D'une histoire... l'autre

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Histoires de regards

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vendredi 31 juillet 2009

Histoire d'une blogueuse

Elle tenait absolument à créer SON blog…

- Mais attends, tout le monde le fait aujourd’hui !… Même des filles bien plus moches que moi… Tiens, écoute !… J’ai préparé un truc… « Je me présente: Séverine, 26 ans, étudiante en Sciences de l’Education… Mes passions ?… La musique… Les chevaux… L’amitié… Et les hommes… Les hommes beaux, intelligents, forts, doux, sensibles, musclés, attentionnés… Les hommes, quoi !… Pourquoi  je saute le pas aujourd’hui ?… Parce que je suis complexée depuis toujours par mon physique… Ca me prend la tête… Ca me rend malade… Ca me bouffe la vie… Et j’en ai marre… Alors j’ai décidé de me montrer… De m’exposer… Telle que je suis… Que ça plaise ou non… Que je plaise ou pas… J’m’en fous… C’est un défi ?… Oui… Un défi envers moi-même… »… T’en penses quoi ?…

- Tu vas mettre des photos ?…

Elle a haussé les épaules…

- Evidemment !… Ca existe pas un blog sans photos…

 

Elle en avait déjà choisi une où on la découvrait, rieuse, enjôleuse, ses mèches brunes en danse folle autour de son visage de madonne, vêtue d’un jean moulant et d’un tee shirt qui épousaient au plus près ses formes généreuses…

 

Il y a eu aussitôt des commentaires… Nombreux… Une trentaine… Des hommes… Uniquement des hommes… Qui poussaient les hauts cris… Comment ça complexée par son physique ?… Alors là c’était la meilleure !… Mais elle était belle comme un cœur, oui !… Du moins pour ce qu’on en voyait… Parce que fallait bien reconnaître qu’elle montrait pas grand chose… Pas assez en tout cas pour qu’ils puissent se faire une idée suffisamment précise… Oui… Non… Fallait voir…

 

Ils voulaient voir ?… Bon… Elle allait montrer…

- Ah oui ?!… Quand ?… Quand ?…

Elle les trouvait bien impatients… Bientôt…

- Oui, mais quand ?… Hein, quand ?…

- Tu vas vraiment le faire ?…

- Ben bien sûr !… Qu’est-ce que ça peut foutre, tu parles !…

Elle les a tenus en haleine une longue semaine durant et puis elle leur a offert ses seins exposés-dérobés-retenus dans leur écrin de dentelle blanche…

 

Absolument ravissant… Sublime… Ah oui !… Une pure merveille… Mais elle n’allait pas en rester là au moins ?… Les laisser sur leur faim ?… S’il te plaît… Oh oui, s’il te plaît !… Elle savait pas… Elle verrait… Ca dépendait… De quoi ?… D’eux… Il fallait qu’elle sente qu’ils en avaient vraiment envie… Très envie… Tellement envie…

 

S’ils en avaient envie ?!… Et comment !… Ils ont enjôlé, supplié, imploré, exigé et finalement convaincu, obtenu : elle est lentement, très lentement, sortie de son jean, photo après photo, jour après jour, s’est dressée face à eux, en petite culotte blanche de rêve, souriante, rayonnante, triomphante… Et comme ça ça leur plaisait ?…

 

Il y avait pas de mots… Trop adorable… Trop excitant… Trop bandant… Trop tout… Dans quel état tu nous mets !… T’as pas le droit de t’arrêter maintenant… Ce serait trop cruel… Tu vas continuer, hein ?… Tu vas tout montrer ?… Jusqu’au bout ?… Tu promets ?…

 

Elle n’a pas répondu… Mais elle leur a distillé, au compte-goutte, une dizaine de photos d’elle… En maillot de bains… En sous-vêtements noirs, puis rouges qui laissaient soupçonner, de tout près, sans vraiment le laisser entrevoir, ce qu’ils dissimulaient… En nuisette vaporeuse ras des fesses… Nue, de dos, la taille ceinte d’une serviette-éponge prête à lui échapper…

 

- 572 commentaires en un mois et demi... T’as vu comment je les tiens ?… C’est de la folie…

- Qu’est-ce que tu vas faire ?…

- Ben, continuer, tiens !…

Seulement s’ils voulaient en voir plus il fallait qu’ils montrent eux aussi… Qu’ils lui donnent des preuves… Des preuves qu’elle leur faisait vraiment de l’effet… Des preuves évidentes que ce n’était pas que des mots tous leurs jolis commentaires…

 

Elle en a eu… Sa boîte mail a regorgé de queues de toutes tailles, de toutes formes, de tous âges, qui se tendaient de désir vers elle, qui explosaient à qui mieux mieux sur ses photos, qui s’y répandaient…

- Ils sont choux, non, tu trouves pas ?…

Et elle les a récompensés d’un minuscule petit string blanc…

 

Toute nue maintenant !… Allez, toute nue, quoi !… Ca avait assez duré… Ils avaient assez attendu… Toute nue ?!… Là, sur Internet ?… Oui, ben alors là sûrement pas !… Qu’est-ce qu’ils allaient penser ses parents, sa famille, ses amis ?… Elle en avait déjà beaucoup trop fait… Non… Non… Il n’en était pas question…

 

Hein ?… Mais c’était dégueulasse !… Des semaines qu’ils attendaient ça, qu’elle leur faisait miroiter, et au dernier moment… Elle était rien qu’une sale petite allumeuse, oui !… Une mal baisée même en plus si ça tombe… D’ailleurs, tout compte fait, elle était pas si bien foutue que ça… Et puis de toute façon ils s’en battaient l’œil de sa chatte… Il y en avait plein d’autres… Ailleurs… Qui tenaient la route, elles, au moins… Il suffisait de cliquer…

 

Bon, on se calmait, là… On se calmait… Elle avait beaucoup mieux à leur proposer… Ah oui ?!… Quoi ?… De se montrer toute nue en vrai… En vrai ?… C’était une blague ?… Non, c’était pas une blague, non… Sur Internet elle voulait pas, mais ailleurs, autrement, oui, pourquoi pas ?… S’il y avait des candidats…

 

Ca manquait pas… Moi !… Moi !… Moi !… Ils se bousculaient… Ils revenaient à la charge… Dix fois… Vingt fois… Ils voulaient savoir où, quand, comment… Hou la la!… Mais ils étaient beaucoup trop nombreux… On pouvait quand même pas louer le Palais des Congrès !… Non… Elle allait devoir faire un choix… Bien obligée… Les plus motivés… Les plus convaincants… Qu’ils lui écrivent… Elle verrait… Elle déciderait…

 

Elle a passé une douzaine de soirées à lire, à répertorier, à classer et elle en a finalement retenu dix-huit…

- Qu’est-ce t’en penses ?… Il y aura pas de lézard avec ceux-là… Du moins je crois pas…

Et elle a réservé une salle à quelques kilomètres de là pour le samedi suivant…

 

Ils sont arrivés un par un… Il y en avait des honteux au regard fuyant… Des conquérants : - Elle est où ?… Elle va pas nous avoir posé un lapin au moins ?… Des impatients qui ne quittaient pas la porte des yeux… Des faussement blasés… - Oui, oh, j’en ai déjà tellement vu… Un cul de plus ou un cul de moins… Ils ont fait connaissance… Ils ont parlé d’elle… Ils se sont animés…

 

Elle est entrée… Les conversations se sont figées… Elle a traversé le silence jusqu’à eux, sans un sourire, impériale, et elle a laissé tomber sa robe… Leurs regards se sont affolés, ont couru, avides, du soutien-gorge à la culotte, de la culotte au soutien-gorge, en un éperdu va-et-vient…

- Ben alors ?!… C’est tout l’effet que je vous fais ?…

 

Il y en a un qui a commencé, à travers son pantalon… Un autre… Un troisième… D’autres encore… Tous… Des braguettes se sont ouvertes… Des queues sont sorties des caleçons… Des mains les ont empoignées, cernées, agitées… Elle a retiré son soutien-gorge…

 

- Vous d’abord !… A poil !… Tous !… Complètement… Sinon… je garde ma culotte…

Ils se sont fébrilement dépouillés de leurs vêtements qui ont voltigé de droite et de gauche, se sont éparpillés au hasard… Elle les a longuement maintenus sous son regard, les uns après les autres, et puis, avec d’infinies lenteurs, elle a fait glisser saculotte, l’a retirée… Nue… Nue pour eux…

 

Elle m’a fait signe…

- Viens !… Viens !… Je veux qu’on le fasse… Tous les deux… Devant eux…

 

mardi 7 avril 2009

Canicule

Version de Frédérique:

Elisa ne dormait pas non plus… Elle s’éventait sur la terrasse…
- Hou !… Quelle chaleur !… J’arrive pas à fermer l’oeil…
- Moi non plus…
- Et si on allait faire un tour à pied ?… Jusqu’à la mer ?… Il doit faire frais là-bas…

