps je fais tout ce que je peux pour pas le perdre... Je suis pleine de contradictions...
- Comme beaucoup de monde... Et c’est tant mieux!... Tu verras si ça tombe dans 50 ans ça tiendra encore...
- Je crois pas, non... Je voudrais bien, mais je crois pas... - Il y a longtemps que vous êtes ensemble?
- Vraiment ensemble trois ans... mais on s’est connus j’avais 14 ans... depuis on a pas arrêté de se quitter, de se reprendre... On peut pas se passer l’un de l’autre, mais dès qu’on est ensemble...
- Vous vous engueulez?
- Oh non... non... pas ça... non... mais c’est pas ce que je voudrais... je voudrais autre chose... je sais pas vraiment quoi, mais en tout cas que ce soit différent nous deux... mais peut-être que je suis trop exigeante?
- Ou bien que vous êtes trop dans votre bulle... un couple qui se coupe de l’extérieur il se dessèche... il a plus rien pour s’alimenter... mais tu vas voir… ça va changer maintenant… on s’est rencontrés...


- Ben oui... oui... cette fois ça y est... oui...
- Et alors? Bien?
- C’est rien de le dire!... Comment il était câlin Damien!... C’est même pas câlin qu’il faut dire... il y a pas de mot... il te caresse comme si t’avais tellement d’importance... t’es une merveille... c’est complètement fou dans ses yeux... c’est tout embrumé... tout implorant... Comme si c’était la première fois qu’il le faisait... T’aurais vu...
- C’était la première fois avec toi...
- Oui... On était sur le lit, lui avec Magali, moi avec Bruno comme l’autre jour et à un moment je l’ai senti qui respirait dans mon cou tout près... Il m’a effleuré les seins doucement si doucement juste du bout des doigts et ça te faisait une sensation comme jamais, comme si t’avais tout ton corps rassemblé là, qu’il l’absorbait avec sa peau ou qu’il passait à travers je sais pas comment dire... c’était inouï... Et il m’a demandé à l’oreille « Tu veux? Tu veux bien?... » Oh oui, je voulais... Si je voulais!... Et il est venu en moi... Et alors là! Alors là!...
- Et Bruno?
- Il était avec Magali...
- Eh ben dis donc!... Et ça te fait pas peur?
- Peur? Non... Non... Pourquoi?
- Non... je sais pas... comme ça...


- Ils nous trouvent comment à ton avis?
- Comment ça comment?
- Ben comment... ce qu’ils pensent de nous...
- Si on les écoute...
- Oui, mais enfin ça... ce qu’ils disent... Non... parce que tu sais pas ce que je commence à me demander, moi?... C’est s’ils en ont pas déjà marre de nous...
- Hein?!... Mais pourquoi?... Qu’est-ce qui te fait dire ça?...
- Je sais pas... une impression...
- Attends, Bruno!... Tous les week end on est ensemble... et c’est eux qui réclament en plus!... Alors s’ils en avaient marre... Et tu vois bien comment ça se passe!...
- Oui, ben justement!... Justement!... Elle s’emmerde Magali avec moi... Et pas qu’un peu...
- Je crois pas, non!
- Ah si, si! Pas une fois je l’ai fait jouir depuis qu’on se voit... pas une fois!... Toi non plus d’ailleurs!... Pas une fois t’as pris ton pied depuis qu’on est ensemble...
- Tu dis n’importe quoi! Tu sais très bien que...
- Non... Pas comme tu jouis avec Damien... Ca a rien à voir... Rien du tout... Je suis pas aveugle... Je suis pas idiot... Oh, mais je te reproche rien... C’est moi qui l’ai voulu tout ça... Et puis que tu t’éclates tant mieux!... Tant mieux pour toi... Et tant pis pour moi qu’ai jamais été foutu de te mettre dans un état pareil... Mais comment tu veux aussi?... Quand on s’est connus j’avais 14 ans... A part toi j’ai jamais eu personne... enfin si... Cécilia... mais ça compte pas Cécilia... Alors c’est forcé que je sois pas à la hauteur... Ca peut pas être autrement... C’est pour ça tu vas voir qu’un jour ou l’autre ils vont nous larguer... parce que qu’est-ce que je peux lui apporter à Magali?... Même pour le reste... Qu’est-ce qu’on peut leur apporter à eux?... Quand tu vois tout ce qu’ils savent... tout ce qu’ils connaissent... Même s’ils le disent pas - ils sont polis - ils doivent nous trouver complètement cons... c’est obligé... et ils vont sûrement pas continuer à perdre leur temps pendant des mois comme ça avec nous...


