D'une histoire... l'autre ( Pour adultes )

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Histoires par courrier

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dimanche 6 septembre 2009

Sur le parking ( 6 )

19 mai

 

Norbert, mon amour,

 

Et on y est allées… Vers quatre heures du matin… Avec un type - un certain Antonio - qu’elle avait allumé toute la soirée… - Tu es sûre qu’on peut ?… Qu’il va rien dire ?… - Manquerait plus que ça !… Depuis le temps qu’on se connaît… Il dormait… Comme convenu… Je leur ai montré leur chambre… Elle y a mené un tapage d’enfer, hurlant sans retenue son plaisir… Quand elle a enfin émergé - tard dans l’après-midi - Antonio était depuis longtemps reparti… - Delphine ?… Tu es où ?… - Là… On était dans la cuisine… Elle a aperçu Vincent, s’est figée, les yeux écarquillés… - Non…C’est pas vrai… J’y crois pas… - Eh ben décidément !… On était faits pour se rencontrer tous les deux, non ?… Elle ne lui a pas répondu… Elle s’est tournée vers moi… - Tu restes là, Delphine ?… Moi, faut que j’y aille… On m’attend…

 

 

 20 Mai

 

  - Oui, ben moi pas question que j’y retourne chez ce type alors là !… - Mais pourquoi ?… - C’est un client… Il me connaît… Je veux pas avoir d’histoires… Qu’il aille raconter partout que je me fais sauter chez lui tant et plus… - Il est discret… - Oh alors ça !… On peut pas savoir… - Il en a jamais parlé du parking… - Ah !… Il t’a raconté… J’en étais sûre… Qu’est-ce qu’il t’a dit ?… - Rien… Rien… Qu’il t’avait trouvée à poil un matin devant la boîte et qu’il t’avait ramenée chez une copine… - S’il t’en a parlé à toi il peut aussi en parler à d’autres… - Ca n’a rien à voir, attends !… Mais alors qu’est-ce qui s’était passé au juste ?… - Tu le sais très bien… Il te l’a dit… Pourquoi tu demandes ?… - C’était une histoire de cul, c’est ça ?!… - Si on veut… On était à deux sur le même mec… Mais c’est vieux tout ça !… C’est du passé… J’ai pas envie d’en parler… Ca devait quand même pas être évident de se retrouver comme ça toute nue sur un parking à 6 heures du matin… Avec le risque que n’importe qui surgisse à n’importe quel moment… Il y avait quelqu’un d’autre qu’était passé à part Vincent ?… - Non… Non… Personne… - Ca doit drôlement gamberger dans la tête quand même, non ?… La fille que j’ai vue sur le balcon quand j’avais 12 ans je me suis toujours demandé ce qu’elle avait bien pu… - Je rentre… Je suis crevée… - T’attends pas Antonio ?… - Oh, Antonio… Je m’en fiche d’Antonio… Il y aurait Thibaud encore !… Mais il passera pas Thibaud… Il passe jamais le samedi… Seulement le vendredi…

 

Il est passé Thibaud… Vers deux heures du matin… - Elle est pas là, Maeva ?… Il n’en a pas paru particulièrement affecté… Il m’a offert un verre… On a discuté… On a dansé… Il s’est fait pressant… Oui, décidément il était séduisant… Terriblement séduisant… Il s’est fait encore plus pressant… Maeva ?… Oh, un de plus un de moins dans sa collection ça ferait pas une grosse différence… De toute façon elle saurait pas… Elle saurait rien… On est allés chez lui… Et là !… Il sait y faire, ce salaud !… Comment il sait y faire… Tu verras ça cet été… Tu en profiteras… Je ne crois pas que ça lui pose vraiment de problème… A condition… à condition que j’arrive à le garder jusque là… Mais… tu me connais… quand je veux quelque chose !… Encore que… je finis par douter… parce que, avec Maeva, ça semble vraiment compromis… Je ne crois pas pouvoir parvenir à quoi que ce soit… J’essaierai encore, mais…

 

A bientôt, mon Norbert… Il y a des moments, comme ce matin, où je réalise davantage encore que d’habitude quelle chance j’ai de t’avoir rencontré et de vivre avec toi… Pouvoir tout se dire, sans la moindre réticence, sans la moindre appréhension, c’est précieux… Ca n’a pas de prix…

 

Je t’embrasse… Ta Delphine…

 

 

21 Mai

 

Monsieur,

 

Delphine m’a amenée chez vous… Vous étiez - paraît-il - un vieux copain d’enfance à elle… Et… vous avez vingt ans de plus qu’elle… Elle vous avait soi-disant rencontré la veille et il a tout de suite été clair pour moi - il y a des signes qui ne trompent pas - qu’elle était installée là depuis un bon moment… Alors à quel jeu vous jouez tous les deux ?… Qu’est-ce que vous manigancez ?… Qu’est-ce que j’ai à voir dans tout ça ?… Huit jours que ça me prend la tête… Que je ne sais plus ce que je dois penser… Que j’ai mal de me dire que j’ai fait confiance à Delphine et qu’elle m’a très probablement trahie… Depuis le début… J’ai le droit de savoir… Il faut que je sache… Dites-moi… S’il vous plaît… C’est important pour moi… Tellement…

 

MAEVA

 

P.S. Ne dites rien à Delphine… Je vous fais confiance… C’est vraiment une maladie chez moi, hein ?!…

 

 

23 Mai

 

Maeva,

 

Vous voulez la vérité ?… J’ai répondu, il y a quelques semaines de cela, à une annonce que Delphine et son mari avaient passée dans une revue… On a correspondu… sympathisé… J’ai fini par leur raconter ce matin où je vous avais découverte sur le parking… Cela a réveillé de multiples échos chez Delphine qui avait assisté, dans son enfance, à une scène similaire… Elle a voulu vous rencontrer, en obtenir de votre bouche le récit spontané… Elle est venue chez moi, a trouvé un prétexte pour entrer en contact avec vous… A plusieurs reprises elle vous a tendu des perches : vous ne les avez jamais saisies… Sans doute aurait-il mieux valu laisser tomber : tout cela n’avait pas beaucoup d’importance… Pour elle, si !… Une véritable obsession… Depuis huit jours elle ne pense plus qu’à ça, ne parle plus que de ça… Elle a finalement voulu vous amener chez moi… On se connaissait… Vous alliez forcément en conclure que j’allais lui raconter ou que je l’avais fait… Vous alliez vouloir lui donner votre propre version des faits… C’était ce qu’elle voulait… Depuis le début… Que vous lui en parliez… Encore et encore…

 

Voilà… J’ai été sincère avec vous… Autant qu’on peut l’être… J’espère que vous ne nous en voulez pas trop…

 

Amicalement… VINCENT

 

 

24 Mai

 

Monsieur,

 

Vous en vouloir à vous ?… Non… Pas du tout… A elle si… Beaucoup… Elle a trahi ma confiance… Je l’ai reçue chez moi… Je lui ai parlé à cœur ouvert… Je l’ai  considérée comme une amie… Et elle me manipulait… Elle n’a pas cessé de me manipuler… Depuis le premier jour… Je suis écoeurée… A un point… Vous ne pouvez pas savoir… Ca me servira de leçon… Je ne suis pas près de faire confiance à qui que ce soit…

Merci à vous en tout cas de m’avoir permis d’y voir clair… J’en avais besoin… MAEVA

 

P.S. Puisque vous avez accepté de jouer franc jeu avec moi il y a une question que je voudrais vous poser… Qui me tracasse depuis un bon moment… Qu’est-ce que vous êtes venu faire, ce matin-là, de si bonne heure, sur le parking ?… La boîte était fermée… Autour c’est le désert… Personne n’avait aucune espèce de raison d’y venir… Vous rôdiez dans le coin ?… Vous avez vu quand on m’y a amenée ?… Et si oui pourquoi être resté si longtemps - presque deux heures - sans vous manifester ?… Vous n’êtes pas obligé de me répondre, mais j’aimerais quand même beaucoup que vous le fassiez… Par lettre ou bien - si vous préférez - je viendrai chez vous…

 

25 Mai

 

Monsieur, Vincent,

 

Pendant que je vous écris Delphine est à poil sur le balcon… Ils s’y sont mis à trois pour y arriver mes copains… Parce que vous savez pas ce qu’elle m’a fait ?… Elle m’a pris Thibaud… Quand je suis rentrée tout à l’heure - bien plus tôt que prévu - ils étaient tous les deux dans mon lit… Thibaud !… Et elle savait… Elle savait quelle importance il a pour moi… Elle savait… Et… Elle est à poil sur le balcon… Et je peux vous dire qu’elle va y rester un moment…Elle a beau venir tapoter et supplier au carreau je suis pas près de lui ouvrir… Dommage que vous soyez pas là… Ca vaut vraiment le coup d’œil, vous savez !… Il y a des gens partout aux fenêtres… Et d’autres en-dessous… Tout un groupe… Ca rigole… Ca siffle… Ca s’esclaffe… Oui… Dommage… Oh, mais elle vous racontera… En détail… Elle se fera un plaisir de vous raconter…

 

A bientôt… Je passerai vous voir… MAEVA

mercredi 2 septembre 2009

Sur le parking ( 5 )

7 Mai

 

Vincent,

 

Vincent?... C’est encore moi, Delphine... Dis-moi... Il me reste 15 jours à prendre avant la fin du mois... alors j’ai pensé... Et si je venais dès maintenant m’occuper de Maeva?… Est-ce que tu pourrais me recevoir?… Sinon pas d’importance j’irai à l’hôtel... Je peux être là-bas vendredi... Qu’est-ce que tu en penses?… De toute façon je vais t’appeler… Qu’on en parle de vive voix... Qu’on mette tout ça au point...

 

Bises… D E L P H I N E

 

                                     

11 Mai

 

Norbert, mon amour,

 

 A peine le temps d’arriver - j’ai trouvé sans la moindre difficulté - , de faire un peu mieux connaissance avec Vincent - il est tout à fait « consommable », mais j’attendrai que tu sois là cet été - de m’installer - une superbe chambre vert pastel qui donne directement sur les bois - et nous avons aussitôt embarqué pour le centre commercial, aussi impatients l’un que l’autre… Tu nous aurais vus - et surtout entendus ! - dans la voiture : de vieux amis qui se retrouvent après une trop longue séparation… Une fois là-bas il me l’a montrée de loin - je l’aurais de toute façon reconnue entre mille - et il s’est éclipsé... Quelques emplettes et j’ai fait la queue à sa caisse... - Je peux vous demander quelque chose?… Je suis pas de la région... Où on peut sortir ici le soir?... Il y a une bonne boîte?… - Oh, il y en a plusieurs, mais la meilleure c’est La Valounière... Ca se discute même pas…C’est toujours là que je vais... C’est un peu loin… Mais ça vaut le coup… Elle m’a griffonné rapidement un plan sur le ticket de caisse… Je l’ai remerciée… - On se verra peut-être là-bas ?… - J’y suis tous les week end… J’ai rejoint Vincent… Dans la voiture on a chanté à tue-tête… Ca marchait… Ca marchait…

 

Elle est venue droit sur moi… - Alors ?!… Comment vous trouvez ?… Ca vous plaît ?… - Oh oui… Oui… Beaucoup… Je vous offre quelque chose ?… On s’est installées à une petite table à l’écart… Alors comme ça j’étais en vacances ?… Oui… Oui… Ca faisait du bien… Toute seule ?… J’étais pas mariée alors ?… J’avais personne ?… Mais c’était peut-être indiscret ?… Si… Si… J’étais mariée… Et il avait pas voulu venir ?… Il travaillait… Mais ça m’arrangeait plutôt… Ca faisait du bien la liberté de temps en temps… Et je comptais en profiter… Pour me taper des mecs ?… Si l’occasion se présentait, oui, pourquoi pas… Oh, j’allais trouver… Ici j’allais trouver… C’était pas ça qui manquait les mecs… - Je vous piloterai si vous voulez… Ceux que vous êtes sûre de passer un bon moment… Et puis les autres… ceux que c’est vraiment pas la peine de perdre son temps… Parce qu’on finit par savoir à force… Elles parlent les filles… Elles racontent… Et puis… il y en a quand même quelques-uns que j’ai essayés moi-même… - Beaucoup ?… - Pas mal… Oui… Pas mal finalement… Ben oui… attendez… si je fais tous ces kilomètres jusqu’ici… c’est pour être tranquille… pour faire ce que je veux… sans risquer de rencontrer quelqu’un de là-bas…

 

Je suis rentrée à 5 heures… Vincent n’était pas couché : il m’attendait… - Alors ?… Alors… ben alors le poisson était ferré… Il n’y avait plus qu’à le ramener tout doucement, sans précipitation, sur le rivage… Qu’est-ce qu’on avait fait ?… D’abord parlé… Et puis dansé… Elle m’avait présenté deux copains à elle… Jeunes… Beaucoup trop jeunes… Et finalement assez insignifiants… Mais j’avais joué le jeu… J’avais fait mine de ne pas être complètement insensible à leurs charmes tout en les maintenant malgré tout soigneusement à distance respectable… Elle, elle avait fini par s’éclipser au bras d’un petit frisé - pas mal du tout… un charme fou - et n’avait fait sa réapparition que deux heures plus tard, les lèvres gonflées, les yeux cernés… - Wouah !… Quel pied !… C’était vraiment trop bon… Je rentre maintenant… Je vais me coucher…

 

Moi aussi, Norbert, je vais me coucher… Il est presque 9 heures et on s’est donné rendez-vous toutes les deux à La Valounière ce soir… Alors si je veux être en forme… Vincent postera ma lettre tout à l’heure… Il me l’a promis…

 

Je t’embrasse… Je ne t’oublie pas… Bien au contraire…

 

Ta Delphine

 

 

15 Mai

 

Norbert, mon amour,

 

Tout se passe a priori comme prévu… On a sympathisé… Elle m’a invitée chez elle… J’y suis allée lundi… Retournée hier… Elle est ravie d’avoir quelqu’un d’extérieur avec qui parler, à qui faire ses confidences… Sa vie est on ne peut plus banale… Le boulot… Les histoires à n’en plus finir avec les collègues… Les soirées seule devant la télé… D’où l’importance que revêtent pour elle les sorties du week end à La Valounière… Elle ne vit que par et pour ça… Elle se figure qu’à force de coucher à droite et à gauche elle finira inéluctablement par trouver quelqu’un… Elle a eu quelques liaisons, essentiellement avec des hommes mariés, qu’elle a crues sérieuses parce qu’elles ont duré plus d’un mois et demi… Elle s’ennuie à mourir… Mais elle n’a pas assez d’imagination pour s’en apercevoir… Bon… Je sais… Tu t’en fiches de tout ça… Pas Vincent… Tu verrais comment il boit mes paroles… Il veut toujours plus de détails… me fait des listes à n’en plus finir des questions qu’il faut impérativement que je lui pose… Il note tout soigneusement au fur et à mesure dans un gros cahier rouge qui ne le quitte pas… Il y en a déjà des pages et des pages…

 

Quant au reste… Ah, ça devient intéressant, hein ?… Oui, ben c’est précisément là que ça coince… Je saisis pourtant toutes les occasions qui se présentent… Je les suscite… Je lui tends la perche… J’invente des histoires à dormir debout… La soirée du balcon je la lui ai racontée en long et en large… J’y suis revenue à plusieurs reprises… Et… Rien… Elle ne réagit pas… Au point que j’ai fini par me demander si Vincent n’avait pas tout inventé et pris ses désirs pour des réalités… si ça avait vraiment eu lieu ce matin-là sur le parking… Il m’a juré que oui… Elle ne veut pas en parler… On peut évidemment imaginer pourquoi… Il va bien falloir qu’on l’y amène pourtant… D’une façon ou d’une autre… On a envisagé toutes sortes de solutions pour y parvenir… On y a passé des heures et des heures… Mais je crois qu’on a enfin trouvé…

 

16 Mai

 

Elle savait pas quoi ?… Je venais de retrouver un vieux copain d’enfance… Comme ça… Par hasard… Dans la rue… Des années qu’on s’était pas vus… On avait passé l’après-midi ensemble… Mais le plus beau c’est qu’il habitait à  deux pas de La Valounière… On pourrait aller y dormir en sortant de boîte si on voulait… Et même y ramener des mecs… Je lui en avais touché deux mots… Il s’en fichait… Dans un bon lit c’était quand même mieux que de se contorsionner dans une voiture, non ?… Et puis ça lui éviterait de faire tous ces kilomètres au petit matin… Elle pourrait boire sans trop se poser de questions en plus… Hein ?… Qu’est-ce qu’elle en pensait ?… - Il est comment le type ?… Il est mignon au moins ?…

 

Tu vois où on veut en venir ?… Elle va parler… Je t’assure qu’elle va parler…

 

