- En tout cas il te tourne autour, ça, c’est sûr !
- Oh, tu parles !… C’est pas parce qu’on va boire un café de temps en temps
ensemble…
- Oui, ben alors ça !… Quand tu connaîtras les hommes aussi bien que moi je les
connais tu sauras qu’ils font jamais rien de façon désintéressée… Ils ont
toujours une idée derrière la tête… Et toujours la même… Dès qu’il y a une
femme qui traîne dans les parages il y a plus qu’une chose qui compte pour eux:
la sauter… Ils sont tous comme ça… Tous… Il y a pas d’exception… Aucune… Tu
verras… On en reparlera…
- Alors ?… Tu le vois toujours ton Kevin ?
- Oui… On a encore passé le dimanche ensemble…
- Et ?
- Et rien… C’est un ami, c’est tout…
- Ben voyons !… A qui tu veux faire croire ça ?
- C’est pourtant la vérité…
- Il prend son temps… C’est un malin… Il a parfaitement compris comment fallait
te manœuvrer… Comment fallait s’y prendre avec toi… Je donne pas huit jours
avant qu’il t’ait flanquée dans son lit et quinze pour qu’il t’ait plaquée… Tu
paries ?
- Toujours au même point ?… Non… J’te crois pas… Tu me racontes des
salades…
- Mais si, si !… Je t’assure…
- Mais vous faites quoi ?…
- On se promène… On discute… On se fait nos confidences…
- Il a des problèmes… C’est pas possible autrement… Sexuels… Sérieux… Oui…
Forcément… Ou il est homo ou il est complètement impuissant… Plutôt ça
d’ailleurs… Il peut pas… Ma pauvre !… T’as vraiment pas de chance… Il y a qu’un
impuissant à vingt kilomètres à la ronde et faut que tu tombes dessus…
Histoires simples
mercredi 6 mai 2009
Petite conversation entre amies
Par francois-fabien le mercredi 6 mai 2009, 05:22
mardi 17 février 2009
Agonie
Par francois-fabien le mardi 17 février 2009, 15:53
- Vous voulez qu’on arrête ?…
- Non… Non… Pourquoi ?…
- Vous avez peut-être envie de faire autre chose…
- Quoi ?…
- Je sais pas, moi… Quelque chose pour vous…
- Tu es gentille… Mais il me reste si peu de temps… Pas assez pour entreprendre
quoi que ce soit que je puisse espérer mener à terme… Non… Avançons… Avançons
ton mémoire tant qu’il me reste suffisamment de forces et de lucidité…
Avançons… C’est important pour toi… Et pour moi un vrai bonheur de travailler
avec toi…
Elle s’est rassise, appuyée contre son flanc…
- J’ai de la chance finalement… Beaucoup de chance… Tellement de chance… Tu
auras ensoleillé mes derniers jours… Chut… Chut… Ne dis rien…
Il lui a pris la main… Elle la lui a abandonnée…
- Elle est toute douce… Toute chaude… Vivante…
- Qu’est-ce que je pourrais faire pour vous ?… Vous donner ?… Quelque chose
qui…
- Tu me donnes déjà tant !… Tu es là… Tu es jeune… Tu es douée… Tu es belle…
Pleine de projets… Pleine d’espoirs… Pleine d’avenir… Et puis… Et puis tu ne
triches pas avec moi… Tu es la seule… Tout le monde me ment… Avec les
meilleures intentions du monde… La mort leur fait peur… Toi non… Avec toi
j’aurai pu être vrai jusqu’au bout… Seulement avec toi… Ca n’a pas de
prix…
Il s’est tu… Elle lui a pressé la main… Les derniers rayons du soleil se sont
posés sur ses genoux… En bas un enfant a ri… Que quelqu’un a fait taire…
- Si… Il y a quelque chose… Si… Si tu voulais… Ca pour moi ce serait…
- Oui ?… Dites-moi !…
- Approche… Plus près…
En chuchotement à l’oreille… Elle s’est redressée…
- Oui… Je le ferai… Oui…
Et elle l’a fait… Quand elle a poussé la porte de la chambre le lendemain elle