Elles ont retiré leurs chaussures… Les vagues leur ont léché les chevilles… Elles ont remonté leurs robes jusqu’en haut des cuisses, se sont aventurées plus loin…
- On se baigne ?…
- Sans maillot ?…
- Il est deux heures du matin… Qui veux-tu qui traîne encore par ici ?… Il fait nuit noire n’importe comment… Et elles ont quitté leurs vêtements… Sont entrées résolument dans l’eau… Se sont abandonnées aux vagues, laissé bercer, porter, dériver, envelopper… Longtemps…
- Faudrait peut-être rentrer… Ils vont s’inquiéter là-bas… Elles ont retrouvé le sable à regret, lentement, jusqu’à leurs vêtements… Qui n’étaient plus là…
- Hein ?!… Mais c’est pas possible !…
Elles ont cherché à droite, elles ont cherché à gauche… Plus loin… Encore plus loin… Sont revenues… Ont recommencé…
- On nous les a piqués, c’est clair…
- Mais qui ça?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…
- Mais pourquoi ?…
- Pour les vendre, tiens !… C’est pas la première fois que ça arrive ici… Je suis idiote aussi… J’aurais dû y penser…
Elles se sont regardées…
- On a l’air fines…
Et elles ont éclaté d’un long fou rire nerveux…


- Qu’est-ce qu’on va faire ?… Faut trouver une solution… - Je vois pas laquelle…
- Et si on allait frapper à une des maisons là-bas ?… On explique notre situation et…
- C’est ça !… Toi, tu t’en fiches, t’es en vacances, mais moi je suis connue ici… Je tiens pas à être la risée de tout le pays…
- Ou alors on s’enterre dans le sable et la première personne qui passe on l’envoie prévenir nos maris qu’ils viennent nous chercher avec des vêtements…
- Encore mieux !… C’est pour le coup que…
- Je sais pas, moi !… Je cherche…
- Non… Le mieux - je vois pas autre chose - c’est qu’on essaie de rentrer…
- Comme ça ?!…
- C’est pas si loin… Et il y a personne dans les rues à cette heure-ci… Alors avec un peu de chance…
- C’est risqué, non ?…
- Ca sera encore plus risqué dans une heure… Il fera jour…


Personne sur le boulevard qui longeait la mer… Elles l’ont traversé aussi vite qu’elles ont pu… Rue du port non plus, personne… Elles ont accéléré le pas… Tourné à gauche… Une camionnette a fait son apparition tout en haut de la rue Emile Zola, s’est arrêtée… Elles se sont dissimulées dans l’embrasure d’une porte cochère qui a obstinément refusé de s’ouvrir… Un type est descendu…
- Il nous a vues, tu crois ?…
- Chut !… Tais-toi !…
Il a arpenté le trottoir, tête levée vers les fenêtres, s’est approché, approché encore, immobilisé… Il a fait demi-tour, a encore levé la tête, est remonté dans la camionnette, reparti en marche arrière…
- On l’a échappé belle !...


Le long de l’épicerie Dutourd étaient entreposés de vieux cageots… Elles en ont subtilisé deux, au passage, abri de fortune derrière lequel elles se sont efforcées de cacher, tant bien que mal, leur nudité…
- Non, mais de quoi on doit avoir l’air ?…
Et elles ont hâté le pas…

A l’angle de la rue Mermoz elles ont dû attendre qu’un retraité ait fini de sortir ses poubelles…
- Alors il se grouille, ce con !… Il le fait exprès, c’est pas possible !…


Les derniers mètres elles les ont parcourus à la course… Aussi vite qu’elles ont pu… Le portail… Qu’elles ont poussé… Refermé… Sauvées… Et elles sont parties d’un fou rire interminable, irrépressible qui les a secouées toutes…
- Non, mais c’est quoi cette mascarade ?…
Ils étaient accoudés au balcon tous les deux là-haut…
- Et ça les fait rire en plus…
- Attendez !…
Entre deux fous rires…
- Attendez !… On va vous raconter…
Elles se sont regardées et c’est reparti de plus belle… Impossible à arrêter…
- Nous, que nos femmes se baladent à poil dans les rues on trouve pas ça spécialement drôle…
Dégrisées brusquement…
- On va vous expliquer… Si vous saviez ce qui nous est arrivé…


- Oui, figurez-vous !… Tout en montant les rejoindre…
- On était sur la plage… Il y avait personne… Alors on s’est dit, vu la chaleur qu’il faisait, que…
- Oui, ben commencez par aller passer quelque chose… Vous discuterez après…




Version de Mickaël:

Nulle cette soirée, mais d’un nul !… Et il faisait une chaleur à crever en plus !…
- On se casse ?… Et on a filé en douce, Victor et moi…
- On fait quoi ?… Il a haussé les épaules…
- Qu’est-ce tu veux faire à cette heure-ci ?… Tout est fermé…
On est descendus vers la mer, on a marché au hasard sur la plage…
- C’est quoi ce truc blanc ?…
- Où ça ?…
- Ben là !…
C’était des sapes… Des sapes de nana…
- Elles sont deux… Et il y a l’assortiment complet… Tu paries qu’elles se baignent à poil ?…
- Oh, tu crois ?…
On a scruté les vagues, mais il faisait trop sombre pour pouvoir discerner quoi que ce soit…
- On leur pique ?… Comment elles vont être emmerdées!


On a emporté notre butin sur un banc du boulevard désert et on l’a tranquillement examiné : une culotte et un string blancs, un seul soutien-gorge, blanc aussi, une robe bleue, un tee shirt jaune paille et un pantalon assorti… De la poche arrière Victor a triomphalement extirpé une carte d’identité…
- C’est la mère Legrand !…
- Non ?!…
- Si !…
- Et ça doit être sa sœur l’autre… Elle est venue passer les vacances chez elle…
- Oh, putain !… Faut absolument qu’on arrive à les voir… - Facile… Elles sont coincées là-bas maintenant… Il va pas tarder à faire jour… On n’aura plus qu’à débouler par hasard… Et on s’est planqués, en attendant, sous les arcades…


- Les v’là !… Si, là-bas, c’est elles !…
- C’est pas vrai qu’elles vont rentrer comme ça ?!… Eh ben dis donc elles ont pas peur !…
- Mais alors forcément elles vont passer sous…


On a jeté leurs vêtements dans une poubelle et on est retournés là-bas… A la course…
- Ben où vous étiez passés ?…
- Arrêtez la musique !… Eteignez les lumières !… Vite… Faites pas de bruit et venez voir !… Ca va valoir le coup…
Tout le monde s’est agglutiné aux trois fenêtres sur la rue…
- Mais il y a rien…
- Chut !… Chut !… Attendez !…
Elles ont fini par apparaître en bas de la rue… Avec des tas de coups d’œil inquiets autour d’elles…
- Oh, la vache, mais elles sont à poil !…
Et tout le monde a regardé… Même les filles… Il y en a une qui a chuchoté derrière moi…
- C’est pas vrai que c’est Madame Legrand…
Elles se sont approchées… Tout près… En dessous… Un ronflement de moteur… Qui les a précipitées sous la porte cochère juste en face, plaquées contre elle, tournées vers nous…
- Ce pot qu’on a !…
En murmure à côté…
- Mais oui, mes chéries, montrez-nous bien vos chattes… Comment elle est touffue sa sœur, t’as vu ça ?… Et cette paire de lolos qu’elle a !…
Le moteur s’est éloigné… Elles sont reparties… Leurs deux paires de fesses ont majestueusement ondulé jusqu’à l’angle de la rue Paul Bert, ont disparu… Victor a poussé du coude…
- On leur dit pas que c’est nous, hein, pour leurs sapes! Ca craint…


Quelqu’un a rallumé… Ca a rigolé… Ca a commenté et puis ils ont voulu savoir…
- Ben alors racontez !… Qu’est-ce qui s’est passé ?… Qu’est-ce qu’elles foutent à poil dehors ?…
- Ca !… On en sait rien… Nous, on était juste descendus prendre un peu l’air… On les a vues, de loin, qui revenaient de la plage… Comme ça… Alors on s’est dit que sûrement elles remontaient chez elles, qu’elles allaient passer par ici… Et on a foncé, tu parles !