Je t’embrasse, mon Norbert… Tu me manques un peu malgré tout… Non… Je plaisante… Tu me manques beaucoup… Et toi ?… Tu penses un peu à moi ?… Menteur !… Je suis sûre que tu m’as déjà oubliée…

 

Je t’embrasse… Ta  D E L P H I N E

samedi 29 août 2009

Sur le parking ( 4 )

9 Mai

 

Cher Vincent,

                         

Moi, j’avais 12 ans. Et j’étais alors une gamine pas bien dégourdie qu’un rien effarouchait... C’était l’été, un été particulièrement chaud et cet été-là, un soir, vers minuit, dans l’un des appartements de l’immeuble d’en face, a éclaté une bruyante dispute toutes fenêtres ouvertes... Qui s’est éternisée... Que la femme ranimait, d’une voix aigue, chaque fois qu’elle semblait vouloir s’apaiser... L’homme suppliait: - Mais enfin, tu vas me laisser dormir à la fin?!... Je bosse à cinq heures, moi, demain!... - Qu’est-ce que tu veux que ça me foute?!... Il y en a que pour ta gueule n’importe comment!... Il y en a jamais eu que pour ta gueule!... Et ça recommençait... jusqu’au moment où... - Cette fois tu vas la fermer!... Je peux te dire que tu vas la fermer... Quelque chose est tombé... Elle a supplié d’une petite voix implorante: - Ah non, Seb, non, hein, pas ça!... Pas ça!... Il n’a pas répondu. Ils sont apparus tous les deux dans l’encadrement de la porte-fenêtre. Il la tirait par les pieds. Elle était complètement nue et essayait de s’accrocher à tout ce qu’elle pouvait sur son passage. Ca dégringolait au fur à mesure...Il l’a amenée comme ça jusque dehors sur le balcon, il est rentré, il a tout fermé et il a éteint... Elle s’est relevée aussi vite qu’elle a pu, a couru tambouriner des deux poings:  - Seb, ouvre-moi, s’il te plaît, ouvre-moi!... Oh la la... mais c’est pas vrai!... Pas très fort, mais assez fort quand même pour qu’il entende tout en jetant des coups d’oeil derrière elle, vers les fenêtres, par dessus son épaule... Evidemment il y avait du monde partout à regarder, attiré par le vacarme. Juste au-dessus deux types rigolaient... Sur ma droite un vieux en chemise blanche, accoudé à son balcon, contemplait tranquillement le spectacle... Kevin aussi - on était copains et dans la même classe - à l’étage du dessous... Il faisait nuit, mais à la lueur des lampadaires de la rue, on distinguait absolument tout... J’étais tétanisée... Comment faisait-elle pour ne pas mourir de honte, là, tout de suite, sur place?... C’aurait été moi!... Rien qu’à cette idée... Et je l’observais, fascinée et épouvantée... Elle avait fini par aller s’asseoir, de dos, sur un petit fauteuil en rotin dans le coin du balcon... De temps à autre elle se relevait et venait frapper sans conviction, à petits coups, à la porte-fenêtre, avant de retourner s’asseoir... C’est pendant l’une de ces tentatives infructueuses qu’une voiture a tourné en bas... Les phares ont projeté une lumière crue sur le balcon... Quelqu’un a constaté d’une voix forte: - On voit ton cul!... Elle a précipitamment battu en retraite, n’a plus bougé de son fauteuil... Ni moi de ma fenêtre où j’ai fini par m’endormir... Le lendemain, au réveil, elle n’était plus là...

                         

Longtemps il m’a été impossible de penser à autre chose qu’à ça, qu’à elle, qu’à cette nuit-là... Elle habitait toujours en face... Je pouvais l’apercevoir quelquefois. Cela me sidérait... Il me semblait que, moi, à sa place, si je n’étais pas morte d’humiliation, j’aurais couru... couru... couru... le plus loin possible... toujours... sans plus jamais m’arrêter ni me retourner... Moi, à sa place... J’essayais de m’y imaginer... C’était impossible... Trop bouleversant... Trop effrayant... Et pourtant si ça lui était arrivé à elle ça pouvait aussi m’arriver à moi un jour... Cette idée me terrorisait... Je fuyais Kevin, je rasais les murs, je m’isolais comme si ça devait forcément m’arriver, comme si c’était effectivement à moi que c’était arrivé cette nuit-là...

                         

Je suis partie quinze jours en colonie de vacances. Là-bas je racontais encore et encore, sous le sceau du secret, à qui voulait l’entendre la femme traînée toute nue sur le balcon et abandonnée là, sous les regards de tous, des heures entières... Les réactions des filles me confortaient toujours davantage dans mon opinion: c’était l’épouvante...

                         

J’étais à peine rentrée que Kevin a surgi, pour être sûr d’être le premier à m’annoncer la nouvelle: ça avait recommencé... - Hein?... Quoi donc?... - La femme en face... Comme l’autre fois... Pareil... Et il a raconté. Avec délectation. Avec jubilation... Ca avait d’abord gueulé... Pire que l’autre fois... Et si elle la fermait pas il allait la refoutre à poil sur le balcon pour pouvoir dormir qu’il disait le type... Oui, ben alors là qu’il essaie pour voir cet espèce de connard!... Et il l’avait fait. Sauf que cette fois elle avait continué à brailler un bon moment dehors en tapant de toutes ses forces pour qu’il ouvre... Et qu’il y avait des gens qui avaient râlé que c’était pas bientôt fini ce bordel?... Et que ce coup-là il y avait plus le fauteuil en rotin... Et bien plus de gens qui regardaient. Presque tout le monde... Et ça faisait des tas de commentaires... Et une voiture arrêtait pas de passer et repasser en bas pour la mettre dans la lumière des phares... Et maintenant tout le monde disait qu’elle le faisait exprès, que c’était pas possible autrement... - Exprès?!... Comment ça exprès?... Il m’a toisée avec un petit air supérieur… - Parce qu’elle aime ça, tiens!...

                         

Qu’elle aime ça, non, c’était complètement impossible... Mais tout de même ça me faisait me poser des tas de questions cette histoire... Pourquoi elle l’avait relancé quand il l’avait menacée? Elle savait ce qui l’attendait... Moi, à sa place, j’aurais encore préféré m’écraser, même si j’avais été sûre d’avoir raison, plutôt que de devoir revivre ça... Qu’est-ce qui s’était passé dans sa tête?... Ca me donnait le vertige... J’y comprenais plus rien... J’y comprends toujours rien... C’est pour ça aujourd’hui les filles dans les cabines d’essayage... et tout le reste... Pour essayer d’entrevoir ce qui se passe en elles à ce moment-là...  Pour comprendre...  C’est pour ça aussi que ta Maeva du parking me fascine tant... Elle, elle sait… Elle doit savoir… Alors oui… Oui… Tu as raison… Vivement cet été… Je vais m’occuper d’elle et je te jure qu’elle va se déboutonner… On va s’occuper d’elle et tes attentes seront comblées - tu verras - bien au-delà de tes espérances…

 

A très bientôt… Bises… D E L P H I NE

 

mardi 25 août 2009

Sur le parking ( 3 )

5 Mai

 

Chère Delphine, Cher Norbert,

                         

J’avais 10 ans... Du vasistas du grenier, chez mes parents, on avait une vue imprenable sur la machine à laver de la maison voisine, accotée au  mur, juste en face de la fenêtre d’une  petite pièce dans le prolongement de la salle de bains. Tous les vendredis soirs, à six heures précises, en rentrant du travail, Muriel - je la trouvais fabuleusement, exceptionnellement, divinement belle - mettait la lessive en route. Elle remplissait d’abord consciencieusement la machine et puis, quand elle avait fini, elle se déshabillait -complètement - pour y ajouter ses vêtements de la journée. J’avais attendu ce moment-là toute la semaine, j’en avais longuement rêvé, j’allais l’emporter pour de longues heures avec moi. J’écarquillais les yeux, le coeur battant, pour ne rien en perdre. Elle était d’abord nue quelques instants, de dos, penchée sur le tambour avant de se retourner, de faire deux ou trois pas dans ma direction pour attraper la poudre à laver sur l’étagère... A nouveau de dos le temps de manipuler les différents boutons... Elle venait - ultime vision - remettre la grosse boîte de carton en place et disparaissait... C’était fini...

                         

Je redescendais chaviré. Etendu sur mon lit, les yeux fermés, je la faisais revenir. Je contemplais ses fesses, ses seins, la toison brune sur la fente, éperdument, jusqu’à ce qu’on m’appelle: - Vincent!... Viens mettre la table!... Je l’abandonnais à regret, n’avais rien de plus pressé que de venir la retrouver le plus vite possible. Je passais la soirée et une bonne partie de la nuit avec elle... C’est incontestablement là qu’est née pour moi une passion qui, par la suite, ne devait jamais plus se démentir...

                         

Je vivais avec elle... Le lendemain - elle faisait systématiquement ses courses le samedi matin - j’avais toujours une bonne raison pour aller traîner au Supermarché du coin. J’élaborais des stratégies compliquées pour croiser sa route... Elle se penchait, parfumée et douce, pour embrasser le « petit voisin » dont le coeur battait à tout rompre. J’offrais mes services pour porter les packs d’eau minérale ou... les bidons de lessive!... jusqu’à sa voiture... Elle me remerciait d’un sourire: - Tu es gentil!... Inutile de vous préciser que s’il y avait quelque chose à aller chercher ou à porter « à côté » j’étais toujours volontaire. Elle m’offrait un verre d’orangeade que je sirotais à petites gorgées lentes pour rester avec elle le plus longtemps possible... Surtout si son mari n’était pas là... Je la regardais et je pensais que je l’avais vue nue, que le vendredi suivant je la verrais encore nue. C’était mon secret et, d’une certaine façon, même si elle l’ignorait, NOTRE secret...

 

J’étais à l’affût de tout ce qui pouvait la concerner. Dès qu’on parlait d’elle j’étais tout ouïe... Je collectais sur elle toutes les informations possibles et imaginables. Je les mettais bout à bout, les interprétais, les décortiquais... J’aurais tout voulu savoir d’elle. Je quadrillais discrètement sa vie... Je connaissais son emploi du temps, ses amis, ses loisirs, ses habitudes, tant et tant de choses... Ce n’était jamais assez...

                         

Surprendre une femme à son insu n’est jamais pour moi une fin en soi... Bien au contraire : la vision initiale suscite le désir impérieux - même s’il ne peut jamais être complètement satisfait - de descendre au coeur de ce qu’est celle qui m’offre le spectacle de sa nudité ou de sa jouissance. Je voudrais tout savoir d’elle... absolument tout... la pénétrer par tous les pores de son existence jusque dans ses moindres replis. Pour vous - si je vous ai bien compris -  il FAUT qu’on sache qu’on est vu... C’est absolument nécessaire... Vous voulez que votre victime vous voie la voir... Pour moi c’est exactement l’inverse : il vaut mieux - il est presque indispensable - qu’elle l’ignore... C’est ce qui m’est apparu de façon évidente  avec cette fille du parking... Si je m’étais contenté de rester dissimulé dans mon bois à observer la scène sans me manifester - je ne cesse de me demander d’ailleurs ce qui se serait alors passé: combien de temps cela aurait-il duré? Quelqu’un serait-il intervenu? Dans quelles conditions? Et si ça n’avait pas été le cas à quoi aurait-elle fini par se résoudre? Je n’aurai évidemment jamais de réponse à ces questions... Je ne peux que me livrer à toutes sortes de supputations et je ne m’en prive pas... - si donc j’étais resté seul avec mon secret j’aurais eu les coudées franches pour investir sa  vie sans éveiller le moindre soupçon... J’aurais pu invoquer n’importe quel prétexte, pour peu qu’il soit plausible, pour rôder autour d’elle et faire mon miel du moindre indice, la soumettre à une surveillance aussi efficace que discrète et apparemment détachée... Au lieu de quoi je me suis complètement grillé à ses yeux: ce matin-là est irrémédiablement et définitivement entre nous. Je lui rappelle inéluctablement, par ma seule présence, ce qu’elle s’efforce désespérément d’oublier. D’emblée je suis suspect. Il suffit que j’apparaisse à proximité de sa caisse pour que je la sente - quasi physiquement - se replier, se recroqueviller et mettre toutes ses défenses en batterie... Comment pourrais-je espérer, dans ces conditions, parvenir à l’approcher vraiment, me baigner dans ses eaux à elle, la cerner, m’en emparer ? C’est mission parfaitement impossible...

                         

J’ai bien sûr pu grapiller malgré tout de ci de là quelques éléments d’information... En province tout se sait... sans se savoir vraiment... Chacun y va de sa version, de son interprétation, de son commentaire et - très vite - il devient impossible de démêler le vrai du faux... Il s’est dit qu’une fille s’était promenée toute nue sur le parking après s’être barbouillée de peinture rouge tellement elle était saoule... Il s’est dit aussi qu’elle avait été surprise en pleine action, avec un homme marié, dans une voiture, par l’épouse bafouée qui l’en avait extirpée sans lui laisser le temps de récupérer ses vêtements... Il s’est dit encore que sa petite promenade dans le plus simple appareil était le résultat d’un pari qui lui avait rapporté une grosse somme d’argent... Qui elle était ? Personne n’en savait rien au juste... On l’a prétendue une touriste en vacances, la fille d’un notable lyonnais qui s’était empressé d’étouffer l’affaire, la jeune maîtresse d’un médecin clermontois qui les collectionnait... Elle n’était pas « d’ici »... On l’a oubliée... On est passé à autre chose... Tout cela ne pouvait pas, de toute façon, me servir à grand chose... Je suis allé tourner sans succès autour de l’appartement de la fille chez qui je l’avais ramenée ce matin-là... En vain : elle avait déménagé, quitté la région... Personne ne savait où elle était passée... Et j’ai donc dû me contenter de très maigres indices sans espoir de pouvoir jamais en obtenir d’autres : je connais son prénom - Maeva - pour avoir entendu l’une de ses collègues l’appeler... Je sais où elle habite - un petit studio au dernier étage d’un immeuble vétuste - pour avoir pris le risque, un soir, de la suivre jusque chez elle... Je lui soupçonne un petit ami... Sans avoir là-dessus la moindre certitude... C’est tout... Et, à moins d’un improbable miracle, ce sera tout... Et c’est désespérément frustrant...

                         

Mais peut-être - on peut toujours rêver ! - votre présence cet été permettra-t-elle de débloquer la situation d’une façon ou d’une autre ? Après tout elle ne vous connaît pas et vous auriez, vous, les coudées franches... On verra... On en reparlera... En attendant je suis absolument ravi du tour que cette correspondance est en train de prendre entre nous et je vais attendre votre réponse avec infiniment d’impatience...

                         

Amitiés à tous les deux...  V I N C E N T

vendredi 21 août 2009

Sur le parking ( 2 )

29 Avril

 

Cher Vincent,

                         

C’est peu dire que votre lettre nous a ravis... Elle nous a enchantés... Delphine l’a encore relue, pour la trentième fois, avant de se coucher et... et elle a largement contribué - avec mon aide malgré tout! - à la conduire au septième ciel...

                       

C’est sans la moindre hésitation - bien au contraire! - que nous acceptons votre invitation pour cet été et nous nous faisons déjà une fête des délicieux moments que nous allons passer ensemble dans ce bois... Et après!... Parce que nous ne serons pas trop de deux pour satisfaire ma délicieuse épouse quand elle aura assisté aux spectacles que vous évoquez... Nous devrons l’un et l’autre « assurer »...

                         

Nous sommes, elle et moi, résolument et inconditionnellement voyeurs... Ce qui présente une foule d’avantages... D’abord cela nous assure une complicité que très peu de couples, je crois, connaissent... Il est rare qu’on puisse partager, et aussi intensément, cette passion avec son conjoint... Ensuite notre connivence nous facilite singulièrement les choses: autant un homme seul éveillera les soupçons dans bien des circonstances intéressantes autant un couple passera inaperçu ou disposera d’un alibi évident...

                         

La palette de nos goûts et de nos attentes est variée et très étendue... Si nous apprécions infiniment d’assister à des ébats amoureux - et nous connaissons, dans notre région, à peu près tous les endroits où il est possible de « surprendre » des couples en action - nous raffolons aussi de situations ou de spectacles plus « simples » et quelquefois d’autant plus excitants qu’ils sont inattendus... L’un de nos terrains de chasse privilégiés ce sont... les Halles aux chaussures... Côté femmes bien sûr!... Une femme qui essaie des chaussures, assise sur un tabouret, devant une petite glace basse, se contorsionne forcément, relève une jambe, l’autre, se penche, se redresse, bref, accomplit toutes sortes de mouvements qui, si elle est en robe ou en jupe, révèlent nécessairement et longuement, à un moment ou à un autre, des dessous dont on peut alors se repaître tout à loisir... Ce sont des heures et des heures que nous y passons souvent le samedi...

