On trouve de tout sur Internet. Du bon. Du moins bon. De l'excellent. Du lamentable. Et puis quelquefois, au gré de ses promenades, on tombe sur un véritable petit joyau, un incontestable talent d'écrivain... C'est le cas ici:

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avec des textes qui constituent un véritable bonheur de lecture... Schéhérazade n'a pas son pareil pour animer une scène sous nos yeux en faisant tout simplement parler et être ses personnages. Des personnages denses et foisonnants vers lesquels on ne peut s'empêcher de revenir encore et encore: ils ont toujours quelque chose de nouveau à nous apprendre...


Mais plutôt que de longs discours mieux vaut vous proposer, avec son accord, un échantillon de son talent...


Les mains qui sentent la lavande, la vaisselle qui avance.
Tu fais les quatre cents pas dans le salon. Je sais ce que tu vas dire, ça m'empêche pas de trembler.
Le nez dans 'mousse du Palmolive en spécial, j'essaye de pas y penser. J'essaye d'espérer que c'est pas pour aujourd'hui.
Un moment j'ai espoir pis... pis je t'entends ouvrir la bouche.
J'te laisserai pas faire.
''Simonack que l'eau est chaude!''
Tu refermes tes lèvres toutes prêtes à formuler la fatalité. J't'ai coupé l'élan net. Tu vas devoir repenser, retrouver ton beau courage que tu mijotes depuis une semaine, re-peser le pour et le contre.
Je souris de fierté. Pis tu t'empresses de détruire mes illusions.
''Bin refroidit là, cibole! À part de tsa, j'suis tanné.''
C'est bizarre, ce sentiment. Quand tout devient froid en dedans, que ça te grimpe à la gorge, que la peau du coeur arrache. Mais tout continue de vivre, tu continues de respirer. Y'a même des petites bulles qui flottent un peu partout, des diamants qui font un kaléïdoscope de couleurs avec l'ampoule jaunâtre de la cuisine.
J'ai pas envie de t'aider. J'ai pas envie de le dire. J'ai envie de te voir patiner, j'ai envie de te voir te casser la gueule. Mes les mots sortent malgré moi.
''Tanné d'quoi?''
Je sais bin que je précipite la situation. Je peux rien y faire. Pis le frette, en dedans, y continue de prendre d'la place.
''De toute.''
T'es pas un homme. T'es juste pas un homme d'allonger la situation de même, t'as juste pas le droit! Dis le donc! Dis le donc tu-suite pis ça va être réglé!
J'essaye de me concentrer sur du fromage collé. Ça marche pas.
Tu soupires.
''Bin c'est ça! Vas donc r'garder la télé au lieu de m'aider, monsieur le dépressif! D'mande à ton beau Gretsky si y s'plaint de toute à sa femme quand qu'cé elle qui l'fait vivre!''
Tu me fixes, t'as envie de me foudroyer du regard. Je te laisse même pas cette chance. J'te laisse face-à-dos à moi, moé, j'regarde le mur...
''Gretsky, y joue même pu!''
''Comme si c'tait l'point important d'ma phrase! J'te dit qu'des fois toé!''
''Moé quoi hein? Moé quoi?''
''Laisse donc faire...''
''C'est ça hein! Tu sais pu quoi dire, pis t'as surtout pas envie de l'répéter! M'a t'en donner une raison moé, de pu savoir quoi dire!''
Là, par contre, ça m'a prit par surprise. Même si le mal de coeur à commencé avant que tu finisses ta phrase.
''J'te quitte! C'est fini! J'suis tanné!''
Les mains crispées sur le couteau à pain. J'pleure pas. J'le sentais trop venir pour pleurer. Mais toutes les belles répliques que j'm'étais imaginé me viennent pu. En tous cas, celles qui viennent sont trop pathétiques.
T'as ton p'tit sourire bin étampé dans ta face plate.
''Tu parles pu, hein? Tu sais pu quoi dire?''
La voix qui me sort de la gorge est bin plus grave que ce que j'avais pensé.
''Bin oui, bravo, t'as gagné l'grand, j'sais pas quoi dire.''
Maudit que j'hais ça donner raison à quelqu'un. Mais, j'peux rien faire d'autre. Si les yeux restent secs secs, la boule dans la gorge est énorme.
Le divorce! Le divorce!
Moi qui avait fait un pied-de-nez à tout le monde parce que j'm'étais mariée avec ma cerise pis mes dix-sept ans à peine entamés ! Convaincue d'être sa princesse, de me diriger vers une vie où y'en aurait pas de facile, mais où mon mariage marcherait. Parce qu'on s'aimait pour vrai, pis depuis tellement longtemps.
Je me retrouve les mains rouges dans l'eau trop chaude, ridées comme celles d'une vieille fille, quand j'ai même pas encore vu vingt-huit bougies alignées sur du crémage!