Version de la rue:

- Vous êtes pas au courant ?… Pour Madame Legrand… Vous êtes pas au courant ?…
- Non…
- Mais tout le monde parle plus que de ça !…
- Qu’est-ce qu’il y a eu ?…
- Il y a eu qu’avec sa sœur cette nuit elles ont profité de ce que leurs maris dormaient pour aller faire la java…
- C’est pas possible !…
- Si !… Et avec des gamins en plus !… Chez Molinaro ça s’est passé…
- Molinaro !…
- Molinaro, oui !… Et je peux vous dire que c’était quelque chose… Que ça y allait… L’alcool, le rat chiche et le reste… Tout !… Et elles il fallait pas leur en promettre à ce qu’il paraît…
- C’est pas croyable !…
- Mais le plus beau… vous savez pas le plus beau ?… Le plus beau c’est que tout ce joli monde a fini par aller faire ses cochonneries sur la plage…
- Non !…
- Si !…
- Et que je te vais avec l’un et que je te vais avec l’autre… Ah, elles s’en sont donné !… Elles s’en sont même tellement donné qu’elles ont fini par s’endormir là et que quand elles se sont réveillées – les autres étaient partis depuis longtemps – elles étaient incapables de savoir ce qu’elles avaient fichu de leurs vêtements… Vous croyez que ça les a dérangées ?… Pensez-vous !… Elles sont rentrées comme ça, toutes nues à travers les rues, en rigolant comme des folles… Seulement je peux vous dire que les maris ils leur avaient préparé un sacré comité d’accueil… Ca !…
- Pauvre monsieur Legrand !… Je le plains… Il est tellement gentil cet homme… Jamais un mot plus haut que l’autre… Toujours à se mettre en quatre pour vous rendre service…
- Ah ça, on peut dire qu’il a pas tiré le gros lot avec elle…
- Elle a pas toujours été comme ça pourtant !…
- Oui, oh !… Disons qu’elle cachait bien son jeu… Parce que quand on sort d’où elle sort… On peut faire illusion un moment, oui, mais le naturel reprend vite le dessus… La preuve !…

mardi 3 février 2009

Camping

Les Duval avaient beaucoup insisté…
- Mais si, viens avec nous !...C’est fabuleux la Bretagne… Et puis tu vas voir ce petit camping qu’on a découvert… Mais si, allez, viens!... Ce sera sympa…


C’était sympa… On ne parlait pas boulot… On prenait le temps de vivre : apéritifs interminables devant la tente, ventrées gigantesques d’huîtres et de moules, après-midi de plage ensoleillée…

Leur nièce Morgane les avait suivis… C’était une petite brunette de 20 ans aux yeux de feu qui examinait tout et tout le monde avec beaucoup d’attention, parlait peu et s’absorbait des heures entières dans ses lectures… J’aimais me lever tôt quand tout dormait encore, que le soleil n’était pas trop haut, la chaleur pas trop étouffante… Avant de partir seul pour une longue promenade en front de mer j’allais prendre une douche rapide… Dans toutes les parois qui séparaient les cabines de petits trous circulaires avaient été amoureusement et soigneusement percés, à bonne hauteur - sans doute par un voyeur impénitent - et le soir, au retour de la plage, j’en profitais, quand la chance me souriait, pour contempler avec ravissement les charmes de mes voisines de hasard… Mais le matin, à cette heure-là, il n’y avait généralement personne…

Sauf que ce matin-là… Un trottinement sur le ciment… Qui s’est arrêté… Quelqu’un est entré à côté… La porte métallique s’est refermée avec fracas… Un raclement de gorge… féminin !... Une aubaine… J’ai continué à me doucher tranquillement pour laisser à l’inconnue le temps de se déshabiller, de se mettre en place… Et je me suis penché d’un coup, l’œil brusquement rivé à l’orifice, pour me trouver nez à nez - si on peut dire - avec un autre œil en gros plan, vert , tout irisé de reflets dorés, un autre œil à la pupille dilatée qui s’est aussitôt évanoui…

Le silence de part et d’autre de la cloison… Un silence plein, compact, immobile qui s’est éternisé, figé dans l’attente… l’attente d’on ne savait trop quoi… De toute façon tant que je serais là elle ne se doucherait pas… Elle ne sortirait pas non plus… Alors je me suis décidé… J’ai quitté la cabine, puis le bloc sanitaire en traînant des pieds pour revenir aussitôt m’asseoir silencieusement sur le banc juste en face, déterminé à attendre le temps qu’il faudrait pour mettre un visage sur cet œil furtivement entraperçu… A l’intérieur elle s’était rassurée… L’eau a longuement coulé… Elle s’est lavée, rhabillée… Elle est sortie… C’était Morgane !… Morgane qui a poussé un petit cri d’épouvante en m’apercevant… qui a esquissé un mouvement de repli précipité vers la cabine… qui a renoncé… A quoi bon ?... Trop tard… Je l’avais vue… Ecarlate, elle est passée devant moi sans un mot, sans un regard… Et elle a fui… fui vers nos tentes là-bas… tête baissée… aussi vite qu’elle pouvait… Elle s’en est arrêtée à quelques mètres, m’a attendu sans se retourner… Quand je suis arrivé à sa hauteur elle a interrogé d’une voix blanche…
- Tu vas le dire ?...
Le regard implorant…
- Je sais pas… Ca dépend… Oui, ça dépend… Je vais faire un tour… Tu viens avec moi ?... On décidera…
On a marché côte à côte, sans un mot, jusqu’à la mer qu’on a longuement contemplée…
- Tu fais ça souvent ?…
- Oh non, non !… C’est la première fois…
J’ai éclaté de rire…
- Forcément !… C’est la première fois… Tu vas pas dire le contraire…
Elle m’a jeté un bref regard, s’est absorbée dans l’observation attentive d’un voilier qui dérivait lentement là-bas…
- Tu caches bien ton jeu, hein, finalement !… A te voir comme ça on te donnerait le bon Dieu sans confession… Et dès que l’occasion se présente tu vas examiner l’anatomie des messieurs… Oh, mais fais pas cette tête-là !… Ca t’intéresse… Et alors ?!… C’est parfaitement normal… C’est le contraire qui le serait pas…
Deux mouettes furieuses nous ont survolés en hurlant… - Mais dis-moi un truc… là… entre nous… Tu savais que c’était moi dans la cabine à côté ou bien c’était le hasard…
Elle a longuement joué avec ses mains, m’a regardé droit dans les yeux…
- De toute façon tu me croiras pas…
On est descendus sur la plage et on a longé la mer de tout près… Les vagues nous ont léché les pieds…
- Tu sais ce qu’on va faire ?… Demain matin on retournera là-bas… Et je te regarderai de la cabine d’à côté… Sinon je raconte tout…
- Tu diras rien… Tu serais aussi emmerdé que moi… Toi aussi t’as voulu voir…

Au retour les Duval étaient levés…
- Ben alors ?!… Où vous étiez passés ?… Oh, ils ont ramené les croissants… Vous êtes des amours…


Le lendemain matin, là-bas, j’ai attendu… Longtemps… Elle ne viendrait pas… Non, elle ne viendrait plus… J’allais renoncer quand… des pas enfin !… La porte juste à côté… Les frôlements soyeux des vêtements qu’on quitte… Et, à travers le petit orifice circulaire, elle est apparue plein cadre, de profil, du haut des cuisses aux hanches… L’eau a ruisselé… Tout en se savonnant elle a lentement… très lentement… progressivement… pivoté sur elle-même pour finalement m’abandonner complètement deux amours de petites fesses tendues et bombées à souhait… Longuement… Un brusque demi-tour sur elle-même… Quelques heureuses et brèves secondes pour me repaître avec bonheur de la fine toison en treillis sur le fendu délicieusement ciselé… Et elle a disparu… Le râpement de la serviette de bains sur la peau… C’était fini… A nouveau les vêtements… Je suis sorti… Elle aussi… Presque aussitôt…
- Bonjour !…
Ce n’était pas Morgane, mais la fille d’une grande tente bleue à l’autre bout du camping là-bas…


A midi on a gratté les moules devant la tente tous les deux … On était seuls : les Duval étaient partis chercher de la glace…
- Tu n’es pas venue ce matin…
- Non… Je me suis pas réveillée…
- Ce qui veut dire que si tu t’étais réveillée tu serais venue ?!
- J’ai pas dit ça…
- Tu veux pas que je te voie, hein, c’est ça ?!…
Elle a haussé les épaules…
- Oh, j’m’en fous de ça !…
- Mais c’est pas ça qui t’intéresse… Ce qui t’intéresse c’est…
- De toute façon c’est parfaitement normal, c’est toi qui l’as dit…
- Je l’ai dit, oui !…
- Non, c’est vrai, pourquoi vous, vous pourriez avoir envie de nous voir sans arrêt toutes nues et que nous on aurait pas le droit ?…
On s’est tus… Des gamins sont passés en courant dans l’allée… Elle a chassé une guêpe, avec agacement, du revers de la main…
- N’importe comment ça servirait à rien que je fasse semblant avec toi maintenant puisque de toute façon tu sais…
- Et ça t’ennuie que je sache ?…
Elle s’est penchée un peu plus bas encore sur la bassine…
- Oui… Oui et non… Personne savait jusque là… Mais d’un autre côté toi aussi tu fais pareil… Et ça peut être bien quand même que quelqu’un sache des fois… Même que ce soit un homme… Tu te sens moins toute seule…
- T’en as jamais parlé avec tes copines ?…
- Oui, oh ben alors là !… Pour quoi je passerais !…
- Et pourtant tu paries qu’elles font la même chose ?…
- Non… Mais elles en crèvent d’envie…

 

- Tu viens ?… Je vais te montrer quelque chose…
- C’est quoi ?…
- Viens !… Tu verras bien…
Et on a abandonné les Duval sur la plage dans la touffeur de l’après-midi…
- Où ils vont encore courir ces deux-là ?…
- On rentre… On a trop chaud…
J’ai pris la route de la corniche… Elle n’a plus rien demandé… plus rien dit… J’ai garé la voiture dans un petit chemin ombragé et on a attaqué le sentier à pied… - T’as pas vu là?… Zone militaire. Entrée interdite…
- T’occupe pas !… Viens !…
Tout au bout on s’est arrêtés, on s’est allongés côte à côte à plat ventre dans les ajoncs…
- Eh ben ?!… Qu’est-ce qu’il y a à voir ?…
- Attends !… Attends !… Ca va venir !…
A peine dix minutes et les premiers sont apparus en course échevelée vers la mer. Nus. Tout nus… Suivis d’une dizaine d’autres… D’autres… D’autres encore… Je lui ai tendu les jumelles… Elle les a prises sans un mot, sans détourner la tête…
- Dis… S’il te plaît… Ca t’ennuierait de me laisser toute seule ?Je te rejoindrai après… A la voiture…
Après… Longtemps après… Deux heures après…


