Sur le fauteuil
Par francois-fabien le vendredi 12 décembre 2008, 07:22 - Histoires de regards - Lien permanent
Tout a commencé comme ça : quelqu’un avait oublié une revue sur la banquette du café que nous fréquentions beaucoup plus assidûment, Amaelle et moi, que les amphis de la Fac de droit… Je l’ai distraitement feuilletée… - Tiens, c’est marrant, écoute !… Un sondage : 87% des hommes et 69% des femmes reconnaissent se masturber régulièrement… Quelle conclusion on peut en tirer à ton avis?… - Pas la moindre idée… - Que 13% des hommes et 31% des femmes sont encore trop coincés pour l’avouer… Elle a éclaté de rire… - C’est pas complètement faux !… - T’en fais partie ?… Elle a haussé les épaules… - J’irais pas le chanter sur les toits, mais je vois pas pourquoi je m’en défendrais… J’ai toujours considéré ça comme parfaitement naturel… Pas toi ?… - Moi ?… Je suis un fervent pratiquant depuis de longues années… Depuis que je suis en âge de l’être…
On en a reparlé le lendemain… - Il le sait Fabrice que tu te câlines toute seule…? - Oui, ben alors là !… Pas question d’aborder le sujet avec lui !… La seule chose qu’il serait capable d’en conclure c’est qu’il ne me satisfait pas puisque j’ai besoin de ça… Ca n’a rien à voir, mais comment elle en prendrait un coup sa fierté de mâle… Et toi, Anne, elle est au courant ?… - Oh, Anne, ça ne lui viendrait même pas à l’idée que je puisse en avoir envie puisque je l’aime…
Le surlendemain aussi… - Je le dirais pas à n’importe qui - pour quoi je passerais ?… - Mais un type le plus souvent il te gâche ton plaisir plus qu’autre chose… Il est dans sa tête à lui… Même s’il te connnaît bien, s’il essaie de te faire des trucs que tu aimes, c’est presque jamais ceux que tu aurais voulu à ce moment-là… Ou pas de la façon qu’il aurait fallu à ce moment-là… Tandis que toute seule !… C’est toi qui mènes le jeu… à ton rythme… avec tes images… comme tu veux… Tu les prends, tu les abandonnes, t’en fais venir d’autres… Tu peux te mettre et mettre les autres dans toutes les situations dont tu as envie… Tu n’es jamais déçue… Jamais…
Elle a voulu savoir… - Mais t’es pas obligé de me répondre… A quoi tu penses, toi, quand tu te le fais ?… - Ca dépend… Des jours… Du moment… De mon humeur… De tas de choses… Souvent ça part d’un petit rien… D’un coup de vent qui fait voltiger une robe, qui me laisse furtivement entrevoir une petite culotte… Du rideau d’une cabine d’essayage mal tiré… D’un regard croisé particulièrement appuyé… Dès que je suis seul je revis la scène, je la fais durer, je brode tant et plus… Ca part dans tous les sens… Ca m’emmène où ça veut… dans les endroits de moi-même les plus invraisemblables… - Je connais ça aussi… - Et puis j’ai mes histoires, des histoires qui me suivent depuis toujours… Qui sont chevillées à moi… Qui s’imposent quand elles l’ont, elles, décidé… - Et qui ne doivent surtout pas être racontées… Elles en perdraient tout leur pouvoir… Ca aussi je le sais…
Elle a plongé ses yeux droit dans les miens… - Et à moi, tu y penses des fois pendant ?… - Si je te dis que non, tu me croiras ?… - Non… - J’y ai toujours pensé… Au lycée il y avait trois ou quatre filles de la classe que je ramenais avec moi presque tous les soirs… Tu en faisais partie… - C’était qui les autres ?… - Anaïs… Caelia… Romane… Amina… - Tu as bon goût… Et maintenant ?… - Maintenant… maintenant on est tout le temps ensemble tous les deux… Toute la journée… Partout… En amphi… En TP… A la bibliothèque… Au resto U… Ici, au café… Tu es là, constamment à portée de regard… On se parle… On en parle… Alors forcément tu es aussi avec moi quand je le fais… Il y a même des fois où… - Où ?… - Où j’ai hâte de te quitter pour aller te retrouver… Et toi ?… Tu me fais venir ?… - Oui… De plus en plus souvent… De plus en plus longtemps… - Et tu imagines quoi ?… - Qu’on le fait tous les deux ensemble… côte à côte… Sans qu’il se passe rien d’autre… - Ca, c’est vraiment pas difficile à réaliser…
On n’a pas voulu que ce soit tout de suite… Pour avoir le temps d’y penser… D’en avoir envie… De l’imaginer… Chacun de son côté… Ou ensemble… On en parlait… On se racontait comment ce serait… Ca se déployait en mots… Ca existait… C’était comme si ça avait eu vraiment lieu… Alors on changeait… Autre chose… Autrement… Jusqu’au jour où… - On le fait ?… On le fait vraiment ?…
On a roulé jusqu’à la mer… On l’a longée… On l’a laissée nous lécher les pieds… On a imprimé nos pas dans le sable… On a beaucoup parlé… Mais pas de ça… Pas une seule fois… Et puis elle a voulu se baigner et on s’est poursuivis en grandes gerbes d’éclaboussures heureuses…
Le soir, on a dîné aux chandelles, d’huîtres, de moules et de vin blanc dans une petite auberge à glycine et volets bleus… On est restés à discuter, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que, autour de nous, toutes les autres tables aient été libérées…
