La baraque de chantier
Par francois-fabien le samedi 14 février 2009, 12:11 - Histoires de rencontres - Lien permanent
Tout était uniformément blanc… Et ça continuait à tomber… A gros flocons…
Elle était où la route ?… Ah, là… D’un peu plus… Faudrait t’arrêter, ma fille…
Ca va finir mal cette histoire… Faudrait t’arrêter… Sauf que si tu t’arrêtes
là-dedans tu pourras jamais repartir… Non… Faut y arriver… Coûte que
coûte…
Ca a filé d’un coup… Où ça a voulu… Elle n’a rien pu faire… La voiture a
emporté des barbelés, les piquets qui les maintenaient, dévalé une petite
pente, filé jusqu’à un ruisseau dans lequel elle a piqué du nez et s’est
immobilisée… T’as rien… T’as rien… Descendre maintenant… Descendre… Quelque
chose bloquait la portière… Elle a poussé, forcé, pesé de tout son poids… Ca a
cédé d’un coup…Elle a perdu l’équilibre et s’est étalée, de tout son long, au
beau milieu du ruisseau… Trempée des pieds à la tête, ruisselante, elle est
remontée sur la route en trébuchant à chaque pas, dans la neige, sur ses talons
hauts… Quelqu’un… Trouver quelqu’un… N’importe qui… Une maison quelque
part…
Il n’y avait rien ni personne… Nulle part… Le désert… Mais c’était pas possible
ça !… Un moteur… Si, un moteur… Une camionnette… Il faut qu’il s’arrête… Il
faut…
- Eh bien, ma petite dame, on est perdue ?…
- Oui… Non… C’est ma voiture… Elle est tombée dans le ruisseau là-bas…
- Et ça vous étonne ?… Quand il fait un temps comme ça on reste chez soi… Bon,
ben montez en attendant…
Il a roulé en silence, tourné à droite…
- Vous grelottez… Et pas qu’un peu !… Vous allez attraper la mort trempée comme
vous êtes…
Encore à droite…
- On est presque arrivés… Vous allez pouvoir vous sécher… Et vous réchauffer…
Ca s’impose…
- Et la voiture ?…
- Pour le moment elle restera où elle est la voiture… De toute façon personne
n’accepterait de venir vous dépanner ici par un temps pareil…
C’était au milieu des bois… Une grande baraque-logement de bûcheron, toute
d’une pièce, avec quatre couchettes symétriquement disposées le long des
parois, un coin cuisine dans un renfoncement tout au fond et, juste à côté,
dissimulé derrière un rideau, ce qui devait être une minuscule salle de
bains…
- Entrez… Entrez… Bon… D’abord… Le plus urgent, c’est de retirer tout ça… Si
vous restez là-dedans c’est 40 de fièvre garantis demain matin…
Il a approché deux chaises devant le poêle…
- Vous n’avez qu’à mettre vos affaires à sécher là-dessus… Je vais vous
préparer quelque chose de chaud pendant ce temps-là…
Et il lui a tourné le dos…
- Là… Un bon grog… Ca va vous faire du bien, vous allez voir !…
Il le lui a tendu, l’a regardée boire…
- Vous devriez pas la garder la culotte, vous savez, c’est pas bien
prudent…
Il a haussé les épaules…
- De toute façon trempée comme elle est on voit tout à travers… Bon, mais faut
pas rester comme ça… Faut vous sécher maintenant…
- Je pourrais pas prendre une douche ?…
- Si, si, bien sûr !… C’est là, juste en face… Vous avez des serviettes dans le
placard en bas…
- Videz pas le ballon quand même !… Comment on va faire, nous, sinon, après
?…
Il était tout près, de l’autre côté du rideau…
- J’ai fini…
Elle s’est tout entière enveloppée dans une grande serviette de bain mauve
trouvée au-dessous de la pile… Il l’attendait avec une couverture qu’il lui a
