D'une histoire... l'autre

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Histoires de premières fois

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dimanche 14 juin 2009

La première fois de Mélanie

Il était beau, mais beau !… Le plus beau de tous… Et c’est avec moi qu’il a dansé… Rien qu’avec moi… Toute la soirée… Tendre… Si tendre… Doux… Si doux… C’était lui… Forcément c’était lui… Depuis le temps que je l’attendais… Il était arrivé… Enfin… Il était là…


Dans la chambre, à l’hôtel, il a été follement, passionnément amoureux, en baisers gorgés de soleil, en mots murmures de rivière, en caresses brise dans les feuillages…
- Tu es le premier, tu sais…
Il l’a été…


Blottie contre sa poitrine, je n’ai pas dormi… Je l’ai écouté respirer, paisible… On avait des jours et des jours, des mois et des mois, des années à nous devant nous… Je les ai habitées de bonheur… A petites gorgées lentement savourées…


Au matin il a encore été à moi… Et puis… Il m’a prise dans ses bras… Il a posé son front contre le mien…
- Ne pleure pas !… Ne pleure pas !… On va se revoir…
- Quand ?…
- Bientôt… Le plus tôt possible… Je te ferai signe… Je t’appellerai…


Et il a voulu une photo… Que j’ai arrachée de ma carte d’étudiante… Et ma culotte…
- Pour t’avoir avec moi… Pour dormir contre toi…


Il y a eu un lendemain… Et puis un autre… Une foule de lendemains vides… A perte de vie… Il n’était pas là… Il ne venait pas… Il ne téléphonait pas…


Alexia connaissait sa sœur… Qui m’a écoutée longtemps sans rien dire… Qui s’est levée…
- Viens !… Viens avec moi…
On a roulé longtemps… On est entrées dans un immeuble… On a pris un ascenseur… Elle a ouvert une porte…
- Entre !… Là-bas, au fond, c’est sa chambre… Vas-y !… Vas-y, j’te dis !…


Et… Epinglées sur les murs, des culottes… Des strings et des culottes… Une vingtaine… Surmontées chacune d’une photo et d’une petite fiche de bristol… La mienne était tout au bout : Mélanie, 19 ans, étudiante, pucelle… 4 sur 20… Seins quelconques… Fesses plates… Ne se rase pas la chatte… Très peu de dispositions… Aucune initiative… Progrès très improbables… Affaire classée…

mercredi 11 février 2009

Randonnée

Pendant six mois Sébastien a vainement cherché à me convaincre de l’accompagner au club rando…
- Tu traverses des paysages magnifiques en compagnie de tas de gens sympas… Tu te vides la tête… Tu prends un bon bol d’air… Le bien que ça te fait !...

Estelle, sa petite amie, renchérissait…
- Mais oui, viens avec nous au lieu de rester à te morfondre tout seul dans ton coin !...


C’est le jour où j’ai croisé leur copine Morgane dans l’escalier – je partais, elle arrivait – que je me suis brusquement décidé à aller arpenter avec eux les sentiers d’Ile de France… Un seul regard et j’étais tombé éperdument amoureux de Morgane. Je marchais à ses côtés, je la voyais, je la regardais, je l’écoutais, je lui parlais et cela suffisait à mon bonheur. Mais pas au sien. Estelle et Sébastien n’ont pas tardé à me le faire remarquer avec insistance…
- Ben qu’es-ce que tu fous ?!... Fonce !... Elle attend que ça !...


Seulement ça… ça… c’était justement ce dont j’étais incapable… C’était ma blessure intime, secrète. J’avais vingt ans et j’étais vierge. A mon grand désespoir. Les autres y arrivaient. Ils le disaient. Je le voyais. Pas moi. J’adorais les filles. Je passais le plus clair de mon temps avec elles. J’en mourais d’envie, mais je ne pouvais pas. Impossible. Impossible parce que ma grande hantise c’était de ne pas arriver à les satisfaire. Tous les bouquins que j’avais avidement consultés sur le sujet étaient d’accord : rien de plus difficile. Il y fallait une technique, une maîtrise de soi, un savoir-faire hors du commun. Et encore ! Même lorsqu' on était très doué on ne touchait que très rarement au but. Elles le disaient elles-mêmes - j’avais lu leurs témoignages - très peu d’hommes savaient s’y prendre, une infime minorité…alors le plus souvent elles faisaient semblant ou bien elles allaient se finir toutes seules dans la salle de bains. Et moi ben forcément j’allais faire partie des maladroits et des incapables…Obligé…