l’était… Nue... Entièrement… Elle s’est lentement avancée vers le lit, s’est
immobilisée tout près, grave, silencieuse, et s’est offerte à ses regards…
Aussi longtemps qu’il a voulu… Et il a voulu longtemps…
- C’est un merveilleux cadeau… Si tu savais !…
Elle a souri, s’est assise, penchée sur lui, lui a déposé un baiser sur le
front…
- C’est cette image-là que j’emporterai avec moi quand je fermerai les yeux…
Bientôt… La dernière… Je suis heureux que ce soit toi… On complique trop les
choses, tu sais… On complique trop la vie… On la dilapide à courir après des
chimères sans consistance… Alors qu’il faudrait simplement se contenter d’être…
Au présent… Regarder… Ecouter… Il y a le ciel… Il y a les nuages… Il y a les
arbres… Il y a le corps des femmes… A s’en saouler… Tiens, va jusqu’au meuble
là-bas… Vas-y !… Ouvre-le !… Tu vois tous ces dossiers ?… Ma vie est toute
entière rassemblée là… Des années et des années de travail obstiné… De mots
amoureusement caressés… Combattus… Violentés… Pour rien… J’ai perdu mon temps…
Ca n’a jamais intéressé personne… Ca n’intéressera jamais personne… Ca
disparaîtra avec moi… Et quand bien même ils auraient fini par rencontrer un
quelconque écho… Pour combien de temps ?… Tout passe… Je suis heureux que tu
aies choisi de travailler sur Annie Saumont… C’est une grande dame… C’est une
grande œuvre… Toute en subtilité… Qui suggère… Qui va inlassablement te
chercher là où c’est essentiel… là où tu n’as pas forcément envie d’aller… Mais
les mots changent… Ils ont leur vie propre… Les mentalités aussi… Dans
cinquante ans… Dans cent ans on ne la comprendra plus… Ou seulement en surface…
Tout ce qui en constitue la « substantifique moelle » se sera irrémédiablement
altéré… On n’y aura plus accès qu’à travers une multitude de filtres… Et dans
deux cents ans il faudra la traduire… Avec tout ce que cela suppose de
déperdition… Après… Après plus personne ne se souciera peut-être de
littérature… Ou bien le monde sera devenu tellement fou qu’un cataclysme aura
tout détruit… Les livres comme le reste… Il aura fallu repartir à zéro… Les
quelques humains qui en auront réchappé n’auront pas d’autre préoccupation que
d’assurer leur subsistance… Mais bon… Allez… Il est tard… L’infirmière va
arriver… Il ne faut pas qu’elle te trouve comme ça… Va vite te rhabiller… Elle
a rassemblé ses papiers, repris ses dossiers…
- On n’aura pas beaucoup travaillé aujourd’hui, hein !?… - Ca fait rien… J’aime
vous écouter…
- Tu es belle… Tu es si belle… Et dire que bientôt… Viens !… S’il te plaît !…
Plus près !… Encore… Tu as des seins magnifiques… C’est merveilleux un sein… Ca
a sa forme… sa pente… son grain… C’est unique un sein… C’est…
- Jamais on ne m’a regardée comme ça… Jamais… Personne… c'est comme si vous
découvriez… Comme si c’était la première fois…
- C’est la première fois… La toute première fois… Plus que jamais… Mais allez
!… Travaillons… Tu n’auras jamais fini ton mémoire à temps sinon… Travaillons…
Mais d’abord je voudrais te demander quelque chose… Mes dossiers dans le meuble
là-bas… Va les chercher… Prends-les… Emporte-les quand tu partiras
tout-à-l’heure… Tous… Tu en feras ce que tu voudras… Je ne veux pas les savoir
entre d’autres mains que les tiennes…
Elle s’est levée… Elle y est allée, les fesses nues, abandonnées, s’est