jetée sur les épaules…
- Venez au chaud… Près du poêle… Là… Vous serez bien… Bon… Et maintenant vous
pouvez m’expliquer ce que vous fabriquiez dans ce coin perdu par ce fichu temps
de chien ?… Vous écoutez jamais la météo ?…
- Oh si, si !… Mais je pensais pas que ce serait à ce point…
- Faut reconnaître qu’il y a longtemps qu’on n’avait pas vu ça… D’ici à ce que
mes collègues soient restés coincés quelque part eux aussi… Il y a un moment
qu’ils devraient être là…
- Faut absolument que je rentre!…
- Ah oui ?!… Vous allez faire comment ?… Parce que comptez pas que je vous
emmène… Dans l’état où c’est !… Je tiens pas à me foutre en l’air – et vous
avec par la même occasion – pour vos beaux yeux…
- Mais on m’attend !…
- Eh bien on vous attendra… Sinon il vous reste une solution : dès que vos
vêtements sont secs vous attaquez courageusement la route sur vos petits talons
hauts… Le village le plus proche n’est qu’à 18 kilomètres… Ca vous va ?… Non ?…
Alors mon portable est là, derrière vous, sur l’étagère… Et la batterie est
chargée…
- Venez voir !… Non, mais venez voir !… C’est de la folie !…
Elle l’a rejoint à la fenêtre… A ses côtés…
- Il y en a au moins trente centimètres… Et ça y va !… Comment ça y va !…
Il a entouré ses épaules de son bras… Mais repousse-le !… Qu’est-ce t’attends
?… Repousse-le !…
- On est bloqués là pour un sacré moment… Ils dégagent jamais par ici…
Il a posé sa joue contre la sienne… Elle l’y a laissée… Tu es folle…
Complètement folle… Tu le connais même pas ce type… Il a cherché ses lèvres…
Elle les lui a abandonnées… Des phares ont brusquement transpercé la nuit,
illuminé la neige…
- Les voilà… Mes collègues… Les voilà…
Elle est retournée s’asseoir près du poêle… Ils ont tapé leurs chaussures l’une
contre l’autre…
- L’enfer !… Trois heures… Trois heures pour redescendre de là-haut… C’est de
la folie!… En tout cas qu’ils comptent pas qu’on y retourne demain… C’est niet…
On reste ici…
Ils ont relevé la tête, l’ont vue, ont aperçu ses vêtements sur les
chaises…
- Eh ben dis donc tu t’ennuies pas, toi, quand on n’est pas là !…
- Madame a voulu apprendre à nager à sa voiture… Dans le ruisseau là-bas
derrière… Mais la voiture y a mis beaucoup de mauvaise volonté…
Ils se sont approchés… Elle a étroitement resserré la serviette autour d’elle,
réajusté la couverture…
- Lui, c’est José… Et le jeune, là, c’est Benjamin… Et vous ?… Je sais même pas
comment vous vous appelez, vous…
- Jasmine…
- Bon, eh bien je vous présente Jasmine alors… Ah oui, à propos, moi, c’est
Luc… On mange ?… J’ai une de ces faims…
Ils ont pris tout leur temps pour dîner. Ils ont parlé, ils ont ri, ils se sont
enveloppés de fumée… Longtemps… Elle était bien… Elle se sentait bien…
Différente… Protégée… Ailleurs n’existait plus… José a sorti une bouteille de
marc…
- Et c’est du vrai… Pas du trafiqué… Méthode artisanale…
Elle en a bu avec eux… Ils ont chanté…
- Bon, mais c’est pas tout ça… Faudrait peut-être aller dormir… Parce qu’après
une journée pareille!…
- C’est celle de Seb… Il est en congé…
La plus proche du poêle…
- Mais ne vous inquiétez pas… Les draps sont propres… Ils ont été
changés…
Elle s’y est coulée avec délices… Ils sont allés tous les trois à la douche…
Luc d’abord… Benjamin ensuite… Puis José qui en est revenu complètement nu… Qui
