Mardi 25 Juillet 2034

J’y suis allée sur la pointe des pieds…
- Ecoute, grand mère…
Fait venir ça du plus loin que j’ai pu…
- Il faut que je t’explique quelque chose…
Elle m’a presque aussitôt interrompue…
- Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?… Que tu couches avec des femmes ?…
- Oui… Non… C’est pas si simple…
- Rien n’est simple aujourd’hui… Qu’est-ce que tu veux ?… Tu es en pleine force de l’âge… Tu as des désirs… Qu’il faut bien que tu assouvisses… Avec les moyens du bord puisqu’il n’y a plus d’hommes nulle part… Alors… Il y a encore un an je ne t’aurais pas tenu ce discours, mais maintenant !… L’essentiel c’est que tu te sentes épanouie… Et heureuse… Est-ce que tu l’es ?…
- Autant que faire se peut… Parce qu’avec tout ce qui se passe de tous les côtés…
- Je sais… Mais je peux quand même te demander quelque chose ?… Tu l’aimes cette Iliona ?…
- Hein ?!… Iliona ?!… Mais il y a jamais rien eu et il y aura jamais rien entre Iliona et moi… Il y a pas de risques… C’est juste une copine de fac Iliona…
- Tant mieux ! Parce que… soit dit entre nous… je peux pas la sentir cette fille… elle est fausse… elle est prétentieuse… et le jour où elle pourra t’en faire une… Mais c’est qui alors ?… Cette petite qu’on ne voit plus et qui passait son temps sur le trottoir devant la maison ?…
- Non plus… Non… Tu ne la connais pas… Mais, si tu n’y vois pas d’inconvénient, elle viendra passer quelques jours ici au début du mois d’Août…
- Bien sûr… Bien sûr…
Elle a silencieusement essuyé une larme…
- Qu’est-ce qu’il y a, grand mère ?…
- Il y a… il y a que je vais pas pouvoir la recevoir comme j’aurais voulu… On manque de tout… De tout ce qui, du moins, permettait avant de confectionner des repas à peu près présentables…
- Mais ça n’a pas d’importance, ça, grand mère… Elle le sait bien… On est toutes logées à la même enseigne… C’est pas ça l’essentiel…

 

 

 

 

Vendredi 28 Juillet 2034

Iliona s’est fait casser la figure. Mais alors là quelque chose de bien !… Elles l’ont pas loupée. Elle est rentrée dans un état !… Boîtillante. Les vêtements en lambeaux. Un œil au beurre noir. L’arcade sourcilière en sang. La joue enflée. Une dent cassée. Toute une touffe de cheveux arrachée… - Mais qu’est-ce qui s’est passé ?… Qu’est-ce qui t’est arrivé ?…
- Elles me sont tombée dessus à quatre… C’est vachement courageux, hein ?!…
- Celles de l’autre soir ?…
- Oh, sûrement !… Dans le noir je pouvais pas discerner grand chose, mais sûrement !… Qui tu veux d’autre ?!… Seulement si elles s’imaginent que ça va en rester là, que je suis du genre à me laisser faire elles se fourrent le doigt dans l’oeil… Jusqu’au coude… Bouge pas que quand elles vont me tomber entre les pattes…
- Oui, ben en attendant gigote pas comme ça !… Si tu veux que j’arrive à te redonner à peu près figure humaine…
- Oh, mais je saurai exactement qui c’est… Je saurai… Et quand je saurai…
- Tu feras quoi ?…
- Je les prendrai une par une entre quatre-z-yeux et je les démolirai… Je te leur mettrai une râclée qu’elles s’en souviendront toute leur vie…
- Tu es sûre que c’est vraiment la meilleure solution ?…
- T’en vois une autre, toi ?… Tu veux que je fasse quoi ?… Que je leur laisse le dernier mot ?… Que je m’écrase ?… Plutôt crever…

Grand mère a frappé…
- Oui ?…
Elle brandissait une petite culotte noire…
- C’est à vous ça, les filles ?…
- Non…
- A moi non plus… D’où ça sort ?…
- C’était dans la boîte aux lettres… Qui c’est qu’a bien pu aller fourrer ça là ?…
On a haussé les épaules en signe d’ignorance…
- Bon, eh bien poubelle alors !…
Et elle a refermé la porte. Iliona a serré les poings…
- Elles me le paieront… Je te jure qu’elles me le paieront…

 

 

 

 

23 heures

Elle n’a jamais voulu qu’on se connecte avec Christopher…
- J’ai une tête à faire peur… Hors de question qu’il me voie comme ça !…
Oui, oui, mais ça ne m’empêchait pas, moi, d’aller discuter avec lui…
- T’es pas folle ?… Il va réclamer après moi… Forcément… Et quel prétexte on va trouver pour que je me montre pas ?… Il va aller s’imaginer je sais pas trop quoi…

 

 

 

 

Samedi 29 Juillet 2034

Elle est partie ce matin. Comme ça. Sur un coup de tête. Sous prétexte d’aller prospecter les appartements…
- Parce qu’il faudrait pas qu’au dernier moment on se retrouve le bec dans l’eau… Il compte tellement sur nous… Et on y sera vite au 1er Septembre… Elle a rassemblé ses affaires en catastrophe. A à peine pris le temps de dire au revoir à grand mère. Je l’ai accompagnée à la gare…
- Je te tiendrai au courant… Dès que j’ai trouvé quelque chose je te tiens au courant…
J’appréhendais qu’elle soit toujours là quand Valentine arrivera. Cela n’a plus lieu d’être…