On s'en est rendu là comment... Maudit.
Tu l'as rencontré elle. Je pense que c'est de même que ça commencé, parce qu'avant, ça avait toujours été super bien. T'en parlais beaucoup au début. Pis j'trouvais ça bien, t'avais toujours refusé d'autres femmes que moé dans ta vie, pis là, t'en voyais enfin une autre. Je trouvais ça naturel. Pis un jour, t'es revenu tout rouge, tu m'as presque pas regardé, t'as dis que t'étais fatigué pis tu t'es sauvé dans la salle de bain. J'ai trouvé ça drôle au début.
Pis t'as pu jamais parlé de Virginie. Jamais, pu un mot, rien.
J'suis pas très paranoïaque. Même pas du tout. Ça me prend des preuves assez solides.
Mais les rappelle-moi chuchotés, le sourire faux qui suit, le parfum, les factures de bijoux, les rentrées tardives, les heures supplémentaires qui ne correspondent pas aux chèques de paye...
J'ai rien dit.
Rien.
Pas la moindre petite insinuation. Et quand t'as perdu ta job, Virginie du même coup, je suppose, ça a été un doublé. Une peine d'amour, le sentiment d'être un loser, inutile finalement, même après dix ans dans la même boîte. Deux beaux morceaux d'égo tronqué.
Quand c'est arrivé, j'ai commencé à la voir venir. Toute c'que je faisais te tombait sur les nerfs. Toute, c'est pas compliqué! Au début, j'voulais pas trop y croire. Je sais pas si au début j'avais vraiment considéré le divorce comme une de tes portes de secours. J'ai été bête moi aussi. T'amenais la marde et je la doublais. Pis même quand je m'en suis rendue compte, que ça nous dirigeait vers ça j'ai pas arrêté. Premièrement, parce que c'était trop tard, et que y'a des situations qui justifient la position agenouillée et d'autres non, et puis parce que ça me donnait un plaisir masochiste. Oui, ça faisait éroder notre couple plus vite, oui, si j'avais fermé ma gueule des fois, ça s'rait p't'être pas à soir le grand soir. Mais j'avais pas envie d'être la seule à retenir mon venin pour sauver la situation. Ça fait trop de bien de mordre. Même si ça fait juste du bien sur le coup pis qu'on s'en veut après.
''Toi non plus tu sais pas quoi dire, hein? Tu voulais que je me jette à tes pieds pis que je te demande de rester? Que j'me mette à brailler?''
Vous avez déjà vécu ça, c'est sûr. Quand tu sais que tu devrais pas continuer ce que tu dis, parce que tu le penses pas pentoute pis parce que ça va toute détruire. Mais que tu peux pas t'en empêcher?
''Bin 'gard, j'braille pas. J'braille pas l'moins du monde! Divorce moi, pis va faire notre lune de miel de dix ans avec ta Virginie pis laisse moi donc finir ma vaisselle tu-seule.''
Comme si ça me faisait plaisir! Comme si ça me dérangeait pas! La seule image de moi-même qui me venait à l'esprit s'tait des p'tits morceaux. Des p'tits morceaux de verre poussiéreux étendus partout, qui vont être prêts à s'enfoncer dans le pied de n'importe quel innocent qui va essayer de ramasser les dégâts.
J't'entends serrer les dents. Maudit que j'ai brassé tes plans, hein? Tu pensais vraiment que j'allais te supplier? Que t'allais sortir de tsa la tête haute? Que j'allais pas me battre après toute la marde que tu m'as faite vivre depuis que toute est sur mon bras?
Le pire, c'est que c'est passé proche que j'te supplie. Parce que je sais que t'aurais dit oui. Parce que dans le fond, t'as pas vraiment envie de t'en aller, tu veux juste te sentir indispensable.
La seule chose que tu dégages, c'est l'alcool.
C'est un scénario que j'ai considéré, ouais. Me retourner, m'effondrer, te demander pardon même si je sais très bien que j'ai besoin de m'excuser pour rien!
Mais non, non. J'mérite pas ça. J'ai pas l'impression que j'mérite ça...
Faque j'ai faite comme que j'me sentais.
J'ai été bête, pis j'ai aimé ça. Te clouer une dernière fois. Me donner raison une dernière fois.
Avoir raison... dans l'fond c'est quoi, à part une once de plus à notre fierté?
Tu sacres.
J't'ai jamais laissé me r'garder une fois dans les yeux, parce que je l'aurais jamais supporté.
''C'est ça... Continue donc ta vie tu-seule...''
T'as claqué ta porte hors de ma vie.
Pis moi j'ai faite la chose la plus niaiseuse du monde.
J'me suis mise à brailler.

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