21 Juillet

Ma chère Alicia,

J’ai reçu avant-hier la première des deux photos que vous m’aviez annoncées… Je l’ai très longuement savourée… Je la savoure encore… Elle est là, devant moi, sur mon bureau… Je ne peux m’empêcher de lever constamment les yeux vers elle comme si elle allait enfin s’animer, comme si vous alliez bien finir par vous décider à décroiser les jambes, par me laisser voir plus loin… plus haut… plus près… Espoir toujours aussi inexorablement déçu… Il y a quelque chose en moi qui veut… De plus en plus… Qui réclame… Qui exige… Qui devient douloureux à force de n’être pas satisfait…


Vous voir, vous !… Et seulement vous !… Vous êtes en train de prendre, peu à peu, toute la place… D’occuper inexorablement le terrain… Les autres… Je ne les vois pas… Elles sont jeunes… belles… désirables… Je ne les vois plus… Je ne suis occupé que de vous… De vos lettres dont je me récite des passages entiers… De celles que je vais vous écrire… Que je me surprends à tourner et retourner indéfiniment dans ma tête… De vos photos… Celles que vous m’avez envoyées… Celles que je rêve que vous m’enverrez… Et j’imagine… J’ose imaginer qu’un jour vous serez vraiment nue devant moi… Pour moi… Je ne pense plus qu’à ça… Je ne vis plus que pour ça…


J’ai connu, il y a 5 ou 6 ans, quelque chose d’un peu analogue… J’étais descendu à l’hôtel, pour quelques jours, dans une grande station balnéaire du Midi… Dans l’intention avouée d’en « prendre plein la vue »… De parcourir des kilomètres et des kilomètres de plage pour glaner tout ce qu’il y aurait à glaner… De saisir toutes les occasions - quelles qu’elles soient - qui pourraient se présenter…


Elles occupaient la chambre juste à côté de la mienne… Deux sœurs… D’une vingtaine d’années… Auxquelles je n’avais tout d’abord pas prêté plus d’attention qu’à d’autres… Je les croisais dans le couloir, dans l’escalier… Je les voyais en bas, au restaurant, en compagnie de leurs parents… A la plage, l’après-midi, juste en dessous de l’hôtel… Elles étaient jolies… Elles n’étaient pas les seules… Il y en avait d’autres… Beaucoup d’autres… Je ne savais plus où donner des yeux… A peine avais-je jeté mon dévolu sur une baigneuse au maillot particulièrement révélateur qu’une autre surgissait plus émouvante encore… C’était un tourbillon… Un véritable festival…


A côté elles rentraient tard dans la nuit… Prenaient une douche… L’oreille collée à la cloison, j’écoutais l’eau ruisseler sur leurs corps… J’imaginais… Je voyais… Elles chuchotaient ensuite longtemps… Souvent jusqu’au petit matin… Je me les représentais nues sur leur lit ou seulement vêtues de courtes nuisettes qui remontaient haut sur les cuisses lorsque parfois leur conversation s’animait… C’était entrecoupé d’interminables fous rires… De temps à autre je saisissais de ci de là des bribes de phrases… un mot ou deux… à partir desquels je reconstruisais toute une histoire… une aventure amoureuse… un épisode de leur vie familiale…


Au fil des nuits je m’introduisais, sans qu’elles s’en doutent, toujours un peu plus avant dans leur intimité… Je savais qu’Alexiane avait eu ses règles le dix… Qu’elle était complexée par ses seins… Qu’elle rêvait de devenir un jour chanteuse… Que le petit ami de Morgane la laissait sans nouvelles depuis plus d’un mois… Qu’elle avait des rapports extrêmement tendus avec sa mère… Qu’elle envisageait d’interrompre ses études en septembre… Je savais beaucoup… Je savais de plus en plus… Je savais tout…


Ce n’était pas assez… Je leur consacrais maintenant exclusivement mes journées… Je les passais penché sur elles, à l’affût du moindre de leurs faits et gestes… Remontaient-elles une rue commerçante pleine de monde?… Je les escortais, me faufilant discrètement entre les passants pour ne pas les perdre de vue… La fenêtre de ma chambre donnait sur la plage… Elles s’installaient toujours au même endroit, juste en contrebas… Je ne les quittais pas des yeux… Les repas, au restaurant de l’hôtel, constituaient une véritable bénédiction… Leur table n’était pas très éloignée de la mienne et elles me faisaient face… Je pouvais les observer tout à loisir et suivre des conversations qui me confirmaient dans ce que je savais déjà ou m’ouvraient de nouveaux horizons…