Et jamais je n’avais pu me résoudre à passer l’épreuve tant redoutée…Je connaissais de toute façon le verdict. Quand une fille me plaisait, quand j’étais amoureux, l’idée qu’elle allait le savoir, me mépriser, se moquer de moi et - bien entendu - me quitter m’était absolument insupportable. Alors je différais…je différais tant que je pouvais jusqu’au moment où elle s’éloignait, lassée et persuadée que je n’éprouvais rien pour elle. Avec Morgane c’était ce qui allait se passer. Une fois de plus. Forcement j’allais la perdre…Dans tous les cas j’allais la perdre…
- Mais vas-y, on te dit !...Tu joues sur du velours…


Fin juin Estelle a proposé qu’on se retrouve tous les quatre dans l’Aveyron la deuxième quinzaine de Juillet… Ses parents possédaient là-bas une maison de campagne qu’ils nous laisseraient quelques jours…
- Et alors là !...Vous allez voir ces grands espaces qu’on va avoir… Et ces paysages… Vous allez pas en revenir…



J’ai essayé de me faire croire que ce serait là-bas Morgane. Je ne voulais pas la perdre. Là-bas je tenterais le tout pour le tout : advienne que pourrait…Mais plus l’échéance approchait…



Estelle m’attendait à la gare. Toute seule. Un petit sourire chiffonné accroché à la figure. Ça se présentait mal : la mère de Sébastien était à l’hôpital… Il viendrait pas… Pas tout de suite en tout cas… Quant à Morgane… elle a baissé les yeux…
- Elle viendra pas non plus…
- Ah bon, pourquoi ?…
Elle a haussé les épaules…
- J’en sais rien…
J’ai proposé de rentrer…
- Oh, tu vas pas avoir fait tout ce voyage pour rien, attends !...
Et puis il devrait pas trop tarder Sébastien… le temps qu’on sache ce qu’elle avait sa mère… De toute façon on allait pas se laisser abattre comme ça… On était venus pour la rando… On allait faire de la rando…
- T’as vu le temps qu’il fait en plus ?… Demain je te réveille aux aurores…




Et on a passé une journée de rêve au rythme de nos pas. A faire provision de paysages bleutés étouffés de soleil. A déranger les oiseaux à tire d’aile dans les blés. A nous absorber, côte à côte, dans la contemplation de fourmilières géantes. A boire aux sources dans le creux de nos mains. A nous laisser porter au gré des mots qui nous venaient. Sans soucis. Sans arrière-pensée. Sereins. Heureux.



Au retour on a prolongé indéfiniment la magie dehors sur la terrasse dans la fraîcheur du soir…
- Elle te comprend pas, tu sais, Morgane… la vérité… la vérité c’est que si elle est pas descendue c’est à cause de toi…. "Il sait pas ce qu’il veut… ou bien il en a rien à foutre de moi… De toute façon il m’agace…"



La nuit était presque totalement tombée. Je suis resté silencieux quelques instants dans la pénombre et puis tout est sorti. Tout. En vrac. Tout. En flot ininterrompu. Et en sanglots réprimés à la fin. Elle a posé sa main sur la mienne, l’a laissée…
- Ce qu’il faudrait c’est que tu le fasses avec une bonne copine une fois, comme ça, sans te poser de questions...
On s’est tus. La nuit nous a complètement enveloppés… -Viens !...
- Et Sébastien ?…
- Je suis pas sa propriété à Sébastien…Et il est pas obligé de savoir…Viens !…




Elle n’a pas joui la première fois, la deuxième fois non plus, mais au matin oui… Longuement. Profondément. Avec abandon…
- Tu vois que c’était pas si compliqué que ça finalement...
On s’est embrassés…
- Mais c’était juste une parenthèse… On recommencera pas… Jamais…


Quand on a attaqué le sentier dans la matinée déjà haute elle m’a regardé, elle m’a souri…
- En tout cas… en tout cas un truc qu’est sûr c’est que tu m’oublieras jamais… Toujours tu seras obligé de penser à moi…

Et c’était vrai… La preuve…

jeudi 29 janvier 2009

TINA

A quatre ans je suis tombé éperdument amoureux de Tina Modotti. De sa photo – son visage en gros plan, Hollywood, 1919 – encadrée, suspendue toute seule sur le grand mur blanc au-dessus du bureau de mon père… - C’est qui la dame ?… - C’est compliqué… Elle te plaît ?… Si elle me plaisait ?… Assis par terre, à ses pieds, je restais plongé des après-midi entières dans ses yeux… - Elle viendra nous voir un jour ?… Il souriait… - Je crois pas, non…