 

Nous fréquentons aussi assidûment les magasins de vêtements ou de lingerie. Un rideau mal tiré, un moment d’inattention peuvent parfois offrir d’inoubliables perspectives... Et Delphine est remarquablement douée pour les provoquer quand elles ne se présentent pas d’elles-mêmes... Un article quelconque sur le bras elle fonce délibérément vers une cabine dont elle écarte résolument le rideau, d’un seul coup, jusqu’au bout - Oh, pardon!... Je croyais qu’il n’y avait personne... Et pour peu qu’elle soit tombée au bon moment... Et si c’est l’époque des maillots!... Ou bien une boutique de sous-vêtements!...

                         

Delphine, même si elle s’en défend parfois, apprécie infiniment ces situations troubles, aux confins de l’exhibitionnisme et de la pudeur, si inextricablement mêlés que personne - et surtout pas la « victime » - n’est capable de démêler ce qui l’emporte du plaisir ou de la honte... à moins que - c’est en tout cas ce qu’elle prétend - les plaisirs les plus vifs et les plus subtils ne soient ceux qui procèdent justement de la honte... Nous sommes quelques-uns - en couple ou non - à nous retrouver, quand les beaux jours arrivent, à l’abri d’une petite crique, connue de nous seuls, où nous pouvons bronzer et nous baigner nus... L’an dernier elle a invité à nous y rejoindre une collègue de travail dont elle m’avait quelquefois parlé comme d’une fille particulièrement coincée... Nous sommes passés la chercher... Manifestement la pauvre s’était imaginé une plage classique avec maillots, parasols multicolores et vendeurs ambulants de beignets... Je ne vous dis pas son désarroi quand elle a découvert nos amis dénudés sur le sable, qu’elle nous a vus aller les rejoindre et nous dévêtir tranquillement... Elle nous a suivis à contrecœur et a prolongé son installation aussi longtemps qu’elle a pu avant de venir s’allonger toute habillée aux côtés de Delphine qui s’est patiemment employée à la convaincre de nous imiter... Elle s’y refusait obstinément... Tous les regards étaient braqués sur elle, amusés et vaguement moqueurs... Toutes les conversations s’étaient arrêtées pour suivre les efforts de Delphine qui,finalement, après une très longue résistance opiniâtre - se sont trouvés couronnés de succès à l’approbation bruyante de tout le groupe. Sans doute avait-il fini par lui être plus insupportable encore d’être ainsi la cible de plus en plus ridicule de l’attention générale que de s’avouer vaincue et de se montrer nue malgré ce qu’il lui coûtait...

                                   

Voilà... Nous allons attendre avec impatience de vos nouvelles et rêver à ces prochaines vacances en votre compagnie...

                       

Amicalement... N O R B E R T

                       

                       

Salut, Vincent… C’est Delphine… Norbert a tenu à vous répondre le plus vite possible et j’avoue que ces jours-ci je suis trop bousculée pour pouvoir vous écrire aussi longuement que je le souhaiterais... Ce n’est que partie remise… Mais je tiens malgré tout à compléter dès maintenant le récit qu’il vient de vous faire… Le lundi, au bureau, Iris n’a pas soufflé mot de cet après-midi à la plage… Comme si ça n’avait jamais eu lieu… Jamais existé… Ce n’est que quelques jours plus tard qu’elle y a fait une vague allusion que je me suis empressée de saisir au vol: - Comment elle les avait trouvés tous? - Oh, sympas... sympas... Et elle a replongé le nez dans son dossier... On y retournait samedi... Elle voulait pas venir? Eux aussi l’avaient énormément appréciée... Samedi ?... Non... Elle était prise samedi... La semaine d’après alors!... Elle verrait... Elle verrait... Elle savait pas... Elle avait tort parce que… elle s’en était peut-être pas rendu compte… mais il y en avait un il avait flashé correct sur elle... - Ah oui, lequel? ... Le grand brun qui avait parlé presque tout le temps avec Norbert... J’avais tapé juste... La constante obsession d’Iris c’est de se trouver quelqu’un... Elle m’a posé une foule de questions sur lui, ce qu’il faisait, ce qu’il aimait... Et est-ce qu’il n’y avait pas moyen pour elle de le rencontrer ailleurs qu’à la plage?… Parce que au milieu de tout ce monde... Je me suis montrée intransigeante... Je trouvais toujours d’excellents arguments pour repousser toutes les autres solutions qu’elle pouvait envisager... Et, le samedi suivant, elle nous a accompagnés à la plage... Elle s’est bravement déshabillée, toute seule, comme une grande, pour éviter d’y être finalement contrainte à force d’inébranlable insistance… Elle l’a attendu… Il n’est pas venu… Je le savais… Ca ne m’a pas empêchée d’en avoir l’air profondément,désolée… Je suis garce, non ?…

           

J’ai infiniment apprécié votre lettre et je me fais une fête de tout ce que nous allons pouvoir envisager ensemble en toute complicité…

 

lundi 17 août 2009

Sur le parking ( 1 )

 « Couple 39-36 ans cherche lieux d’exhibition pour mater tout son saoul. Lieux originaux souhaités. Recherche aussi femme, couple ou homme voyeurs pour partager notre passion. Age indifférent. Photos évidemment appréciées. Réponse assurée à tout courrier conforme… »

           

             

  24 Avril

                                                                                                                     

Chers amis,

                         

A dix minutes de chez moi, en pleine nature, s’élève une boîte de nuit localement réputée. Juste au-delà du parking, derrière un rideau d’arbres, un petit pré constitue un « terrain de jeux » idéal, en été, pour les couples d’un soir  - ou davantage - en mal d’ébats amoureux. Du bois qui le surplombe on voit, quand les conditions sont favorables, absolument tout ce qui se passe dans ce pré... Et les conditions sont très souvent favorables... D’abord parce que le puissant projecteur de l’établissement entretient jusque là une clarté suffisante pour distinguer bien des choses palpitantes... Ensuite, parce que les nuits de pleine lune, à cette époque de l’année, on y voit pratiquement comme en plein jour... Un vrai régal!... Enfin parce que de temps à autre les phares d’une voiture qui manoeuvre sur le parking projettent une lumière crue sur des scènes du plus haut intérêt...

                         

Inutile de vous préciser, je suppose, que je “ campe “ très souvent dans ce bois. Je ne suis pas le seul. Il bruisse d’ombres silencieuses et passionnément attentives qui se croisent parfois sans toujours oser vouloir se discerner...

                         

Est-ce que les couples là en dessous ont conscience de ces regards qui les étreignent? A moins d’être singulièrement naïfs ils les savent au moins virtuellement possibles et cette perspective contribue sans doute à leur excitation... A moins qu’ils soient tellement insérés dans leurs instants à eux qu’ils aient totalement gommé le monde extérieur...

                         

Seriez-vous tentés par l’idée de venir me rejoindre dans ce bois l’été prochain ? Rien ne vous empêchera d’ailleurs, si vous le souhaitez, de jouer sur les deux tableaux et d’aller faire une incursion de temps à autre dans le pré du bas. J’en serais pour ma part ravi: la photo qui accompagne votre annonce m’a sérieusement mis l’eau à la bouche et je rêve de contempler de beaucoup plus près les charmes qui y sont généreusement exposés. J’en aurai peut-être aussi l’occasion chez moi dans la grande maison où je pourrai vous héberger sans aucun problème. J’espère que vous y passerez  - que nous y passerons - des vacances inoubliables.

                         

Je ne peux évidemment pas vous garantir que le spectacle sera systématiquement assuré tous les soirs. J’ai parfois passé là-bas des nuits totalement  blanches. Dans tous les sens du terme. Rien, absolument rien, à se mettre sous la rétine. C’est malgré tout assez exceptionnel. D’une façon générale il y a en moyenne, quand le temps s’y prête, deux à trois visites par nuit dont la durée est extrêmement variable. Dans les meilleurs des cas c’est jusqu’à sept ou huit couples qui viennent successivement s’ébattre avec plus ou moins de fougue. Il arrive assez fréquemment qu’un couple, en arrivant, trouve la place déjà prise. Certains battent alors en retraite. D’autres s’installent malgré tout à distance respectable. Pour le spectateur attentif cette situation est toujours délicieusement troublante...

                         

Pour ma part je n’ai jamais regretté les longues heures d’attente consenties même infructueuses... C’est souvent au moment où l’on pense finalement à renoncer que surgit enfin ce qu’on espérait. Et la vision des corps peu à peu dénudés, leur enchevêtrement exalté, la fougue avec laquelle ils vont chercher leur plaisir, les soupirs, les halètements, les gémissements, les plaintes éperdues parfois de la femme qui atteint l’extase dédommagent largement de la patience dont on a longuement dû faire preuve jusque là... L’année de la canicule c’était d’ailleurs fréquemment au tout petit matin, juste après la fermeture, quand il faisait encore     - pour peu de temps - délicieusement bon que se jouaient les partitions les plus débridées, celles dont je profitais le mieux parce que le jour était levé...

                         

Au fil du temps se tisse tout un entrelacs de liens ténus, mais pourtant forts,  - qu’il est le seul à connaître - entre celui qui observe et ceux qu’il observe. Telle jeune femme est une inconditionnelle du « pré du bas » qu’elle fréquente assidûment avec des partenaires chaque fois différents. Telle autre fera quatre apparitions successives, au cours de la même nuit, avant de s’éclipser pour de longues semaines. Une autre encore a systématiquement des orgasmes bruyants et ravageurs. Parfois - rarement, trop rarement - on voit survenir  une « tête connue » qu’on n’aurait jamais osé espérer contempler en pleine action...

                         

De temps à autre surgissent des situations totalement inattendues et, par là même, particulièrement cocasses... Un jour un homme d’une cinquantaine d’années est venu récupérer manu militari une jeune femme - sa fille? sa maîtresse? son épouse? - d’une vingtaine d’années qu’il a entraînée fermement derrière lui tandis qu’elle essayait désespérément de se reculotter en protestant mollement... Une autre fois c’est une femme brune - elle avait à l’évidence dépassé largement la trentaine -  qui a surgi et interrompu un tête à tête amoureux... Sa rivale a voulu prendre la fuite, à la course, vers le fond du pré, nue de la taille aux pieds. Elle a été presque aussitôt rattrapée. Gifles, griffures, tirage de cheveux. Tout y est passé. Elles ont fini par rouler par terre comme des furies dans un corps à corps qui, pour n’avoir vraiment rien d’amoureux, n’en dévoilait pas moins bien des choses.

                       

Et puis il y a eu ce matin d’Août 2003... La boîte venait de fermer... J’avais attendu encore un peu là-haut... Au cas où... On sentait qu’il allait faire exceptionnellement chaud... J’ai entendu une voiture arriver en trombe... Tout un remue-ménage... Des cris... Des supplications... Des rires... Des claquements de portières... La voiture est repartie. Le silence. A tout hasard je suis descendu dans la direction du parking à travers le bois.  Il n’y restait qu’une 205 dont le pare-brise et la lunette arrière avaient été intégralement barbouillés d’une épaisse couche de peinture rouge. Et, à côté, l’air complètement désemparé, une fille d’une vingtaine d’années, totalement nue, dont la poitrine et le derrière avaient été, eux aussi, abondamment enduits de peinture rouge... Elle marchait de long en large en faisant de grands gestes... De temps à autre elle secouait la portière avec rage, abandonnait, impuissante, semblait se décider d’un coup, marchait d’un pas décidé vers la route pour battre presque aussitôt en retraite... Perplexe, j’ai observé très longuement la scène, d’autant plus longuement que mes jumelles me confirmaient que la fille était particulièrement bien faite... Et sa tête me disait quelque chose en plus... Je l’avais déjà vue... sûrement... mais où?... Ca m’est revenu d’un coup: elle était caissière dans une grande surface où j’allais quelquefois faire mes courses, à une centaine de kilomètres de là, à l’occasion de déplacements professionnels... La situation ne manquait pas, à l’évidence, d’un certain piquant...

                         

C’est ce qui m’a décidé... J’ai fait demi-tour à travers le bois, je suis redescendu par l’autre côté, j’ai récupéré ma voiture à l’entrée du petit chemin de terre où je la laisse toujours, par souci de discrétion, et j’ai pris la direction du parking... Je m’y suis résolument engagé, me suis arrêté juste à côté de la 205 derrière laquelle elle s’est aussitôt précipitamment dissimulée... Je suis descendu... - Vous êtes en panne?... - Non, non!... C’est bon!... Juste sa tête par-dessus le toit.... J’ai voulu contourner la voiture... Elle aussi... Dans l’autre sens... Pour me dissimuler son « état »... On en a fait trois fois le tour et elle a finalement capitulé... J’ai fait mine de découvrir sa situation: - Mais qu’est-ce qui vous est arrivé?... Qu’est-ce qui s’est passé?... - Rien... rien... Des conneries... - Mais faut pas rester comme ça!... C’est toxique ces peintures souvent! On peut attraper n’importe quoi!... Allez, je vous emmène chez moi... Vous pourrez vous laver... Vous... Elle n’a jamais voulu... Pas question... - Chez vous alors? - Oh non!... Non!... Surtout pas !... Il fallait bien trouver une solution pourtant!... On en a cherché une... Un bon moment... J’avais beau m’efforcer de m’en défendre, mes yeux ne cessaient pas de vouloir aller se poser en bas sur la petite foune à découvert très légèrement ombrée d’une toison châtain clair frisottante... A deux reprises elle y a ramené ses mains en coquille un court instant, a renoncé... Finalement est-ce que je pouvais l’emmener chez une copine?... Mais c’était loin... Quatre-vingts kilomètres... - Allez, on embarque!...

                       

Dans la voiture elle a enfin consenti à me raconter ce qui s’était passé... Une  « pétasse » lui avait soufflé son mec au cours de la soirée. Folle de rage, elle avait voulu se venger. C’est elle qui avait consciencieusement barbouillé la 205 de rouge... Mais l’autre lui avait tendu un piège... Ils s’étaient mis à cinq pour la ramener sur le parking une fois la boîte fermée. Là, ils l’avaient déshabillée, lui avaient fait subir le même sort qu’à la voiture et l’avaient abandonnée en emportant ses vêtements... Oh, mais ça allait pas se passer comme ça !... Ils exigeaient qu’elle la nettoie la 205... Ils pouvaient toujours courir... Et puis elle avait sa petite idée: ils allaient voir ce qu’ils allaient voir... Ils s’en souviendraient... Il était près de sept heures... Les villages qu’on traversait étaient encore déserts... Pourtant, par précaution, chaque fois elle ramenait ses mains sur ses seins... - Tu sais qu’on se connaît? - Ah oui?!... Elle s’est tournée vers moi, stupéfaite... - Oui!... Plusieurs fois je suis passé à ta caisse... Elle est devenue écarlate… - Oh, il y en a tellement des clients... On y fait pas attention... Mais vous direz rien au moins?...    - Mais non!... - Non, parce que alors là ça me ferait avoir des tas d’ennuis!... - Mais non, j’te dis!...

                         

A droite... A gauche... A droite... C’était en plein centre ville... Encore désert, mais... - Je peux quand même pas descendre comme ça!... C’est moi qui suis allé sonner... Qui ai été obligé d’insister longtemps... Une fille en peignoir toute ébouriffée, ahurie, a fini par m’ouvrir, par rassembler quelques vêtements sans vraiment comprendre ce que je lui racontais... Elle ne pensait manifestement qu’à retourner se coucher au plus vite... Dans la voiture elle s’est habillée - Bon, ben au revoir, merci... Elle s’est retournée avec un petit signe de la main avant de disparaître dans l’immeuble...

                         

Je la revois chaque fois que je vais faire mes courses là-bas... On échange quelques mots, quelques banalités sans jamais faire la moindre allusion à ce dimanche d’Août...

                         

Voilà... J’ai été long. Trop peut-être... J’espère beaucoup une réponse de vous en attendant que nous puissions - je l’espère - partager bien davantage...