- Tu sais pas ce qu’il est allé se mettre dans la tête Bruno?... Que vous allez plus vouloir nous voir... Parce qu’il arrive pas à te donner de plaisir...
- Ca... Faut reconnaître qu’il est pas franchement doué... Même pour toi ça doit... C’est toi qui as voulu faire des rencontres?
- Non... C’est lui...
- Ah oui?!... Qu’est-ce qu’il voulait?... Se rassurer?... Voir comment s’y prennent les autres?...
- Je sais pas... Ca l’a pris comme ça d’un coup...
- Tu sais pas ce qu’il faudrait maintenant?... Eh ben c’est qu’on se voie deux par deux... Pas à chaque fois... Pas systématiquement... De temps en temps... Toi avec Damien... Vous serez plus à votre main, plus libres... Et moi avec Bruno... Je le rassurerai... Je lui apprendrai... Sans regards sur nous... Il y a des choses qu’il n’osera jamais faire devant toi parce qu’il les a jamais faites avec toi... Tu verras dans trois mois tu le reconnaîtras pas...


- Toute seule avec lui, oui!... Et alors là!... Tu peux pas savoir!... D’abord on est allés au resto... Un truc de poissons au Châtelet... On a discuté, mais discuté... J’avais jamais discuté comme ça, moi, avant!... Avec personne... A la fin ils ont été obligés d’éteindre pour nous faire partir tellement on avait pas vu l’heure passer... Dehors on s’est promenés... Longtemps... Il me tenait la main... On était bien... En rentrant on a écouté de la musique... Il a joué du violon pour moi... Rien que pour moi... C’est extraordinaire quand il joue. Et puis après il a voulu que je me déshabille... lentement... doucement... complètement... en prenant bien mon temps... Tout le temps que je l’ai fait je me réfléchissais dans ses yeux... l’importance que ça avait... que j’avais pour lui... Il m’a fait allonger... il m’a effleurée... caressée... embrassée... Partout... Longtemps... Et tu peux pas savoir... Ca peut pas se dire... Comme si j’étais enfin femme... Tu comprends?
- Ce que je comprends c’est que tu es amoureuse, oui!
- Mais non, c’est pas ça!... C’est...
- Tu parles!... Qu’est-ce tu veux que ce soit d’autre ?…


( à suivre )

samedi 18 avril 2009

Couples ( 1 )

Il a proposé ça comme ça, un soir, tranquillement, juste au moment d’aller se coucher...
- Et si on faisait de l’échangisme ?…
- Quoi?!... Non, mais ça va pas, Bruno?!... T’es pas bien?... Tu parles pas sérieusement, j’espère?
- Oh, mais il y en a plein des couples qui le font ça aujourd’hui!... Faut vivre avec son temps!...
- Oui, ben compte pas sur moi pour ça, alors là!