A force de la fixer, là, sous son chapeau bizarre, quelquefois ses lèvres semblaient vouloir s’entrouvrir pour me dire quelque chose, me confier un secret… C’était quoi ce secret ?… - Si c’est un secret, c’est un secret… Il a reposé son stylo… - Elle te le dira peut-être un jour si tu sais attendre… Et j’ai attendu…

A six ans, quand il est mort, qu’on m’a demandé ce que je voulais à lui, de lui, pour le garder toujours je n’ai pas hésité une seule seconde… Et on l’a installée dans ma chambre juste en face de mon lit… Pour moi tout seul… Elle est devenue ma confidente… Je lui disais tout… Chaque soir, en rentrant de l’école, je m’installais face à elle et je lui racontais ma journée… Mes joies… Mes doutes… Mes chagrins… Mes désespoirs… Elle m’écoutait… Sans jamais se lasser… Avec bienveillance… Elle ne me jugeait pas… Elle ne me grondait pas…

Plus tard mes premiers élans amoureux elle les a compris, mes premières déceptions elle les a consolées… Au fil du temps il s’était tissé entre nous quelque chose hors de tout que personne ne pouvait comprendre… Que je n’essayais pas d’expliquer… Quand un camarade en visite m’interrogeait… - C’est qui là-haut ?… je prenais l’air mystérieux, lointain, de celui qui sait, mais qui ne peut rien dire… Il n’insistait pas… Nous étions seuls – elle et moi – à pouvoir savoir notre passion partagée…

Le bureau de papa était resté en l’état… Exactement comme au jour de sa mort… J’y allais quand j’avais besoin d’un livre, d’un dictionnaire, d’un document quelconque… Au début je m’en emparais très vite et je m’enfuyais… Et puis, peu à peu, j’y ai passé de plus en plus de temps… J’ai progressivement apprivoisé son fauteuil, ses tiroirs, ses rayonnages que j’ai explorés méthodiquement…

Et puis un jour… C’était un grand album pas très gros, à la couverture lie-de-vin, qui s’intitulait tout simplement : « Edward Weston » en lettres dorées… Je l’ai feuilleté machinalement… Et refermé d’un seul coup le cœur affolé… Non… Sûrement j’avais rêvé… Ce n’était pas possible… Réfugié dans ma chambre, je l’ai interrogée… - C’est toi ?… Est-ce que c’est toi ?.. Elle n’a pas répondu… Elle s’est contentée de sourire…

J’y suis retourné le lendemain… Il fallait que j’en aie le cœur net… Et oui… Oui… C’était elle… Tina sur l’azotea, 1923… Allongée toute nue, à même un dallage blanc, endormie, une main sous l’omoplate… Il y en avait d’autres : Nu, Tina, 1924. Sur une couverture effrangée, de face, une jambe légèrement repliée… Nu, Tina, 1924 : sur la même couverture, mais à genoux, légèrement de côté, les fesses offertes…

Dans la chambre je lui ai agité le livre sous le nez… - Qu’est-ce que c’est que ça ?… Tu peux m’expliquer ?…Ah, tu t’en étais pas vantée, hein ?!… Elle n’a pas baissé les yeux, mais son sourire s’est fait extraordinairement lumineux… Et d’un seul coup j’ai compris : le secret !… On y était le secret… En plein cœur… C’était ça… C’était donc ça !… Et je me suis déshabillé… C’est elle qui l’a demandé… Tout nu, moi aussi… Elle m’a regardé faire sans un mot…

Et puis je me suis assis à ma table sous son portait, j’ai ouvert le livre et je suis allé de l’un à l’autre… de son portrait aux photos… des photos au portrait… Sans arrêt… Longtemps… C’est venu tout seul… Sans toucher… Sans rien faire… Un premier plaisir… Ample…Profond… Elle a regardé jusqu’au bout… Dans ses yeux il y avait quelque chose qui avait l’air content…

mardi 13 janvier 2009

A la mer

Comme tous les matins il était là, seul, au bord de la piscine… Elle s’est installée de l’autre côté, juste en face… Elle l’a discrètement et longuement regardé lire… Il s’est levé… Il a plongé… Inlassablement nagé d’un bord à l’autre…

 

