2034 ( 44 )
Par francois-fabien le vendredi 19 mars 2010, 06:07 - Histoires du futur - Lien permanent
Mardi 1er Août
2034
Elle n’a rien eu de plus pressé, à peine arrivée, que de m’appeler. A
l’évidence pour se justifier. Je n’étais pas allé m’imaginer qu’elle s’était
enfuie à cause de ce qui s’était passé au moins ?… Non, parce qu’elle
n’avait jamais fui devant qui que ce soit. Et elle ne fuirait jamais devant qui
que ce soit. Simplement il était grand temps, si on voulait être
opérationnelles le 1er Septembre, de se mettre sérieusement en
mouvement. Faute de quoi on serait obligées de se jeter partout au dernier
moment. Et elle avait ça en horreur… Quant aux autres dindes, là, elles ne
perdaient rien pour attendre. Elles allaient lui payer ça. Cher. Très cher. Au
moment qu’elle jugerait, elle, opportun…
- J’t’en dis pas plus… Tu verras par toi-même… Mais je peux te dire qu’elles vont regretter le jour où elles sont
nées...
Je ne verrai rien du tout. Elle ne remettra pas les pieds ici parce qu’à l’idée
qu’elles puissent lui retomber dessus elle est morte de trouille. Je commence à
la connaître depuis le temps. Elle brasse beaucoup de vent, mais s’en prendre à
plus fort qu’elle ?… Dans ses rêves, oui… Dans les histoires qu’elle
invente, oui... Mais dans la réalité !… Elle a reconnu elle-même, l’autre
soir, en revenant du parking, que la fille n’avait pas de répondant, qu’elle
« faisait pas le poids ». Et elle avait l’air, après coup, de le
regretter. Sauf que ça se voyait, d’entrée de jeu, comme le nez au milieu de la
figure et que c’est en réalité pour ça qu’elle a choisi celle-là… Et toutes
celles auxquelles elle prétend avoir, ici ou là, mis des râclées étaient
probablement du même tonneau. Si elles ont jamais réellement existé. Ce dont je
doute de plus en plus…
23
heures
Christopher m’attendait avec impatience…
- Je crois que j’ai fait une connerie – et une belle – en mettant Iliona dans le coup…
- Parce que ?…
- Parce que mon projet ne pourra aboutir que si rien n’en transparaît… Et,
entre nous, je me demande si elle est vraiment capable de tenir sa langue…
J’étais en ligne avec elle tout à l’heure… Et elle m’a semblé si exaltée, si
excessive que…
J’ai éclaté de rire…
- Oh, non, elle dira rien… Non… A personne…
- Tu crois ?…
- Je crois pas… Je suis sûre… Et tu sais pourquoi ?… Parce qu’elle n’a pas
du tout l’intention de te partager avec qui que ce soit… Pas question que
d’autres filles t’approchent… Tu peux t’attendre à ce qu’elle te mette sous
cloche…
- Hein ?!… Oui, mais alors ça il n’en est pas question… Pas question que
je reste bouclé vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans un appartement… Si
c’est pour échanger une prison contre une autre !… Je veux bien prendre
des risques, mais à condition que ça en vaille vraiment la peine… A condition
que je puisse aller et venir à mon gré… Sentir le soleil sur ma peau… Le vent
dans mes cheveux… Et voir des femmes… Des femmes… Des femmes… Les croiser… Leur
sourire…
- Tu vas provoquer des émeutes… Et on aura tôt fait de te remettre le grappin
dessus…
- Pas si je m’habille comme elles… Si je me fonds au milieu d’elles…
- A un moment ou un autre forcément…
- Ca fait rien… Ca m’est égal… J’aurai au moins eu ce bonheur-là… Même s’il ne
doit pas durer… Et il ne durera pas… Mais quelle importance
maintenant ?…
Mercredi 2 Août 2034
Elle est venue tranquillement à ma rencontre, sur la place, s’est arrêtée à ma
hauteur et a attendu, tête basse. Mon bon vouloir. Des beignes si le cœur m’en
disait. Ou autre chose. Tout ce que je voulais. A moi de décider. Un sentiment
de bonheur intense m’a envahie. Elle était vivante. Il ne lui était rien
arrivé. Je n’étais pas responsable de quoi que ce soit. Et puis, presque
aussitôt, j’ai été prise d’une rage folle. Elle était qui, elle, pour m’avoir
obligée à m’inquiéter comme ça ?… Pour disparaître et réapparaître comme
bon lui semblait… Elle se prenait pour qui ?… Je l’ai attrapée par un
bras, furieusement secouée…
- Tu sors d’où ?… Où t’étais passée ?…
Elle a pris son air de chien battu…
- C’est à cause de l’autre, là, la fille qu’est partie… Je voulais pas…
- Tu voulais pas quoi ?…
- La voir…
- Tu voulais pas la voir !… Non, mais je rêve là… Je rêve… Est-ce que
c’est à toi de décider de quoi que ce soit ?… Eh bien ?!…
Réponds !…
- Non…
- Et comment tu sais qu’elle est partie ?…
- Ben parce que…
- Parce que tu nous as espionnées… C’est ça, hein ?… De quel droit ?…
Eh bien tu sais pas, puisque c’est comme ça, tu te casses… Je veux plus te
voir… Jamais…
Les larmes lui sont montées aux yeux…
- Je vais aller où ?… Je vais faire quoi ?…
Elle a joint les mains…
- Ne me laissez pas !… S’il vous plaît, ne me laissez pas !… Je ferai
ce que vous voudrez… Tout ce que vous voudrez…
Et dans un souffle…
- Je suis à vous… Toute entière à vous… Je peux pas vivre sans vous…
Punissez-moi !… Battez-moi !… Tant que vous voulez… Mais
gardez-moi !… Je vous en supplie, gardez-moi !…
- Bon… Pour cette fois-ci – et c’est la dernière – je veux bien accepter de
passer l’éponge…
Un sourire ravi l’a illuminée…
- Mais à une condition : tu vas d’abord aller te mettre, chez elle, au
service d’Iliona… Tout le temps que je jugerai nécessaire…
- Mais…
- C’est à prendre ou à laisser… Tu sais où est la gare ?… - Oui…
- Eh bien, va !… On t’attendra à l’arrivée… Elle en a pris la direction
sans un mot, la tête basse, les épaules voûtées…