Violaine a écarquillé des grands yeux stupéfaits…
- Ah oui!?!... Bruno! Eh ben dis donc!... Pourtant quand on vous voit comme ça!... Tout le monde le dit, hein! Si il y a un couple qui tient la route c’est bien vous...
- Je comprends pas!... Non, j’arrive pas à comprendre... J’ai beau tourner ça dans tous les sens... Mais qu’est-ce qui peut bien lui passer par la tête!?...
- Oh, les types, tu sais!... Faut pas trop se poser de questions avec eux... Moi, il y a longtemps que... Mais ça va au lit au moins tous les deux?
- Ben oui... oui... Comme tout le monde... Il a l’air de trouver en tout cas…


- Bruno!... Ecoute-moi!... Tu m’écoutes?... Eh bien pose ça alors!... Ecoute!... Pour ce que tu m’as dit hier...
- Oui?
- Tu m’aimes plus, c’est ça?... Tu as quelqu’un d’autre? Je préfère encore savoir la vérité, tu sais... Et si...
Il a éclaté de rire…
- Mais qu’est-ce que tu vas chercher?... Il a jamais été question de ça!... Au contraire...
- Au contraire!?... Tu as de ces...
- Au contraire, oui!... Réfléchis!... Tu les vois les couples autour de nous?... Tu les vois?... Sandrine et Rémi... Amandine et Didier... Gwenaëlle et Bastien... Et tant d’autres!... Ca se sépare de partout... Et si ça se sépare pas ça se prend la tête... ça s’engueule... ça se déchire... Et pourquoi? Toujours pour des histoires de cul... Toujours... Parce que personne peut rester fidèle à personne toute sa vie... personne... c’est impossible... T’as 23 ans... J’en ai 25... T’imagines baiser que l’un avec l’autre pendant 50 ans?!... Un jour où l’autre tu seras tentée... Forcément... Obligé... Moi aussi... On est pas des saints... Et ce jour-là... T’imagines qu’on tombe amoureux de quelqu’un d’autre?... Qu’on foute tout en l’air? On aura l’air malin... Tandis que là au moins c’est ensemble qu’on le ferait... On se tromperait pas... Non... On serait encore plus complices au contraire... encore plus amoureux si ça tombe!...
- Ben voyons!... Et puis quoi encore?


Violaine a hoché la tête…
- Il a pas forcément tort, remarque, si tu réfléchis bien... Ca peut se défendre son point de vue dans un sens, mais en tout cas ce qu’est sûr c’est que ça doit drôlement le travailler... Et à ta place, moi, je me méfierais quand même parce que... Ca va sûrement pas lui passer comme ça... Et si tu rentres pas dans son jeu il va se lancer dans des trucs tout seul derrière ton dos... Ca, c’est obligé...
- Non, mais attends, je vais quand même pas me laisser tirer par le premier venu sous prétexte que Bruno...
- Tu peux toujours faire semblant d’être d’accord... Pour garder un oeil sur tout ça... Pour pas perdre la main... Tu le laisses se dévoiler... Tu vois où il veut vraiment en venir... Ce qu’il a derrière la tête... Et puis tu gagnes du temps... Tu peux toujours gagner du temps...


- Bon, écoute, Bruno... J’ai bien réfléchi... Mais alors il faut qu’ils nous plaisent à tous les deux... Vraiment... C’est pas la peine sinon...
- Oui, ben évidemment... évidemment... Et il a sorti tout un tas de revues du dernier tiroir de son bureau... Dont il avait corné des pages ici ou là...
- Ceux-là?
- Oh non, non, lui encore je dis pas, mais elle!... Un vrai sac à embrouilles... Ca se sent tout de suite ça...
- Eux alors?... - Oui, oh, bof! Comment ils ont l’air mou...
- Et là à droite?
- Ah non!... Pas un blond!... Alors ça non!... J’ai horreur des blonds...
- Les jeunes en haut?
- Ils font nunuche... Tu trouves pas qu’ils font nunuche?
- T’es bien trop difficile... On y arrivera jamais...


