Les pépés ( 5 )
Par francois-fabien le vendredi 29 mai 2009, 06:19 - Histoires par courrier - Lien permanent
Ma chère Alicia,
Est-ce que j’ai honte ?… Peut-être… Quelquefois… Sûrement… Je n’y pense pas
vraiment… Sauf quand - cela m’est parfois arrivé - je me suis laissé prendre en
flagrant délit… C’est ainsi que je garde le souvenir cuisant - si on peut dire
- d’un épisode qui s’est déroulé il y aura bientôt quatre ans … Je venais de
découvrir que, tout au bout de ma rue, à une centaine de mètres de chez moi,
vivaient trois sœurs qui n’avaient pas jusque là attiré mon attention… Elles
étaient pourtant plus délicieuses les unes que les autres… Comment
avaient-elles pu m’échapper ?… Sans doute venaient-elles d’emménager tout
récemment…
Je les ai discrètement placées sous surveillance… Leurs occupations… Leurs
horaires… Leurs habitudes… Leurs fréquentations… J’ai glané des renseignements
à droite et à gauche… Petit à petit, sans qu’elles le soupçonnent, je me suis
insinué avec délectation dans leur vie… Je ne vivais plus qu’à travers elles et
ce que je pouvais en apprendre…
Meredith avait 25 ans et travaillait dans une banque… J’y ai ouvert un compte
pour pouvoir l’approcher tout à loisir… Elle avait un petit ami qu’elle
retrouvait à midi et un second qui l’attendait le soir… Elle était passionnée
de ski, de cinéma et de jeux video… Elle avait subi à 14 ans une grave
opération dont elle conservait encore des séquelles…
Fiona était la « tête » de la famille… Elle avait obtenu son bac très jeune et,
à 23 ans, collectionnait déjà un nombre impressionnant de diplômes
universitaires… Elle se consacrait exclusivement à ses études, ne sortait pas,
s’octroyait très peu de distractions… Les garçons ne semblaient pas
l’intéresser et il se murmurait, de façon insistante, qu’elle préférait les
filles…
Lucile - 19 ans - était encore au lycée… Elle envisageait par la suite un BTS «
Action commerciale »… Elle conservait - très vive - la nostalgie de son enfance
et tenait à sa collection de poupées comme à la prunelle de ses yeux… Elle
sortait, depuis la 3ème, avec un garçon de sa classe auquel elle avait toujours
été résolument fidèle… Ce qui était loin d’être son cas à lui…
Je n’aspirais bien évidemment qu’à une chose : les surprendre toutes les trois
dans leur intimité… Comment faire pour parvenir à mes fins ?… Je m’étais bien
entendu subrepticement introduit à plusieurs reprises dans leur immeuble pour
explorer les lieux… C’était une construction ancienne biscornue, toute en
rajouts, en reprises et en remords… J’avais eu beau parcourir et reparcourir
leur étage, sonder les cloisons à la recherche d’une faille quelconque pas la
moindre solution en vue… J’en étais réduit - comme tout un chacun - à les épier
dans la rue et à m’efforcer de les deviner sous leurs vêtements…
Mon désir de les voir enfin nues était pourtant si douloureusement obsédant que
j’ai voulu me livrer à une ultime tentative… Bien m’en a pris… A l’étage
supérieur - jusqu’auquel je n’avais pas cru bon de pousser mes investigations -
une porte - qui n’était pas fermée à clé - donnait sur une sorte de minuscule
petite terrasse recouverte de gravier… Au ras du sol une large bouche
d’aération s’ouvrait sur une salle de bains… La leur !… Et - pour peu qu’on
adopte le bon angle de vision, légèrement latéral - on avait une vue imprenable
sur la baignoire… Le soir même j’étais à mon poste d’observation, le cœur
chaviré…
Ce fut d’abord Meredith… Elle a abandonné un à un ses vêtements à gestes lents,
amples, et s’est lavée avec gravité et application, frictionnant ses seins
lourds, s’introduisant entre ses fesses charnues, s’attardant sur l’encoche à
la toison foisonnante… Le visage rivé à la bouche d’aération je me suis enivré
de son odeur, de son parfum, de la douce tiédeur de sa peau… Et j’ai murmuré
encore et encore silencieusement son prénom…
Lucile lui a presque aussitôt succédé… Le contraste était saisissant : autant
sa sœur s’affirmait majestueusement femme autant elle semblait ne vouloir