Le seul moment où elles parvenaient à m’échapper c’était le soir quand elles sortaient… J’avais bien tenté une reconnaissance du côté de la boîte qu’elles fréquentaient, mais il était exclu que je puisse m’y introduire… Mon âge m’y aurait immédiatement rendu suspect, elles m’y auraient remarqué et se seraient nécessairement posé des questions auxquelles elles n’auraient pas été loin d’apporter les bonnes réponses… J’en étais donc réduit à les regarder partir, belles comme des cœurs, et à me morfondre en attendant leur retour…


Et c’était à nouveau la douche… Comme toutes les nuits… Elle me rendait fou cette douche… Elles étaient là, nues, tout près, et elles se dérobaient… Les voir !… Voir leurs seins, leurs fesses, leurs fentes… Tout voir… Au moins une fois… Juste une fois… Il FALLAIT que je les voie… Mais comment ?… Perforer la cloison qui séparait nos deux chambres c’était prendre de gros risques pour un résultat qui pouvait se révéler décevant… Le trou de la serrure ?… Elles laissaient systématiquement - je l’avais vérifié - la clé dedans… Quant à la fenêtre… on était au troisième étage et elle donnait sur la mer…


Chaque chambre était équipée d’une douche, mais il n’y avait de baignoire que dans une salle de bains commune située dans un petit renfoncement tout au bout du couloir… Elles s’y rendaient chaque soir, sur le coup de dix heures, juste avant de sortir, s’y attardaient longuement… Dès qu’elles l’avaient quittée je m’y précipitais… C’était encore tout imprégné d’elles… De leur présence, de leur parfum, de leurs corps nus… Je me penchais sur la baignoire… J’en caressais amoureusement le rebord… Je me hissais dedans… Je m’allongeais là où elles venaient d’être… Je m’abandonnais, les yeux clos… Je m’éternisais… Avant de retourner les attendre dans ma chambre…


C’est en quittant cette salle de bains, un soir, que j’ai brusquement réalisé : le verrou n’était qu’une simple targette arrimée à la porte par deux vis… Et si ?… En les dévissant juste ce qu’il fallait… Dès le lendemain matin je me suis procuré un tournevis… J’ai profité de ce que l’étage était désert pendant le repas de midi pour aller essayer… Et… Ca marchait !… Ca marchait !… Une simple poussée un peu franche et ça cédait… La porte s’ouvrait…


J’ai passé l’après-midi à les observer dans un état d’impatience fébrile… Etendues innocemment sur le sable elles se gorgeaient de soleil… Sans se douter qu’il ne s’en fallait plus que de quelques heures pour qu’elles soient définitivement à moi…


Elles ont quitté leur chambre… Se sont éloignées en bavardant dans le couloir… J’ai laissé passer quelques instants… Ma trousse de toilette… Une serviette jetée négligemment sur l’épaule… J’ai collé l’oreille à la porte… C’était le moment… J’ai poussé… Debout à côté de la baignoire Alexiane me faisait face… Nue… Morgane était déjà dedans… J’ai pris un air stupéfait…   - Oh, excusez-moi !… Je savais pas qu’il y avait quelqu’un… J’ai regardé alternativement vers elles, puis vers la porte… Plusieurs fois… Comme si je cherchais à comprendre… Tout en en profitant autant que je pouvais… J’ai fait mine de découvrir ce qui s’était passé… - C’est le verrou… Il a lâché… Faudra prévenir la réception… Et je me suis éclipsé… Derrière moi il y a eu un grand éclat de rire…


Trois jours encore… Et puis elles ont quitté l’hôtel… Trois jours pendant lesquels « ça » a été entre nous… Chaque fois qu’on se croisait… Chaque fois que, pendant les repas, nos regards se rencontraient… Ils ne pouvaient pas s’en empêcher… Je les avais vues nues… Elles y pensaient… Et elles savaient que j’y pensais…


Il y a des années… Mais c’est toujours là… Je les fais revenir… Souvent… Je pousse encore régulièrement la porte de cette salle de bains… Et elles sont encore là pour moi… Exactement comme alors…