- Beau mec, hein ?!… Elle a sursauté… Elle ne l’avait pas entendue arriver… Une femme d’une quarantaine d’années en maillot noir… - Je peux ?… Elle n’a pas attendu la réponse… Elle s’est installée à côté d’elle… - Beau mec, hein ?… - Pas mal… - Super tu veux dire, oui !… Très à ton goût en tout cas on dirait… Ca fait un moment que je t’observe… Tu le quittes pas des yeux… Elle n’a pas protesté… Elle a souri… - Et il se contente pas d’être beau… - Vous le connaissez ?… - Oui… C’est mon mari… Il est sorti de l’eau, lui a fait signe de la main, s’est engouffré dans l’hôtel… - Bon… Je vais le rejoindre… Je sais pas pourquoi, mais je sens qu’il va avoir besoin de moi…

 

Elle est revenue en tout début d’après-midi… - Mais tu passes tes journées là, toi !… Tu vas jamais à la plage ?… - J’ai pas de voiture… - Et tes parents peuvent pas t’emmener ?… - Oh, mes parents !… Il y en a que pour les musées, les expos, tout ça… Ils y sont fourrés du matin au soir… De toute façon ils en ont rien à foutre de moi mes parents… Moins ils me voient et mieux ils se portent… - Tu as quel âge ?… - 20… - Tu pourrais sortir… Te faire des copains… Te trouver un petit ami… Il y a pas besoin de voiture pour ça… - Ils m’ennuient les jeunes… Ils sont complètement idiots… Je préfère encore rester toute seule… - A moins que ce soit les hommes mûrs que tu préfères, dans la force de l’âge ?!… Non?!… Elle a rougi… Elle a bafouillé… Elle s’est tue…

 

- On t’emmène !… Ils étaient debout devant elle tous les deux… - Hein ?!… Où ça ?… - Au bord de la mer… Ca te changera du bord de la piscine… - Oh non, non !… Je veux pas vous déranger… - Tu nous déranges pas… Puisqu’on te le propose… Allez, en route !…

 

C’était une minuscule petite crique au milieu des rochers… Ils ont déroulé des tapis de plage, planté un parasol et ils se sont déshabillés… Elle d’abord… Complètement… Tranquillement… Puis lui… En lui tournant le dos… Et il s’est allongé, nu, au soleil… On lui a tendu de la crème solaire… - Tu peux faire comme nous, hein, si tu veux !… Il y a jamais personne qui vient ici… Elle a seulement enlevé le haut…

 

- On va se baigner… Tu viens ?… Elle les a suivis… Elle a tâté l’eau du bout du pied… - Bouhhh !… Elle est froide… - Mais non !… Vas-y carrément !… Une fois qu’on est dedans elle est superbonne, tu verras… Elle s’est aventurée jusqu’à mi-mollets… Une vague lui a cinglé les genoux… Elle a battu en retraite avec un petit cri… Nouvelle tentative… Nouveau repli…

 

Quand elle l’a vu s’avancer tranquillement vers elle elle a tout de suite compris… Et elle s’est enfuie en riant vers le parasol… - Non !… Non !… Il l’a presque aussitôt rattrapée, enlevée, emportée vers la mer, jambes battantes, hurlante… - Non !… Non !… Il est entré dans l’eau avec elle … Les vagues lui ont léché les fesses, le dos, la poitrine, la figure… - Je vais boire la tasse… Lâchez-moi !… Lâchez- moi !… Il l’a laissée doucement descendre, glisser contre lui… Contre sa hanche il a été tout dur…

 

Le lendemain matin, à la piscine, Nadine est venue s’installer, comme la veille, à côté d’elle… Elles l’ont regardé toutes les deux nager… - Tu sais que tu lui as tapé dans l’œil à Félix… Et pas qu’un peu !… Tu entendrais comment il parle de toi… « Elle est adorable… Un amour de petite bonne femme !… Et ce corps qu’elle a !… Un corps de rêve… Vraiment un corps de rêve… » Et pourtant il est difficile, tu sais !… Il y a peu de femmes qui trouvent grâce à ses yeux… Ben, t’en fais une tête !… Ca te fait pas plaisir ?… - Oh si, si !… - Qu’est-ce qu’il y a ?… T’as peur que je sois jalouse, c’est ça ?… Il y a longtemps que j’en suis plus là…

 

Et, à la plage, elle a été nue, elle aussi, avec eux… Elle a somnolé, dormi, fait semblant… Il la regardait… Il la regardait et il était dressé tout droit… Nadine a posé la main dessus, l’a enserré… Ca montait… Ca descendait… Il ne la quittait pas, elle, des yeux… Ca a été plus vite… Encore plus vite… Ca a craché… Ils se sont embrassés, levés… Ils ont marché vers la mer… Elle a attendu… Un long moment… Et puis elle les y a rejoints…