Au retour dans les douches c’était l’affluence… On a sagement attendu notre tour, sur le banc, aux côtés d’un jeune homme qui lui coulait timidement par en dessous des regards enflammés… Trois cabines se sont presque simultanément libérées et elle s’est emparée, d’autorité, de celle du milieu… Je l’ai regardée regarder par l’autre trou, de l’autre côté, en face… La chevelure en pluie… La nuque… Le haut du dos dénudé… Longtemps… Et puis elle s’est redressée et elle est venue vers moi… Œil contre œil aussitôt… Comme la première fois… Œil dans l’œil… Mais elle ne s’est pas retirée… J’ai cédé… Je me suis relevé… Et je me suis douché tourné vers elle…

On est remontés lentement ensemble vers les tentes…
- Il s’est fait couler, lui, à côté !…
Sur un ton de tranquille constatation…
- Et sûrement en pensant à toi… Vu la façon dont il te regardait…
- En tout cas toi, même que tu croies le contraire, c’était la première fois que je te voyais… Si, c’est vrai, hein !… Elle a marqué une pause…
- J’aime bien quand vous vous déshabillez complètement le bout comme ça… Tu peux pas savoir ce que ça me fait…
Elle s’est arrêtée pour rattacher la lanière de sa sandale…
- Je te choque ?… - Ce qui me choque, c’est que tu regardes… tu regardes… mais tu montres pas beaucoup…
- Ca viendra…
- Quand ?… C’est après-demain qu’on rentre…
- C’est vrai… Déjà… Et merde !… Juste quand ça commençait à devenir intéressant…


- Tu m’y remmènes?…
- Où ça ?…
- Ben… à la plage des soldats, tiens !… Elle a fixé la route droit devant elle…
- Ca me déprime qu’on s’en aille…
- Tu vas retrouver tes copines… ton petit ami…
- Oh lui !… La seule chose qu’il a de bien, c’est quand ses potes viennent dormir chez lui… Il a pas de porte à sa salle de bains… Et c’est juste en face du lit… Jérémie… tu verrais ça ce truc qu’il a!… T’arrives même pas à croire que ça existe… Mais c’est pas ça que je préfère en fait… C’est quand ils savent pas qu’on les regarde les types… Qu’ils se croient tout seuls…
J’ai éteint le moteur…
- Je t’attends là, je suppose… Comme hier…
- Oui… Oui… Je préfère… Elles sont où les jumelles ?…
- Dans le coffre…
- Je te prends ton appareil photo aussi… J’y ferai gaffe…. J’te promets…


La dernière soirée on l’a interminablement prolongée au-dehors devant les tentes… Il faisait exceptionnellement chaud et elle n’était vêtue que d’un grand tee shirt blanc qui lui arrivait à mi-cuisses… Quand la nuit a commencé à tomber les Duval ont regagné leur lit… Nous, on a continué à chuchoter, plus d’une heure durant, face à face, dans la pénombre…
- On s’entend bien quand même !… Et puis tu comprends tout… Dommage qu’on se reverra plus…
- Bien sûr que si !… Si on veut…
- Oui, oh !… On dit toujours ça en vacances… Et puis après quand on est rentrés…
Les lampadaires du camping se sont éteints… La nuit s’est faite intense brusquement…
- Allons nous coucher, tiens !…
- Et dire que je t’aurai même pas vue toute nue…
- J’enlève mon tee shirt si tu veux… J’ai rien en dessous… Elle l’a fait, en doux frôlement soyeux…
- Tu vois ?…
Et elle a ri tout bas, de bon cœur… De la main, à tâtons, dans l’obscurité tout autour je me suis mis en quête de ma lampe de poche… Du bout du faisceau lumineux, dense et concentré, j’ai cherché ses pieds dans l’herbe… Ils n’y étaient pas : elle les avait relevés sur la chaise… Alors je suis lentement… très lentement remonté… J’ai trouvé les orteils… minutieusement détaillés… J’ai suivi la courbe du mollet, j’ai dessiné le genou, à petites touches rapides de lumière… Je me suis amoureusement attardé tout au long de la cuisse, encore et encore parcourue et reparcourue…Elle ne bougeait pas… Elle ne parlait pas… J’ai hésité et puis j’ai finalement pris la direction de la hanche, suivi les côtes, bifurqué vers le bras longé jusqu’à l’épaule, jusqu’au cou… Une lente, très lente descente mille et mille fois reprise… Les premiers contreforts du sein approché avec hésitation et puis franchement, délibérément enrobé et conquis… Tout ferme… Tout rond… Si émouvant… Je m’y suis installé… J’en ai doucement agacé et mordillé la pointe à petits suçons de lumière… L’autre… Et puis la pente du ventre jusqu’à la lisière de la toison où j’ai longuement séjourné… J’y ai pénétré… Je m’y suis enfoui avec volupté… L’encoche enfin jalousement refermée sur ses secrets… Lissée sur toute sa longueur avec obstination… Avec insistance… Avec délectation… Elle s’est imperceptiblement entrouverte… Alors j’ai éclairé mon désir dressé… ma main sur lui à la recherche de mon plaisir… Et je suis revenu aussitôt entre ses jambes… Elle… Moi… Elle… Moi… En un vertigineux va-et-vient… Elle s’est plus franchement… plus généreusement ouverte… écartée du bout des doigts… Ca a surgi sous son regard…

dimanche 25 janvier 2009

Petite culotte

- Ca te coûte rien d’essayer!… Tu vas quand même pas passer ta vie avec des migraines comme ça à te taper la tête contre les murs !… Parce que je peux te dire que pour moi ça a été drôlement efficace… C’était tous les jours ou presque mes crises de colique hépatique… Et depuis rien… Pas une !… - Il te fait quoi ?… - Il cherche d’abord d’où ça vient… Avec son pendule… Il te le passe partout… Des pieds à la tête… Parce que c’est rarement là où tu as mal que ça siège… C’est presque toujours ailleurs… C’est pour ça que les médecins c’est rare qu’ils trouvent… Moi, c’était dans la nuque… Alors t’as qu’à voir !… Après, quand il sait où c’est, il te travaille là… Avec ses mains… Et ça te fait un bien !… Tout de suite tu le sens, tu peux pas dire le contraire…

Il l’a fait asseoir… Des migraines… Bon… Qui survenaient quand ?… Dans des occasions particulières ?… - Non… Non… Pas spécialement…. Ca durait depuis ?… - Deux ans… A peu près… Et elle n’avait pas songé à s’en préoccuper avant ?… - Si !… Si !… Mon médecin m’a fait suivre un traitement… Qui n’avait rien donné… Evidemment !… Elle avait quel âge?… - 39 ans… Elle avait des enfants ?… - Oui… Deux… Pas d’autres problèmes de santé ?… - Non… Non… Aucun… - Bon… Venez avec moi… Dans une petite pièce attenante… - Vous allez vous déshabiller, vous allonger là et faire le vide en vous… Le plus possible… Je reviens d’ici une vingtaine de minutes… Et il a refermé la porte sur elle…

Elle s’est déshabillée… Le pull… Le pantalon… Elle s’est arrêtée… Est-ce qu’il fallait aussi enlever le reste ?… Il n’avait pas précisé… Oui… Sûrement il fallait… Il passait son pendule partout elle avait dit Emilie… Si les vêtements le gênaient ailleurs ils le gênaient là aussi… Forcément… C’était logique…

Elle a tout enlevé… Elle s’est allongée… Et elle a aussitôt été prise d’un doute… Et s’il fallait pas ?… Des petits bouts de tissu comme ça ne l’empêchaient sûrement pas de poser un diagnostic… C’était ridicule… Ca tenait pas debout… Elle s’est sentie nue… Terriblement nue… Plus nue que jamais toute seule dans cette petite pièce… Non, sûrement fallait pas… Elle s’est précipitamment relevée, elle a renfilé sa culotte et elle est retournée s’allonger…

Et s’il fallait quand même ?… C’était agaçant à la fin !… Comment savoir ?… Elle aurait l’air fine s’il fallait quand même… Elle l’imaginait… Elle le voyait… Elle l’entendait… - Enlevez votre culotte… Avec son petit air supérieur… Il était imbuvable ce type en fait… Puant de suffisance… - Enlevez votre culotte !… Et c’est devant lui qu’il faudrait le faire… Ah non !… Non, elle n’allait sûrement pas lui offrir cette satisfaction… Et elle l’a à nouveau retirée, dissimulée, sur la chaise, sous ses autres vêtements…

