Adrienne Petitbois n’aime pas les pervers. Et il y en a beaucoup. Partout. Rien que dans son immeuble – pourtant un petit immeuble – elle en a compté quatorze. Qui « oublient » de tirer les rideaux quand ils vont à la salle de bains. Qui se repaissent de films scandaleux sans couper le son. Qui s’installent sur le banc, en bas, pour regarder passer les femmes. Qui…
Il ne faut pas les laisser faire. Si personne ne leur dit rien ils en prendront de plus en plus à leur aise. On commence comme ça et on finit par…
Alors Adrienne Petitbois dit. Adrienne Petitbois résiste. C’est son combat. Et il est juste. L’autre jour, par exemple, il y en avait un qui déambulait déboutonné dans les galeries du centre commercial. Avec un slip en dessous, oui, mais quand même !… Déboutonné !!!!
Elle a ameuté les vendeuses, les mères de famille…
- Il allait la sortir !… Si, si !… Il allait la sortir… J’en suis sûre… Vous vous rendez compte…
Ca s’est regroupé… Ca l’a entouré… Ca s’est montré menaçant… Et l’autre qui faisait semblant de tomber des nues… Tu parles !… C’était cousu de fil blanc. Les vigiles l’ont embarqué. Direction les gendarmes, allez, hop !… Et après ce sera le juge. Obligation de soins… Et pas seulement. Ca va le calmer. Mais le pire, c’est qu’il y en avait pour le défendre… Une petite vendeuse de chaussures en tête…
- Oh, mais il l’a pas fait exprès… C’est un distrait…
Un distrait !… Ben voyons !… En tout cas, elle, elle l’était pas distraite… Parce que sa petite jupette au ras du cul, quand elle l’a enfilée, elle savait ce qu’elle faisait. Et elle avait quoi là-dessous ?… Sûrement un de ces machins à la mode qui laissent les fesses toutes nues. Une honte ! Mais Adrienne Petitbois va s’occuper de son cas. Elle ne la lâchera pas.
Adrienne Petitbois passe et repasse devant le magasin. Tous les jours. Elle s’offusque…
- Non, mais vous avez vu ça ?… Si c’est pas malheureux !…
Des gens s’arrêtent, s’agglutinent…
- Hein ?… Vous avez vu ça ?… Il y a des limites quand même… Il y a des enfants ici…
Adrienne Petitbois insiste. Persiste. Jusqu’à ce que… les patrons n’aiment pas le scandale. Ca fait perdre des clients… Jusqu’à ce qu’ils l’obligent à adopter une tenue décente. Une tenue décente ou la porte.
C’est enfin fait. Ca n’a pas été sans mal. Adrienne Petitbois jubile. Elle va enfin pouvoir jouir d’un repos bien mérité. Elle rentre par le square. Un petit couple est enlacé sur un banc. Les mains du garçon sont sous le tee shirt de la fille. Elle soupire…
- Encore !… Bon, allez, au boulot !…