- Tu verrais ça t’hallucinerais!... Tu verras... Je t’en amènerai un... Non, mais tout ce qu’ils sont pas capables d’inventer pour attirer l’attention, pour sortir du lot... ça te fait trop rigoler des fois... Parce que tu les as tous là à ta disposition... T’as plus qu’à te servir... Tu fais ton marché...
- Et alors?!...
- Oui... Oh ben alors ça te donne vraiment pas envie... Pas à moi en tout cas... Ca te dégoûterait plutôt tous ces gens qui s’étalent là à longueur de pages... Qui prennent la pose... Même pas beaux la plupart... Même pas séduisants... Non... Le seul truc positif c’est qu’on a jamais passé autant de temps ensemble tous les deux avec Bruno... Et on se couche à des heures impossibles...


- Ecoute... Ecoute : « Couple, elle 43, lui 47, expérimenté, appréciant toutes les bonnes choses de la vie sans exception cherche relation échangiste amicale durable avec couple(s) d’âge indifférent, pas compliqué(s), heureux de vivre et prêt(s) à croquer dans le plaisir à belles dents »... Qu’est-ce t’en penses?... Sympa, non?
- Ils sont vieux...
- Oh, pas tant que ça!... Ils font pas leur âge en tout cas... Tiens, regarde!... Ce serait pas mal pour une première fois, non?... Plus rassurant... Ils doivent avoir l’habitude... De toute façon faut bien qu’on finisse par se lancer... On va pas tourner en rond comme ça pendant des années... Allez, je leur écris...
- Attends, Bruno, il y a pas le feu!... On en trouvera d’autres... Qui nous plairont mieux... Qui seront plus...
- Ca nous engage à rien d’écrire n’importe comment!... Ca nous oblige à rien, mais au moins on saura à quoi s’en tenir avec eux...


Violaine s’est emparée de la revue…
- Fais voir!... Oh si, si!... Moi, je le trouve pas mal... Bien même... Et puis à cet âge-là ils savent y faire souvent... Ils sont pas pressés... Ils s’occupent de toi... Tu vas prendre ton pied, tu vas voir!...
- Oui, ben alors là il y a pas de risque!... S’il s’imagine qu’il va pouvoir me tirer comme ça simplement parce qu’il a mis sa tronche dans une revue!... Il a le droit de rêver... Non, mais il a de ces idées aussi Bruno!... Non, c’est bon, je joue pas... Et s’il y tient absolument il trouvera quelqu’un d’autre parce que moi...
- Fais gaffe qu’il te prenne pas au mot!... Tu joues gros en ce moment avec Bruno, moi j’trouve!
- Qu’est-ce que j’y peux?... Je vais quand même pas...
- Ca te répugne vraiment tant que ça?...
- C’est pas que ça me répugne, c’est que j’ai pas envie, c’est tout…

( à suivre )

mercredi 21 janvier 2009

Passion

Non, mais comment il peut faire de toi tout ce qu’il veut un mec quand tu l’as dans la peau !… Il te détruit, il te bouffe, il te déglingue et t’y retournes… Tu peux pas t’empêcher… C’est plus fort que toi… Dix mille fois je l’ai quitté ce con… En me jurant chaque fois que c’était la dernière, qu’il pouvait bien venir me supplier à genoux… Dix mille fois je suis revenue… Il me reprenait quand il voulait… Il avait qu’à claquer des doigts… Il avait même pas besoin… Parce que trois jours… Quatre au grand maximum… Et j’en pouvais plus de pas le voir… De pas être dans ses bras… De pas être à lui… Alors j’appelais… Je finissais toujours par appeler… - Stéphane ?… C’est moi, Aurélie… Un petit rire moqueur… - Alors ça y est ?… T’es calmée ?… Elle me faisait fondre sa voix… Non, mais comment est-ce que j’avais pu ?… Je me faisais toute douceur… Tout apaisement… - Je te demande pardon… Je… - Bon, bon, mais ça tombe mal là, parce que j’ai des tas de trucs à faire… J’ai pas le temps… Je t’appellerai… Dès que j’ai un créneau je t’appelle… Promis…