 

- T’as envie de lui ?… - De qui ?… - De Félix, tiens !… De qui tu veux ?… Evidemment que t’as envie de lui… C’est écrit sur ta figure… Lui aussi… Je l’ai jamais vu fou de désir comme ça… Pour personne… Alors vous êtes grands… Vous savez ce qu’il vous reste à faire… - Je l’ai jamais fait… - C’est vrai ?… T’es vierge ?… C’est l’occasion ou jamais alors… Il sera tout tendre, tout attentif à toi, tu verras…

 

- Elle est pas là Nadine ?… - Non… Elle avait deux trois courses à faire… Elle nous rejoindra à la plage…

 

Elle a gardé son maillot… Pas lui… Appuyé sur un coude à côté d’elle, il l’a longuement regardée… - Que tu es belle !… Il a avancé la main, lui a effleuré l’épaule… - Que tu es belle !… Il l’a doucement lissée, s’est approprié un sein, l’a caressé, du bout du pouce, sous le maillot… Elle a fermé les yeux… Il s’est rapproché, allongé, tout dur, contre elle… Il y a eu ses lèvres… Elle s’est abandonnée…

 

- Viens !… Elle s’est levée… Il l’a prise par la main… Il l’a emmenée… Jusqu’à la mer… Ils y sont entrés… Il l’a attirée contre lui… Elle s’y est blottie… Les vagues les ont bercés, épousés… Il y a encore eu ses lèvres… Ses mains… Encore ses lèvres… Encore ses mains… Et puis lui… En elle… Ca l’a soulevée, transportée… Ca l’a mêlée à la mer… Ca les a noués à elle… Ca l’a fait retomber dans son cou… Ca a déferlé en immenses rouleaux éperdus…

 

Quand ils sont revenus, Nadine était là, sous le parasol… Elle leur souriait…

vendredi 12 décembre 2008

Une première fois

Ma première fois… Ma première fois je n’ai même pas su avec qui c’était… C’était… c’était il y aura bientôt trente ans… J’avais 18 ans – presque 19 – et je passais mes premières vraies vacances chez Françoise, une camarade de classe, dans une superbe villa, près d’Antibes. Ses parents nous l’avaient abandonnée quelques jours pour filer en amoureux à Florence. - On vous fait confiance, hein, les filles ! Vous êtes suffisamment adultes et responsables…

Il faisait un temps magnifique et nous passions des journées de rêve… Plage… Sable… Mer… Baignade… A longueur de temps… Bien sûr on nous tournait autour… Deux filles seules. Jeunes. Jolies – du moins à l’époque – nous avions notre petit succès. Et bientôt nos habitués :Pascal et Hervé, deux beaux bruns au torse bronzé, à l’œil charmeur, à l’accent chantant, qui venaient nous faire la conversation tous les après-midi sur la plage des heures durant. Qui ont fini par nous inviter - On fait un barbecue ce soir… vous venez?… Mais si, venez !... ce sera sympa… Allez !… A sept heures on passe vous chercher…

Françoise était furieuse - Et toi, t’acceptes ça comme ça !... Mais on les connaît à peine ces types… - Tu parles ! Ça fait huit jours qu’on voit qu’eux… - Non, mais tu te rends pas compte ! Et si jamais… - Si jamais quoi ? T’as peur de tout, toi, n’importe comment… - Et s’ils te tombent à cinq dessus tu vas faire quoi ? T’auras l’air maligne… Ah non, non, moi j’y vais pas !... Pas question… - Eh ben reste là ! Regarde la télé…

Pour rien au monde je ne l’aurais avoué, mais plus l’heure approchait et plus mon imagination s’affolait… Et si elle avait raison ? Si c’était un traquenard ? Si un fois là-bas… Si… Et si… Et si… Pas question de reculer pourtant : j’étais beaucoup trop orgueilleuse et, à sept heures tapantes, je suis montée avec eux en voiture, un gigantesque cabriolet rouge tape à l’œil… - Elle vient pas ta copine ?… - Non... Elle est malade…

C’était assez loin dans l’arrière-pays, sur les hauteurs : une immense maison toute en baies vitrées avec une vraie piscine et des massifs de fleurs partout. Trois garçons et une fille paressaient dans des transats. On a très vite sympathisé. On a mangé sur la pelouse. On a beaucoup ri. On a un peu bu… Quelle idiote !... Non, mais quelle idiote l’autre ! Elle savait pas ce qu’elle perdait…