C’était idiot… Complètement idiot… Elle allait se relever pour la récupérer quand… son pas dans le couloir… qui s’est rapproché… Il est entré… - Oh, mais fallait garder votre culotte !… - Je savais pas, je… - Je vous avais pas demandé de la retirer… - Ben oui, mais… - Vous êtes la première… En quinze ans… Oui… La première… La seule… Toutes les autres jusqu’ici elles l’ont toujours gardée…

mardi 30 décembre 2008

Chambre 208

15 Juillet : Le type de la 117 j’ai vu sa queue… Ce matin, en leur apportant le petit déjeuner… Quand je suis entrée il était tout nu, face à la porte… Il racontait quelque chose à sa femme qui était restée dans le lit en faisant de grands gestes… Il m’a lancé un regard stupéfait et il a filé dans la salle de bains dont il a précipitamment refermé la porte… Elle a vaguement ri, mi-gênée, mi-complice… Je n’ai pas cillé…

Quand t’arrives avec tes plateaux comme ça, le matin, forcément il y a plein de choses à voir… Parce que les gens sont en train de se lever, encore à moitié endormis… Souvent, ils ont même complètement oublié qu’on allait leur apporter le petit déjeuner au lit… Ou bien ils ont pas vu passer l’heure… Et ils se méfient pas… Je remonte le couloir sans bruit… Je frappe… J’entre… Résolument… - Le petit déjeuner, messieurs-dames… J’adore ça les surprendre… Surtout les types… Il y en a des tout gênés, comme celui de tout à l’heure, qui se dépêchent de se cacher… Il y en a qui font semblant que non, mais on voit bien que si quand même… Il y en a aussi qui s’en foutent et d’autres qui font exprès d’être à poil quand tu rentres… Ca m’est égal… Du moment que j’en profite… Le tout c’est qu’ils s’en rendent pas compte… J’aime voir… C’est ma passion… Ma raison de vivre… Personne ne sait… Personne ne doit savoir… C’est mon secret… J’aime voir… Des queues… Des fesses… Des femmes aussi… Des couples… J’aime voir… J’aime tout voir…

 

 

 17 Juillet : Sous les draps, les petits jeunes de la 202 étaient en pleine action… Ils se sont aussitôt séparés, éloignés l’un de l’autre, réfugiés chacun à un bout du lit, rouges et confus… - Je vous le mets où ?… - Hein ?… Quoi ?… - Le plateau… Je vous le pose où ?… - Ah ! Oh là… Là… Entre eux… Sur le lit… En refermant la porte je l’ai entendue demander… - Tu crois qu’elle s’est rendu compte ?… - J’en sais rien… Sûrement… - Comment ça craint !… Mais j’ai rien vu… Malheureusement… Ou pas grand chose…

L’année dernière par contre il y en avait deux… C’était en Août… La 118… Ils baisaient sur le lit… Elle m’a vue… Elle a voulu l’interrompre, le repousser… Il n’y a rien eu à faire… Il était tout près de son plaisir… Plus rien d’autre ne comptait… Il ne voyait rien… Il n’entendait rien… Comment il y allait !… Comment elles remuaient ses fesses !… Un vrai régal… Il est retombé sur elle… Il a joui dans un grand râle…

Le truc le plus fou que j’aie jamais vu ça a quand même été – au tout début – la femme de la 109… Elle était toute seule… Toute nue sur le lit… Elle s’était bandé les yeux… Elle avait des écouteurs sur les oreilles… Et elle s’amusait avec un gode… Elle le faisait rentrer, sortir, courir le long de sa chatte, s’obstinait sur son bouton… En grands battements de jambes… Ouvertes, déployées, crispées, resserrées… En grandes ondulations éperdues du bassin… En grands gémissements affolés… Je suis restée… Qu’est-ce que je risquais ?… Je suis restée jusqu’à ce que son plaisir la fulgure… J’imagine la tête qu’elle a dû faire après quand elle a trouvé le plateau sur la petite table près de la fenêtre…

 

 

19 Juillet : J’en étais sûre… Ca sentait le couple illégitime à plein nez ça… Et les couples illégitimes c’est la chambre 208… Toujours… Forcément… Chaque fois que je peux… Chaque fois que c’est moi à la réception… Parce que les couples illégitimes neuf fois sur dix ça dure toute la nuit… Et ça fait pas semblant… Et moi, là, au-dessus, je suis aux premières loges… Il suffit de coller l’oreille au parquet et t’entends tout… Jusqu’au moindre soupir… Comme si t’étais dans la pièce avec… Tu vois pas, non, mais c’est presque encore mieux… Parce que t’imagines…

Ils sont montés tôt… Tellement tôt que j’ai raté le début… Le sommier grinçait déjà à toute allure et elle chantait son plaisir à pleine gorge… Avec un tel abandon que tout l’hôtel devait en profiter… Quelques minutes de répit en mots tendres murmurés doux et c’est reparti de plus belle… Et encore… Et encore… Ils se sont endormis à quatre heures du matin… Moi aussi…

Ils avaient réclamé le petit déjeuner pour sept heures… J’ai frappé… Un vague grognement… Je suis entrée… Dans la lumière du couloir qui tombait sur le lit, ils dormaient, épuisés… Lui, sur le ventre, à même les couvertures, complètement nu… Elle, dans une nuisette blanche dont les bretelles avaient glissé, découvrant deux seins de rêve dont les pointes étaient encore dressées… J’ai pris tout mon temps pour aller déposer le plateau sur la table près de la fenêtre, pour revenir jusqu’à la porte que j’ai refermée sans bruit après un dernier et long regard… Ils ne se sont pas réveillés…

A midi, en les servant au restaurant, j’ai eu tout le temps de les observer… Il a un certain charme, oui, mais finalement il est assez quelconque… Ce n’est pas le genre de type que tu remarques dans la rue… Mais alors elle !… D’une beauté à se mettre à genoux devant… Si j’étais un homme je sais pas quelles folies je serais capable de faire pour une femme comme ça… Et ce regard !… Il te transperce… Il s’empare de toi… Tu ne peux pas ne pas être à lui… Et sa voix ! Extraordinaire sa voix… D’un rauque profond, mystérieux, terriblement envoûtant…

 

 

20 Juillet : Au dessous la nuit a été beaucoup plus calme… Ils ont parlé en long ruisseau de mots ininterrompu… Ils ont fait l’amour… Juste une fois… Et ils se sont endormis…

Quand je leur ai apporté le petit déjeuner ils étaient levés, habillés, prêts à profiter d’une journée qui s’annonce tout particulièrement belle… Elle a voulu savoir ce qu’il y avait d’intéressant dans la région… - Vous qui êtes du pays… Ils ont eu droit à tout… Je ne leur ai pas fait grâce de la moindre curiosité locale…

Dès qu’ils ont été partis – je les ai suivis du regard tout au long de l’allée, puis sur la route, après, en contrebas – je suis montée faire leur chambre… C’est hallucinant la quantité de parfums qu’elle a… J’en ai essayé quelques-uns sur le dos de ma main… Et les sous-vêtements !… Un sac entier… Je les ai brassés… Avec volupté… Examinés un à un… J’ai fermé la porte à clé… Devant la glace de la salle de bains j’ai enfilé le string rouge avec le soutien-gorge assorti… Et puis la culotte de dentelle noire… Je n’ai pas pu me résoudre à la quitter… J’ai tourné de ci de là avec dans la chambre… J’ai examiné le reste de leurs affaires avec curiosité… Tout… Méthodiquement… J’ai ouvert le lit… Je m’y suis allongée… Il y avait son odeur… Mes mains m’ont cherchée… Quand je suis revenue à moi on m’appelait en bas…

 

 

21 Juillet : Ils sont rentrés à minuit, se sont aussitôt couchés, endormis…

Il feuilletait une revue tout habillé sur le lit… Il m’a souri… - Ah, le petit déj… La porte de la salle de bains était restée ouverte… Elle sortait de la douche… Elle était tournée vers moi… Un trop bref regard, au passage, à ses seins sublimes… Un autre, tout aussi rapide, en dessous… Et… Et je me suis immobilisée, pétrifiée : là, en bas, elle avait une bite et une paire de couilles !… Derrière moi il a ri de bon cœur… - Eh oui !… Ca surprend, hein, quand on sait pas… Oh, mais vas-y !… Vas-y !… Reluque !… Te gêne pas !… Instruis-toi !… C’est pas elle que ça dérange… Au contraire… Je me suis enfuie… Aussi vite que j’ai pu… A midi ils n’ont pas mangé là… Le soir non plus…

 

 