Et j’attendais que mon portable sonne… Ca pouvait être le soir même… Ou le lendemain… Ou huit jours après… Quand il voulait… Quand ça le prenait… Quand ça devenait trop insupportable d’attendre je finissais par rappeler… - Stéphane ?… - Mais tu m’emmerdes !… Tu m’emmerdes !… J’ai pas le temps, j’t’ai dit… Et il me laissait mariner dans mon jus… Quinze jours… Ou un mois… Exprès…

Et puis : - Qu’est-ce tu fais ?… - Rien… Rien… Je… - Eh bien amène-toi alors !… Et j’accourais… Je volais, ivre de bonheur… Du bonheur d’être avec lui… Dans ses bras… A lui… Et ça recommençait… Cahin caha… Avec des hauts… Avec des bas… Ca le prenait d’un coup tu savais pas pourquoi… - J’ai envie d’être tranquille ce soir… Alors tu te casses… - Hein ?!… Mais je… - Tu te casses,j’te dis !… Ca servait à rien de discuter… Qu’à le mettre en fureur… Il rappelait au milieu de la nuit… Et je me précipitais… Un petit chien qu’on siffle…

En boîte il draguait sous mon nez… - Quoi ?!… Qu’est-ce qu’il y a ?!… T’es pas contente ?… Ca te va pas ?… Tu la vois la porte là ?… Tu la vois ?… Et je restais… Et il lui roulait des pelles sur la piste à la fille… Et je pleurais… Il profitait du moment où elle allait aux toilettes pour me pousser contre le mur… - Tiens, t’es toujours là, toi ?… Il m’embrassait, il me tripotait les seins, les fesses et il la reprenait, elle, quand elle revenait… Il l’emmenait dans la voiture et j’attendais en larmes sur le parking qu’ils aient fini… - Cette fois c’est trop Stéphane !… Je te quitte… J’en peux plus… Tu as tout gâché… Tout… Je m’en vais et je te jure que cette fois-ci… - Mais oui, c’est ça, c’est ça… Il s’arrêtait… Il ouvrait la portière… - Bon vent !…

Je rentrais à pied… J’allais chez Emilie… Ou chez Marine… Ou chez Vanessa… Qui m’hébergeaient… Qui me remontaient le moral… Qui essayaient… - Mais enfin tu peux nous dire ce que tu fous encore avec ça ?… T’as pas encore compris ?… Si, si, mais il pouvait changer… Il finirait par changer… Avec de la patience j’arriverais bien à… - T’as qu’à y croire !… Mais continue !… Continue !… Vas-y !… Laisse-toi marcher dessus… piétiner… Fais la serpillière… Il adore ça… Evidemment elles avaient raison… Evidemment… Il fallait faire une croix dessus… Il fallait l’oublier… Je l’oubliais… Deux jours… Trois jours… Une semaine… Et puis… Et puis je rappelais… Et ça recommençait… Jusqu’à la fois suivante…

Jusqu’au jour où… On était assis sur le lit… - Bon, écoute !… J’ai réfléchi pour nous deux… T’es vraiment pas stable comme fille… Tu sais pas ce que tu veux… - Quoi ?!… Non, mais attends, Stéphane, attends, je rêve là… je rêve… C’est toi qui… - Ben voyons !… Qui c’est qu’arrête pas de se tirer et de revenir… C’est moi peut-être ?… - Ben évidemment… Evidemment… c’est parce que toi tu… - Ca va être de ma faute, mais bien sûr !… Tu penses ce que tu veux, mais en tout cas, moi je peux pas vivre avec une fille qui change d’avis comme de chemise… Alors se voir comme ça, de temps en temps, juste pour tirer un coup, okay !… Mais pour le reste c’est niet…

Je pouvais pas me passer de lui… C’était impossible… Et puis j’espérais toujours qu’avec le temps… à force… à la longue… Alors quand il voulait… Dès qu’il voulait… T’arrives ?… J’ai envie de baiser… Et j’arrivais… Tout de suite… Les filles s’étouffaient… - Non, mais tu te rends compte à quoi t’en es réduite ?… Je me rendais compte, oui, et alors ?!… Ca valait mieux, elles, avec leurs mecs ?… Ils se foutaient d’elles pareil… Sauf qu’ils le disaient pas, c’est tout…

