Mercredi 14 Octobre 2009
- Elle déménage ma
sœur…
- Décidément !… C’est une épidémie… Et elle va où ?…
- A cent mètres – même pas – de chez nous… C’est complètement con,
avoue !… Ca l’avance à quoi ?… A payer un loyer, c’est tout…
- Elle a peut-être ses raisons…
- Je vois pas lesquelles…
- Un petit ami ?…
- Je l’aurais su… Elle a jamais pu tenir sa langue là-dessus… Non, c’est pas
ça… N’importe comment, quoi que ce soit, je donne pas trois mois avant qu’elle
se soit rapatriée… Je la connais depuis le temps…
- Chiche qu’on le
fait ?…
- Ici ?!…
- Ben oui, ici, oui… Elle cache tout la nappe…On est à l’écart en plus et
personne fait attention à nous…
- Oui, mais…
- T’as pas envie…
- Oh, si !… Si !… C’est pas ça…
- Eh ben alors !… Allez !… Donne-moi tes yeux… Et laisse-les moi…
Jusqu’au bout…
Elle m’a aussi donné la main… La gauche… L’autre s’est discrètement faufilée sous la table…
- Tu l’avais jamais fait
comme ça avec des gens pas loin ?…
- Oh, si !… Mais jamais avec un type… En même temps que lui… Parce que
pour ça les types…
- Pour ça ?…
- C’est pas leur truc… Ce qu’ils veulent, c’est te venir dedans… Il y a que ça
qui compte pour eux… Le reste… ça les intéresse pas… Ils comprennent pas… Quand
ils savent que tu te le fais toute seule tout de suite ils se figurent que t’es
en manque… Que t’attends qu’eux… Ils sont d’un lourd avec ça…
- Ils savent pas ce qu’ils perdent… Parce que tes yeux tout à l’heure, quand
c’est venu, ils valaient leur pesant d’or…
- Et les tiens donc !…
- On recommencera, hein ?…
- Oh, oui… Oui…
- Ici… Ou ailleurs… Comme ça ou autrement…
- Oui, mais tu vas pas disparaître, hein, comme ça, du jour au lendemain…
Tu me promets ?…
- Comment tu parles
d’elle !… Ah, t’es amoureuse, ça !… Tu prétendrais le
contraire…
- Je n’y songe même pas…
- En attendant tu m’as bien mené en bateau… Parce que pas la moindre allusion à
elle quand je me suis pointé chez toi avec mon questionnaire…
- Mets-toi à ma place !… Je te connaissais ni d’Eve ni d’Adam… Je voyais
pas trop où tu voulais en venir avec ce truc qui paraissait cousu de fil blanc…
C’était Charline qui t’envoyait en plus !… Alors qu’est-ce qu’il y avait
au juste derrière tout ça ?!… Reconnais avec moi que j’avais toutes les
raisons de me montrer méfiante…
- Et moi je sais plus ce que je dois croire ou pas croire de tout ce que tu
m’as raconté…
- A part Elise – que « j’oubliais » systématiquement – sur le fond
c’était quand même à peu près ça…
- A peu près seulement…
- Ben oui… Oui… On la dit jamais vraiment complètement, quand on parle de soi,
la vérité… D’abord parce qu’on ne la connaît jamais vraiment tout-à-fait…
Personne n’est tout d’une pièce… On est tous bourrés de contradictions,
d’aspirations incompatibles, de certitudes fluctuantes… Ajoute à ça qu’on a
toujours tendance à tendre de soi, qu’on le veuille ou non, l’image la plus
gratifiante possible… Ou celle – ce qui revient à peu près au même – qu’on
suppose que l’autre attend… Surtout quand on a – comme c’était mon cas – une
idée derrière la tête… Tu m’as tout de suite plu… Tout de suite je t’ai voulu…
J’allais pas risquer de te mettre en fuite avec mes discours…
- Ce que je comprends pas…
- C’est comment je peux à la fois être aussi amoureuse d’elle et avoir autant
envie de toi ?!… C’est tout simple… Elle, je l’aime… Et avec toi je
m’éclate… C’est pas plus compliqué que ça… Et ça n’a rien d’incompatible… C’est
pas comme ça que vous fonctionnez, vous, les trois quarts du temps ?… Et
nous on aurait pas le droit ?… On est pas si différentes de vous que ça,
tu sais…
- C’est pas du tout ce que je voulais dire… Non… Ce que je comprends pas c’est
pourquoi tu t’es décidée à me parler enfin d’elle…
- Ah… Disons que maintenant j’ai appris à te connaître… Que je sais que je peux
te faire confiance…