Mercredi 30 Août 2034
- Je peux te parler ?…
- Ben oui… Oui…
Evidemment qu’elle pouvait me parler Monelle… Ce n’était pas vraiment le
moment. J’avais autre chose en tête, mais bon…
- T’as des nouvelles ?…
- Des nouvelles ?…
- De Valentine…
- Ah… Non… Non… Pas récemment… Non…
- Moi, si !… Par Zanella… Et ça s’arrange pas… On n’est pas près de les
revoir… Elles sont en train de s’organiser leur petite vie là-bas… Toutes les
deux… Et n’ont pas du tout l’intention, dans l’immédiat, de revenir ici… Mais
alors là pas du tout… Du coup on a tout intérêt, nous, à prendre d’autres
dispositions…
- D’autres dispositions ?… Quelles dispositions ?…
- Matérielles… Parce qu’on a été jusqu’à six ici… On n’est plus que trois…
Peut-être deux… Je ne sais pas quelles sont tes intentions avec cette fille que
tu as ramenée, mais financièrement ça risque de rapidement tirer… De mon côté
en tout cas…
- Du mien aussi… Je te rassure… Si on peut dire… Du mien aussi…
- Alors il y a pas trente-six solutions… Il faut qu’on trouve des filles pour
venir vivre avec nous…
- Oui, mais qui ?… T’as quelqu’un en vue, toi ?…
- Peut-être, oui…
- Qui ?…
- Une fille du boulot avec sa copine…
- Ce sont pas des chieuses au moins ?…
- Si c’était des chieuses je t’en aurais pas parlé… Non… Il y aura pas
d’embrouilles avec elles… Et puis Fanette est une cuisinière hors pair…
20 heures
A moins qu’il ne s’agisse – c’est possible – d’une coïncidence Zaza a
probablement entendu la conversation que j’ai eue tout à l’heure avec
Monelle : elle vient de me proposer de « participer aux frais
d’hébergement »…
- J’ai des sous, vous savez !… Et pas mal même !… Qu’on écoute aux
portes m’a toujours profondément ulcérée, mais venant de sa part à elle,
curieusement, cela ne me gêne pas vraiment. J’ai presque envie de dire :
au contraire… Si elle me « surveille » c’est qu’elle éprouve pour moi
un intérêt véritable, pour ne pas dire une véritable passion, c’est qu’elle ne
vit qu’à travers moi. Ca a quelque chose de profondément rassurant : si je
courais le moindre danger je suis certaine qu’elle volerait à mon secours. Et,
en ce moment, beaucoup plus que d’habitude j’ai besoin d’être rassurée…
J’ai accepté sa proposition, mais pourquoi diable ne lui ai-je pas, de
moi-même, demandé une participation ?… Ca allait pourtant de soi… Parce
que, dans mon esprit, elle a forcément un statut à part ?… Parce que pour
moi il coulait de source qu’elle était désargentée ?… Ou bien plutôt parce
que je n’avais pas vraiment envie d’officialiser sa présence ici ?… Que je
ne comptais pas l’y garder à demeure ?… Que je voulais me réserver la
possibilité de m’en débarrasser à tout moment ?… De toute façon le jour où
je l’aurai décidé… si je le décide… elle giclera… Ca ne fait pas l’ombre d’un
doute…
Jeudi 31 Août 2034
C’est le grand jour. Ce soir IL sera là. A condition que… mais non : je ne
veux pas imaginer le pire. Il sera là. Oh oui, oui, il sera là…
J’ai fait un saut là-bas tout à l’heure pour apprivoiser un peu les lieux. Je
m’attendais à y trouver une Iliona affairée, fébrile, ne sachant plus où donner
de la tête. A ma grande surprise non. Elle n’était pas là. Par contre l’une des
locataires du rez de chaussée – une femme qui ne doit pas avoir loin de 80 ans
– m’a littéralement fondu dessus. Et passée à la question. J’étais qui ?…
Je faisais quoi dans la vie ?… Et avant j’habitais où ?… Et l’autre
femme, celle qui était venue installer l’appartement, elle était quoi par
rapport à moi ?… C’était mon amie ou seulement une copine ?… On
comptait rester longtemps ou c’était juste transitoire ?… J’ai été aussi
évasive que possible en faisant tout pour ne pas le paraître. Inutile de
l’indisposer contre nous. Mais j’ai bien peur qu’il y ait, de ce côté-là, un
véritable danger. Voilà quelqu’un qui va manifestement passer son temps à épier
et qui ne manquera pas de découvrir, un jour ou l’autre – et à mon avis assez rapidement – qu’il y a, dans l’appartement,
une troisième personne dont on s’emploie à dissimuler l’existence. Ce qui me
paraît être – de plus en plus – une erreur monumentale. Mieux vaudrait jouer
partiellement franc jeu et admettre qu’on héberge quelqu’un. Quitte à prétendre
qu’il s’agit d’une femme qui, pour x raisons, ne peut pas ou ne veut pas
rencontrer qui que ce soit…
19 heures
Ca n’a pas perdu de temps : elles sont déjà là. Vionne et Fanette.
Quasiment installées. Ou peu s’en faut. Sympathiques. Pour autant que je puisse
en juger. Parce qu’il faut bien reconnaître que, ce soir, j’ai vraiment la tête
ailleurs. Déjà là-bas. C’est l’heure. J’y vais. Et à la grâce de Dieu…