La lubie ( 1 )
Par francois-fabien le samedi 27 juin 2009, 07:24 - Histoires de couples - Lien permanent
- Alors, c’était comment ?…
- Ah, tu ne dors pas ?… Tu m’attendais ?…
Guillaume sourit… Il pose son livre ouvert, retourné, sur le lit…
- Alors, c’était comment ?
- Oh, tu sais, la première fois !… On a fait connaissance… On était - quoi ? -
une quinzaine… Rien que des femmes… Ou presque… Sandrine est rentrée ?… On a vu
les toutes premières bases - rien de bien nouveau pour moi - l’obturateur,
l’ouverture, la vitesse… A quelle heure elle est rentrée ?… Elle m’inquiète en
ce moment… elle m’inquiète, je t’assure… D’abord ce David… Maintenant ce
Stéphane… Qui ne me plaît pas, mais alors pas du tout… Après il nous a montré
ses photos à lui… Je ne sais pas qui est allé chercher ce type ni où… un gamin…
- 25-26 ans à tout casser - ni ce qu’il vaut, mais en tout cas il a vraiment
très très bonne opinion de lui-même… c’est le moins qu’on puisse dire… Tu
verrais ces airs qu’il se donne… C’est à mourir de rire… Et il faut l’entendre
parler des grands photographes avec une de ces petites moues condescendantes…
Il est impayable… Je ne sais pas si j’apprendrai grand chose en photo, mais en
tout cas je sens que je vais bien m’amuser… Ca…
- T’es encore là, toi ?… Tu n’as pas cours ?
- Si… Anatomie… Mais, bof, tu sais… De toute façon Mylène me les passera…
Excuse-moi, Maman, tu peux pas me laisser la glace ?
- Tu peux bien attendre deux minutes quand même, Sandrine, non ?… J’ai presque
fini… Et tu n’aurais pas vu mon pull gris par hasard ?
- Non… Si… J’en ai eu besoin… Il est là-haut… Tu le veux ?
- Ecoute, Sandrine, tu pourrais au moins me demander quand tu prends mes
affaires, non, tu ne crois pas ?
- Oui… Oui… Dépêche-toi, maman, écoute, s’il te plaît… Stéphane va
arriver…
- Stéphane ?
- Stéphane, oui…
- Et tu comptes sortir comme ça ?
- Ben oui, évidemment… Pourquoi ?
- Non… Non… Pour rien…
- Oh, pour connaître sa partie ça il connaît sa partie… On peut pas dire le
contraire… Il est fort… Très fort même… Et il sait expliquer… Mais alors il t’a
une de ces façons de se prendre au sérieux… C’est d’un ridicule achevé… Ce
qu’il lui faudrait - ce qu’il mériterait - c’est de tomber sur quelqu’un qui le
remette à sa place, qui le mouche une bonne fois pour toutes… Ca lui ferait
vraiment pas de mal, je t’assure !… Et avec les femmes !… Tu le verrais se
pavaner, sûr de lui, comme s’il lui allait lui suffire d’un mot, d’un
claquement de doigt, pour qu’elles se couchent toutes à ses pieds… Ce que
certaines sont prêtes à faire d’ailleurs… ça crève les yeux… A ce point-là c’en
est même indécent… Je suis gênée pour elles… Il faudrait que tu les voies, je
t’assure !… Les mines qu’elles font… Comment elles le couvent des yeux… Et lui…
tu penses bien !…
- Mais non, maman, mais non enfin !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?… La photo
aujourd’hui, tu sais, tout le monde en fait…
- Quand même !
Comme tous les mardis elles sont assises face à face toutes les deux… "Ma fille
peut bien consacrer une après-midi par semaine à sa mère, non ?…" Toujours à la
même table…
- Ils en feraient une tête si on changeait de place !… Elles mangent leur
éclair au café, boivent leur thé à petites gorgées tranquilles…
- C’est la technique, maman, que j’étudie…
- J’avais compris, merci… Quand même… Quand même…
Elle mastique, lointaine, réprobatrice… Sous la pluie les passants se
hâtent…
- Il y en a qui ont de ces têtes, avoue !
- Mais, maman, maintenant les enfants sont grands… Ils ont leurs études, leurs
amis… L’an prochain Cyrille sera au Gabon ou à Madagascar… Sandrine…
- Tu as ton mari !…
- Guillaume est un excellent mari, mais il a son travail, ses occupations, ses
loisirs à lui… Je ne vais quand même pas passer mes journées à
l’attendre…
- Une femme trouve toujours à s’occuper dans sa maison… Et puis si tu ne sais
pas quoi faire tu peux toujours venir me voir… Parce qu’on ne peut pas dire
que, jusqu’à présent, tu aies fait énormément d’efforts de ce côté-là…
Elles sont presque toujours les dernières… La nuit commence à tomber…
- J’ai quand même bien le droit de vivre un peu pour moi, non ?
- Décidément tu ne changeras jamais… Tu es incorrigible… Est-ce que tu t’es
seulement demandé une seule seconde ce que ton père aurait pensé de tout ça
?
- Bonjour, maman !
Cyrille… Cyrille… Penché sur elle… Qui l’embrasse… Qui… Elle n’a jamais réussi
à lui apprendre… Il la regardait avec ses grands yeux clairs, il se regardait…
"Mais pourquoi ?…" Elle n’a jamais su, elle n’a jamais pu… Elle a depuis
longtemps renoncé… Cyrille… Bien dans son corps… Homme… Depuis longtemps homme…
Et encore son enfant… Homme fort appuyé nu au chambranle de la porte, beau, si
beau dans la lumière à claire-voie…
- Je peux prendre la salle de bains ?
Cyrille qui partira… Ailleurs… Loin… Cyrille qu’elle voudrait tellement
retenir… Encore un peu… Juste un peu… Seulement un peu… Jusqu’à ce que…
- Tu sauras quand ?
- Je saurai quoi ?
- Pour Nairobi… Tu sauras quand ?
- Le mois prochain… Peut-être… Ou bien après… Ca dépend…
Il s’approche, s’assied au bord du lit…
- Tu n’as pas froid comme ça ?
Il rit, fait signe que non…
- Et sinon ?
- Sinon quoi ?
- Si ça ne marche pas ?
- On verra… N’y pense pas…
Il l’embrasse…
- Je vais me laver… N’y pense pas…
Commentaires
tout est posé, ... impatience (2)
tout est posé, ... impatience (2)
Il n'y a plus en effet qu'à laisser se dérouler implacablement les choses...
Bonne journée à toi...