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Par francois-fabien le mardi 9 mars 2010, 05:46 - Histoires du futur - Lien permanent
Mardi 18 Juillet
2034
Où a bien pu passer Zaza ?… Voilà près d’une semaine qu’elle n’a pas remis
les pieds sur le trottoir devant la maison. Et que j’ai beau arpenter rues et
avenues il n’y a trace d’elle nulle part. Le plus vraisemblable, c’est qu’elle
s’est lassée de notre petit « jeu » et qu’elle est rentrée. C’est le
plus vraisemblable, oui, mais je n’arrive pas à y croire. Ca ne va pas du tout
avec le personnage. Du moins ce que j’en connais. Ou ce que j’en soupçonne. Et
s’il lui était arrivé quelque chose ?… Ce n’est pas mon problème.
Si !… Quand même un peu. Elle peut pas au moins donner signe de vie cette
petite dinde ?… Que je sache ?… Quand je l’ai sous la main elle
m’insupporte. Elle m’horripile. Je ne peux pas m’empêcher de la battre. De
l’humilier. Je crève d’envie de l’anéantir. De lui faire subir tout un tas de
choses absolument épouvantables que pour rien au monde je n’accepterais
d’avouer à qui que ce soit. Je voudrais la détruire. Qu’elle n’existe plus. Et
quand elle n’est pas là elle me manque. Comment expliquer ça ?… De toute
façon j’ai comme le pressentiment que je ne la reverrai jamais. Et c’est tant
mieux. Parce que jusque là quelque chose – je ne sais pas quoi – m’a toujours
retenue, empêchée de me laisser complètement aller avec elle jusqu’au bout de
mes envies. Heureusement parce que sinon… Seulement peut-être qu’à la longue
toutes les barrières auraient fini par sauter… Oui, il vaut mieux, beaucoup
mieux qu’elle ait disparu. Et qu’elle ne recroise jamais plus ma route…
22 heures
Iliona a levé les yeux au ciel, soupiré…
- Tu vas me bassiner encore longtemps avec cette Zaza ?… T’en es amoureuse
ou quoi ?…
- Mais non, mais…
- Eh ben alors !… Laisse-la où elle est… Qu’est-ce que ça peut te foutre
ce qu’elle est devenue ?… Des carpettes dans son genre, avec le caractère
que t’as, il te suffit de te baisser pour en ramasser… Les trois quarts des
filles sont complètement déboussolées… Faut dire qu’avec tout ce qu’on vit
actuellement, il y a de quoi ne plus réussir à trouver le moindre repère nulle
part… Du coup t’en as tout un tas qui ne demandent qu’à être prises en mains et
soulagées de la responsabilité d’être elles-mêmes… Quoi qu’il doive leur en
coûter… Et moi, je peux t’assurer que si c’était un truc qui m’attirait je me
contenterais pas d’une Zaza… Il y en aurait une bonne dizaine de nanas à se
traîner, suppliantes, à mes pieds… Bon, mais tu sais pas ce qu’on va
faire ?… On va se mettre en chasse… Il faut qu’avant la fin de la semaine
on ait trouvé… Toi, une nouvelle Zaza… Et moi, une fille avec qui me friter…
Parce que ça commence à sérieusement me manquer depuis le temps… La
preuve : j’arrête pas d’en rêver la nuit… Je rêve que je suis avec
Christopher et que des quantités de filles tournent autour… Je les dérouille…
Toutes… Non, mais comment je les dérouille !… Bon, mais Christopher
justement !… Il doit commencer à s’impatienter, lui, là-bas…
Une heure du matin
Ils ont dressé toute une liste d’appartements vacants dans un rayon de trois
kilomètres autour du domicile d’Iliona. C’est évidemment elle, qui, aussitôt
rentrée, début août, ira prospecter, visiter, et choisira. En fonction d’un
certain nombre de paramètres qu’ils ont déterminés ensemble. Il s’enfuira le
1er Septembre, de nuit, par les caves, ce qui, paraît-il, ne
présente pas de difficultés majeures : elles communiquent avec les locaux
où les livreurs viennent, plusieurs fois par semaine, entreposer les
indispensables approvisionnements. De là gagner la rue est, selon lui, un jeu
d’enfant. On l’y attendra en voiture et on l’emmènera aussitôt « chez
lui » déguisé en femme par mesure de précaution. Après, notre rôle à
Iliona et à moi consistera bien évidemment à lui fournir tout ce dont il
pourrait avoir besoin, mais surtout à donner le change à tout le voisinage.
Personne ne doit soupçonner sa présence. Pour tout le monde nous devons être,
Iliona et moi, les deux seules locataires.
Pour eux il coule de source que je suis, à 100%, partie prenante du projet. Mes objections, mes réticences de ces derniers jours ils n’en ont pas tenu le moindre compte. Comme si je ne les avais jamais formulées. Comme si elles n’avaient jamais existé… Est-ce qu’ils les ont seulement entendues ?… Mais après tout je n’ai aucune espèce de raison de vouloir me montrer plus royaliste que le roi. Christopher est le premier concerné. C’est à lui de savoir ce qu’il veut et de prendre les décisions qui lui paraissent convenables. Pourquoi irais-je m’obstiner dans le rôle de l’avocat du diable ?… D’autant que – soyons honnête – je peux, moi aussi, tirer un parti substantiel de la situation. Voir un homme en chair et en os, l’approcher, être avec lui, lui parler il y a des millions de femmes qui ne rêvent que de ça… Qui donneraient tout ce qu’elles possèdent pour une heure de tête à tête avec n’importe lequel d’entre eux, fût-il laid, fût-il aussi inintéressant que possible… Et moi, j’irais faire la fine bouche alors qu’il est beau, qu’il a infiniment de charme et qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde avec lui ?… Je serais la reine des idiotes…
Reste quand même qu’il faut que je me renseigne pour savoir ce qu’on risque en aidant un homme à s’évader d’un centre. C’est une question qu’ils semblent ne s’être posée ni l’un ni l’autre…