Il a définitivement mis fin un beau jour comme ça d’une petite claque sur les fesses… - Voilà… Tu peux te rhabiller… C’est fini… C’était la dernière fois… - Hein ?… Mais pourquoi ?… - Parce que j’ai plus envie… J’en ai fait le tour de toi… Il y en a des tas d’autres des filles… - Juste une fois de temps en temps… S’il te plaît, Stéphane, s’il te plaît… Je ferai ce que tu voudras… Tout ce que tu voudras… Il est resté intraitable… Il ne m’a jamais rappelée… Il raccrochait quand c’était moi…

Ca fait cinq ans… Je ne l’ai toujours pas oublié…

samedi 13 décembre 2008

Une rencontre

Chaque matin, quand j’arrive au bureau, je commence, avant toute chose, par aller voir sur Internet si j’ai des messages… Je dialogue au passage avec l’une, avec l’autre, selon l’inspiration du moment, et puis j’ouvre mon courrier… Au fil du temps des correspondances ont pris corps, trouvé leur rythme de croisière… D’autres, après s’être emballées, se sont affadies, effilochées, défaites…

« Chrysalide » est là tous les jours… Elle me submerge de réflexions, d’impressions, de considérations générales – il y en a des pages et des pages – auxquelles je réponds vaguement, sans trop m’attarder, juste pour ne pas rompre le contact…

Mais ce matin-là… un doute… plus qu’un doute… Ce qu’elle est en train de me raconter c’est – presque mot pour mot – ce que Christine, ma femme, m’a raconté la veille au soir : un incident auquel elle a assisté, dans la rue, et qui l’a profondément affectée…

Le jeu devient brusquement très excitant… Et si ?… Il faut que j’en aie le cœur net… Je me montre plus chaleureux, passionné par ce qu’elle est, par ce qu’elle vit… Elle s’engouffre dans la brèche, s’épanche tant et plus, avec une infinité de détails, une abondance de précisions, une jubilation… C’est bien Christine…

Et maintenant je vais faire quoi ?… Je n’en sais rien… Me laisser guider, pour commencer, par l’inspiration du moment… Je hasarde quelques questions plus personnelles… Son mari ?… Oh, ça va très bien avec son mari… Très très bien… Elle n’a rien – absolument rien – à lui reprocher… Ravi de l’apprendre, mais alors qu’est-ce qu’elle fait sur Internet, s’il est si parfait ?… Hein ?… Mais rien… Rien du tout… Elle discute, c’est tout !… Oui, oh alors ça!... Quand on vient traîner par là c’est – forcément – qu’on a une idée derrière la tête et que… Je l’agace, tiens !… Je l’agace vraiment…

Je l’agace, mais ça ne l’empêche pas de venir me retrouver tous les jours, plusieurs fois par jour, de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps… Nos messages, nos dialogues, nos échanges se font de plus en plus complices, de plus en plus abandonnés, de plus en plus tendres…

Elle avait exclu d’emblée l’éventualité d’une rencontre… - N’y comptez pas !… Là-dessus je serai intraitable… C’est elle maintenant qui l’envisage, qui la réclame, qui insiste… - J’ai tant besoin de mettre un visage sur vous, sur ce que vous êtes, sur ce que vous écrivez…

Je résiste, je gagne du temps, je louvoie… Evidemment !… Elle ne s’en fait que plus pressante… Ca devient permanent, obsessionnel… Je peux evidemment couper court, disparaître sans explication, mais je n’en ai pas la moindre envie… Je me suis pris au jeu et – surtout – je brûle de savoir jusqu’où elle est capable d’aller…