l’être, elle, que du bout d’elle-même… Ses seins semblaient avoir eu toutes les
peines du monde à prendre leur élan… Le bas-ventre était à peine ombré d’un
léger duvet hésitant… Tous ses gestes étaient empreints de brusquerie et comme
d’animosité contre elle-même…
Le matin elles repassaient toutes les deux par la salle de bains… Lucile
brièvement… Meredith plus longuement… Elle se coiffait… Elle se maquillait… A
gestes précis et sûrs… lentement étirés… De face, de dos, de profil devant le
grand miroir en pied, elle vérifiait ensuite, d’un œil résolument critique, que
tout était en ordre, rectifiait un détail ici, un autre là…
Et puis c’était le tour de Fiona… Qui prenait tout son temps… Et
systématiquement un bain… Interminablement prolongé… Elle laissait ses mains
flotter à la surface de l’eau, la battait, de temps à autre, pour susciter des
vagues… Et puis, souvent, presque toujours, elle finissait par les emmener
errer, au hasard, sur son corps, s’attardait sur un sein, en agaçait la pointe,
s’éloignait, revenait, descendait entre ses cuisses, y séjournait, les yeux
mi-clos… Quand son plaisir venait la visiter elle l’accueillait la tête
renversée en arrière, le souffle court, l’accompagnait d’une multitude de
petits gémissements reconnaissants…
Ca a duré deux mois… Deux mois de rêve pendant lesquels pas une seule fois je
n’ai manqué nos rendez-vous quotidiens… Et puis un jour… Un soir… J’étais
allongé de tout mon long, absorbé dans la contemplation de Meredith qui,
entièrement nue, une jambe relevée, s’épilait les mollets quand… la sensation
d’un choc brutal au creux des reins… - Espèce de vieux salopard… Je vais t’en
faire passer l’envie, moi, tu vas voir !… On venait de me lancer un plein seau
d’eau glacée… Je n’ai pas demandé mon reste… Transi, dégoulinant, j’ai battu en
retraite, dévalé l’escalier…
Il m’attendait en dessous, sur le pas de la porte… Le père… Lucile et Fiona sur
ses talons… Qui m’ont dévisagé avec un dédain teinté de curiosité… - Tu
mériterais que je te casse la gueule, vieux cochon de vicelard… Tu n’as pas
honte à ton âge ?… Sa voix m’a poursuivi jusqu’en bas… - Et t’avise pas de
revenir traîner dans le coin… Cette fois t’y couperas pas… Oui… Oui… Mais je
les avais vues…
Vous me dites que je ne suis pour vous ni plus ni moins que les autres, Alicia…
Ce n’est pas tout à fait vrai… Je suis moins… Les autres, ils vous approchent…
Vous leur coupez les cheveux… Vous les touchez… Ils peuvent vous « voir en vrai
», entendre votre voix, respirer votre parfum… Longtemps après votre départ
vous continuez à flotter dans l’air autour d’eux… Vous êtes à eux… Moi, je ne
connais même pas votre visage… Je n’ai que de petits morceaux de vous… Je n’ai
que vos photos… Je vis avec elles… Je m’en nourris… Et vos lettres… Que je sais
par cœur… Que j’attends avec une impatience toujours plus éprouvante au fil du
temps… Laissez-moi vous apercevoir, Alicia, au moins une fois… Même de loin… Et
vous ferez de moi le plus heureux des hommes…
Je vous embrasse
A L A I N
10 Août
Cher Alain,
Chacun son tour !… Lundi c’était celui de Lucien… Qui m’a accueillie avec un
sifflement admiratif… Et un regard d’enfant émerveillé… - C’est que vous allez
voir votre petit ami, après, que vous vous êtes faite belle comme ça?!… - Non…
J’en viens… Il y a un quart d’heure j’étais encore chez lui… - Ah… Il s’est tu,
perdu dans ses pensées… Absent… Parti… Ailleurs… Se demandant… Si on l’avait
fait… Si on venait de le faire… Si… Imaginant… Nous imaginant, les yeux
brillants, le souffle court…
- Il a de la chance… Beaucoup de chance… - Qui ça?… - Votre
petit ami… Il est très amoureux ?… Oui… Forcément… De vous on ne peut être que
très amoureux… Et vous ?… - Quoi, moi ?… - Vous êtes amoureuse de lui?… - Oh,
moi !… Je suis jeune… J’ai le temps… Pour le moment je m’amuse… On verra plus
tard… Il a levé sur moi un regard médusé… J’ai éclaté de rire… - Je vous choque
?… On n’est plus à votre époque, pépé !… Elles ont changé les filles… Je venais
