2034 ( 28 )
Par francois-fabien le mercredi 20 janvier 2010, 05:39 - Histoires du futur - Lien permanent
Lundi 5 Juin 2034
Je plais, c’est une évidence. Ca m’étonne encore,
mais de moins en moins. Je plais aux femmes. Et je leur plais tout simplement
parce que j’ai envie de leur plaire. Je le fais avec une volupté intense. Je
m’offre délibérément aux regards. Je les capture. Je les captive. Je feins de
les ignorer. Ils ne s’en font que plus haletants. On m’enrobe de désir. On
m’enveloppe dans ses replis. J’en fonds de plaisir. On me tourne autour. On me
courtise. On tente sa chance… Ca enchante Valentine à qui je rends un compte
scrupuleux des admirations que je suscite, qui m’écoute sans jamais se lasser,
qui me harcèle de questions… On y passe des heures… De temps à autre je
m’interromps brusquement… - Ca fait quand même la fille vachement prétentieuse
finalement tout ça, non ?… Elle sourit. Elle m’embrasse…
- Quand on est belle comme tu l’es, quand on a le charme que tu as, on n’est
pas prétentieuse. On ne peut pas être prétentieuse. Seulement lucide.
Mardi 6 juin 2034
On refusait de le voir. D’y croire. Ca allait revenir. C’était une mauvaise passe. Les conséquences du mauvais temps. Des difficultés d’approvisionnement passagères. Mais il faut bien se rendre enfin à l’évidence : il n’y a pratiquement plus de fruits et légumes. Ceux qu’on parvient à trouver sont hors de prix et ne ressemblent que de très loin à ce qu’on avait l’habitude de consommer. Si ça va s’arranger ? Vraisemblablement non. Parce que d’après les informations qu’on nous dispense avec mille précautions les abeilles auraient quasiment disparu de la surface de la terre. Et sans abeilles pas de pollinisation. On nous assure qu’on travaille à la mise en place de solutions de substitution, que d’ici quelques semaines tout devrait être rentré dans l’ordre. Evidemment !… Elles ne vont pas dire le contraire… Mais ce sera quoi demain ?… Le pain ?… La viande ?… Le fromage ?… Ben oui !… Inutile de se bercer d’illusions. Tout. Peu à peu tout va y passer. On va être privées de tout. Et on ne réagit pas. On est toutes comme anesthésiées. Réagir ? Mais comment ? Contre qui ? Pour faire quoi ? Ca nous dépasse complètement tout ça. Ca dépasse tout le monde. Et d’abord et avant tout nos gouvernantes. Alors à part faire le gros dos. Et vivre. Au jour le jour. VIVRE. Le plus possible. Parce que ce qui nous attend…
Jeudi 8 Juin 2034
J’étais seule, en train de me refaire une beauté, dans les toilettes de la fac. Une fille est entrée. Que je ne connaissais pas ou à qui, du moins, je n’avais jamais prêté la moindre attention. Sans doute une première année. Elle s’est postée derrière moi et elle m’a regardée dans la glace. Fixée. Avec une admiration béate. Subjuguée. En adoration. J’ai fait durer, interminablement durer et puis je me suis retournée. Elle n’a pas bougé. Elle a soutenu mon regard. Ses lèvres tremblaient. Je n’ai pas su que j’allais le faire. Jusqu’au dernier moment je ne l’ai pas su. C’est parti tout seul : une gifle. Une gifle à toute volée qui lui a jeté la tête de côté et imprimé la marque de mes doigts sur la joue. Et je l’ai plantée là sans un mot.
Pourquoi ? Pourquoi j’ai fait ça ? Je
n’en ai pas la moindre idée. Je ne savais seulement pas que j’en étais capable.
Surtout comme ça sans raison. Parce que qu’est-ce que j’avais à lui reprocher à
la fille ? Rien. Absolument rien. Au contraire. Elle bavait d’admiration
devant moi. C’était plutôt flatteur. Et je l’ai remerciée d’une grande beigne.
Elle doit encore être en train de se demander ce qu’elle a bien pu faire pour
mériter ça. Moi aussi. Juste après, pendant le cours de sémantique, j’étais
assise à côté d’Iliona. Et je lui ai tout raconté…
- A ton avis qu’est-ce qui m’a pris ?…
Elle a réfléchi un long moment…
- Peut-être que tu lui reprochais de pas être un homme ?… Que c’est par un
homme que tu aurais voulu être admirée comme ça… Tu l’as punie de pas en être
un… Ca, ce sont ses explications à elle. Pour Iliona tout continue à passer
inexorablement par les hommes. Non. Elle est bien pire que ça la vérité :
c’est que cette fille elle a une tête à claques.
22 heures
Ce soir Monelle avait ramené des fraises…
- Hein ?!… Mais t’as pu trouver ça où ?…
- C’est mon secret…
- T’as dû les payer la peau du cul… Il y en a nulle part… Elles étaient plus
sucrées que celles dont j’avais conservé le souvenir. Avec un arrière-goût de
réglisse qui surprenait un peu…
- Alors, elles sont bonnes ?… Elles étaient bonnes, oui… Et puis ça
faisait tellement plaisir d’en manger depuis le temps… Elle a ri…
- Vous vous êtes bien fait avoir… Comme moi d’ailleurs la première fois… Ce
sont pas des fraises… Ce sont des imitations puisque des vraies il y en aura
plus maintenant… C’est drôlement bien réussi, hein ?!… Ils vont aussi
faire des cerises, des pêches, enfin tout, quoi !… J’ai couru me réfugier
en larmes dans ma chambre. Je venais brusquement de réaliser. Plus jamais un
vrai fruit. Plus jamais. Tant de « plus jamais » depuis quelques
mois.
Commentaires
Plus de fraises ? ! ! !
Décidément... c'est déprimant...
Tout part à la dérive... Plus rien ne ressemble à rien... Ah, 2010 c'était le bon temps!...