                         

Amitiés à tous les deux...   V I N C E N T

( à suivre )

mardi 2 juin 2009

Les pépés ( 6 )

19 Août


Je suis arrivé très en avance… A une heure un quart j’étais sur place… Je me suis installé à la terrasse du café qui jouxte la bouche de métro… De là je vous verrais forcément apparaître… Et j’ai attendu… Avec volupté… Avec bonheur… Avec ravissement… J’étais sûr - sûr et certain - que je saurais vous reconnaître entre toutes… Que mon instinct ne me tromperait pas…


Une heure et demi… Deux heures… Deux heures et demi… Trois heures moins vingt… Une fille ravissante, court vêtue, s’est arrêtée sur le trottoir, juste devant moi, a levé les yeux sur la grosse horloge qui surplombe la Seine, a paru hésiter et est finalement venue s’asseoir à quelques tables de la mienne… Elle aussi semblait attendre… Quelque chose… Ou quelqu’un… Ses yeux couraient, en un incessant ballet, de la bouche de métro à l’horloge… De l’horloge à la bouche de métro… Il m’est venu un soupçon… Et si c’était vous ?… Si vous alliez vous y engouffrer à l’heure dite pour en resurgir presque aussitôt?… Trois heures moins deux… Un homme à cheveux blancs est venu se poster en haut de l’escalier de la bouche de métro… Elle l’a observé quelques instants avec amusement et puis elle s’est levée… Il a semblé se décider d’un coup, s’est remis en marche, éloigné vers le pont… Elle l’a suivi des yeux, avec intensité, jusqu’à ce qu’il ait disparu… Et elle s’est rassise… VOUS vous êtes rassise… Parce que c’était vous… Plus le moindre doute possible… Vous qui aviez cru me voir m’éloigner dans le sillage d’une jeune femme qui n’était pas vous… Vous avez commandé un autre café… Vous l’avez lentement dégusté, absorbée dans vos pensées…


Nous avons remonté le boulevard Saint-Michel… Ensemble… L’un derrière l’autre… Vous étiez à moi… Sans le savoir… Votre nuque… Votre dos… Votre jupe en danse folle sur vos fesses… Votre visage très vite… Dans le miroir d’une vitrine devant laquelle vous vous êtes arrêtée… La rue de Vaugirard… Encore vos fesses… D’autres rues en enfilade les une derrière les autres… Toujours vos fesses… Vos fesses… Vos fesses… Vos fesses… Elles… Seulement elles… A moi… Rien qu’à moi… Vous avez brusquement disparu sous le porche d’un immeuble… J’y ai pénétré à mon tour… J’ai parcouru du regard la longue rangée de boîtes aux lettres… Alicia Delpierre, coiffeuse à domicile, troisième étage gauche…


Je vous appellerai dans la semaine… J’ai vraiment besoin qu’on me coupe les cheveux…


A bientôt, Alicia…


Je vous embrasse…


A L A I N

vendredi 29 mai 2009

Les pépés ( 5 )

Ma chère Alicia,


Est-ce que j’ai honte ?… Peut-être… Quelquefois… Sûrement… Je n’y pense pas vraiment… Sauf quand - cela m’est parfois arrivé - je me suis laissé prendre en flagrant délit… C’est ainsi que je garde le souvenir cuisant - si on peut dire - d’un épisode qui s’est déroulé il y aura bientôt quatre ans … Je venais de découvrir que, tout au bout de ma rue, à une centaine de mètres de chez moi, vivaient trois sœurs qui n’avaient pas jusque là attiré mon attention… Elles étaient pourtant plus délicieuses les unes que les autres… Comment avaient-elles pu m’échapper ?… Sans doute venaient-elles d’emménager tout récemment…


Je les ai discrètement placées sous surveillance… Leurs occupations… Leurs horaires… Leurs habitudes… Leurs fréquentations… J’ai glané des renseignements à droite et à gauche… Petit à petit, sans qu’elles le soupçonnent, je me suis insinué avec délectation dans leur vie… Je ne vivais plus qu’à travers elles et ce que je pouvais en apprendre…


Meredith avait 25 ans et travaillait dans une banque… J’y ai ouvert un compte pour pouvoir l’approcher tout à loisir… Elle avait un petit ami qu’elle retrouvait à midi et un second qui l’attendait le soir… Elle était passionnée de ski, de cinéma et de jeux video… Elle avait subi à 14 ans une grave opération dont elle conservait encore des séquelles…


Fiona était la « tête » de la famille… Elle avait obtenu son bac très jeune et, à 23 ans, collectionnait déjà un nombre impressionnant de diplômes universitaires… Elle se consacrait exclusivement à ses études, ne sortait pas, s’octroyait très peu de distractions… Les garçons ne semblaient pas l’intéresser et il se murmurait, de façon insistante, qu’elle préférait les filles…


Lucile - 19 ans - était encore au lycée… Elle envisageait par la suite un BTS « Action commerciale »… Elle conservait - très vive - la nostalgie de son enfance et tenait à sa collection de poupées comme à la prunelle de ses yeux… Elle sortait, depuis la 3ème, avec un garçon de sa classe auquel elle avait toujours été résolument fidèle… Ce qui était loin d’être son cas à lui…


Je n’aspirais bien évidemment qu’à une chose : les surprendre toutes les trois dans leur intimité… Comment faire pour parvenir à mes fins ?… Je m’étais bien entendu subrepticement introduit à plusieurs reprises dans leur immeuble pour explorer les lieux… C’était une construction ancienne biscornue, toute en rajouts, en reprises et en remords… J’avais eu beau parcourir et reparcourir leur étage, sonder les cloisons à la recherche d’une faille quelconque pas la moindre solution en vue… J’en étais réduit - comme tout un chacun - à les épier dans la rue et à m’efforcer de les deviner sous leurs vêtements…


Mon désir de les voir enfin nues était pourtant si douloureusement obsédant que j’ai voulu me livrer à une ultime tentative… Bien m’en a pris… A l’étage supérieur - jusqu’auquel je n’avais pas cru bon de pousser mes investigations - une porte - qui n’était pas fermée à clé - donnait sur une sorte de minuscule petite terrasse recouverte de gravier… Au ras du sol une large bouche d’aération s’ouvrait sur une salle de bains… La leur !… Et - pour peu qu’on adopte le bon angle de vision, légèrement latéral - on avait une vue imprenable sur la baignoire… Le soir même j’étais à mon poste d’observation, le cœur chaviré…


Ce fut d’abord Meredith… Elle a abandonné un à un ses vêtements à gestes lents, amples, et s’est lavée avec gravité et application, frictionnant ses seins lourds, s’introduisant entre ses fesses charnues, s’attardant sur l’encoche à la toison foisonnante… Le visage rivé à la bouche d’aération je me suis enivré de son odeur, de son parfum, de la douce tiédeur de sa peau… Et j’ai murmuré encore et encore silencieusement son prénom…


Lucile lui a presque aussitôt succédé… Le contraste était saisissant : autant sa sœur s’affirmait majestueusement femme autant elle semblait ne vouloir l’être, elle, que du bout d’elle-même… Ses seins semblaient avoir eu toutes les peines du monde à prendre leur élan… Le bas-ventre était à peine ombré d’un léger duvet hésitant… Tous ses gestes étaient empreints de brusquerie et comme d’animosité contre elle-même…


Le matin elles repassaient toutes les deux par la salle de bains… Lucile brièvement… Meredith plus longuement… Elle se coiffait… Elle se maquillait… A gestes précis et sûrs… lentement étirés… De face, de dos, de profil devant le grand miroir en pied, elle vérifiait ensuite, d’un œil résolument critique, que tout était en ordre, rectifiait un détail ici, un autre là…


Et puis c’était le tour de Fiona… Qui prenait tout son temps… Et systématiquement un bain… Interminablement prolongé… Elle laissait ses mains flotter à la surface de l’eau, la battait, de temps à autre, pour susciter des vagues… Et puis, souvent, presque toujours, elle finissait par les emmener errer, au hasard, sur son corps, s’attardait sur un sein, en agaçait la pointe, s’éloignait, revenait, descendait entre ses cuisses, y séjournait, les yeux mi-clos… Quand son plaisir venait la visiter elle l’accueillait la tête renversée en arrière, le souffle court, l’accompagnait d’une multitude de petits gémissements reconnaissants…


Ca a duré deux mois… Deux mois de rêve pendant lesquels pas une seule fois je n’ai manqué nos rendez-vous quotidiens… Et puis un jour… Un soir… J’étais allongé de tout mon long, absorbé dans la contemplation de Meredith qui, entièrement nue, une jambe relevée, s’épilait les mollets quand… la sensation d’un choc brutal au creux des reins… - Espèce de vieux salopard… Je vais t’en faire passer l’envie, moi, tu vas voir !… On venait de me lancer un plein seau d’eau glacée… Je n’ai pas demandé mon reste… Transi, dégoulinant, j’ai battu en retraite, dévalé l’escalier…


Il m’attendait en dessous, sur le pas de la porte… Le père… Lucile et Fiona sur ses talons… Qui m’ont dévisagé avec un dédain teinté de curiosité… - Tu mériterais que je te casse la gueule, vieux cochon de vicelard… Tu n’as pas honte à ton âge ?… Sa voix m’a poursuivi jusqu’en bas… - Et t’avise pas de revenir traîner dans le coin… Cette fois t’y couperas pas… Oui… Oui… Mais je les avais vues…


Vous me dites que je ne suis pour vous ni plus ni moins que les autres, Alicia… Ce n’est pas tout à fait vrai… Je suis moins… Les autres, ils vous approchent… Vous leur coupez les cheveux… Vous les touchez… Ils peuvent vous « voir en vrai », entendre votre voix, respirer votre parfum… Longtemps après votre départ vous continuez à flotter dans l’air autour d’eux… Vous êtes à eux… Moi, je ne connais même pas votre visage… Je n’ai que de petits morceaux de vous… Je n’ai que vos photos… Je vis avec elles… Je m’en nourris… Et vos lettres… Que je sais par cœur… Que j’attends avec une impatience toujours plus éprouvante au fil du temps… Laissez-moi vous apercevoir, Alicia, au moins une fois… Même de loin… Et vous ferez de moi le plus heureux des hommes…


Je vous embrasse


A L A I N


10 Août


Cher Alain,


Chacun son tour !… Lundi c’était celui de Lucien… Qui m’a accueillie avec un sifflement admiratif… Et un regard d’enfant émerveillé… - C’est que vous allez voir votre petit ami, après, que vous vous êtes faite belle comme ça?!… - Non… J’en viens… Il y a un quart d’heure j’étais encore chez lui… - Ah… Il s’est tu, perdu dans ses pensées… Absent… Parti… Ailleurs… Se demandant… Si on l’avait fait… Si on venait de le faire… Si… Imaginant… Nous imaginant, les yeux brillants, le souffle court…


- Il a de la chance… Beaucoup de chance… - Qui ça?…    - Votre petit ami… Il est très amoureux ?… Oui… Forcément… De vous on ne peut être que très amoureux… Et vous ?… - Quoi, moi ?… - Vous êtes amoureuse de lui?… - Oh, moi !… Je suis jeune… J’ai le temps… Pour le moment je m’amuse… On verra plus tard… Il a levé sur moi un regard médusé… J’ai éclaté de rire… - Je vous choque ?… On n’est plus à votre époque, pépé !… Elles ont changé les filles… Je venais de le plonger dans des abîmes de perplexité…


- Mais alors vous… vous en avez plusieurs des petits amis !?… - Ben oui… Ca… Evidemment… - Combien ?…    - Ca dépend… En ce moment quatre… - Quatre !… Il a accusé le coup… S’est absorbé dans un long silence méditatif… - Quatre !… Eh ben dis donc !… Ca doit pas être facile de s’y retrouver… Et de ne pas se couper… J’ai encore éclaté de rire… - Non, mais qu’est-ce que vous croyez ?… Que je leur rends des comptes ?… Que je me justifie ?… Il y a longtemps que j’en suis plus là… Ceux à qui ça convient pas ils peuvent toujours aller voir ailleurs…


Il s’est lancé bravement… - Vous les choisissez comment vos petits amis ?… - Oh alors ça !… Il y a pas de règle… A l’instinct… On me plaît ou on me plaît pas… - Et comment faut faire pour vous plaire ?… - Il faut rien faire justement… Rien du tout… Moins on en fait et plus on… Oh, mais dites donc !… Je vous vois venir, vous… Vous seriez pas en train de vous mettre sur les rangs par hasard?… Il n’a pas protesté… Il m’a coulé de côté un regard plein d’espoir et de désir affolé…


Je l’ai longuement laissé mariner dans son jus, concentrée sur sa tête que je lui faisais relever, baisser, redresser encore… - Et à votre avis je vais prendre ça comment ?… - Je sais pas… - Vous savez pas… Non, mais vous m’avez bien regardée ?… Oui… Vous faites même que ça me regarder… Et vous vous êtes regardé, vous?… Eh bien alors !… Je comprends même pas que ça ait pu vous venir à l’idée…


- Oh, mais faites pas cette tête-là !… Je vous en veux pas… Je vous en veux pas d’avoir essayé… Mais comment vous voulez que des vieux comme vous, tout fripés et tout pendouillants de partout, ça ait la moindre chance avec nous ?… Alors qu’on peut avoir tous les types qu’on veut… Beaux… Jeunes… Musclés… Fringants… Ardents… Qu’il nous suffit de nous baisser pour en ramasser… Regardez-nous… Tant que vous voulez… On s’en fout… Complètement… Mais pour le reste…


Je le tiens… Je vais pas le lâcher comme ça… Je vais le soigner… Et j’ai déjà ma petite idée… Les tenues bien sûr… Mais ça c’est le B-A BA… C’est élémentaire… Non… Il aime ça les mots ?… Ca l’excite ?… Il va en avoir… Je vais le prendre pour « confident »… Lui parler en long, en large et en travers de mes petits amis… Lui raconter par le menu tout ce que je fais avec eux… Sans rien lui épargner… Et dans des termes… Je peux être très crue, vous savez, quand je veux… Je vais te le mettre dans un état…


Bon… Mais parlons un peu de vous… Alors comme ça vous récriminez… Soi-disant que je me montrerais injuste à votre égard… Que j’accorderais aux autres ce que je ne vous accorde pas à vous… Mais, mon cher, si tel est mon bon plaisir… C’est moi - et moi seule - qui décide de ce que j’offre - ou n’offre pas - aux uns et aux autres… Et pour la peine - pour vous punir d’avoir osé exprimer d’aussi inqualifiables exigences - je vais vous mettre à l’épreuve… Alors voilà ce qu’on va faire : le 18 Août prochain, entre 15 heures et 15 heures 05, je sortirai de la bouche du métro Saint-Michel - la plus proche de la fontaine - et vous aurez alors le droit de me suivre… Je vous emmènerai faire une petite promenade à travers Paris… Jusqu’à Beaubourg où vous me laisserez filer… Où vous disparaîtrez… Une petite promenade tous les deux… A condition bien évidemment que vous ayez été capable de me reconnaître parmi toutes celles qui remonteront l’escalier au même moment… Un petit indice pour vous aider - vous voyez que je peux être gentille quand je veux - un précieux petit indice: je serai en robe… courte… à mi-cuisses… Un indice et une recommandation : vous ne m’abordez surtout pas… Vous gardez vos distances… Dans le cas contraire tout serait définitivement fini entre nous… Vous n’entendriez plus jamais parler de moi…


Alors elle n’est pas bonne mon idée ?… Mais tâchez de me reconnaître… De ne pas laisser passer votre chance… C’est une opportunité qui n’est pas près de se représenter… Une photo ?… Non… Pas aujourd’hui… Au 18 ?