22 Juillet : Ils étaient complètement nus tous les deux… - Bonjour… - Bonjour… Je suis allée jusqu’à la table, près de la fenêtre, en regardant droit devant moi… Je suis revenue vers la porte et… Ca a été plus fort que moi… J’ai levé les yeux sur elle… Impossible de m’en empêcher… Impossible de m’arrêter… - Elle vaut le coup d’œil, ça c’est sûr … J’ai rougi, bafouillé… - Excusez-moi !… Je ne voulais pas… Je m’en vais… Je… Excusez-moi !… - T’en es pas encore revenue, hein ?… - Si… Non… Mais c’est qu’il… c’est qu’elle… il fait tellement femme aussi… Elle a plongé ses yeux droit dans les miens… - C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire… - Pour être femme elle est femme, ça, on peut pas dire… Jusqu’au bout des ongles… Non, mais regarde-moi cette paire de lolos !… Il a passé la main dessous… - Regarde !… Il y en a beaucoup qui aimeraient en avoir des comme ça, non, tu crois pas ?… - Oh si !… Il les a doucement caressés, en a fait durcir la pointe, y a posé ses lèvres… Leurs deux queues se sont élancées, déployées… - Tu veux nous regarder ensemble ?… Hein ?… Tu veux ?… Allez, va fermer la porte…

vendredi 12 décembre 2008

Aperçus

- Qu’est-ce tu fais là, toi ?… C’était Silène… - Ben et toi ?… - J’habite la résidence juste derrière… - Et moi sur la butte là-haut… On a éclaté de rire… Alors là c’était la meilleure !… Quatre ans qu’on était collègues, dans la même boîte, et on ne savait même pas qu’on était voisins… - A peine cinq cents mètres, tu te rends compte !… Du coup on a décidé de rouler ensemble… A tour de rôle… Parce que la route tout seul!… - Et ça finit par revenir cher à force !…

Elle passait me chercher… Je passais la chercher… On profitait des cinquante kilomètres de trajet pour faire vraiment connaissance… Parce qu’il fallait bien reconnaître que dans le cadre du boulot ça ne s’y était pas, jusque là, vraiment prêté… Elle était restée mariée six ans, vivait seule depuis dix mois et n’envisageait pas le moins du monde de refaire sa vie… Elle tenait beaucoup trop à sa liberté fraîchement reconquise… - Pour en faire quoi ?… - Plein de choses… - Mais encore ?… Il n’y avait pas moyen d’en savoir plus…

- T’es pressé ?… - Non… Pourquoi ?… On passait, ce soir-là, sur la route du retour, à proximité d’un centre commercial… - J’ai du monde ce soir et j’ai plus d’apéro… - Ca tombe bien… Moi aussi j’aurais deux ou trois bricoles à acheter… Au rayon alcools elle s’est accroupie, genoux serrés dans sa petite robe rouge, pour examiner ce qui était exposé tout en bas… - C’est là qu’ils mettent ce qu’il y a de moins cher… Pas fous !… Elle s’est emparée d’une bouteille de whisky… Elle a mal assuré sa prise… La bouteille lui a échappé… Elle a voulu la rattraper en catastrophe… Son équilibre s’en est trouvé un instant sérieusement compromis… Pour le rétablir elle a, d’instinct, en un réflexe spontané, ouvert les jambes au large… Et j’ai vu… - brièvement, trop brièvement - mais j’ai vu… la délicieuse encoche ciselée à nu…

On a regagné la voiture… - Faut bien reconnaître qu’on touche des salaires de misère, hein !… Elle m’a coulé de côté un long regard interrogateur… - Ben oui !… Même pas de quoi se payer une culotte… - Oh, c’est vraiment le truc idiot… Tu vas rire… J’en avais pas sous la main quand je me suis habillée… Fallait que je remonte là-haut… Je me suis dit que j’irais après… Mais j’étais complètement à la bourre ce matin… J’ai couru à droite… J’ai couru à gauche… Je voulais pas te faire attendre… Et… pour finir j’ai complètement oublié… - Et t’as pas pensé à profiter de la pause de midi pour courir en acheter une ?… Faut croire que ça te manquait pas beaucoup… Que c’était pas si désagréable que ça finalement… Elle n’a pas répondu… Elle a fixé la route droit devant elle… - Non, c’est bien imaginé ton histoire, mais ça tient pas debout une seule seconde… Un petit rire un peu gêné… - Oui… Bon… Je suis grillée, quoi !… - Mais t’inquiète pas !… Ca restera entre nous…

Le lendemain, à peine étions-nous montés dans la voiture que j’ai voulu savoir… - T’en as une aujourd’hui ?… - A ton avis ?… - Oui… Non… J’en sais rien, moi !… Elle a haussé les épaules… - Qu’est-ce que ça peut te faire n’importe comment !… - Quel pied on doit prendre quand même à se balader comme ça, sans rien en dessous, pendant des journées entières !… Non ?… - Si !… Tu te sens libre… Sans contraintes… - Et se dire en plus que personne ne sait rien, ne se doute de rien quel sentiment fabuleux ça doit être!… J’imagine quand Magnier te convoque dans son bureau ou que tu restes penchée des heures et des heures sur les maquettes avec les types de la section B… Ah, je vais regarder tout ça d’un autre œil, moi, maintenant, là-bas!… Sauf que j’arrêterai pas de me demander douloureusement si t’en as une ou pas… Tu veux pas me dire ?… Vraiment ?… - J’en ai jamais quand je suis en robe ou en jupe… Toujours quand je suis en pantalon… - Merci…

Elle n’éprouvait pas de véritable réticence à en parler… Et je m’étais allègrement engouffré dans la brèche… - C’est la première fois ?… - La première fois que quoi ?… - Que tu te fais prendre sur le fait ?… - Par quelqu’un que je connais, oui !… - Un jour ou l’autre ça devait arriver… Tu savais qu’un jour ou l’autre ça arriverait… Forcément … Comment ça doit contribuer à l’excitation… Comment ça doit faire monter l’adrénaline… Se dire qu’à tout moment n’importe quoi peut se produire… Sans qu’on puisse prévoir où… Ni dans quelles conditions… Avec quelles conséquences… Ce qu’on doit le redouter !… Tout en en ayant, en même temps, terriblement envie… Non ?… - Comment tu sais ça, toi ?… - Tu te rends compte si ça t’arrivait au boulot ?… Ta robe qui s’accroche quelque part… Ton siège qui se renverse… Ou autre chose… Ne me dis pas que tu n’y as pas pensé… Que tu ne l’as pas mille et mille fois délicieusement appréhendé… - Oui, ben alors là, au boulot, ça me ferait pas rire du tout… - N’empêche que tu en prendre quand même le risque…

- Et des inconnus ?… Il y en a qui se sont déjà rendu compte ?… - Tu fais moins attention avec des inconnus… - Ce qui veut dire que tu t’arranges pour qu’ils s’en aperçoivent tout en ayant l’air de ne pas le faire exprès… Elle a ri… De bon cœur… - C’est à peu près ça… Mais faut quand même pas exagérer.. C’est pas systématique… - Et ils réagissent comment ?… - Ca dépend… Il y en a qui font semblant de rien… Il y en a qui écarquillent de grands yeux stupéfaits… Mais la plupart tu sais pas… Tu peux quand même pas aller les regarder sous le nez pour voir quel effet tu leur fais… - Tu sais ce qu’il te faudrait ?… C’est un espion… Un espion attentif et discret qui surveillerait les réactions des uns et des autres et te ferait, après, un rapport circonstancié… Et c’est un rôle qui me conviendrait parfaitement, non, tu crois pas ?…

Elle a traversé le parking du centre commercial jusqu’à la voiture, en poussant tranquillement son chariot… Elle a ouvert le coffre, s’est penchée pour y ranger les courses… La jupe est remontée haut, découvrant les fesses… Un vieux monsieur, juste en face, les a goulûment fixées… Sa femme a suivi son regard et, la bouche arrondie en un « Oh » de muette réprobation, l’a furieusement tiré par la manche… Elle s’est penchée plus avant encore, jusqu’au fond du coffre, offrant une vue imprenable, insolente, sur ses replis secrets… Une camionnette a ralenti, klaxonné… A l’intérieur les trois ouvriers, en bleu de travail, étaient hilares… Un jeune homme qui courait, tête baissée, l’a brusquement relevée… Toutes ses provisions se sont éparpillées à ses pieds… Elle s’est lentement redressée, a claqué le coffre, contourné la voiture, s’est installée au volant… Je l’ai rejointe… - Alors ?!…

Pour son pot d’adieu – il partait enfin à la retraite – Mélisson avait fait les choses en grand… Buffet titanesque… Champagne à gogo… Toute la boîte était là… Le grand directeur était même tout spécialement revenu de Bratislava… Ce qui n’a pas empêché Barbier d’engloutir une quantité impressionnante de coupes de champagne… Et presque autant de verres de whisky… Il était persuadé qu’il avait de l’humour… Beaucoup d’humour… L’occasion ou jamais pour lui de briller de tous ses feux… Il était entouré d’une cour d’admiratrices qui gloussaient à chacun de ses bons mots… Avec de moins en moins de retenue… Un grand éclat de rire… Tous les regards ont convergé vers eux : il en avait capturé une qu’il promenait sur ses deux bras tendus tout autour de la salle… A côté de moi Silène a murmuré… - Quel crétin ce Barbier!… La même chose avec une autre qui a battu tant et plus des jambes en poussant de grands cris… Il l’a reposée et il est venu vers nous… - Ben alors !… C’est quoi ces têtes d’enterrement ?… On sait pas s’amuser dans ce coin ?… Je vais vous arranger ça, moi !… Silène a senti le danger… Elle a voulu discrètement s’éclipser… C’est ce qui l’a perdue… Il l’a happée au passage… - Allez, hop !… Elle a voulu résister, s’est débattue… Il a insisté, l’a soulevée, renversée… La robe est remontée haut, très haut… Tout le monde a vu…