Je me suis couché le premier… Elle m’a rejoint dans l’obscurité, s’est silencieusement coulée auprès de moi dans le lit… Il s’est passé du temps… Beaucoup de temps… Et puis comme un frémissement à côté… une vibration… un tremblement… Mes doigts sont descendus se refermer sur moi… Elle a respiré plus vite, plus profond… Ca s’est affirmé… amplifié… en moutonnements délivrés… Une jambe est venue se poser contre ma cuisse, s’y est appuyée, ancrée… J’ai accéléré mon mouvement de va-et-vient… Elle a haleté, doucement gémi, s’est plainte, cabrée… Elle a déferlé… Je me suis répandu… Au hasard… Elle m’a recueilli du bout des doigts et est retournée vers elle…
Au réveil il faisait grand jour… Appuyée sur un coude, le menton dans la main, elle me regardait… On s’est souri… - Tu pensais à quoi, pendant, cette nuit?… - Qu’on le faisait dans notre café… Sous la table… Avec tous les gens autour qui pouvaient nous voir… Et toi ?… Elle a ri… - En plein amphi… Sans nous cacher… Avec tous les regards sur nous… Tu aurais vu leurs têtes !… Elle a repoussé drap et couverture jusqu’au pied du lit… - On recommence ?…
C’était deux jours plus tard… Dans le grand amphi… Pendant le cours de droit administratif… On était assis côte à côte… Elle avait étalé son manteau sur ses genoux… Elle s’est appuyée contre moi, épaule contre épaule… Et elle a bougé… Imperceptiblement… Un remous qui a gagné tout le bras… Qui a pris consistance… A rythme plein… Echevelé… Elle a renversé la tête en arrière, s’est abandonnée contre moi… Elle s’est redressée, a chuchoté… - Ce sera ton tour tout-à-l’heure au café…
- Eh bien vas-y !… A la table juste à côté la fille semblait absorbée par son livre… Plus loin deux types étaient engagés dans une conversation à grands gestes animés… Plus loin encore un couple d’amoureux s’embrassait à bouche-que-veux-tu… J’ai glissé ma main dans mon pantalon… J’ai laissé mes yeux dans les siens… Jusqu’au bout… - Tu sais pas quoi ?… Te retourne pas, mais je crois bien que les trois filles derrière toi elles se sont aperçues de quelque chose…
- On repart le week end prochain ?… - T’as pas peur qu’il finisse par se poser des questions Fabrice ?… - Oh, Fabrice !… Il y en a que pour le foot en ce moment !… Ils partent en déplacement je sais pas où… Il s’apercevra même pas que j’étais pas là… Et toi, Anne ?… - Elle va chez ses parents… Et comme je suis indésirable là-bas… - Eh bien on part alors !… Tu me laisses faire… Je m’occupe de tout…
C’était un château de rêve perdu au milieu des bois… Une suite avec lit à baldaquin et baignoire à remous… - T’es complètement folle !… Ca doit coûter les yeux de la tête un truc pareil… - T’occupe !… C’est mes oignons… On a passé l’après-midi à arpenter lentement, au hasard, les rues d’une ville inconnue… En entrant de temps à autre dans une boutique… En regardant passer la foule, attablés à une terrasse de café… - C’est drôlement important pour moi, tu sais, d’être ensemble comme ça avant… De nous créer un climat, une ambiance à nous… On est bien… C’est ça qui me donne envie, à moi, qu’on se regarde le faire…
Elle a appelé de la chambre à côté… - Ca y est… Tu peux venir… Allume !… Elle était assise, complètement nue, sur l’un des deux grands fauteuils droits, une jambe passée, de chaque côté, par dessus les accoudoirs… Elle m’a fait signe… Je me suis déshabillé et je me suis installé dans l’autre, tout près, mes genoux contre les siens… Et je l’ai regardée… Les seins lourds, fermes, veinés de bleu… L’encoche en bas à nu sur ses replis dentelés, feuilletés, ombrés… L’entrée offerte de son réduit d’amour… J’ai regardé… Et elle m’a regardé regarder… Longtemps…
Elle s’est posé une main en bas… - Ils sont là… Tu les vois ?… - Qui ça?… - Eux… Fabrice… Anne… Les copains de la fac… Ceux du café… Tous ceux de tous les jours… Tous… Ils sont tous là… Et elle s’est lissée… Avec impatience… Avec emportement… De haut en bas… De bas en haut… - Oui… Ils sont là… Et elle a pressé son bouton, l’a titillé, écrasé, torturé… Avec obstination… Avec délices… Je l’ai accompagnée en laissant le gland bien à découvert - longuement - à chaque allée et venue… - T’as vu comment ils nous regardent ?… Ils n’en peuvent plus… Elle a rentré un doigt… Un autre… Son souffle s’est fait plus court… Ses lèvres se sont entrouvertes… Ses yeux se sont embrumés… - Comment elles sont dressées leurs queues !… C’est pour moi… Rien que pour moi… Et les filles !… T’as vu les filles ?… Elle s’est cabrée et a tout doucement sangloté un bonheur que j’avais attendu pour libérer le mien… On est restés un long moment comme ça… Sans parler… Sans bouger… Et puis : - Tu sais ce que j’aimerais un jour ?… C’est me le faire pendant que j’ai un homme en moi…
Commentaires
Je me demandais pourquoi ils ne passaient pas le pas, faire l'amour ensemble, mais si, à la fin, on y vient lentement, elle y vient lentement.