Internet offre de multiples ressources… Une petite annonce explicite et, le lendemain, j’avais 40 volontaires tout disposés à se rendre au premier rendez-vous à ma place… J’en ai rencontré trois ou quatre, sélectionné un, un dénommé Eric, au physique sombre et torturé – ce sont ceux qu’elle préfère – auquel j’ai laissé carte blanche à condition qu’il me raconte tout… absolument tout… dans les moindres détails…

Le dimanche suivant… Ca lui allait le dimanche suivant ?… Pas trop non… Pas facile pour elle le dimanche… C’était malheureusement le seul jour où il m’était possible de me libérer… Dans ce cas… Elle se débrouillerait… Elle s’arrangerait…

Elle a passé un temps interminable dans la salle de bains… - Tu vas où comme ça ?… On peut savoir ?… Maquillée, pomponnée, ravissante… - A un vernissage… Avec Natacha… le vernissage d’un ami à elle qui peint des croûtes et se prend terriblement au sérieux… Elle a insisté… J’ai pas pu refuser… Une vraie corvée, je t’assure !…

Eric a appelé à six heures… - Je l’ai vue… On a passé quatre heures ensemble… Elle est amoureuse… Pour être amoureuse elle est amoureuse… - Et vous avez ?… - Non, j’ai pas voulu précipiter, mais ça devrait pas tarder…

Une demi-heure après elle était là… - Hou là là !… Quelle journée !… Je suis vannée… Je vais prendre une douche, tiens, ça me détendra…

Le soir, quand elle m’a cru endormi, elle est allée rédiger un long message enflammé sur lequel je me suis précipité le lendemain en arrivant au bureau… Auquel j’ai aussitôt répondu sur le même ton… Elle m’a supplié toute la matinée… Il fallait qu’on se revoit, le plus vite possible, le plus tôt possible… C’était bien trop loin dimanche…

Je lui ai envoyé Eric le mardi… - Alors ?… - C’était à deux doigts, vraiment à deux doigts, mais non… Non… Pas encore…

On ne se verrait plus… Je préférais… Hein ?… Mais pourquoi ?… Parce que... c’était trop difficile pour moi… Je la désirais trop… Je n’en pouvais plus… Oh, mais… Mais ?… Mais moi aussi, Eric… Moi aussi… Si tu savais… Eh bien alors !… Et on a convenu d’un rendez-vous, à l’hôtel, pour le lendemain soir…

Quand elle a poussé la porte, toute auréolée de désir, c’est moi qu’elle a trouvé dans la chambre…

vendredi 12 décembre 2008

Saint-Valentin

Elle s’est blottie tout contre moi… - Tu m’offres quoi pour la Saint-Valentin?… - Tu aurais envie de quoi ?… La réponse a fusé… - D’un mec… D’un mec qui serait pas toi pour une fois… Ca te choque ?… - Oh, venant de toi plus rien ne m’étonne… - C’est pas une bonne idée ?… C’est toi qui le choisirais… Tu connais mes goûts… On se ferait notre petit repas d’amoureux à nous et, au dessert, on sonnerait… Ce serait lui… Je l’aurais jamais vu… Et il me tirerait aussi sec, à peine arrivé, là, devant toi… Comme ça… Sans préliminaires… Sans rien… Juste préoccupé de son plaisir à lui… Quel pied je prendrais !… Mais bon, faut pas rêver… Ce sera comme d’habitude… Notre traditionnel foie gras, nos escargots et nos profiterolles… Tu m’auras acheté un bijou ou un parfum… On veillera un peu et on ira se coucher… On fera l’amour, avant de s’endormir, en faisant semblant de croire que c’est mieux que d’habitude… Que nous, ça peut pas être la routine, que ce sera jamais la routine… Ca l’est… Mais bon, ça fait rien… On est heureux quand même…

- Je plaisantais hier… On n’en parle plus… Elle ne plaisantait pas, non… Je la connais… Elle tâtait le terrain… Elle me tendait la perche… Si je l’avais saisie… Je l’ai saisie… Elle ne le sait pas… Pas encore…