On a chanté. On a plaisanté. On a encore bu… Au loin il s’est mis à tonner sourdement. L’atmosphère est devenue moite, poisseuse, ma robe collante. Les verres se remplissaient, se vidaient en grands éclats de rire. Je n’avais pas l’habitude, je commençais à me sentir un peu ivre. Ils ont mis de la musique. On a parlé. On a continué à boire. La tête me tournait, me tournait de plus en plus…

- Il est minuit!... Il est minuit!... Ils ont arraché leurs vêtements tous ensemble tous les cinq tous tout nus et ils se sont précipités dans la piscine. Dans la lumière crue des projecteurs extérieurs ils se poursuivaient, plongeaient, sautaient, s’éclaboussaient. Comme ils étaient bien dans leur peau, dans leurs corps d’hommes ! Comme tout avait l’air simple, naturel, harmonieux pour eux… - A poil, les filles !… - Oui, allez, avec nous, les filles !… Dans l’herbe, à côté, Ariane s’est levée… - Tu viens ? De toute façon on va y passer… Ils vont nous foutre à l’eau… Alors si tu veux garder quelque chose de sec… Et elle a retiré sa robe… Moi aussi. En rigolant tant que je pouvais. J’étais saoûle et complètement désinhibée. Jamais en temps ordinaire je n’aurais consenti à faire une chose pareille : j’étais beaucoup trop pudique, à la limite du ridicule, mais là tout était devenu brusquement facile, différent, fluide et j’ai tranquillement rejoint les garçons dans l’eau. J’ai nagé avec eux, j’ai couru avec eux, j’ai lutté avec eux. Mouillés, mon soutien-gorge et ma culotte me collaient à la peau et révélaient par transparence tout ce qu’ils étaient supposé cacher. Je m’en fichais. Royalement. Je me sentais bien. Tellement bien… Jamais jusque là…

Brusquement il y a eu un violent coup de tonnerre tout près et la lumière s’est éteinte. Va-et-vient, rires, bousculades. Tout – les maisons autour, la ville au loin – était plongé dans l’obscurité la plus complète. Quelqu’un a allumé un briquet, puis une lampe de camping. On m’a tendu une serviette. A tâtons j’ai fini par retrouver ma robe dans l’herbe, j’ai abandonné mes sous-vêtements trempés, je me suis séchée, rhabillée…

Quand je suis revenue ils s’étaient tous réfugiés à l’intérieur, éparpillés sur les sièges, les fauteuils, les coussins. L’ambiance était tombée d’un coup… - Quelqu’un peut me ramener ? Pas de réponse. - Hein ? Quelqu’un peut me ramener ? - Pas moi…J’ai trop sommeil… - Moi non plus… Ariane m’a appelée, fait une petite place sur le canapé auprès d’elle… - Demain il fera jour…Ils ont trop bu n’importe comment…

Ce qui m’a réveillée ce sont deux lèvres qui couraient sur le dessus de mon pied, qui le piquetaient de petits baisers. On était dans le noir. Ariane avait disparu. J’étais allongée de tout mon long sur le canapé, cernée par les ronflements. Et ces lèvres qui me picoraient, patientes, insistantes...Qui entreprenaient une lente, très lente ascension. La cheville. Le mollet. Avec des remords. Des retours en arrière. A qui elles pouvaient bien être ces lèvres ? Si douces. Si savantes. Qui ne laissaient pas un centimètre carré de peau inexploré. Si agréables en tout cas que j’aurais été bien en peine de les arrêter. De plus en plus agréables… Le genou… Longtemps. La cuisse sous la robe. Elles se sont rapprochées du pli de l’aine, sont remontées sur le ventre, l’ont escaladé avec une infinie lenteur jusqu’aux seins dont elles ont fait dresser les pointes l’une après l’autre… Elles ont rebroussé chemin, elles ont pris tout leur temps pour me parcourir, dans l’autre sens, et puis elles sont venues m’ouvrir en bas, m’apprendre, me fouiller… C’est sous elles que j’ai joui une première fois avec émerveillement et puis, plus tard, avec plénitude et reconnaissance quand son sexe d’homme a palpité en moi…Un long baiser et il s’est retiré, fondu dans l’obscurité…

C’était qui ?… Lequel des cinq ?… Un peu tous les cinq finalement…