A bientôt, Alicia…


Je vous embrasse…


ALAIN



31 Juillet


Cher Alain,


Alors comme ça vous défoncez les portes des salles de bains !… Et vous parlez de me rencontrer !… Mais vous êtes un véritable sauvage, mon cher !… Et je tiens à l’intégrité de mon appartement : il vient d’être refait à neuf…


Vous ne pensez plus qu’à moi ?… Vous ne rêvez plus que de me voir nue, moi… Et moi toute seule… Je ne vais pas m’en plaindre… Mais sachez que la réciproque n’est pas vraie… Bien au contraire… Plus il y aura de pépés comme vous pour tomber en arrêt devant moi, pour ne plus vivre qu’à travers moi et plus vous m’en verrez ravie… Et je fais tout ce qu’il faut pour, vous pouvez me faire confiance… Et pour porter leur désir à incandescence… J’aime sentir mon pouvoir… J’aime l’étendre… J’aime en jouer…


Ainsi Maxime… A qui je suis allé couper les cheveux avant-hier… Il faisait une chaleur étouffante… Je portais une robe légère… Jaune paille… Et rien dessous… Strictement rien… Il n’a pas mis longtemps à s’en apercevoir… Ou plutôt à se poser la question… Sans l’ombre d’un doute possible mes fesses étaient nues sous ma robe, oui… Il pouvait le vérifier chaque fois que je lui tournais le dos… Mais… J’avais un string ou j’avais rien ?… Comment c’était devenu important pour lui de savoir d’un seul coup !… Comment il me fixait en bas dès que je lui en offrais l’occasion !… Sans la moindre retenue… Et sans pouvoir acquérir la moindre certitude : la tache sombre qu’il devinait, par transparence, ça pouvait être aussi bien l’un que l’autre… Il était vraiment trop drôle… Et j’en ai fait des allers et retours jusqu’à ma mallette, sur la petite table, devant la porte-fenêtre !…


Jusqu’au moment où ses regards se sont faits si insistants, si pénétrants, si envahissants qu’il ne m’a été plus été possible de les ignorer… - Eh bien, pépé, faut pas se gêner !… Il a rougi comme un petit garçon pris en faute, baissé la tête… - Qu’est-ce qu’on cherche à voir comme ça depuis un quart d’heure?… Si j’ai quelque chose en dessous, c’est ça ?… Et alors ?… Votre conclusion ?… Il a levé sur moi des yeux désemparés… - Eh ben non j’ai rien… Rien du tout… Il contemplait obstinément le bout de ses chaussures…    - Vous me croyez pas on dirait… Vous voulez vérifier ?… Il m’a jeté un bref regard incrédule… - Oh, moi j’m’en fiche, vous savez !… Si ça peut vous faire plaisir… Alors ?… Vous voulez ou vous voulez pas ?… - Oui… Dans un souffle… Dans un murmure… - Oui… - Eh ben voilà… Il suffit de demander…


Je me suis reculée de quelques pas… J’ai saisi le bas de ma robe à deux mains… Et lentement… très lentement… aussi lentement que possible… je l’ai fait remonter sur les cuisses… Il suivait chacun de mes gestes avec des yeux de fou… Lentement… Encore plus lentement… Jusqu’à la limite… Là où… Et je l’ai brusquement laissée retomber… J’ai éclaté de rire… - Avouez que vous y avez cru… Mais c’est plus de votre âge ça, pépé !… Vous devriez avoir honte… Il avait honte…


J’aime bien quand ils honte… Et ils ont tous honte… Au moins un peu… Comment ça pas vous ?… Oui, ben c’est pas à moi que vous ferez gober ça… Vous avez tous honte des regards que vous ne pouvez pas vous empêcher de poser sur nous… Qui avons le tiers de votre âge… Oh, mais faites pas cette tête-là !… On vous en veut pas… Enfin pas toutes… Moi non en tout cas… Au contraire… C’est tellement agréable de vous mettre dans l’état où on vous met et de se dire que vous n’obtiendrez jamais rien d’autre et que vous le savez…


Encore une photo ?… Allez, encore une photo !… Mais quoi ?… Tiens, le spectacle que j’ai offert à Maxime l’autre jour… Ma robe relevée haut sur les cuisses… Exactement la même chose pour vous que pour lui… Ah, parce que vous estimez avoir droit à un régime spécial ?… Eh bien non, mon cher, non !… Vous n’êtes ni plus ni moins pour moi que tous les autres…


Je vous embrasse…


A L I C I A