« Pour offrir à ma femme une Saint-Valentin inoubliable, je recherche un homme séduisant, athlétique, vigoureux et capable de satisfaire les exigences d’une nature volcanique. Photo impérative. »

Il y a eu des réponses par dizaines… Des hésitantes… Des faussement modestes… Des prétentieuses… Des hors sujet… Des délirantes… Quelques spécimens au physique avantageux… De carrément laids… La plupart insignifiants… D’une terrifiante banalité… Certains arboraient fièrement leurs attributs… Il y en avait de méfiants… Qui redoutaient un traquenard… Qui exigeaient des garanties… D’autres qui posaient leurs conditions : il fallait que ça se passe comme ci ou comme ça… Sinon…

Et puis « lui »… Une évidence… Exactement le genre de type devant lesquels les yeux de Pauline s’allumaient et pétillaient d’allégresse et de convoitise… On s’est rencpntrés… On a fait longuement connaissance… Il lui plairait… Aucun doute là-dessus… Il saurait se montrer viril, désinvolte et impérieux. Très exactement ce dont elle avait envie en l’occurrence…

- A cette heure-ci ?… Qui ça peut bien être ?… Elle a brusquement réalisé… - C’est pas vrai !… C’est pas vrai que tu l’as fait !… - Je te présente Martial… Je te demande pas si tu le trouves à ton goût… Tes yeux parlent pour toi… Et toi, Martial, elle te plaît ?… - Je serais difficile… - Et encore t’as pas tout vu… Tu vas voir… Je suis passé derrière elle et lentement, bouton après bouton, j’ai ouvert le chemisier que j’ai fait glisser le long des épaules… - Comment il te regarde !… Comment il te désire !… En mots susurrés à l’oreille… - Comment il les attend tes seins !… Que j’ai fait jaillir, offerts au creux de mes paumes… Je suis descendu… Sous la jupe j’ai fourragé dans la culotte… - Mais c’est qu’elle est toute trempée, ma petite cochonne… Une belle queue il lui faut… Bien raide… Bien dure… Il est venu la brandir devant elle… Il l’a prise par le bras, fait s’agenouiller, la croupe en l’air, le front sur le tapis… Il a relevé la jupe, écarté les jambes du bout du pied, ramené la culotte sur le côté pour découvrir la chatte… Et il s’y est enfoncé… Il l’a besognée, a joui, s’est retiré…

Elle n’a pas bougé… Immobile… Statufiée… Lui s’était reculé de quelques pas et gardait les yeux obstinément fixés sur son entrejambes… Je me suis déshabillé et je suis allé m’asseoir, adossé au canapé… Je lui ai doucement relevé la tête, je l’ai posée sur mon ventre et je l’ai câlinée… Le front… Les paupières… Les joues… Les lèvres… Il s’est approché et il l’a une nouvelle fois pénétrée… D’un coup… Sans ménagement… Elle a lâché un grognement de satisfaction rauque de bête saillie… Juché sur elle, il s’est alors tranquillement élancé à la recherche de son plaisir… Elle a fermé les yeux, haleté, grondé, secoué la tête, éperdue, en tous sens sur ma cuisse, sur ma queue… Qui s’est répandue dans ses cheveux… Quand son bonheur à elle a surgi elle a planté ses dents, de toutes ses forces, dans le gras de ma cuisse, a serré… Plus fort… De plus en plus fort… Il est sorti… Elle a desserré son étreinte… Une petite claque sur les fesses… Il s’est rhabillé… Il a disparu…

- C’est le plus beau cadeau qu’on m’ait jamais fait… Merci… Du doigt elle a caressé les contours de sa mâchoire sur ma peau… - J’y suis pas allée de main morte !… Mais c’était trop bon aussi… Elle s’est blottie contre moi… - Fais-moi l’amour maintenant !… Tout doux… Tout tendre…