Les pépés ( 6 )
Par francois-fabien le mardi 2 juin 2009, 07:19 - Histoires par courrier - Lien permanent
19 Août
Je suis arrivé très en avance… A une heure un quart j’étais sur place… Je me
suis installé à la terrasse du café qui jouxte la bouche de métro… De là je
vous verrais forcément apparaître… Et j’ai attendu… Avec volupté… Avec bonheur…
Avec ravissement… J’étais sûr - sûr et certain - que je saurais vous
reconnaître entre toutes… Que mon instinct ne me tromperait pas…
Une heure et demi… Deux heures… Deux heures et demi… Trois heures moins vingt…
Une fille ravissante, court vêtue, s’est arrêtée sur le trottoir, juste devant
moi, a levé les yeux sur la grosse horloge qui surplombe la Seine, a paru
hésiter et est finalement venue s’asseoir à quelques tables de la mienne… Elle
aussi semblait attendre… Quelque chose… Ou quelqu’un… Ses yeux couraient, en un
incessant ballet, de la bouche de métro à l’horloge… De l’horloge à la bouche
de métro… Il m’est venu un soupçon… Et si c’était vous ?… Si vous alliez vous y
engouffrer à l’heure dite pour en resurgir presque aussitôt?… Trois heures
moins deux… Un homme à cheveux blancs est venu se poster en haut de l’escalier
de la bouche de métro… Elle l’a observé quelques instants avec amusement et
puis elle s’est levée… Il a semblé se décider d’un coup, s’est remis en marche,
éloigné vers le pont… Elle l’a suivi des yeux, avec intensité, jusqu’à ce qu’il
ait disparu… Et elle s’est rassise… VOUS vous êtes rassise… Parce que c’était
vous… Plus le moindre doute possible… Vous qui aviez cru me voir m’éloigner
dans le sillage d’une jeune femme qui n’était pas vous… Vous avez commandé un
autre café… Vous l’avez lentement dégusté, absorbée dans vos pensées…
Nous avons remonté le boulevard Saint-Michel… Ensemble… L’un derrière l’autre…
Vous étiez à moi… Sans le savoir… Votre nuque… Votre dos… Votre jupe en danse
folle sur vos fesses… Votre visage très vite… Dans le miroir d’une vitrine
devant laquelle vous vous êtes arrêtée… La rue de Vaugirard… Encore vos fesses…
D’autres rues en enfilade les une derrière les autres… Toujours vos fesses… Vos
fesses… Vos fesses… Vos fesses… Elles… Seulement elles… A moi… Rien qu’à moi…
Vous avez brusquement disparu sous le porche d’un immeuble… J’y ai pénétré à
mon tour… J’ai parcouru du regard la longue rangée de boîtes aux lettres…
Alicia Delpierre, coiffeuse à domicile, troisième étage gauche…
Je vous appellerai dans la semaine… J’ai vraiment besoin qu’on me coupe les
cheveux…
A bientôt, Alicia…
Je vous embrasse…
A L A I N
Commentaires
Vieux chat, petite souris
En tout cas elle et il "jouent"... Y aura-t-il un gagnant?