est allé éteindre la lumière tout au bout, de l’autre côté…
- Bonsoir tout le monde !…
- Bonsoir !…
Elle a rêvé… De Luc… Il lui faisait l’amour… Tout en douceur… En effleurements
légers… En baisers déposés tout au long de sa nuque, de son dos, de ses fesses…
Il s’arrêtait… Mais pourquoi il s’arrêtait ?… C’était trop bon… Continue !… Il
s’éloignait… Mais reviens !… Elle partait à sa recherche… Elle le retrouvait…
Elle se tendait de tout son corps vers lui… Encore !… Caresse-moi encore !…
Comme il savait !… Et sa queue s’est posée au creux de ses reins… Et ses mains
sur ses seins… Reste !… Reste !… Ne t’en va plus !… S’il te plaît, reste !… Et…
Mais… Mais il était vraiment là… Oui, il était là… Tout contre elle… Sa chaleur
d’homme… Son souffle dans son cou… Ses lèvres tout au long de son épaule…
- Tu ne dors plus…
Elle n’a pas répondu…
- Non… Tu ne dors pas…
Il a lentement bougé contre elle… A l’entrée… Elle a haleté, gémi… Elle l’a
voulu, elle s’est ouverte, elle l’a happé…
- Eux non plus ils ne dorment pas… Ils écoutent…
Et elle a eu son plaisir… Elle l’a chanté… A pleine gorge… Elle a posé la tête
sur sa poitrine, s’est blottie contre lui… Il lui a caressé la joue…
Longtemps…
Le jour s’est levé, gorgé de neige, s’est lentement infiltré à travers les
volets, a habité peu à peu la pièce… - Tu as aimé qu’ils t’entendent ?…
Elle a souri… Elle lui a posé un doigt sur les lèvres…
- Et qu’ils te voient ?… Tu aimerais qu’ils te voient ?… Qu’ils nous voient
?…
Elle s’est pressée contre lui… Il a repoussé drap et couvertures… Elle ne l’en
a pas empêché… Elle est venue sur lui… Quand elle a commencé à doucement se
plaindre José s’est levé, approché… Tout près… Il était nu… Il s’est assis à la
tête du lit et il l’a regardée… Il les a regardés… Il a posé une main sur elle…
Dans ses cheveux… Sur ses yeux… Sur sa bouche… Il y a glissé un doigt… Elle a
refermé les lèvres dessus, l’a enrobé, mordillé, englouti… Et puis il y a eu
aussi Benjamin, debout derrière lui, les yeux exorbités, le souffle court, qui
s’activait frénétiquement en bas… Sa semence a jailli, s’est éparpillée au
hasard sur elle, sur son dos, sur ses reins, sur ses fesses… Elle aussi c’est
venu… Elle est retombée sur Luc… Elle a crié… Le plaisir de José, c’est elle
qui le lui a donné, après, sous la douche, avec sa bouche…
Ses vêtements étaient secs… Elle a voulu les remettre… Luc l’a arrêtée…
- S’il te plaît, reste comme ça… Reste comme ça pour nous…
Il est allé jusqu’à la fenêtre…
- Il en est encore tombé… Et pas qu’un peu… On est bloqués là pour un sacré
moment tous les quatre…
Commentaires
Il fait parfois si chaud, dans les pays de neige... Je me demande si la tempête était davantage à l'extérieur ou à l'intérieur...
Il fait si bon, si chaud là, pourquoi partir ? mais si elle n'était pas partie elle n'aurait pas connu cet endroit.
Abondance de neige, abondance de sens, un pays qu'on pense perdu et qui est un pays de cocagne.
Merci à tous les trois... Cette histoire je l'ai rédigée à la plume, à la lueur d'une bougie... Dehors il y avait près de 40 cm de neige... C'est toute une ambiance qu'elle me ramène inéluctablement...
Quelle douceur dans vos mots...
Une histoire à rêver... Merci
Merci, Lyzis... C'est toujours très agréable d'être lu avec plaisir...