Je vous embrasse


A L I C I A

lundi 25 mai 2009

Les pépés ( 4 )

21 Juillet

Ma chère Alicia,

J’ai reçu avant-hier la première des deux photos que vous m’aviez annoncées… Je l’ai très longuement savourée… Je la savoure encore… Elle est là, devant moi, sur mon bureau… Je ne peux m’empêcher de lever constamment les yeux vers elle comme si elle allait enfin s’animer, comme si vous alliez bien finir par vous décider à décroiser les jambes, par me laisser voir plus loin… plus haut… plus près… Espoir toujours aussi inexorablement déçu… Il y a quelque chose en moi qui veut… De plus en plus… Qui réclame… Qui exige… Qui devient douloureux à force de n’être pas satisfait…


Vous voir, vous !… Et seulement vous !… Vous êtes en train de prendre, peu à peu, toute la place… D’occuper inexorablement le terrain… Les autres… Je ne les vois pas… Elles sont jeunes… belles… désirables… Je ne les vois plus… Je ne suis occupé que de vous… De vos lettres dont je me récite des passages entiers… De celles que je vais vous écrire… Que je me surprends à tourner et retourner indéfiniment dans ma tête… De vos photos… Celles que vous m’avez envoyées… Celles que je rêve que vous m’enverrez… Et j’imagine… J’ose imaginer qu’un jour vous serez vraiment nue devant moi… Pour moi… Je ne pense plus qu’à ça… Je ne vis plus que pour ça…


J’ai connu, il y a 5 ou 6 ans, quelque chose d’un peu analogue… J’étais descendu à l’hôtel, pour quelques jours, dans une grande station balnéaire du Midi… Dans l’intention avouée d’en « prendre plein la vue »… De parcourir des kilomètres et des kilomètres de plage pour glaner tout ce qu’il y aurait à glaner… De saisir toutes les occasions - quelles qu’elles soient - qui pourraient se présenter…


Elles occupaient la chambre juste à côté de la mienne… Deux sœurs… D’une vingtaine d’années… Auxquelles je n’avais tout d’abord pas prêté plus d’attention qu’à d’autres… Je les croisais dans le couloir, dans l’escalier… Je les voyais en bas, au restaurant, en compagnie de leurs parents… A la plage, l’après-midi, juste en dessous de l’hôtel… Elles étaient jolies… Elles n’étaient pas les seules… Il y en avait d’autres… Beaucoup d’autres… Je ne savais plus où donner des yeux… A peine avais-je jeté mon dévolu sur une baigneuse au maillot particulièrement révélateur qu’une autre surgissait plus émouvante encore… C’était un tourbillon… Un véritable festival…


A côté elles rentraient tard dans la nuit… Prenaient une douche… L’oreille collée à la cloison, j’écoutais l’eau ruisseler sur leurs corps… J’imaginais… Je voyais… Elles chuchotaient ensuite longtemps… Souvent jusqu’au petit matin… Je me les représentais nues sur leur lit ou seulement vêtues de courtes nuisettes qui remontaient haut sur les cuisses lorsque parfois leur conversation s’animait… C’était entrecoupé d’interminables fous rires… De temps à autre je saisissais de ci de là des bribes de phrases… un mot ou deux… à partir desquels je reconstruisais toute une histoire… une aventure amoureuse… un épisode de leur vie familiale…


Au fil des nuits je m’introduisais, sans qu’elles s’en doutent, toujours un peu plus avant dans leur intimité… Je savais qu’Alexiane avait eu ses règles le dix… Qu’elle était complexée par ses seins… Qu’elle rêvait de devenir un jour chanteuse… Que le petit ami de Morgane la laissait sans nouvelles depuis plus d’un mois… Qu’elle avait des rapports extrêmement tendus avec sa mère… Qu’elle envisageait d’interrompre ses études en septembre… Je savais beaucoup… Je savais de plus en plus… Je savais tout…


Ce n’était pas assez… Je leur consacrais maintenant exclusivement mes journées… Je les passais penché sur elles, à l’affût du moindre de leurs faits et gestes… Remontaient-elles une rue commerçante pleine de monde?… Je les escortais, me faufilant discrètement entre les passants pour ne pas les perdre de vue… La fenêtre de ma chambre donnait sur la plage… Elles s’installaient toujours au même endroit, juste en contrebas… Je ne les quittais pas des yeux… Les repas, au restaurant de l’hôtel, constituaient une véritable bénédiction… Leur table n’était pas très éloignée de la mienne et elles me faisaient face… Je pouvais les observer tout à loisir et suivre des conversations qui me confirmaient dans ce que je savais déjà ou m’ouvraient de nouveaux horizons…


Le seul moment où elles parvenaient à m’échapper c’était le soir quand elles sortaient… J’avais bien tenté une reconnaissance du côté de la boîte qu’elles fréquentaient, mais il était exclu que je puisse m’y introduire… Mon âge m’y aurait immédiatement rendu suspect, elles m’y auraient remarqué et se seraient nécessairement posé des questions auxquelles elles n’auraient pas été loin d’apporter les bonnes réponses… J’en étais donc réduit à les regarder partir, belles comme des cœurs, et à me morfondre en attendant leur retour…


Et c’était à nouveau la douche… Comme toutes les nuits… Elle me rendait fou cette douche… Elles étaient là, nues, tout près, et elles se dérobaient… Les voir !… Voir leurs seins, leurs fesses, leurs fentes… Tout voir… Au moins une fois… Juste une fois… Il FALLAIT que je les voie… Mais comment ?… Perforer la cloison qui séparait nos deux chambres c’était prendre de gros risques pour un résultat qui pouvait se révéler décevant… Le trou de la serrure ?… Elles laissaient systématiquement - je l’avais vérifié - la clé dedans… Quant à la fenêtre… on était au troisième étage et elle donnait sur la mer…


Chaque chambre était équipée d’une douche, mais il n’y avait de baignoire que dans une salle de bains commune située dans un petit renfoncement tout au bout du couloir… Elles s’y rendaient chaque soir, sur le coup de dix heures, juste avant de sortir, s’y attardaient longuement… Dès qu’elles l’avaient quittée je m’y précipitais… C’était encore tout imprégné d’elles… De leur présence, de leur parfum, de leurs corps nus… Je me penchais sur la baignoire… J’en caressais amoureusement le rebord… Je me hissais dedans… Je m’allongeais là où elles venaient d’être… Je m’abandonnais, les yeux clos… Je m’éternisais… Avant de retourner les attendre dans ma chambre…


C’est en quittant cette salle de bains, un soir, que j’ai brusquement réalisé : le verrou n’était qu’une simple targette arrimée à la porte par deux vis… Et si ?… En les dévissant juste ce qu’il fallait… Dès le lendemain matin je me suis procuré un tournevis… J’ai profité de ce que l’étage était désert pendant le repas de midi pour aller essayer… Et… Ca marchait !… Ca marchait !… Une simple poussée un peu franche et ça cédait… La porte s’ouvrait…


J’ai passé l’après-midi à les observer dans un état d’impatience fébrile… Etendues innocemment sur le sable elles se gorgeaient de soleil… Sans se douter qu’il ne s’en fallait plus que de quelques heures pour qu’elles soient définitivement à moi…


Elles ont quitté leur chambre… Se sont éloignées en bavardant dans le couloir… J’ai laissé passer quelques instants… Ma trousse de toilette… Une serviette jetée négligemment sur l’épaule… J’ai collé l’oreille à la porte… C’était le moment… J’ai poussé… Debout à côté de la baignoire Alexiane me faisait face… Nue… Morgane était déjà dedans… J’ai pris un air stupéfait…   - Oh, excusez-moi !… Je savais pas qu’il y avait quelqu’un… J’ai regardé alternativement vers elles, puis vers la porte… Plusieurs fois… Comme si je cherchais à comprendre… Tout en en profitant autant que je pouvais… J’ai fait mine de découvrir ce qui s’était passé… - C’est le verrou… Il a lâché… Faudra prévenir la réception… Et je me suis éclipsé… Derrière moi il y a eu un grand éclat de rire…


Trois jours encore… Et puis elles ont quitté l’hôtel… Trois jours pendant lesquels « ça » a été entre nous… Chaque fois qu’on se croisait… Chaque fois que, pendant les repas, nos regards se rencontraient… Ils ne pouvaient pas s’en empêcher… Je les avais vues nues… Elles y pensaient… Et elles savaient que j’y pensais…


Il y a des années… Mais c’est toujours là… Je les fais revenir… Souvent… Je pousse encore régulièrement la porte de cette salle de bains… Et elles sont encore là pour moi… Exactement comme alors…


A bientôt, Alicia…


Je vous embrasse…


ALAIN



31 Juillet


Cher Alain,


Alors comme ça vous défoncez les portes des salles de bains !… Et vous parlez de me rencontrer !… Mais vous êtes un véritable sauvage, mon cher !… Et je tiens à l’intégrité de mon appartement : il vient d’être refait à neuf…


Vous ne pensez plus qu’à moi ?… Vous ne rêvez plus que de me voir nue, moi… Et moi toute seule… Je ne vais pas m’en plaindre… Mais sachez que la réciproque n’est pas vraie… Bien au contraire… Plus il y aura de pépés comme vous pour tomber en arrêt devant moi, pour ne plus vivre qu’à travers moi et plus vous m’en verrez ravie… Et je fais tout ce qu’il faut pour, vous pouvez me faire confiance… Et pour porter leur désir à incandescence… J’aime sentir mon pouvoir… J’aime l’étendre… J’aime en jouer…


Ainsi Maxime… A qui je suis allé couper les cheveux avant-hier… Il faisait une chaleur étouffante… Je portais une robe légère… Jaune paille… Et rien dessous… Strictement rien… Il n’a pas mis longtemps à s’en apercevoir… Ou plutôt à se poser la question… Sans l’ombre d’un doute possible mes fesses étaient nues sous ma robe, oui… Il pouvait le vérifier chaque fois que je lui tournais le dos… Mais… J’avais un string ou j’avais rien ?… Comment c’était devenu important pour lui de savoir d’un seul coup !… Comment il me fixait en bas dès que je lui en offrais l’occasion !… Sans la moindre retenue… Et sans pouvoir acquérir la moindre certitude : la tache sombre qu’il devinait, par transparence, ça pouvait être aussi bien l’un que l’autre… Il était vraiment trop drôle… Et j’en ai fait des allers et retours jusqu’à ma mallette, sur la petite table, devant la porte-fenêtre !…


Jusqu’au moment où ses regards se sont faits si insistants, si pénétrants, si envahissants qu’il ne m’a été plus été possible de les ignorer… - Eh bien, pépé, faut pas se gêner !… Il a rougi comme un petit garçon pris en faute, baissé la tête… - Qu’est-ce qu’on cherche à voir comme ça depuis un quart d’heure?… Si j’ai quelque chose en dessous, c’est ça ?… Et alors ?… Votre conclusion ?… Il a levé sur moi des yeux désemparés… - Eh ben non j’ai rien… Rien du tout… Il contemplait obstinément le bout de ses chaussures…    - Vous me croyez pas on dirait… Vous voulez vérifier ?… Il m’a jeté un bref regard incrédule… - Oh, moi j’m’en fiche, vous savez !… Si ça peut vous faire plaisir… Alors ?… Vous voulez ou vous voulez pas ?… - Oui… Dans un souffle… Dans un murmure… - Oui… - Eh ben voilà… Il suffit de demander…


Je me suis reculée de quelques pas… J’ai saisi le bas de ma robe à deux mains… Et lentement… très lentement… aussi lentement que possible… je l’ai fait remonter sur les cuisses… Il suivait chacun de mes gestes avec des yeux de fou… Lentement… Encore plus lentement… Jusqu’à la limite… Là où… Et je l’ai brusquement laissée retomber… J’ai éclaté de rire… - Avouez que vous y avez cru… Mais c’est plus de votre âge ça, pépé !… Vous devriez avoir honte… Il avait honte…


J’aime bien quand ils honte… Et ils ont tous honte… Au moins un peu… Comment ça pas vous ?… Oui, ben c’est pas à moi que vous ferez gober ça… Vous avez tous honte des regards que vous ne pouvez pas vous empêcher de poser sur nous… Qui avons le tiers de votre âge… Oh, mais faites pas cette tête-là !… On vous en veut pas… Enfin pas toutes… Moi non en tout cas… Au contraire… C’est tellement agréable de vous mettre dans l’état où on vous met et de se dire que vous n’obtiendrez jamais rien d’autre et que vous le savez…


Encore une photo ?… Allez, encore une photo !… Mais quoi ?… Tiens, le spectacle que j’ai offert à Maxime l’autre jour… Ma robe relevée haut sur les cuisses… Exactement la même chose pour vous que pour lui… Ah, parce que vous estimez avoir droit à un régime spécial ?… Eh bien non, mon cher, non !… Vous n’êtes ni plus ni moins pour moi que tous les autres…


Je vous embrasse…


A L I C I A

jeudi 21 mai 2009

Les pépés ( 3 )

11 Juillet

Ma chère Alicia,

C’est la voix implorante de Madame Ducray qui avait attiré mon attention… - Ca va faire jaser, Aurore… On est à la campagne… - Mais c’est pas vrai !… Ce qu’ils peuvent être arriérés ici… Un coup d’œil par la fenêtre de la chambre de ma résidence de vacances qui surplombe leur terrasse et j’y découvre, avec ravissement, une délicieuse jeune fille d’une vingtaine d’années qui se livre, en sous-vêtements blancs, à une voluptueuse séance de bronzette… - C’est pas prudent… On peut te voir… - Et alors ?… Ceux que ça dérange ils ont qu’à pas regarder… Personne les oblige… Et elle s’est retournée sur le ventre… J’ai passé une après-midi de rêve…

Le lendemain il faisait un temps magnifique et, dès la fin de la matinée, elle avait repris possession de la terrasse… Soutien-gorge et culotte lie-de-vin cette fois… Qui épousaient au plus près ses formes… Recto verso… Verso recto… De longues heures durant… Le surlendemain ils étaient vert amande… Progressivement approchés, consciencieusement explorés, systématiquement fouillés, à jumelles amoureusement avides…

Mes rapports de voisinage avec les Ducray avaient toujours été excellents… J’avais maintenant une raison supplémentaire de passer leur faire au plus tôt une petite visite… - Vous connaissez pas notre nièce… C’est notre voisin, Aurore… Juste à côté… Elle m’a souri, tendu la main… - Elle est en Vacances… Elle vient de Paris… Ils voient pas toujours les choses comme nous là-haut… C’est le moins qu’on puisse dire… Mais vous savez ce que c’est… Vous aussi, vous venez de là-bas… - Vous êtes de Paris même ?… - Oh, mais vous pouvez la tutoyer, hein !… - Non… Du Val de Marne… Mais je fais mes études à la Sorbonne… - On a peut-être eu l’occasion de se croiser alors… J’habite rue Saint-Jacques… - Peut-être… Je suis rentré la tête en feu…

La chance me souriait… Les journées se succédaient radieuses et, chaque matin, elle était au rendez-vous… Je l’attendais, le cœur battant, je la regardais s’installer et je me gorgeais d’elle… Je n’étais jamais rassasié… A midi elle disparaissait une petite heure… Je ne quittais pas ma fenêtre de peur de manquer son retour… Chaque minute, chaque seconde comptait… On avait toute l’après-midi à nous… Et puis l’ombre envahissait la terrasse… Elle se levait, renfilait sa robe, tirait la chaise longue à l’abri de l’auvent… C’était fini… Jusqu’au lendemain c’était fini…

Le 14 Juillet l’orage a éclaté au petit matin… J’enrageais… Je ne la verrais pas… Je l’ai vue : elle est venue sonner sur le coup de midi… Je n’aurais pas un dictionnaire à lui prêter ?… Un dictionnaire ?… Si, si… Bien sûr… J’avais… - Et ça se passe bien ces Vacances ?… - Oh, ça pourrait être pire… Je ne fais rien… Strictement rien… Je bouquine… Je rêvasse… Je somnole… - Et tu bronzes… - Et je bronze, oui… Qu’est-ce que j’ai pu entendre là-dessus au début!… Ils avaient peur que ça vous choque… - Ca me choque pas, non !… Ce qui me choque c’est que tu vas avoir des marques en rentrant… Et c’est pas vraiment esthétique… Elle s’est enfuie, le dictionnaire sous le bras, avec un petit signe de la main…

Elle ne l’a pas fait tout de suite… Elle a laissé passer quelques jours et puis, un matin, elle a retiré son soutien-gorge, les seins triomphants dans le soleil… J’étais chaviré de bonheur… Le lendemain aussi… Et tous les jours suivants…

Ca a eu lieu la veille de son départ… Elle venait de déposer son soutien-gorge, avec sa robe, sur l’appui de la petite fenêtre du cellier et… et elle a aussi retiré sa culotte… Tranquillement… Posément… Elle est restée debout, nue, quelques précieux instants avant de s’allonger et de s’abandonner à moi pour toute une improbable journée… La dernière…

C’était il y a… trois ans… Et c’est toujours là… Présent… Vivant… Fabuleux… Vous êtes notre supplice à nous, les vieux, vous, les jeunes femmes… Notre délicieux supplice… Plus les années passent et plus vous nous apparaissez belles, fraîches, désirables, émouvantes… Mais… mais le seul bonheur que nous puissions désormais espérer - il faut bien finir par se rendre à l’évidence - , c’est celui de vous contempler encore et encore, de nous délecter de vos charmes, de vos formes, de vos corps… Nous y consacrons tout notre temps et toute notre énergie… Nous saisissons toutes les occasions qui se présentent pour vous butiner, vous grappiller et vous enfouir amoureusement au plus profond de nos cachettes secrètes…

Rares sont celles qui, comme vous et comme Aurore, nous consentent un peu d’attention… En général on ne nous voit pas… On ne nous voit plus… Nous n’existons pas… Ce que nous ressentons, ce que nous éprouvons, ne présente pas, pour celles que nous admirons avec tant de ferveur, le moindre intérêt… Il leur en coûterait si peu pourtant de nous en laisser voir plus… mieux… davantage… Tout… Nous leur en aurions tellement de gratitude… Nous leur en avons tellement de gratitude quand cela, d’aventure, se produit…

Je vais attendre et espérer votre photo avec une immense impatience…

Je vous embrasse, Alicia…

A très bientôt…

ALAIN



17 Juillet

Cher vieux pépé,

A travers vous, grâce à vos mots, je peux approcher de très près ce qu’éprouvent mes pépés à moi, ce que JE leur fais ressentir… Ca me les rend un peu plus attendrissants encore… Et ça me donne envie de leur en donner toujours davantage… D’être pour eux ce qu’Aurore a été pour vous… Avec plus d’intensité encore… Si c’est possible…

