Correspondante ( lettre 4 )
Par francois-fabien le dimanche 8 mars 2009, 21:05 - Histoires par courrier - Lien permanent
Cher ami,
Plus je me confie à vous et plus la vie que je mène, là, à côté d’eux, m’est
insupportable. A côté d’eux ?... Carrément avec, oui !... Je mange avec eux, je
regarde la télé avec eux, j’écoute toujours leurs mêmes petites histoires. Je
ne rentre chez moi, juste en face, que pour dormir. Je n’ai aucune intimité.
Elle dispose toujours d’une panoplie d’excellents prétextes pour surgir à tout
moment comme en terrain conquis sans prévenir ni sonner. Je suis constamment
sous la menace. C’est eux qui m’ont payé mon appartement, je sais !... Ils me
le répètent assez. Mais comment voulez-vous que je puisse y recevoir qui que ce
soit en toute sérénité ? Pour être tranquille je n’ai pas d’autre solution que
de déserter mon chez-moi où je ne me suis d’ailleurs jamais sentie vraiment
chez moi. C’est quand même un comble ! Et ça me vaut d’ailleurs des réflexions
à n’en plus finir... - Où est-ce que t’as besoin d’aller courir sans arrêt
comme ça, on se demande !... Tu n’es pas bien ici ? Tu n’as pas tout ce qu’il
te faut ?...
Non... Et j’en suis loin... Quand je rencontre quelqu’un - je veux dire : quand
ça pourrait être sérieux - je sais déjà, dès le départ, que je ne pourrai pas
le ramener chez moi... J’ai essayé: une fois ! Je me suis bien juré de ne
jamais recommencer. Une horreur ! Elle se l’est approprié. Elle s’est
débrouillée pour ne jamais nous laisser seuls en tête à tête. Elle l’a abreuvé
de « conseils » sur la façon dont il fallait s’y prendre avec moi. J’avais
honte. Et lui, évidemment, il a pris la fuite... Délicatement. Avec diplomatie.
Mais il a pris la fuite. J’aurais fait la même chose à sa place. Non. Si je ne
veux pas finir ma vie toute seule je n’ai pas trente-six solutions: partir,
dégager, foutre le camp. Et vite... Pendant qu’il est encore temps. Je dis ça,
mais je ne le ferai pas... Je l’aurais déjà fait. Je ne le ferai pas parce que
je sais trop bien quel cataclysme je ne manquerais pas de déclencher¼ Et je
n’en ai ni la force ni le courage. Je ne le ferai pas parce que je sais
pertinemment que je n’irais pas au bout, que je finirais forcément par
capituler. J’y gagnerais quoi ?... Une défaîte supplémentaire. Merci
bien... Je ne me voile pas la face: elle a réussi à étendre sur moi une
emprise démesurée que je suis parfaitement incapable de secouer. Tenez !...
Toute la nuit dernière, toute la journée, je n’ai pas cessé de ruminer tout ça.
Et ce soir, au dîner, comme elle me reprochait encore une fois de laisser mon
appartement dans un désordre indescriptible je lui ai répondu avec une certaine
brusquerie... - Non, mais t’as vu comment tu me parles ?!... Le ton est monté
et, pour finir, elle m’a menacée d’une paire de claques... A 41 ans !... On en
est là... Et je n’en sortirai jamais...
C’est pour ça que Jérôme et Sébastien ont tant d’importance pour moi. Elle est
là ma fuite. Ou plutôt elle est là ma vie. La vraie. Ce que je partage avec eux
est à moi, rien qu’à moi. C’est là que j’existe. Que je m’épanouis... Ce que
nous faisons ensemble choquerait sans doute beaucoup de monde, mais quand je
suis entre eux, qu’ils me prennent ensemble, chacun d’un côté, avec infiniment
de sensualité et de tendresse, je me sens pleinement heureuse. Heureuse, oui,
c’est le mot. Comme je suis heureuse quand ils occupent ma bouche, qu’ils s’en
« servent » - avec tant de fièvre ! - pour se donner leur plaisir. Je ne les «
suce » pas, non. Je me referme sur eux. Je leur fais une chatte de mes lèvres,
humide et soyeuse, dont ils s’emparent avec frénésie. Rien n’est impossible
avec eux. Rien n’est plus impossible désormais pour moi. Vous savez quoi ? La
sexualité a envahi ma vie. Parce que c’est le seul espace de liberté dont je
puisse disposer ? Si vous saviez le temps que je passe à éplucher la revue, à
me promener au milieu des annonces, à les renifler avec gourmandise avant -
parfois - de me lancer quand - et seulement dans ce cas-là - ce qu’on propose
parle à mon imaginaire, qu’il va pouvoir l’habiter de longues semaines
durant...