de le plonger dans des abîmes de perplexité…
- Mais alors vous… vous en avez plusieurs des petits amis !?… - Ben oui… Ca…
Evidemment… - Combien ?… - Ca dépend… En ce moment quatre… -
Quatre !… Il a accusé le coup… S’est absorbé dans un long silence méditatif… -
Quatre !… Eh ben dis donc !… Ca doit pas être facile de s’y retrouver… Et de ne
pas se couper… J’ai encore éclaté de rire… - Non, mais qu’est-ce que vous
croyez ?… Que je leur rends des comptes ?… Que je me justifie ?… Il y a
longtemps que j’en suis plus là… Ceux à qui ça convient pas ils peuvent
toujours aller voir ailleurs…
Il s’est lancé bravement… - Vous les choisissez comment vos petits amis ?… - Oh
alors ça !… Il y a pas de règle… A l’instinct… On me plaît ou on me plaît pas…
- Et comment faut faire pour vous plaire ?… - Il faut rien faire justement…
Rien du tout… Moins on en fait et plus on… Oh, mais dites donc !… Je vous vois
venir, vous… Vous seriez pas en train de vous mettre sur les rangs par hasard?…
Il n’a pas protesté… Il m’a coulé de côté un regard plein d’espoir et de désir
affolé…
Je l’ai longuement laissé mariner dans son jus, concentrée sur sa tête que je
lui faisais relever, baisser, redresser encore… - Et à votre avis je vais
prendre ça comment ?… - Je sais pas… - Vous savez pas… Non, mais vous m’avez
bien regardée ?… Oui… Vous faites même que ça me regarder… Et vous vous êtes
regardé, vous?… Eh bien alors !… Je comprends même pas que ça ait pu vous venir
à l’idée…
- Oh, mais faites pas cette tête-là !… Je vous en veux pas… Je vous en veux pas
d’avoir essayé… Mais comment vous voulez que des vieux comme vous, tout fripés
et tout pendouillants de partout, ça ait la moindre chance avec nous ?… Alors
qu’on peut avoir tous les types qu’on veut… Beaux… Jeunes… Musclés… Fringants…
Ardents… Qu’il nous suffit de nous baisser pour en ramasser… Regardez-nous…
Tant que vous voulez… On s’en fout… Complètement… Mais pour le reste…
Je le tiens… Je vais pas le lâcher comme ça… Je vais le soigner… Et j’ai déjà
ma petite idée… Les tenues bien sûr… Mais ça c’est le B-A BA… C’est
élémentaire… Non… Il aime ça les mots ?… Ca l’excite ?… Il va en avoir… Je vais
le prendre pour « confident »… Lui parler en long, en large et en travers de
mes petits amis… Lui raconter par le menu tout ce que je fais avec eux… Sans
rien lui épargner… Et dans des termes… Je peux être très crue, vous savez,
quand je veux… Je vais te le mettre dans un état…
Bon… Mais parlons un peu de vous… Alors comme ça vous récriminez… Soi-disant
que je me montrerais injuste à votre égard… Que j’accorderais aux autres ce que
je ne vous accorde pas à vous… Mais, mon cher, si tel est mon bon plaisir…
C’est moi - et moi seule - qui décide de ce que j’offre - ou n’offre pas - aux
uns et aux autres… Et pour la peine - pour vous punir d’avoir osé exprimer
d’aussi inqualifiables exigences - je vais vous mettre à l’épreuve… Alors voilà
ce qu’on va faire : le 18 Août prochain, entre 15 heures et 15 heures 05, je
sortirai de la bouche du métro Saint-Michel - la plus proche de la fontaine -
et vous aurez alors le droit de me suivre… Je vous emmènerai faire une petite
promenade à travers Paris… Jusqu’à Beaubourg où vous me laisserez filer… Où
vous disparaîtrez… Une petite promenade tous les deux… A condition bien
évidemment que vous ayez été capable de me reconnaître parmi toutes celles qui
remonteront l’escalier au même moment… Un petit indice pour vous aider - vous
voyez que je peux être gentille quand je veux - un précieux petit indice: je
serai en robe… courte… à mi-cuisses… Un indice et une recommandation : vous ne
m’abordez surtout pas… Vous gardez vos distances… Dans le cas contraire tout
serait définitivement fini entre nous… Vous n’entendriez plus jamais parler de
moi…
Alors elle n’est pas bonne mon idée ?… Mais tâchez de me reconnaître… De ne pas
laisser passer votre chance… C’est une opportunité qui n’est pas près de se
représenter… Une photo ?… Non… Pas aujourd’hui… Au 18 ?
Je vous embrasse
A L I C I A