Très agréable aussi cette histoire.
C'est tout un climat dans lequel ils s'enveloppent voluptueusement... plaisir de prendre son temps... de jouer avec l'attente, le désir et l'imagination... Merci de me lire aussi assidument...
C'est que là je peux me permettre de lire, de découvrir ton blog, tes histoires, il n'y pas encore 3586974125896541 pages... ;)
Je suis curieuse de savoir d'où te vient toutes ces idées ^^ En général, moi c'est quand je m'ennuie en cours ou au travail. Je rêvasse et les idées fusent.
comme Claire je me demandais pourquoi ils ne passaient pas à autre chose. Mais on y vient tout doucement :)
Cest vrai, Claire, que c'est un vrai problème. Dès qu'un blog contient beaucoup d'éléments il devient très difficile à visiter. C'est encore plus vrai quand on écrit une "histoire" à épisodes. On se noie dans les chapitres et d'autant plus que le début se trouve à la fin... Je ne sais pas quelle solution adopter... Ouvrir spécifiquement un blog consacré à une longue histoire remise dans le bon sens?... Sans mises à jour régulières il sera vite considéré comme mort... Tu touches là un point sensible auquel j'essaie de réfléchir...
A très bientôt...
Bises amicales...
D'où me viennent les idées, Yue?... Evidemment pas en classe... il y a longtemps que j'y vais plus... Lol... Non... Souvent d'un petit fait, d'une phrase entendue, d'une anecdote qu'on m'a racontée... Ca s'installe, ça commence à faire son chemin, ça se transforme jusqu'au moment où je sens que c'est prêt... Qu'il faut que je l'écrive...
A très bientôt...
Bises à toi...
C'est pour cela que je trouve que le net, les blogs, ne sont pas un bon support pour mettre en valeur un roman ou de longs textes. Ils sont plus des faire valoir de textes courts. Un moyen de faire découvrir une façon de faire, une sorte de vitrine. Pour le reste, les romans par exemple, en dehors de placer des extraits pour inciter le lecteur à en découvrir plus, je ne vois pas bien...
A terme, ou dès le départ, cela sous-entends l'édition sous forme papier, ou avec les nouveaux (j'ai oublié leurs noms) écrans avec des centaines de livres en mémoire.
Complètement d'accord avec toi, Claire: si le Net est parfaitement adapté aux textes courts, il l'est, en tout cas pour le moment, beaucoup moins aux textes longs... Et c'est bien dommage: prce que le support papier présente d'autres inconvénients. Le libraire que j'ai été pendant vingt ans a beaucoup souffert de la vitesse de rotation des nouveautés. Un livre, sauf exception best-sellerique, ne reste guère plus de 15 jours "en vue. Et, quand on ne le voit plus, il est quasiment mort. C'est des centaines de fois que j'ai dû reléguer dans les rayons du bas ou en réserve des ouvrages pourtant de grande valeur... Ca poussait derrière... Internet pourrait permettre d'échapper à cet inconvénient... Tant qu'un "auteur" veut rester "en vitrine" il le peut. Il peut être vu et lu. Et être, ce qui n'est pas négligeable, en contact direct avec ses lecteurs. Mais le problème reste entier: l'outil Internet n'est pas, en tout cas à l'heure actuelle, adapté aux textes longs...
A très bientôt
Bonne soirée à toi...
Bises
On marche sur la tête avec ces histoires de rotation. La course permanente, ça me fatigue d'avance tout ça. Compliqué.
Bien d'accord avec toi... Comme me disait un représentant: si on ne s'impose pas, d'une façon ou d'une autre, sur votre table de présentation ce sont nos concurrents qui le feront... Et ils avaient effectivement des moyens de pression, celui tout simplement de vous prendre à la gorge... C'est un système dans son entier qui est tourné vers le seul profit ( on l'a bien vu récemment sur une plate-forme que nous avons toi et moi quittée ) La consolation c'est de se dire que ça ne pourra probablement pas durer... Bonne journée à toi...