Les tribulations d'un voyeur en herbe

C’était décidé : en Août, pendant mes vacances, je passais à l’acte… A mon tour !… A mon tour d’adresser aux sites Internet qui s’en étaient fait une spécialité des photos de rêve : couples surpris en pleine action aux tréfonds d’une clairière reculée… Innocentes naïades abandonnées, dans le plus simple appareil, aux caresses du soleil sur des plages apparemment désertes… Jeunes stringueuses court vêtues penchées trop loin, trop bas dans les bacs à produits surgelés des grandes surfaces… La chance - j’en étais convaincu - me sourirait et je rapporterais, de mon périple, une abondante moisson…

Au jour J - le 1er Août - j’étais fin prêt… Il ne me restait plus qu’à charger tout mon matériel - un imposant arsenal : un appareil numérique, deux appareils optiques, des zooms, des filtres, une douzaine de pellicules - dans la voiture et à gagner Argelès que je m’étais choisie comme base d’opérations…

Dès l’aube, le lendemain, j’étais sur le pont… J’ai parcouru des kilomètres de plage… procédé à de multiples repérages… arpenté les rues… exploré les commerces… quadrillé les environs immédiats… tenté quelques lointaines incursions dans l’arrière-pays… Et je me suis mis résolument en chasse… J’ai consacré à ma quête toutes mes journées, tout mon temps, toute mon énergie, toute ma passion…

Pour de bien piètres résultats… Une semaine plus tard je n’étais en possession que de quelques clichés, pour la plupart décevants : bien loin de se dissimuler, pour m’offrir le plaisir de lui voler secrètement son intimité, le seul couple que j’avais « saisi » cherchait de toute évidence à attirer l’attention… Quant aux baigneuses, dont les plages regorgeaient, elles affichaient trop ouvertement leurs charmes pour susciter mon intérêt… Ce que je voulais c’était m’emparer de ce qu’on cherchait à me dérober… J’avais bien réussi à capturer un petit bout de culotte par ci, le dénivelé d’un sein furtivement à découvert par là… C’était peu… C’était maigre… C’était frustrant…

J’ai alors décidé de marquer une pause et de m’octroyer un jour de « congé » pour aller réaliser, dans les gorges de Galamus, des photos plus traditionnelles… Enthousiasmé par la beauté des paysages je m’arrêtais tous les cent mètres, jouais de l’obturateur, remontais en voiture, repartais…

En début d’après-midi j’ai voulu aller examiner de plus près une vieille bâtisse à demi écroulée que j’avais aperçue de la route, en contrebas, tout au bord de la rivière… On y accédait par un sentier escarpé mangé de ronces… Je touchais tout juste au but quand… deux voix entremêlées, l’une masculine, l’autre féminine, sur la berge, de l’autre côté… Le cœur battant, je me suis précipitamment réfugié à l’abri du seul mur encore valide de ce qui avait dû être autrefois un moulin… Les vestiges d’une minuscule fenêtre constituaient un poste d’observation idéal à l’abri duquel je les ai vus apparaître - un jeune couple, d’une trentaine d’années - au détour d’un bouquet d’arbres…

Ils ont longé la rive, tendrement enlacés l’un à l’autre… Ils ont hésité, longuement parlementé et finalement décidé de s’installer là, juste en face, pour mon plus grand ravissement… Tout près… Si près… Il a soigneusement étalé une couverture dans l’herbe… - On sera bien là… On sera tranquilles… Ils se sont allongés… Ils étaient tournés vers moi… Il l’a attirée contre lui, embrassée, caressée… Les seins ont jailli, superbes, éblouissants dans le soleil… Il les a pris l’un après l’autre dans sa bouche… La robe est remontée haut sur les cuisses… Il a glissé sa main dans la culotte et elle a doucement ondulé… De plus en plus haut… De plus en plus fort… De plus en plus vite… La culotte est enfin tombée… Je prenais cliché sur cliché sans m’accorder le moindre répit… Quand il a été enfin en elle elle a d’abord gémi, à petites plaintes sanglotées, avant d’élancer son plaisir en longues trilles éperdues… Ils sont retombés, comblés, apaisés… Et elle s’est abandonnée à moi, ouverte, impudique… Longtemps…

Aussitôt qu’ils ont été partis j’ai couru mettre mon trésor à l’abri dans le coffre de la voiture… Je me suis installé au volant, mais j’avais trop envie de prolonger ce moment… Je suis redescendu… J’ai traversé, de l’eau jusqu’aux genoux… Là où ils avaient été l’herbe était couchée… Je m’y suis étendu… Et, nu, je me suis donné mon plaisir, ivre des images qu’ils m’avaient offertes et qui m’emplissaient tout entier… Je me suis vaguement assoupi… endormi…

Au réveil plus loin là-bas la rivière formait une anse où elle paraissait plus ample, plus profonde… J’ai voulu aller y nager… Je me suis laissé porter, dériver… J’étais bien… Plus rien d’autre ne comptait que les caresses de l’eau qui m’épousait au plus près…

Il fallait bien pourtant finir par rentrer… Je suis retourné récupérer mes vêtements… Mes vêtements ?… Ils étaient passés où ?… C’était bien là pourtant, en face des ruines du moulin, que je les avais laissés… Il m’a fallu un bon moment pour l’admettre : ils avaient disparu… Les salauds !… Et… la voiture ?!… Les clés étaient dans ma poche… Je me suis précipité jusqu’à la route… aussi vite que j’ai pu… La voiture !… Avec tout le matériel… et les photos… La voiture !… Elle n’était plus là…

Bon !… Et maintenant on faisait quoi ?… J’étais nu comme un ver à des kilomètres de tout… Quelle solution ?… Entreprendre la route à pied ?… Inconcevable… Non… Il n’y avait qu’une issue… Arrêter une voiture et expliquer, du moins en partie, ma situation… Allez !… Mais… pas si simple… Dès que j’entendais approcher un moteur je m’avançais jusqu’au bord de la route et… je plongeais dans les fourrés quand la voiture apparaissait au détour du virage… La prochaine, oui, la prochaine… Dix fois… Vingt fois…

Le jour commençait à baisser… Il fallait bien en sortir d’une façon ou d’une autre… J’ai pris sur moi… Je suis resté stoïque, bien en vue… J’ai fait signe… La voiture est passée, klaxon bloqué… La suivante a ralenti, s’est arrêtée… Trois jeunes… Qui m’ont abreuvé d’injures…

La huitième… Un couple… La femme a baissé la vitre… Je les ai tout de suite reconnus… C’était eux… Eux de ce matin… J’ai balbutié… - Je me baignais là en bas… Et… Et… On m’a volé mes vêtements… et la voiture… - Mon pauvre monsieur !… Mais ça semblait follement l’amuser… - Eh bien montez !… On a roulé en silence… C’est lui qui l’a rompu… - Vous voulez qu’on vous emmène où ?… - A la gendarmerie… - Dans cette tenue ?… Et elle a éclaté de rire…

C’était une petite maison un peu à l’écart… - Venez !… Je les ai suivis… Dans l’allée… Sur le perron… Dans leur chambre… Elle a ouvert l’armoire… Elle a pris tout son temps… - Essayez ça !… Elle m’a regardé faire… - Non !… Ca vous serre beaucoup trop… Ca plutôt !… J’ai enfilé… retiré… encore enfilé… Elle prenait un plaisir évident à faire durer… Encore… Et encore… Elle m’a jeté un dernier coup d’œil… - Oui… Oui… Ca devrait aller…

Sur le parking de la gendarmerie ils se sont garés juste à côté de… ma voiture… Les clés étaient au volant… mes vêtements soigneusement disposés sur le siège… les appareils toujours dans le coffre, mais… toutes les pellicules avaient disparu…

Sur le fauteuil

Tout a commencé comme ça : quelqu’un avait oublié une revue sur la banquette du café que nous fréquentions beaucoup plus assidûment, Amaelle et moi, que les amphis de la Fac de droit… Je l’ai distraitement feuilletée… - Tiens, c’est marrant, écoute !… Un sondage : 87% des hommes et 69% des femmes reconnaissent se masturber régulièrement… Quelle conclusion on peut en tirer à ton avis?… - Pas la moindre idée… - Que 13% des hommes et 31% des femmes sont encore trop coincés pour l’avouer… Elle a éclaté de rire… - C’est pas complètement faux !… - T’en fais partie ?… Elle a haussé les épaules… - J’irais pas le chanter sur les toits, mais je vois pas pourquoi je m’en défendrais… J’ai toujours considéré ça comme parfaitement naturel… Pas toi ?… - Moi ?… Je suis un fervent pratiquant depuis de longues années… Depuis que je suis en âge de l’être…

On en a reparlé le lendemain… - Il le sait Fabrice que tu te câlines toute seule…? - Oui, ben alors là !… Pas question d’aborder le sujet avec lui !… La seule chose qu’il serait capable d’en conclure c’est qu’il ne me satisfait pas puisque j’ai besoin de ça… Ca n’a rien à voir, mais comment elle en prendrait un coup sa fierté de mâle… Et toi, Anne, elle est au courant ?… - Oh, Anne, ça ne lui viendrait même pas à l’idée que je puisse en avoir envie puisque je l’aime…