C’est Patrick qui en a profité le premier… Hier… Il raffole de mes seins : j’ai choisi celui de mes tee shirt qui les moule au plus près… Blanc… Léger… Et… je n’ai rien mis dessous… Oh, son regard quand j’ai franchi sa porte !… On a échangé des bonjours - sa glotte tressautait comme un cabri - quelques banalités sur le beau temps qui avait l’air de vouloir durer et je me suis penchée sur ma mallette, face à lui, pour préparer mes affaires, sans lui prêter - du moins en apparence - la moindre attention… Comment il les a dévorés mes seins !… engloutis !… Un vrai meurt-de-faim…

J’ai fait durer aussi longtemps que j’ai pu et je me suis approchée… - Comme d’habitude ?… Il a acquiescé d’un signe de tête… Je la lui ai fait pencher… J’ai tourné autour de lui, tondu, coupé et, sans même avoir l’air de m’en rendre compte, je l’ai légèrement effleuré de la pointe du sein… Il a fermé les yeux… Dégluti… Passé la main sur son front…

Encore… Délibérément appuyée contre lui cette fois… Naturellement… Mine de rien… Dans le mouvement… - Ca va pas ?… - Si, si !… - On dirait pas… Vous êtes tout blanc… Faudrait pas que ce soit le cœur… Avec cette chaleur… D’autorité je me suis emparée de son poignet… - Comment il bat vite… C’est de la folie !… Tenez, regardez par rapport au mien… J’ai posé sa main sur ma poitrine… L’y ai laissée… Maintenue… - Vous sentez ?… C’est autre chose, hein !?… Il transpirait à grosses gouttes… - Vous voulez pas que je vous appelle un médecin ?… Non… Non… Pas la peine… Ca allait passer…

Et vous ?… Je ne vous oublie pas, vous savez !… Qu’est-ce que je vais faire pour vous aujourd’hui ?… Encore une photo ?… Vous voulez ?… Oui… Bien sûr vous voulez… Allez, une photo… Que vous attendrez encore quelque jours… Une photo toute nue cette fois… Ben, faites pas cette tête-là… Mais de dos… Seulement de dos… Et qui s’arrête juste là où les fesses vont commencer… Amusez-vous bien…

Je vous embrasse…

ALICIA

dimanche 17 mai 2009

Les pépés ( 2 )

10 Juin

Ma chère Alicia,

Ce qui se passe dans la tête ?… Tout dépend… De tant de choses… Des circonstances… Du contexte… De l’état d’esprit du moment… Imaginons… Imaginons par exemple - perspective ma foi fort séduisante - que vous marchiez dans la rue devant moi… Vous avez choisi une tenue qui met vos formes en valeur, qui attire les regards, qui les retient… Je vous suis… Je calque mon pas sur le votre - pas trop près pas trop loin - et je fixe vos fesses qui vivent et dansent devant moi… Je m’en empare… Je les détaille… Je les apprends… Le plus longtemps possible… Ma hantise, c’est que vous disparaissiez brusquement sous un porche d’immeuble, que vous m’échappiez… Trop tôt… Trop vite…

J’ai de la chance, beaucoup de chance : vous entrez dans un café… Je le dépasse… Quelques pas sur le trottoir pour donner le change… Je fais demi-tour… Je m’y engouffre… Je m’installe à une table toute proche de la votre… D’abord mettre un visage sur ces fesses que j’ai si amoureusement caressées du regard tout à l’heure… Le graver dans ma mémoire, du mieux possible, pour après… pour plus tard… Et puis vos seins… J’en dessine les contours… Je les soupèse… Je m’en éloigne… J’y reviens… Obstinément… Sous la table vous avez croisé les jambes… Je les parcours… Je les escalade… Je viens désespérément buter sur la lisière de la robe… Juste au-dessus… au-delà… il y a… Il suffirait d’un rien, de presque rien… que vous vous laissiez légèrement glisser sur la banquette pour que… Nos regards s’effleurent brièvement, s’abandonnent aussitôt pour aller se poser ailleurs, n’importe où, délibérément vides, ouvertement indifférents… Mais… mais sous la table vous décroisez les jambes… vous les recroisez lentement dans l’autre sens… si lentement… Merci, Alicia… Merci… Merci de cet instant de pur bonheur et merci de m’avoir laissé vous donner celui d’être désirable et désirée…

Je vous embrasse

ALAIN



8 Juillet

Cher vieux pépé,

Oui… Oui… Au café… Dans la rue… Partout… il y a ces regards posés sur moi… Qui me cherchent… Qui me déshabillent… Qui me fouillent… Qui me veulent… Je les ignore… Je fais semblant… Je les suscite… Je les sollicite… Je les aime… Inconnus anonymes qui effleurent furtivement ma vie… Qui s’éloignent avec leur désir… Qui disparaissent… Qui se perdent à tout jamais…

Et puis il y a mes pépés… Eux, ils sont là… Présents… Fidèles… Constants… Ils m’attendent… Ils me réclament… Ils ne vivent que par moi, que pour moi, que pour cet instant où je franchis leur porte… où je viens virevolter autour d’eux… pour ces précieuses minutes où je ne suis qu’à eux…

Il y a Maxime qui me guette derrière son rideau, qui se précipite pour m’ouvrir la portière dès que j’entre dans sa cour… Il me porte mes affaires, s’efface pour me laisser monter l’escalier devant lui… Il m’installe, fébrile, prévenant… Il s’installe… Il joue les indifférents… Il fixe un point très loin quelque part… Mais dès que je lui tourne le dos pour attraper un peigne, reposer un rasoir, il m’engloutit des yeux… Il me dévore sous ma robe, par transparence, dans le soleil… Je fais durer… Je lui laisse le temps… Tout son temps… Qu’il en profite… Que j’en profite…

Lucien, lui, joue carrément franc jeu… Il m’accueille d’un : - C’est pas vrai !… Mais c’est pas vrai !… Vous avez encore embelli depuis la dernière fois… Et moi qui croyais que c’était impossible… Et, comme pour vérifier, incrédule, il me parcourt et reparcourt des yeux tout du long… - Il en a de la chance votre petit ami !… Il en a conscience au moins ?… Et il s’attarde innocemment sur les « morceaux de choix », ceux que le dit petit ami est supposé tout particulièrement apprécier…

Patrick ne voit que mes seins… Il en est fou, mais fou à un point… C’est avec lui - allez savoir pourquoi !… - que je me montre la plus conciliante… Je lui choisis toujours des décolletés profonds et audacieux, des soutien-gorge vertigineux… Sans paraître me rendre compte du spectacle que je lui offre je me penche au large, me redresse, me repenche… Quand tout est fini il lève sur moi des yeux remplis d’une immense reconnaissance…

Il arrive toujours un moment où Mémé finit, pour une raison ou pour une autre, par quitter la pièce… C’est le moment que René attend, pour se jeter aussitôt goulûment sur moi du regard - comme un meurt-de-faim - avec une telle voracité que je suis bien obligée de le repousser… - Allons, pépé, allons !… On garde sagement ses yeux dans ses poches, hein ?!… Il rougit… Il baisse la tête comme un petit garçon pris en faute… Mémé revient… Elle repart… Et il retourne à l’assaut… Avec un peu plus de détermination encore… C’est plus fort que lui… Il ne peut pas s’empêcher… - Vous n’avez pas honte ?!… Je pourrais être votre petite fille… Et il jette un regard rempli de confusion à la photo qui trône sur le buffet…

Une photo ?… Bon… Allez, je suis bonne fille… Je vous en envoie encore une… Laquelle ?… Tiens, celle-là !… Elle vous plaira… J’y suis exactement comme vous m’avez imaginée dans votre lettre… Les jambes - en gros plan - croisées bien haut sous la table… Si je les décroiserai un jour ?… On verra… C’est pas sûr… Rêvez bien en attendant…

Je vous embrasse…

ALICIA

P.S. Qu’est-ce que vous dites ?… Ah… J’ai oublié de mettre la photo dans l’enveloppe ?… Mais non !… C’est fait exprès… Vous la recevrez à part dans quelques jours… Soyez pas pressé comme ça…

mercredi 13 mai 2009

Les pépés ( 1 )

« Jeune femme - 25 ans - cherche correspondance suivie avec vieux cochon - 65 ans minimum - à allumer avec des mots, des récits, des photos, etc… Aucun espoir de concrétisation sexuelle »

10 Juin

Mademoiselle,

Votre annonce a dû vous valoir, j’en suis convaincu, des centaines de réponses… Et j’avoue que c’est un peu décourageant : pourquoi me privilégeriez-vous, moi, plutôt qu’un autre ?… Qui saura se vendre beaucoup mieux que moi… Qui vantera ses mérites réels ou supposés… Qui saura vous faire rire et vous séduire… Je ne suis qu’un vieux cochon de 72 ans comme il en existe des milliers de par le monde… Un vieux cochon qui passe ses journées à errer au hasard dans l’espoir d’apercevoir les contreforts d’un sein dans une robe qui s’échancre… qui prend et suit la piste, chaque fois que l’occasion s’en présente, d’une paire de fesses moulées dans un jean trop étroit ou battues par une robe trop légère et trop courte… Je ne pense qu’à ça… Je ne vis que pour ça… Je peux rester assis sur un banc, immobile, des heures durant à attendre - parfois en vain - le moment où la jeune femme qui lit, juste en face, va décroiser les jambes et les recroiser trop haut… L’espace d’un instant j’ai entrevu sa culotte et je suis heureux…


Je connais tous les escaliers qui en valent la peine, les passerelles qui offrent des perspectives intéressantes… J’erre, dans les grands magasins, à proximité immédiate des cabines d’essayage… Je fais mon miel d’un rideau mal tiré, d’une copine qui l’entrebâille pour voir « où ça en est », « comment ça lui va »… Je me suis constitué mon guide Michelin des hôtels que j’ai répartis en deux catégories : ceux dont les portes jointent mal, dont les murs ont été truffés de trous soigneusement occultés par du papier mâché et ceux dont les fenêtres donnent sur des salles de bains ou des chambres mal protégées…


J’ai ma lecture de la ville à moi, mes itinéraires, mes circuits qui tous tendent vers le même but : voir… voir… et encore voir… Le plus possible… Le mieux possible… Ils me sont familiers… Je m’y sens chez moi, « à ma main », mais ce qui me chavire surtout c’est ce qui surgit brusquement au moment où je m’y attends le moins… Un coup de vent soudain qui fait voltiger une robe trop haut… Une porte de vestiaire qui s’ouvre inopinément à l’instant précis où je passe devant… Une serviette de bain à l’abri de laquelle on se tortille pour changer de maillot et qui échappe malencontreusement au « pire » moment… Je suis constamment aux aguets, à l’affût… Oui, je suis un vieux cochon… Un vieux cochon qui espère de tout son être que vous lui ferez l’aumône d’une réponse…

A très bientôt j’espère…

ALAIN



27 juin

Cher vieux pépé,

Je sors de la douche… Je ne suis vêtue que d’un minuscule petit string à fleurs jaunes et bleues et d’un soutien-gorge assorti… Ca vous plaît ?… Oui… Je le vois bien : ça vous plaît… Allez… Je suis bonne fille… Je vous laisse le temps de regarder… Quoi ?!… Que je me lève ?!… Vous y allez fort, vous !… On se connaît à peine… Bon… Si vous y tenez… Voilà… Vous êtes content ?… Eh ben dites donc, vous faites pas semblant… Pour être un vieux cochon vous êtes vraiment un vieux cochon… Mais ça peut peut-être suffire, non ?… Qu’on discute un peu quand même !…


En tout cas vous aviez raison : j’ai reçu un monceau de réponses… 76 exactement… La plupart hors sujet… Je les vois venir, attends, les pépés !… Ils font pas dans la dentelle… Leur plan, c’est d’échanger deux trois bafouilles comme ça vite fait, de me filer un rancart et de me tirer à la première occasion… C’est gros comme une maison… Ils ont rien compris au film… Même à leur âge… Pour ça, si je veux, j’ai franchement pas besoin de passer une annonce… Il me suffit de me baisser pour en ramasser des types… Non… Ce qui m’intéresse c’est de savoir ce qu’ils ressentent quand on leur met tout sous le nez dans la rue… Qu’on allume tant qu’on peut… Pourquoi les pépés ?… Je sais pas… C’est comme ça… Ca a toujours été comme ça… Et encore plus maintenant avec mon boulot : je suis coiffeuse à domicile… Alors forcément j’en ai parmi mes clients… Et je peux vous dire que je les bichonne… Vous verriez ces tenues que je mets quand je vais chez eux !… Chez certains en tout cas… Ils hallucinent… Ils en tremblent… Ils transpirent à grosses gouttes… Ah, je leur fais de l’effet… ça… on peut pas dire !… J’aime bien… J’adore même… Je fais celle qui s’aperçoit de rien… C’est encore mieux… Ce que je voudrais à ce moment-là c’est être complètement dans leur tête… C’est pour ça mon annonce : je peux quand même pas leur demander à eux… Ils le diraient pas n’importe comment…


Mais vous, vous allez me le dire… Vous allez tout me dire… Tout… De ce que ça vous fait quand vous nous voyez… De ce qui vous passe par la tête… Je veux tout savoir… Tout… Vous allez me raconter… Bien en détail… Et moi je vous poserai des tas de questions… Vous tricherez pas… Vous avez pas le droit… D’accord ?… On fait comme ça ?…


Qu’est-ce que vous dites ?… Ah, vous voulez que j’enlève mon string ?!… Que je me mette toute nue… C’est bien parce que c’est vous… Alors ?!… Comment vous trouvez ?… Vous aimez ?… C’est pas pour me vanter, mais en général on trouve que j’ai des seins magnifiques… Ils arrêtent pas de flasher sur eux, les mecs… Et en bas ?… Comment vous préférez ?… Comme ça avec des poils ?… Ou bien toute lisse ?… Je le fais aussi des fois… Hein ?… Quoi ?… Si je vous enverrai des photos ?… Oui, bien sûr… Oui… Mais je sais pas lesquelles… Je vous montrerai peut-être pas tout… Ca dépendra… De vous… De vos lettres… De si vous me donnez envie… En voilà une en attendant… De ma cheville… Elle est mignonne, non ?…

Bisous…

A L I C I A

( à suivre )

dimanche 29 mars 2009

Correspondante ( lettre 11 )

Cher ami,


Je n’ai pas le choix. Je n’ai plus le choix. Je serai là-bas ce soir. Et je sais très exactement ce qui m’attend. Tout à l’heure en quittant mon si bel appartement j’ai pleuré. Je passerai Noël avec eux. Et je ne me fais pas d’illusions. Ma vie de devant sera comme celle de derrière. Je ne vous écrirai plus. A quoi bon ? Maintenant ça ne pourrait plus que me faire du mal. Merci pour tout...


Je vous embrasse


E L O D I E

vendredi 27 mars 2009

Correspondante ( lettre 10 )

Cher ami,


Je l’ai fait. Je n’avais pas d’autre solution. J’ai appelé mon père. On a déjeuné ensemble tous les deux. Je lui ai dépeint ma situation et je lui ai demandé de m’aider. Le temps que je me remette à flot. Que je me rétablisse. Il a refusé sous prétexte que ce serait me rendre le pire des services. Et j’en ai pris plein la tête. J’y allais fort quand même ! Je manquais pas de culot ! Après ce que j’avais fait ! Oser venir lui demander de l’argent - Non, mais est-ce que tu te rends seulement compte du mal que tu fais à ta mère ? Seulement ça, ça t’est bien égal Il n’y a que ta petite personne qui compte. Ton petit confort. Tes petits plaisirs. Tu ne seras jamais adulte. Il y a longtemps qu’on s’est fait une raison. Si on n’est pas derrière toi. La preuve : il n’y a que quatre mois que tu es partie et tu as déjà trouvé le moyen de te mettre dans une situation impossible. Il serait peut-être temps que tu commences à te poser des questions, non ? Que tu tires les conclusions qui s’imposent. Tu veux t’en sortir ? Eh bien tu as une solution toute trouvée. Tu as toujours ton appartement là-bas dans l’état - pitoyable - où tu l’as laissé. Tu peux le réintégrer quand tu veux. Mais tu présenteras d’abord tes excuses à ta mère qui te posera ses conditions. Il est hors de question qu’on te laisse faire - une fois de plus - n’importe quoi. Je ne retournerai pas là-bas. Plutôt crever.


Je vous embrasse…


E L O D I E

mercredi 25 mars 2009

Correspondante ( lettre 9 )

Cher ami,


C’est fini. Sans espoir. Un mois que je pleure. Comment c’est arrivé ? J’en sais rien. C’était si bien nous deux! Mieux qu’un rêve. Mieux que tout. Et voilà, c’est fini. Il est parti. Il a disparu. Juste un mot sur la table de la cuisine le dernier matin pour me souhaiter bonne chance. Bonne chance. Tu parles ! S’il voyait dans quel état je suis. Il s’en fout. Je vais devenir quoi, moi, sans lui ? Il y a des moments où j’aurais bien envie de...