Par exemple, en Mars dernier, j’ai répondu à un toubib qui rêvait
d’attouchements appuyés sur une patiente complaisante. J’ai accepté de jouer le
jeu : je viendrais... je me mêlerais à ses autres malades dans la salle
d’attente et, une fois dans son cabinet, je me « dénoncerais » et me laisserais
tripoter - c’est le mot qu’il employait - autant qu’il voudrait... Quand ? Je
ne savais pas. Peut-être dans trois jours. Peut-être dans trois semaines.
Peut-être dans trois mois. Il verrait bien. Mais il pouvait être sûr que je
viendrais... Je lui en donnais ma parole. Et vous savez ce que j’ai fait ? Je
suis devenue VRAIMENT sa patiente tout en continuant à correspondre assidûment
avec lui par l’intermédiaire de la revue afin de préserver mon anonymat... Je
suis venue le consulter, une première fois, sous un prétexte quelconque, pour
voir à quoi il ressemblait. C’était un bel homme... La soixantaine racée. De
grands yeux sombres profonds. De longs doigts effilés. Vous imaginez dans quel
état d’esprit j’ai pu lui écrire le soir !... Je suis revenue. Pour mes
vaccins... Pour la pilule... Pour différents petits bobos... C’était une
situation qui m’enchantait positivement et dont je me délectais. Moi, je
savais, je connaissais son secret et lui ne savait pas que je savais... Il
m’avait entrée dans son ordinateur. J’ai systématiquement saisi toutes les
occasions qui se sont présentées pour venir le consulter. J’ai tenu à ce qu’il
me voie régulièrement. Qu’il s’habitue à moi. Qu’il soit MON médecin pour que
le jour où je déciderais enfin de « passer à l’attaque » la situation soit
infiniment plus troublante encore. Pour lui comme pour moi...
Ca a été début Juin. Juste avant moi il a reçu une jeune visiteuse médicale aux
longues jambes gainées de noir, à la poitrine avantageuse, au regard
délibérément félin. Il l’a gardée longtemps. Beaucoup plus longtemps sans doute
qu’il n’aurait fallu... Derrière elle c’était le moment. Forcément le moment.
Il m’a serré la main, invitée à m’asseoir... - Alors ?!... Qu’est-ce qui vous
amène aujourd’hui ?... - Heu... Eh bien voilà... Depuis lundi j’ai tout un tas
de petits boutons en bas à l’intérieur des lèvres... Ca me démangeait ? Ca me
brûlait ?... Non. Non. Pas vraiment. Une impression de fourmillement plutôt...
- Bon !... Eh bien on va voir ça... Pendant que je me déshabillais
il a détourné son attention, fait mine de préparer méticuleusement la table
d’examen. Je m’y suis installée. Il s’est penché, m’a écartée avec ses doigts,
le sourcil froncé, la lippe dubitative... - Je ne vois rien... Rien de vraiment
significatif... - Oh, si, vous voyez !... Vous voyez même très bien... Il a
relevé la tête, m’a jeté un regard stupéfait... - Parce que me dites pas que
vous en profitez pas pour vous rincer l’œil !... Bouche bée il me contemplait
d’un air ahuri... - Alors vous voyez bien que vous voyez !... Il s’est repris
très vite... - Oh vous savez, Madame, dans mon métier s’il fallait que chaque
fois que... - On dit ça... On dit ça... Et on se met en quête de patientes à
tripoter dans des revues spécialisées !... Son visage s’est brusquement
éclairé... - Ah, c’est vous !... C’est pas vrai que c’est vous !... Vous m’avez
bien eu... Il a souri... - Mais on n’a pas fini l’examen du coup !...Il est
redescendu entre mes cuisses avec ses mains, avec ses doigts, en longues
caresses précises et sûres... - Mais c’est qu’elle aime ça cette petite
cochonne !... Alors comme ça on joue les malades pour avoir le plaisir de se
faire tripatouiller par son toubib ?!... Mais vous savez que c’est pas bien du
tout ?... Tout en me touchant avec un infini savoir-faire il m’a débité des
chapelets ininterrompus de mots orduriers en me fixant droit dans les yeux...
J’ai joui très vite, posée dans son regard, d’un plaisir à la fois profond et
aérien, savouré à longs soupirs gourmands. Alors il est venu tout près à
hauteur de mon visage. Il s’est sorti du pantalon, il a pris ma main et il l’a
refermée dessus... Il a giclé presque aussitôt sur ma joue, sur mes lèvres,
dans mon cou. Il m’a regardée me rhabiller de bout en bout... - Vous reviendrez
?... - Bien sûr!... Vous êtes mon médecin, non ?... Je ne l’ai pas encore
fait... Il ne faut jamais abuser des bonnes choses... D’ailleurs je vais
maintenant vous laisser pour aller lui écrire...
A bientôt...
ELODIE…
Commentaires
Décidément, j'aime beaucoup cette série de textes...
C'est agréable un peu de chaleur dans toute cette tristesse...
Merci à toutes les deux de me lire avec autant d'assiduité...