Le surlendemain aussi… - Je le dirais pas à n’importe qui - pour quoi je passerais ?… - Mais un type le plus souvent il te gâche ton plaisir plus qu’autre chose… Il est dans sa tête à lui… Même s’il te connnaît bien, s’il essaie de te faire des trucs que tu aimes, c’est presque jamais ceux que tu aurais voulu à ce moment-là… Ou pas de la façon qu’il aurait fallu à ce moment-là… Tandis que toute seule !… C’est toi qui mènes le jeu… à ton rythme… avec tes images… comme tu veux… Tu les prends, tu les abandonnes, t’en fais venir d’autres… Tu peux te mettre et mettre les autres dans toutes les situations dont tu as envie… Tu n’es jamais déçue… Jamais…

Elle a voulu savoir… - Mais t’es pas obligé de me répondre… A quoi tu penses, toi, quand tu te le fais ?… - Ca dépend… Des jours… Du moment… De mon humeur… De tas de choses… Souvent ça part d’un petit rien… D’un coup de vent qui fait voltiger une robe, qui me laisse furtivement entrevoir une petite culotte… Du rideau d’une cabine d’essayage mal tiré… D’un regard croisé particulièrement appuyé… Dès que je suis seul je revis la scène, je la fais durer, je brode tant et plus… Ca part dans tous les sens… Ca m’emmène où ça veut… dans les endroits de moi-même les plus invraisemblables… - Je connais ça aussi… - Et puis j’ai mes histoires, des histoires qui me suivent depuis toujours… Qui sont chevillées à moi… Qui s’imposent quand elles l’ont, elles, décidé… - Et qui ne doivent surtout pas être racontées… Elles en perdraient tout leur pouvoir… Ca aussi je le sais…

Elle a plongé ses yeux droit dans les miens… - Et à moi, tu y penses des fois pendant ?… - Si je te dis que non, tu me croiras ?… - Non… - J’y ai toujours pensé… Au lycée il y avait trois ou quatre filles de la classe que je ramenais avec moi presque tous les soirs… Tu en faisais partie… - C’était qui les autres ?… - Anaïs… Caelia… Romane… Amina… - Tu as bon goût… Et maintenant ?… - Maintenant… maintenant on est tout le temps ensemble tous les deux… Toute la journée… Partout… En amphi… En TP… A la bibliothèque… Au resto U… Ici, au café… Tu es là, constamment à portée de regard… On se parle… On en parle… Alors forcément tu es aussi avec moi quand je le fais… Il y a même des fois où… - Où ?… - Où j’ai hâte de te quitter pour aller te retrouver… Et toi ?… Tu me fais venir ?… - Oui… De plus en plus souvent… De plus en plus longtemps… - Et tu imagines quoi ?… - Qu’on le fait tous les deux ensemble… côte à côte… Sans qu’il se passe rien d’autre… - Ca, c’est vraiment pas difficile à réaliser…

On n’a pas voulu que ce soit tout de suite… Pour avoir le temps d’y penser… D’en avoir envie… De l’imaginer… Chacun de son côté… Ou ensemble… On en parlait… On se racontait comment ce serait… Ca se déployait en mots… Ca existait… C’était comme si ça avait eu vraiment lieu… Alors on changeait… Autre chose… Autrement… Jusqu’au jour où… - On le fait ?… On le fait vraiment ?…

On a roulé jusqu’à la mer… On l’a longée… On l’a laissée nous lécher les pieds… On a imprimé nos pas dans le sable… On a beaucoup parlé… Mais pas de ça… Pas une seule fois… Et puis elle a voulu se baigner et on s’est poursuivis en grandes gerbes d’éclaboussures heureuses…

Le soir, on a dîné aux chandelles, d’huîtres, de moules et de vin blanc dans une petite auberge à glycine et volets bleus… On est restés à discuter, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que, autour de nous, toutes les autres tables aient été libérées…

Je me suis couché le premier… Elle m’a rejoint dans l’obscurité, s’est silencieusement coulée auprès de moi dans le lit… Il s’est passé du temps… Beaucoup de temps… Et puis comme un frémissement à côté… une vibration… un tremblement… Mes doigts sont descendus se refermer sur moi… Elle a respiré plus vite, plus profond… Ca s’est affirmé… amplifié… en moutonnements délivrés… Une jambe est venue se poser contre ma cuisse, s’y est appuyée, ancrée… J’ai accéléré mon mouvement de va-et-vient… Elle a haleté, doucement gémi, s’est plainte, cabrée… Elle a déferlé… Je me suis répandu… Au hasard… Elle m’a recueilli du bout des doigts et est retournée vers elle…

Au réveil il faisait grand jour… Appuyée sur un coude, le menton dans la main, elle me regardait… On s’est souri… - Tu pensais à quoi, pendant, cette nuit?… - Qu’on le faisait dans notre café… Sous la table… Avec tous les gens autour qui pouvaient nous voir… Et toi ?… Elle a ri… - En plein amphi… Sans nous cacher… Avec tous les regards sur nous… Tu aurais vu leurs têtes !… Elle a repoussé drap et couverture jusqu’au pied du lit… - On recommence ?…

C’était deux jours plus tard… Dans le grand amphi… Pendant le cours de droit administratif… On était assis côte à côte… Elle avait étalé son manteau sur ses genoux… Elle s’est appuyée contre moi, épaule contre épaule… Et elle a bougé… Imperceptiblement… Un remous qui a gagné tout le bras… Qui a pris consistance… A rythme plein… Echevelé… Elle a renversé la tête en arrière, s’est abandonnée contre moi… Elle s’est redressée, a chuchoté… - Ce sera ton tour tout-à-l’heure au café…

- Eh bien vas-y !… A la table juste à côté la fille semblait absorbée par son livre… Plus loin deux types étaient engagés dans une conversation à grands gestes animés… Plus loin encore un couple d’amoureux s’embrassait à bouche-que-veux-tu… J’ai glissé ma main dans mon pantalon… J’ai laissé mes yeux dans les siens… Jusqu’au bout… - Tu sais pas quoi ?… Te retourne pas, mais je crois bien que les trois filles derrière toi elles se sont aperçues de quelque chose…

- On repart le week end prochain ?… - T’as pas peur qu’il finisse par se poser des questions Fabrice ?… - Oh, Fabrice !… Il y en a que pour le foot en ce moment !… Ils partent en déplacement je sais pas où… Il s’apercevra même pas que j’étais pas là… Et toi, Anne ?… - Elle va chez ses parents… Et comme je suis indésirable là-bas… - Eh bien on part alors !… Tu me laisses faire… Je m’occupe de tout…

C’était un château de rêve perdu au milieu des bois… Une suite avec lit à baldaquin et baignoire à remous… - T’es complètement folle !… Ca doit coûter les yeux de la tête un truc pareil… - T’occupe !… C’est mes oignons… On a passé l’après-midi à arpenter lentement, au hasard, les rues d’une ville inconnue… En entrant de temps à autre dans une boutique… En regardant passer la foule, attablés à une terrasse de café… - C’est drôlement important pour moi, tu sais, d’être ensemble comme ça avant… De nous créer un climat, une ambiance à nous… On est bien… C’est ça qui me donne envie, à moi, qu’on se regarde le faire…

Elle a appelé de la chambre à côté… - Ca y est… Tu peux venir… Allume !… Elle était assise, complètement nue, sur l’un des deux grands fauteuils droits, une jambe passée, de chaque côté, par dessus les accoudoirs… Elle m’a fait signe… Je me suis déshabillé et je me suis installé dans l’autre, tout près, mes genoux contre les siens… Et je l’ai regardée… Les seins lourds, fermes, veinés de bleu… L’encoche en bas à nu sur ses replis dentelés, feuilletés, ombrés… L’entrée offerte de son réduit d’amour… J’ai regardé… Et elle m’a regardé regarder… Longtemps…

Elle s’est posé une main en bas… - Ils sont là… Tu les vois ?… - Qui ça?… - Eux… Fabrice… Anne… Les copains de la fac… Ceux du café… Tous ceux de tous les jours… Tous… Ils sont tous là… Et elle s’est lissée… Avec impatience… Avec emportement… De haut en bas… De bas en haut… - Oui… Ils sont là… Et elle a pressé son bouton, l’a titillé, écrasé, torturé… Avec obstination… Avec délices… Je l’ai accompagnée en laissant le gland bien à découvert - longuement - à chaque allée et venue… - T’as vu comment ils nous regardent ?… Ils n’en peuvent plus… Elle a rentré un doigt… Un autre… Son souffle s’est fait plus court… Ses lèvres se sont entrouvertes… Ses yeux se sont embrumés… - Comment elles sont dressées leurs queues !… C’est pour moi… Rien que pour moi… Et les filles !… T’as vu les filles ?… Elle s’est cabrée et a tout doucement sangloté un bonheur que j’avais attendu pour libérer le mien… On est restés un long moment comme ça… Sans parler… Sans bouger… Et puis : - Tu sais ce que j’aimerais un jour ?… C’est me le faire pendant que j’ai un homme en moi…