En plus je suis dans une galère pas possible. J’ai perdu mon boulot. Je n’avais que lui en tête. Je ne dormais plus. J’ai accumulé les erreurs. On a fini par me flanquer dehors. J’aurais fait la même chose à leur place. Je cherche, je cherche, mais... Alors je ne vous dis pas dans quelle situation financière je suis... Avec un loyer qui me coûte les yeux de la tête. Je ne sais pas comment tout ça va finir.


J’ai essayé de renouer avec Jérôme et Sébastien. Ils m’ont envoyée sur les roses. Ils ne veulent pas jouer les roues de secours. Heureusement il me reste mon toubib. Je l’ai vu hier. Il m’a prise sur la table d’examen entre deux clients. Et puis vous... Vous écrire... Même si ce ne sont pas les lettres que j’aimerais vous envoyer. Ca reviendra... Du moins je l’espère...


Vous voyez, le moral d’Elodie n’est pas vraiment au beau fixe. C’est le moins qu’on puisse dire.


A bientôt


Je vous embrasse


E L O D I E

lundi 23 mars 2009

Correspondante ( lettre 8 )

Cher ami,


Cinq semaines sans nouvelles ! Ce n’était pas dans mes habitudes et vous avez probablement pensé que j’avais lâchement disparu sans même vous faire l’aumône d’un au revoir... Non... Non... Mais je vis tellement de choses passionnantes que je n’ai presque plus de moments à moi...


D’abord... D’abord j’ai déménagé. J’ai trouvé un appartement magnifique, à Ménilmontant, avec de grandes baies vitrées qui donnent sur un Paris de rêve... C’est cher - c’est même très cher - mais je ne pouvais pas laisser passer une occasion pareille...



Ensuite - et surtout ! - j’ai enfin rencontré l’homme de ma vie. Ca fait cliché, je sais ! Mais c’est le seul terme qui convienne. Je suis heureuse. Si vous saviez comme je suis heureuse ! Il me fait être. Je suis transfigurée. Je suis une autre. Tout est devenu si lumineux... Que de temps perdu ! Irrémédiablement perdu...


Eux, je ne les ai pas revus. Et je ne les reverrai pas. Ils ne me manquent pas. C’est rien de le dire. Je respire enfin au large. A pleins poumons.


Sinon... J’ai dû aussi couper définitivement les ponts avec Jérôme et Sébastien. Ils n’acceptaient pas Laurent. Ils ne voulaient pas - ils ne pouvaient pas comprendre - que rien désormais ne pouvait plus être comme avant. C’est dommage, mais c’est tant pis !  Ca appartient à une époque dont je suis définitivement sortie. Ce que je vis maintenant est tellement plus important...


A bientôt? Je sais pas. Mais je reviendrai, c’est promis...


Je vous embrasse


E L O D I E

vendredi 20 mars 2009

Correspondante ( lettre 7 )

Très cher ami,

Eh oui, une lettre postée de Paris. Je suis partie de là-bas. Avant-hier. J’ai coupé les ponts... largué les amarres... mis les voiles... Cette fois c’est définitif et sans espoir de retour. Pour le moment je suis chez Sébastien. Je n’ai pas voulu rentrer « chez moi » : c’est chez eux. Je vais me chercher un appartement. Loin d’eux. Le plus loin possible...


Ca a eu lieu lundi. Je lézardais sur la terrasse. Elle, elle passait l’aspirateur en haut, dans les chambres. Tous les jours elle passe l’aspirateur en haut, dans les chambres... - Elodie, tu peux venir voir là ? J’ai soupiré... Qu’est-ce qu’il y avait encore ? Je suis montée... - Quoi? Qu’est-ce tu veux ? - Tu peux me dire ce que c’est que ça ? Elle m’a brandi la lettre de Jérôme sous le nez...       - Ca, c’est mon courrier !... Et tu n’as pas le droit de...     - Parce que t’appelles ça du courrier ?! Ce ramassis d’horreurs... - C’est mon problème. Ca ne te regarde pas... - Ah si, ça me regarde, si ! Tu es encore ma fille que je sache ! Mais ça je m’en doutais ! Je m’en doutais! De ta part on peut s’attendre à tout. A tout. Seulement si tu t’imagines que je vais tolérer ça ! - Mais j’ai 42 ans enfin ! - Eh bien justement ! Raison de plus ! Il serait quand même grand temps que tu te plombes enfin un peu la cervelle, non, tu crois pas ? - Rends-moi ça !         - Certainement pas ! J’ai voulu la lui reprendre, la lui arracher. Elle m’a lancé deux gifles à toute volée. Comme la fois de Nicolas. Comme quand j’avais 14 ans. Comme si j’avais encore 14 ans. Et elle a déchiré la lettre en morceaux minuscules qu’elle a laissé tomber dans la corbeille d’un air profondément dégoûté. J’ai immédiatement commencé à rassembler mes affaires...  - Qu’est-ce que tu fais ? - Je m’en vais... Elle a haussé les épaules... - Tu sais très bien que tu le feras pas...


Je l’ai fait. Je me l’étais juré il y a tout juste sept ans. Je m’étais juré que si jamais elle levait à nouveau une seule fois la main sur moi je partirais... Et qu’ils ne me reverraient pas. C’était l’été de mes 35 ans. J’avais été prise d’une frénésie de sorties. Le besoin de m’étourdir. D’oublier. Que j’étais seule. Que je le resterais sans doute toujours. Que ma vie tournait désespérément à vide. Je sortais. Je m’éclatais. Je couchais. Avec un peu n’importe qui. Et, ce soir-là, avec Bertrand, un gamin de 20 ans qui me tournait obstinément autour. Il a absolument voulu m’emmener chez son grand-père... - Il y est pas en ce moment. On sera tranquilles. Tu verrais cette villa que c’est en plus ! Avec piscine et tout. Il a éprouvé mille difficultés à ouvrir la porte, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais je ne me suis pas posé la moindre question. On s’est déshabillés. On s’est jetés dans la piscine. On y a fait les fous. On s’est poursuivis sur la margelle tout autour. Quand les gendarmes sont arrivés on venait juste de commencer à faire l’amour. Dans le faisceau des torches longuement braquées sur nos corps nus il a fallu expliquer ce qu’on faisait là et comment on était entrés. Je me sentais profondément humiliée, ridicule et furieuse contre ce Bertrand qui m’avait entraînée à mon insu dans cette histoire. On a passé le reste de la nuit au poste. A répondre à une foule de questions toutes plus saugrenues les unes que les autres... - Ca va durer longtemps ? - Mais, Madame, il y a violation de domicile! Avec effraction.


Au petit matin j’ai reconnu la voix de mon père dans la pièce à côté. Il parlait avec le brigadier. Il m’a ramenée à la maison sans m’adresser le moindre mot, sans me jeter le moindre regard. Un bloc de réprobation muette. Dans la cuisine ma mère m’a ignorée. Pas un reproche. Pas une allusion. Je n’existais pas. J’ai voulu aller prendre une douche pour me laver de tout ça, pour m’en débarrasser, pour me retrouver. Elle a presque aussitôt surgi et… non… je ne peux pas vous raconter… non… c’est au-dessus de mes forces… un jour… plus tard peut-être… Je suis restée confinée deux jours dans ma chambre. A pleurer. De honte. D’humiliation. De remords. De tout. J’ai pensé à me supprimer : je ne méritais pas de vivre. Et puis, le matin du troisième jour, j’ai pris ma décision : la prochaine fois je m’en irais... Pour toujours. C’était irrévocable. Et je suis redescendue. Ils n’ont pas fait le moindre commentaire. Comme s’il ne s’était rien passé. Jamais...


Que de temps perdu ! Si vous saviez comme je me sens bien maintenant. Libérée. Sereine. Epanouie. Au large en moi. Je commence enfin à vivre. Il était temps. Je n’avais jamais formé de vrais projets : je ne m’en reconnaissais pas le droit. J’en ai plein aujourd’hui : ça part dans tous les sens. Bref, je vis. Je suis heureuse.


Je vous embrasse


E L O D I E

lundi 16 mars 2009

Correspondante ( lettre 6 )

Cher ami,


J’ai reçu une lettre adorable de Jérôme et de Sébastien. Dix longues pages où ils me racontent ce qu’ils font... leur bonheur... leur plaisir... Dix longues pages qui m’ont donné envie... Tellement... Envie d’eux... Envie d’être avec eux... Envie de ce qui n’est qu’à nous... Ce sont des amours. Et je n’apprécie peut-être pas toujours à sa juste valeur la chance que j’ai de les avoir rencontrés et qu’ils soient si inextricablement noués à ma vie. Ils se proposent de faire un saut jusqu’ici la semaine prochaine. Ce n’est évidemment pas possible. Et je n’en peux plus. Toujours être obligée de compter avec elle. Ses préjugés à elle. Ses petites conceptions étriquées à elle. J’étouffe... Jusqu’à quand est-ce qu’elle va diriger ma vie comme ça ? Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que... Oui. Je sais... Je sais... Merci. Vous allez pas vous y mettre, vous aussi !?


A chaque pas ici je rencontre mes souvenirs. On ne peut pas avoir passé toutes ses vacances, depuis toujours, au même endroit sans qu’ils vous surgissent constamment de partout. Hier je suis allée me promener sur le port. C’est là que j’ai rencontré Pierre qui allait devenir - pour trois si courtes et si longues années - mon mari. J’avais 27 ans. Il en avait 20 de plus et il avait décidé que ce serait moi. Sans même me demander mon avis. Mon avis ne l’intéressait pas. Mon avis n’avait pas - n’avait jamais eu pour qui que ce soit - la moindre importance. Je l’ai laissé faire. Ca m’était égal. Tout m’était égal. Une seule chose m’importait : il allait m’emmener. Loin d’eux. J’allais enfin leur échapper. Je ne leur ai pas échappé. Il était dit que je ne pourrais jamais leur échapper. On s’est mariés. Et on a passé le plus clair de notre temps avec eux. Il s’entendait à merveille avec mon père dont il chantait à tout propos les louanges... mon père qui le portait aux nues. Ils passaient des heures et des heures tous les deux en inépuisables et ennuyeuses conversations qui se prolongeaient jusqu’au cœur de la nuit. Je me sentais exclue. Je l’étais. Ma mère s’extasiait : - Mais qu’est-ce qu’il peut bien te trouver ? Un homme aussi extraordinaire... Qu’est-ce que tu lui as fait ?


Chez « nous » on recevait. Presque tous les soirs. Des économistes. Des juristes. Des sommités. Tout un tas de gens qui s’écoutaient parler. Qui se prenaient au sérieux. Qui pontifiaient. Qui m’exaspéraient. Qui m’ignoraient. Alors un soir je n’y ai plus tenu: je me suis engouffrée dans une inhabituelle brèche de silence et je les ai imités... parodiés... Leurs tons. Leurs tics. Leurs mimiques. Leur suffisance. Leurs mots. Je m’en donnais à cœur joie. L’attention générale s’était concentrée sur moi, ébahie, stupéfaite, réprobatrice... Pierre s’est levé, m’a prise par le bras... Je ne me suis pas interrompue... Il m’a entraînée dans l’escalier, menée jusqu’à notre chambre. Il a refermé la porte sur nous. Il m’a jetée sur le lit. Il m’a déculottée et il m’a flanqué une fessée... Une monumentale fessée... Qui m’a fait pleurer, hurler, supplier... Il a été sans pitié... - Et maintenant tu vas descendre leur présenter tes excuses... Je l’ai fait...


Le lendemain, à la première heure, j’étais chez ma mère... - Je divorce... - Ah ! Ca faisait longtemps ! Ca faisait longtemps que t’avais pas eu une de tes idées lumineuses. Tu divorces... Voilà autre chose... Et on peut savoir pourquoi ? - Il me bat... - Il te bat ?! Comment ça il te bat ? Il a bien fallu que je lui dise... - Une fessée?! Et pourquoi ? Hein, pourquoi ? Il y avait bien une raison... Tu vois, tu dis rien... Faut croire que tu l’avais cherché... Que t’avais encore fait des tiennes. Quand on te connaît... Et quand on le connaît, lui... On le voit mal en train de... - Maman ! Mais j’ai 28 ans ! Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Tu as vingt-huit ans, oui ! Et tu continues à te comporter comme si tu en avais 12! La preuve ! Tu as un mari exceptionnel... Une crème... Que tout le monde t’envie. Et tu trouves rien de mieux à faire que de le pousser à bout. Et le pire c’est que tu veux encore avoir raison. Il faut toujours que t’aies raison... Au lieu d’incriminer systématiquement les autres tu ferais beaucoup mieux de te remettre un peu en question de temps en temps et de te demander si par hasard... - On peut pas discuter avec toi... C’est pas la peine... On peut jamais discuter avec toi...


Mais ça avait fait mouche : j’avais tellement pris l’habitude, depuis toujours, de me sentir fautive de tout ce qu’on avait décidé de me reprocher, de traverser l’existence en perpétuelle coupable, de vouloir être, sans jamais y parvenir vraiment, le plus idéalement possible conforme à ce qu’on attendait de moi qu’il ne m’a pas été bien difficile de leur donner raison... Puisqu’ils étaient tous contre moi c’était bien que - une fois de plus - ça venait de moi. Tout venait toujours de moi. C’était évident. Et j’ai fini, torturée de remords, par aller demander pardon à Pierre pour mon comportement de cette soirée, par m’abaisser à aller lui demander pardon. Il a tout balayé d’un revers de manche... - L’incident est clos...


Celui-là, oui ! Mais j’avais donné prise sur moi. J’avais cautionné. Je m’étais exposée à me retrouver inéluctablement un jour ou l’autre dans la même situation. Ce qui n’a pas manqué de se produire quelques semaines plus tard : je n’ai jamais pu me passer des plaisirs solitaires. Ils font partie de moi, de ma vie. J’éprouve à susciter mes images, à leur donner corps une ineffable et incomparable délectation... Là, plus qu’ailleurs, je vis... C’est un sujet que je n’avais jamais osé aborder avec Pierre. Je pressentais trop bien quel jugement résolument négatif il aurait porté sur mes pratiques et comme il se serait senti blessé dans sa fierté de mâle. Est-ce qu’il ne devait pas être le seul habilité à me donner mon plaisir ? Alors je m’offrais à moi-même en secret. Quand j’étais sûre d’être seule, de ne pas courir le risque d’être surprise. Seulement évidemment, un jour ou l’autre, ça devait arriver... Forcément. Il venait de partir. Pour tout l’après-midi. Je me suis confortablement installée sur le canapé du salon. Je me suis sollicitée. J’ai pris mon essor. Mon envol... Je ne l’ai pas entendu arriver. Il a surgi juste au moment où j’allais m’aprocher du bonheur. Il n’a pas dit un mot. Il a marché droit sur moi, le visage dur, fermé... Il m’a relevé les jambes vers la poitrine, il les y a maintenues et, de l’autre main, il m’a fessée dans cette humiliante position. Et il est reparti comme il était venu De cet après-midi-là nous n’avons jamais reparlé ni l’un ni l’autre...


Il y a eu encore d’autres fessées. Pour les motifs les plus divers. Qui m’habitaient longtemps. Les premiers jours je ne pouvais penser qu’à ça. Avec rage. Avec honte. Avec désespoir. Avec impuissance. Avec rancœur. Je lui en voulais. Comme je lui en voulais! Je rêvais de vengeances dont je m’offrais intérieurement le spectacle délicieux. Je décidais irrévocablement de partir. Loin. N’importe où. Le plus loin possible. Et puis, peu à peu, mon état d’esprit se transformait insensiblement. Je commençais à m’interroger. A me demander si Pierre n’avait pas eu malgré tout un tout petit peu raison. Je n’étais pas toute blanche moi non plus. On pouvait au moins le comprendre. Si je n’avais pas... Je lui donnais raison... De plus en plus raison... C’était ma faute. Complètement ma faute. Et je m’en voulais... Et je m’en voulais d’être incapable de ne pas m’en vouloir. Et d’entrer toujours systématiquement, quoi qu’il arrive, dans le rôle de la coupable. A nouveau j’étais en rage. Mais contre moi-même cette fois...