longuement penchée, les a rapportés, serrés contre elle…
- Je pourrai les lire ?…
- Bien sûr !… Ils sont à toi… Mais ils n’ont pas vraiment d’importance, tu
sais… Ils n’en ont eu que pour moi… J’y ai mis ce que j’avais de meilleur… Avec
infiniment de bonheur… On a toujours raison d’avoir une passion… Aie une
passion, Amélie… Une passion à toi… Qui t’envahisse… Qui remplisse toute ta
vie… Qui rende tout le reste sans importance… Tu es amoureuse ?… De Martial tu
es amoureuse ?…
- Oui… Non… Peut-être… Je sais pas en fait…
- Alors tu ne l’es pas… Tu essaies de te le faire croire parce que tu as envie
de l’être… Le jour où tu le seras vraiment tu ne te poseras pas la question… Et
ce jour-là… Que lui aussi ait une passion… ravageuse… dévorante… qui l’habite
tout entier… Ne soyez pas tout l’un pour l’autre… C’est ce à quoi on aspire
habituellement… On court à la catastrophe… On s’enroule sur soi-même… On se
dessèche… On s’étouffe… Personne ne peut jamais être tout pour l’autre…
Personne ne peut demander à personne d’être tout pour lui… Il lui faut de
l’espace au couple… Il faut qu’il s’alimente à quelque chose à l’extérieur…
Autrement… Mais pourquoi je te raconte tout ça, moi ?… Egoïstement sans doute
pour partir avec l’idée que tu seras heureuse… Mais bon… Allez… Le temps passe…
Travaillons… Qu’est-ce que tu as ?… Tu pleures ?…
- Non… Non… C’est les pollens… Je suis allergique…
- Le mois de Juin… C’est le mois que j’ai toujours préféré…
- Bon… Allez… On avance aujourd’hui… Tu as rédigé ?… Oui ?… Tu fais voir ?… Oh,
mais tu as tout repris… Depuis le début… Encore !… Rien ne peut jamais être
absolument parfait, tu sais… A vouloir trop bien faire on risque de tout gâcher
ou de tourner indéfiniment en rond… Il arrive toujours un moment où il faut
savoir « se contenter de »… C’est comme dans la vie… Ce dont on a longtemps
rêvé… qu’on a tellement voulu… qu’on a tout fait pour avoir… le jour où on
l’obtient… ce n’est pas ça… ce n’est plus ça… c’était tellement mieux quand on
imaginait qu’on l’aurait… Si on ne le sait pas, si on n’en prend pas son parti,
on s’expose à tellement de désillusions… Il y a des exceptions bien sûr… Elles
sont rares… Elles sont précieuses… Des moments inouïs où la réalité vient très
exactement coller à l’attente qu’on en avait… Ou la dépasse… Comme là… Comme
maintenant… Te voir nue… toi… ne fût-ce que quelques secondes… ne fût-ce que
furtivement… si tu savais ce que je l’ai désiré… ce que j’y ai pensé… ce que je
l’ai voulu… A en avoir mal… Et tu l’es pour moi… De longues merveilleuses
heures durant… Et je suis comblé… Bien au-delà de tout ce que j’aurais pu
imaginer… Elle a souri… Elle s’est levée… approchée…
- Fermez les yeux !… Fermez !… Allez !…
Le lit a légèrement bougé… Elle lui a brièvement effleuré le visage…
- Vous pouvez les rouvrir…
Elle était là, juste au-dessus, tout près, en replis rosés entrouverts…
- C’est toi, Amélie ?…
- C’est moi, oui…
- Ah… Je suis heureux… J’avais peur que tu arrives trop tard… C’est le moment,
tu sais… C’est maintenant…
- Vous voulez que j’appelle quelqu’un ?…
- Non… Surtout pas… Non… Je veux que tu sois là… toi… à côté de moi… comme tu
l’as été ces trois jours… Je veux pouvoir te voir… Et que tu me tiennes la
main… C’est tout… Merci, Amélie… Au revoir… Merci…