2034 ( 32 )
Par francois-fabien le vendredi 5 février 2010, 06:42 - Histoires du futur - Lien permanent
Lundi 19 juin 2034
J’ai eu beau frapper… tambouriner tant et plus.
Personne. Et la porte était fermée à clé…
- Ho !… Il y a quelqu’un ?… Sérane, tu es là ?…
C’est la voix de Melline qui a fini par me répondre…
- C’est pas bientôt fini ce bordel ?…
- Elle est pas là Sérane ?…
- Elle est là, si !… Mais elle veut pas te voir… Alors tu te casses… Et tu
remets plus jamais les pieds ici…
C’était quoi cette histoire ? Du jour au lendemain comme ça sans
raison ? Il avait dû se passer quelque chose, mais quoi ? J’ai arpenté le
trottoir, perplexe, indécise. J’avais au moins droit à une explication. Je suis
revenue, j’ai hésité, je suis repartie. J’ai fait les cent pas sur le trottoir
incapable de prendre quelque décision que ce soit. Je m’apprêtais à essayer de
lui téléphoner quand Sérane est apparue, tout sourire, au coin de la rue…
- T’es déjà arrivée ?… Je t’attendais pas si tôt… Mais fallait monter…
Fallait pas rester là…
- Elle m’a jetée Melline…
- Hein ?… Oh, la garce, elle va me le payer…
Elle a surgi là-haut comme une furie…
- Qu’est-ce que je t’avais dit ?… Qu’est-ce qu’on avait dit ?… Alors
tu te tires… Tu dégages… Et cette fois c’est pour de bon…
Elle l’a poussée vers l’escalier, dans l’escalier qu’elle a dégringolé sur les
fesses… Elle lui a jeté des affaires en vrac, pêle-mêle, des vêtements, un
radio-réveil, deux casseroles, des assiettes qui sont allé s’écraser en
bas…
- Et voilà !… On aura la paix maintenant… Viens !… Viens !… J’ai
trop envie… Depuis le temps…
Et on a roulé sur le lit.
- Tu te remettras pas avec ?…
- Si !… Sûrement… Mais je vais d’abord la laisser mariner un peu dans son
jus… Elle en prend beaucoup trop à son aise ces derniers temps… Faut qu’elle
sente le vent du boulet sinon…
- Elle est partie où ?…
- Oh, pas bien loin… Elle doit être en train de chialer dans la cour derrière…
Ou elle est allé faire un tour sur la jetée… Et dans deux heures grand maximum
elle sera là à me supplier, à me promettre tout ce que je veux, à se mettre
plus bas que terre toute seule comme une grande… - Et t’aimes ça,
hein !…
- J’aime pas… J’adore… Sinon il y a longtemps que je l’aurais larguée pour de
vrai… Et toi, cette fille à la fac ?… - Elle est venue en rechercher une
couche…
- Que tu lui as passée… Evidemment… T’as pris ton pied ?…
- Oui… Et moi ça me fait peur…
- Peur ?… Pourquoi peur ?…
- Je me demande jusqu’où je suis capable d’aller… Je lui en veux à cette fille…
Tu peux pas savoir ce que je lui en veux de m’obliger à me regarder en face…
Comme je suis… C’est ça que je supporte pas surtout… C’est de ça que je la
punis… Et, du coup, c’est un cercle vicieux…
- Oui, oh ben tu sais, c’est chez presque tout le monde qu’il y a des tas de
trucs qui se mettent à remonter comme ça maintenant. De plus en plus. C’est
obligé. On est dans un monde que de nanas. Les hommes nous manquent. Leurs
queues nous manquent. Du moins à la majorité d’entre nous… Comment tu veux
qu’on soit pas bourrées de frustrations et qu’on s’en prenne pas les unes aux
autres ? Qu’on se fasse pas payer ? Ca sert à rien de chercher à nous
voiler la face et de vouloir nous faire passer, à nos propres yeux, pour ce
qu’on n’est pas… Et tu veux que je te dise ? Eh ben nous on est beaucoup
moins dangereuses finalement que celles qui adoptent des postures angéliques,
qui se veulent tout amour et toute bonté et qui, réfugiées derrière ces belles
façades, se comportent d’autant plus comme des saloperies qu’elles sont
persuadées qu’elles n’en sont pas. En empruntant toutes sortes de chemins
détournés… Nous au moins c’est clair, c’est direct… Celles qui nous tombent
entre les griffes c’est en toute connaissance de cause. Elles savent à quoi
elles s’exposent. Elles savent ce qui les attend… Que ce soit Melline ou cette
fille là-bas elles sont libres… On ne les retient pas… Elles restent ?…
C’est qu’elles le veulent bien…
- Elles ne peuvent peut-être pas faire autrement…
- Ca, c’est leur problème…
On a passé la fin de la matinée dehors…
- Parce que sinon elle va pas tarder à nous retomber dessus l’autre… Et on a
quand même bien le droit à un peu de tranquillité toutes les deux,
non ?…
L’après-midi aussi… Sur la plage… Et la soirée… Indéfiniment prolongée au
restaurant…
Quand on est rentrées elle était assise sur la
dernière marche de l’escalier tout en haut…
- Qu’est-ce que tu fous là, toi ?… T’es venue baisser ton froc pour que je
te reprenne, c’est ça !?… Eh ben
vas-y !… Baisse-le!… Qu’est-ce t’attends ?… Oh, et arrête de
chialer comme ça sans arrêt… Tu m’agaces… Et elle lui a claqué la porte au nez…
Ca a timidement gratté… - S’il te plaît, Sérane, laisse-moi rentrer…
S’il te plaît… Ca peut pas finir
comme ça nous deux… Je ferai ce que tu voudras… Tout ce que tu voudras… Je te
promets…
- J’ai déjà entendu ça dix mille fois…
- Oui, mais cette fois… Elle lui a brusquement ouvert…
- Eh bien on va voir… Vas-y !…
- Vas-y quoi ?…
- Baisse ton froc !… Il y a que ça que tu sais faire n’importe
comment…
- Pas devant elle !…
- Si !…
- Tu peux pas me demander ça…
- Eh bien casse-toi alors !…
Et elle l’a poussée vers la porte…
- Non !… Non !… Attends !… Attends !… Je vais le
faire…
- Oui, mais tout de suite alors !… Grouille !…
Elle nous a tourné le dos et elle l’a baissé… La culotte aussi… Jusqu’en bas
sur les chevilles…
- Tu vois, j’en fais ce que je veux… Tout ce que je veux… Tu peux rester, toi…
Va dans la chambre… On a à parler toutes les deux Roxane et moi…