Et puis... Ce matin-là... C’était les Vacances... C’était ici... On déjeunait tous les quatre sur la terrasse, dans le soleil. Pierre et mon père s’étaient lancés, comme à leur habitude, dans une discussion à n’en plus finir. La journée s’annonçait particulièrement chaude et je m’étais habillée extrêmement léger... - Tu comptes sortir comme ça ? - Ben oui... Pourquoi ? - On est honorablement connus ici, Elodie, ton père et moi, et je ne tiens pas à ce qu’on aille raconter partout que ma fille se promène dans la rue attifée comme une... - Mais j’en ai rien à foutre des gens. Ils pensent ce qu’ils veulent... - T’en as peut-être rien à foutre, comme tu dis, mais moi, si !  Alors tu vas me faire le plaisir d’aller passer quelque chose de décent... - Oh, ça va pas recommencer, écoute !  J’ai 30 ans et je sais ce que j’ai à faire. Alors tu me lâches... - Non, mais t’as vu comment tu me parles ? - Tu m’emmerdes ! Tu m’emmerdes vraiment cette fois ! Pierre m’a fixée droit dans les yeux... - Présente immédiatement tes excuses à ta mère... - Oui, ben alors là sûrement pas ! J’en ai marre, mais vraiment marre. Il s’est lentement levé. J’ai tout de suite compris... - Ah non, hein ! Non ! Et pour la première fois je me suis débattue... J’ai résisté bec et ongles. Aussi longtemps et du mieux que j’ai pu. J’ai dû finir par m’avouer vaincue. Et il m’a fessée devant eux avec une vigueur jusque là inégalée. Quand il m’a relâchée hoquetante et sanglotante ma mère a conclu : - Celle-là au moins tu l’auras pas volée...


C’est le lendemain que j’ai appelé l’avocat pour entamer une procédure de divorce...

Bon, mais dites-moi... Vous n’en avez pas assez de m’écouter m’épancher comme ça à longueur de pages ? Sûrement, si ! Mais vous ne pouvez pas protester. Je vous ai réduit au silence. Alors tant pis pour vous. Maintenant que vous m’avez obligée à descendre brasser et remuer tout ça il va falloir que vous me supportiez jusqu’au bout. Jusqu’à ce que je sois allée au fond.


Vous savez que je pense de plus en plus sérieusement à vous dévoiler mon identité pour que vous puissiez me répondre Plus j’avance dans les confidences avec vous et plus ça me semble devenir indispensable. Mais plus aussi ça devient impossible. En même temps. Vous comprenez ?


Je vous embrasse


E L O D I E

mercredi 11 mars 2009

Correspondante ( lettre 5 )

Cher ami,


13 Juillet !... Les vacances... Et les Vacances c’est - forcément ! - l’arrière-pays niçois. Avec papa-maman.j’ai toujours passé mes vacances ici avec eux. Même pendant la - très courte - période de mon mariage. Pourquoi voudriez-vous que ça change ?... J’ai bien essayé de secouer une fois ou l’autre les habitudes pour partir seule où je voulais, comme je voulais. J’ai définitivement renoncé. C’était une interminable bataille pied à pied, épuisante et vaine. Dès le début je savais que je finirais au bout du compte par capituler et me rendre à leurs arguments. Et ce n’est pas vraiment le meilleur état d’esprit pour obtenir ce qu’on veut. C’est comme ça. Et ce sera sans doute toujours comme ça. Je me suis fait une raison. Même si c’est à contre-cœur et si l’image que ça me renvoie de moi-même...


Donc... Me voici là pour un bon mois. Il fait beau. Le paysage est magnifique. Et ça va pas me coûter un centime. Je vais lire, me promener, me reposer. Qu’est-ce que je pourrais vouloir de plus ?... Rien ... Tout... Evidemment depuis le temps que je viens ici j’y ai une foule de souvenirs. Je n’arrête pas de tomber dessus. Pour le meilleur comme pour le pire. Hier matin dans le bourg j’ai croisé Antoine. On a échangé quelques banalités avant de poursuivre notre chemin chacun de notre côté. Antoine c’est le garçon qui a eu mon pucelage. J’avais décidé de le perdre coûte que coûte cet été-là. Pour être comme les autres. Pour savoir enfin ce qu’on ressentait. Parce que je me trouvais idiote d’être encore vierge à 18 ans. C’aurait pu être n’importe qui. Ce fut Antoine. Et un fiasco total. Il m’avait draguée à la piscine. Il ne me déplaisait pas. Il ne me plaisait pas non plus. Alors pourquoi pas lui ?... On est allés au cinéma le soir même. On s’est embrassés. Il m’a pelotée. A la sortie il m’a entraînée dans une impasse déserte et prise maladroitement contre un mur. J’ai eu mal. J’avais hâte que ça finisse parce que les aspérités du mur me râpaient les fesses et le dos. Il s’est reculotté... - Bon, ben salut. !... On se revoit ?... C’était tout ? C’était que ça ?... On ne s’est pas revus. On en avait envie ni l’un ni l’autre.


Pendant que je vous écris, à ma petite table devant la fenêtre, mon père arrose abondamment le jardin comme tous les soirs à la même heure. Savez-vous que la simple vue d’un tuyau d’arrosage me met dans un état de profond malaise et ravive des souvenirs qui me sont parfaitement insupportables ?... Vous raconter ça aussi? Oh, au point où j’en suis !  Alors c’était l’année suivante... non... celle d’après. J’avais 20 ans. Et je sortais. Curieusement ma mère n’avait pas cherché à m’en dissuader : elle se contentait d’afficher ouvertement sa réprobation. Sans doute escomptait-elle - elle me connaissait si bien ! - qu’en me gâchant ainsi systématiquement mon plaisir elle m’amènerait à renoncer de moi-même. Et il s’en était bien souvent fallu de fort peu. Mais enfin je sortais ! Et j’avais fait la connaissance d’une bande de jeunes parisiens qui m’avaient immédiatement acceptée. C’était si inhabituel pour moi que je ne cessais de m’en émerveiller. Je faisais la fête avec eux. Je m’étourdissais. Je découvrais à la vie une saveur qu’elle n’avait jamais eue jusque là pour moi.


Je n’avais - et pour cause - pas la moindre habitude de l’alcool. Et ce soir-là, avec eux, il avait coulé à flots. Ivre de bien-être, j’avais bu encore et encore sans me rendre compte que je dépassais très largement des limites dont j’ignorais totalement où elles se situaient. Et j’ai rapidement perdu tout contact avec la réalité.


J’ai vaguement en conscience qu’on me portait, que j’étais en voiture, qu’il faisait jour - même les paupières fermées la lumière me brûlait les yeux -, que je croupissais dans mes vomissures. On m’a encore portée et une voix familière m’a brusquement vrillé les oreilles... - Ah, ben c’est du propre ! Ma mère ! Qu’est-ce qu’elle faisait là ma mère ? Ma mère qui a ordonné d’un ton ferme : - Laissez-la dehors ! La rentrez pas ! Elle va m’en mettre partout... J’ai voulu mobiliser toutes mes forces, toute mon énergie pour reprendre pied dans le réel. En vain. Comme au travers d’un brouillard j’ai senti qu’elle me déshabillait, qu’elle me dépouillait, avec autorité et détermination, de mes vêtements poisseux et nauséabonds. Elle m’a tout enlevé. Dormir maintenant! Dormir. Qu’on me laisse dormir. J’ai entendu l’eau crépiter à la sortie du tuyau d’arrosage. Mais il va pas arroser maintenant ? En plein soleil ! Il est fou...


Ca m’a saisie de plein fouet. En pleine figure. A pleine puissance. A bout portant. Je me suis redressée, retournée. Et j’ai fui pour échapper au jet glacé. A toute allure. Le plus vite possible A quatre pattes. Vite... Vite... Vite... Il m’a suivie. Il m’a pourchassée. Il m’a ciblée. De tout près. Encore plus vite. Je suis passée devant eux. Devant la bande de copains. Ils étaient restés. Ils étaient là. Ils regardaient. Et ils riaient. De si bon cœur! Il m’a acculée contre le mur de l’appentis. Je me suis roulée en boule, pelotonnée. Ca a fini par s’arrêter. Et je suis restée là. Sans bouger. C’est ma mère qui est venue me chercher, qui m’a emmenée en me tenant fermement par le bras. Et j’ai dû repasser devant eux...


Une fois encore vous m’avez imposé une rude épreuve. Ca devient une habitude chez vous, dites-moi ! Vous m’avez épuisée. Je vais dormir. A bientôt...

Je vous embrasse


E L O D I E

dimanche 8 mars 2009

Correspondante ( lettre 4 )

Cher ami,


Plus je me confie à vous et plus la vie que je mène, là, à côté d’eux, m’est insupportable. A côté d’eux ?... Carrément avec, oui !... Je mange avec eux, je regarde la télé avec eux, j’écoute toujours leurs mêmes petites histoires. Je ne rentre chez moi, juste en face, que pour dormir. Je n’ai aucune intimité. Elle dispose toujours d’une panoplie d’excellents prétextes pour surgir à tout moment comme en terrain conquis sans prévenir ni sonner. Je suis constamment sous la menace. C’est eux qui m’ont payé mon appartement, je sais !... Ils me le répètent assez. Mais comment voulez-vous que je puisse y recevoir qui que ce soit en toute sérénité ? Pour être tranquille je n’ai pas d’autre solution que de déserter mon chez-moi où je ne me suis d’ailleurs jamais sentie vraiment chez moi. C’est quand même un comble ! Et ça me vaut d’ailleurs des réflexions à n’en plus finir... - Où est-ce que t’as besoin d’aller courir sans arrêt comme ça, on se demande !... Tu n’es pas bien ici ? Tu n’as pas tout ce qu’il te faut ?...


Non... Et j’en suis loin... Quand je rencontre quelqu’un - je veux dire : quand ça pourrait être sérieux - je sais déjà, dès le départ, que je ne pourrai pas le ramener chez moi... J’ai essayé: une fois ! Je me suis bien juré de ne jamais recommencer. Une horreur ! Elle se l’est approprié. Elle s’est débrouillée pour ne jamais nous laisser seuls en tête à tête. Elle l’a abreuvé de « conseils » sur la façon dont il fallait s’y prendre avec moi. J’avais honte. Et lui, évidemment, il a pris la fuite... Délicatement. Avec diplomatie. Mais il a pris la fuite. J’aurais fait la même chose à sa place. Non. Si je ne veux pas finir ma vie toute seule je n’ai pas trente-six solutions: partir, dégager, foutre le camp. Et vite... Pendant qu’il est encore temps. Je dis ça, mais je ne le ferai pas... Je l’aurais déjà fait. Je ne le ferai pas parce que je sais trop bien quel cataclysme je ne manquerais pas de déclencher¼ Et je n’en ai ni la force ni le courage. Je ne le ferai pas parce que je sais pertinemment que je n’irais pas au bout, que je finirais forcément par capituler. J’y gagnerais quoi ?... Une défaîte supplémentaire. Merci bien...  Je ne me voile pas la face: elle a réussi à étendre sur moi une emprise démesurée que je suis parfaitement incapable de secouer. Tenez !... Toute la nuit dernière, toute la journée, je n’ai pas cessé de ruminer tout ça. Et ce soir, au dîner, comme elle me reprochait encore une fois de laisser mon appartement dans un désordre indescriptible je lui ai répondu avec une certaine brusquerie... - Non, mais t’as vu comment tu me parles ?!... Le ton est monté et, pour finir, elle m’a menacée d’une paire de claques... A 41 ans !... On en est là... Et je n’en sortirai jamais...


C’est pour ça que Jérôme et Sébastien ont tant d’importance pour moi. Elle est là ma fuite. Ou plutôt elle est là ma vie. La vraie. Ce que je partage avec eux est à moi, rien qu’à moi. C’est là que j’existe. Que je m’épanouis... Ce que nous faisons ensemble choquerait sans doute beaucoup de monde, mais quand je suis entre eux, qu’ils me prennent ensemble, chacun d’un côté, avec infiniment de sensualité et de tendresse, je me sens pleinement heureuse. Heureuse, oui, c’est le mot. Comme je suis heureuse quand ils occupent ma bouche, qu’ils s’en « servent » - avec tant de fièvre ! - pour se donner leur plaisir. Je ne les « suce » pas, non. Je me referme sur eux. Je leur fais une chatte de mes lèvres, humide et soyeuse, dont ils s’emparent avec frénésie. Rien n’est impossible avec eux. Rien n’est plus impossible désormais pour moi. Vous savez quoi ? La sexualité a envahi ma vie. Parce que c’est le seul espace de liberté dont je puisse disposer ? Si vous saviez le temps que je passe à éplucher la revue, à me promener au milieu des annonces, à les renifler avec gourmandise avant - parfois - de me lancer quand - et seulement dans ce cas-là - ce qu’on propose parle à mon imaginaire, qu’il va pouvoir l’habiter de longues semaines durant...


Par exemple, en Mars dernier, j’ai répondu à un toubib qui rêvait d’attouchements appuyés sur une patiente complaisante. J’ai accepté de jouer le jeu : je viendrais... je me mêlerais à ses autres malades dans la salle d’attente et, une fois dans son cabinet, je me « dénoncerais » et me laisserais tripoter - c’est le mot qu’il employait - autant qu’il voudrait... Quand ? Je ne savais pas. Peut-être dans trois jours. Peut-être dans trois semaines. Peut-être dans trois mois. Il verrait bien. Mais il pouvait être sûr que je viendrais... Je lui en donnais ma parole. Et vous savez ce que j’ai fait ? Je suis devenue VRAIMENT sa patiente tout en continuant à correspondre assidûment avec lui par l’intermédiaire de la revue afin de préserver mon anonymat... Je suis venue le consulter, une première fois, sous un prétexte quelconque, pour voir à quoi il ressemblait. C’était un bel homme... La soixantaine racée. De grands yeux sombres profonds. De longs doigts effilés. Vous imaginez dans quel état d’esprit j’ai pu lui écrire le soir !... Je suis revenue. Pour mes vaccins... Pour la pilule... Pour différents petits bobos... C’était une situation qui m’enchantait positivement et dont je me délectais. Moi, je savais, je connaissais son secret et lui ne savait pas que je savais... Il m’avait entrée dans son ordinateur. J’ai systématiquement saisi toutes les occasions qui se sont présentées pour venir le consulter. J’ai tenu à ce qu’il me voie régulièrement. Qu’il s’habitue à moi. Qu’il soit MON médecin pour que le jour où je déciderais enfin de « passer à l’attaque » la situation soit infiniment plus troublante encore. Pour lui comme pour moi...


Ca a été début Juin. Juste avant moi il a reçu une jeune visiteuse médicale aux longues jambes gainées de noir, à la poitrine avantageuse, au regard délibérément félin. Il l’a gardée longtemps. Beaucoup plus longtemps sans doute qu’il n’aurait fallu... Derrière elle c’était le moment. Forcément le moment. Il m’a serré la main, invitée à m’asseoir... - Alors ?!... Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui ?... - Heu... Eh bien voilà... Depuis lundi j’ai tout un tas de petits boutons en bas à l’intérieur des lèvres... Ca me démangeait ? Ca me brûlait ?... Non. Non. Pas vraiment. Une impression de fourmillement plutôt...    - Bon !... Eh bien on va voir ça... Pendant que je me déshabillais il a détourné son attention, fait mine de préparer méticuleusement la table d’examen. Je m’y suis installée. Il s’est penché, m’a écartée avec ses doigts, le sourcil froncé, la lippe dubitative... - Je ne vois rien... Rien de vraiment significatif... - Oh, si, vous voyez !... Vous voyez même très bien... Il a relevé la tête, m’a jeté un regard stupéfait... - Parce que me dites pas que vous en profitez pas pour vous rincer l’œil !... Bouche bée il me contemplait d’un air ahuri... - Alors vous voyez bien que vous voyez !... Il s’est repris très vite... - Oh vous savez, Madame, dans mon métier s’il fallait que chaque fois que... - On dit ça... On dit ça... Et on se met en quête de patientes à tripoter dans des revues spécialisées !... Son visage s’est brusquement éclairé... - Ah, c’est vous !... C’est pas vrai que c’est vous !... Vous m’avez bien eu... Il a souri... - Mais on n’a pas fini l’examen du coup !...Il est redescendu entre mes cuisses avec ses mains, avec ses doigts, en longues caresses précises et sûres... - Mais c’est qu’elle aime ça cette petite cochonne !... Alors comme ça on joue les malades pour avoir le plaisir de se faire tripatouiller par son toubib ?!... Mais vous savez que c’est pas bien du tout ?... Tout en me touchant avec un infini savoir-faire il m’a débité des chapelets ininterrompus de mots orduriers en me fixant droit dans les yeux... J’ai joui très vite, posée dans son regard, d’un plaisir à la fois profond et aérien, savouré à longs soupirs gourmands. Alors il est venu tout près à hauteur de mon visage. Il s’est sorti du pantalon, il a pris ma main et il l’a refermée dessus... Il a giclé presque aussitôt sur ma joue, sur mes lèvres, dans mon cou. Il m’a regardée me rhabiller de bout en bout... - Vous reviendrez ?... - Bien sûr!... Vous êtes mon médecin, non ?... Je ne l’ai pas encore fait... Il ne faut jamais abuser des bonnes choses... D’ailleurs je vais maintenant vous laisser pour aller lui écrire...


A bientôt...

ELODIE…

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