2034 ( 45 )
Par francois-fabien le mardi 23 mars 2010, 05:54 - Histoires du futur - Lien permanent
Jeudi 3
Août 2034
Elle est là, à mes pieds, pendant que j’écris. La tête posée sur eux. De temps
à autre elle la lève amoureusement vers moi…
- Merci !… Oh, merci !… Merci… Merci…
Elle me remercie – elle ne cesse pas de me remercier – de ne pas l’avoir
expédiée à Iliona. Il n’en était évidemment pas réellement question. Je l’ai
récupérée sur le quai au moment où elle montait dans le train. Son bonheur
quand je l’ai appelée, quand elle m’a vue, quand elle a compris qu’elle ne
partirait pas ! Elle m’a baisé les mains – de reconnaissance – tout au
long du trajet de retour sans se soucier le moins du monde des passantes qu’on
pouvait croiser. Je l’ai ramenée ici. Si seulement je savais pourquoi !
Elle était folle de joie. Je vais la garder un jour ou deux et puis… Il est de
toute façon hors de question qu’elle soit encore là quand Valentine
arrivera...
Elle a dormi sur la descente de lit. Elle s’y est installée d’elle-même sans
que je lui aie demandé quoi que ce soit. Elle se fait, quelles que soient les
circonstances, la plus petite, la plus légère possible. Elle m’exaspère. Elle
m’exaspère et elle m’attendrit. Elle m’attendrit et ça m’exaspère…
18
heures
- Qu’est-ce que tu as contre Iliona ?…
On marchait, toutes les deux, côte à côte, en front de mer. J’avais finalement
décidé de la laisser venir se promener avec moi. Ca me ferait une présence. Une
compagnie. Elle s’est immobilisée. Les vagues lui ont léché les pieds. Ce
qu’elle avait contre elle ?… Son regard s’est fait dur…
- Elle est mauvaise… Elle vous aime pas… Elle vous fera du mal… Beaucoup de
mal… Tout le mal qu’elle pourra… Faut pas vous laisser faire… Vous vous
laisserez pas faire, hein ?!…
C’était dit sur un tel ton de conviction, c’était si suppliant que je n’ai pas
pu m’empêcher de l’embrasser et de la prendre contre moi. Elle s’y est blottie.
Je me suis – très vite – dégagée…
23
heures
Impossible de me connecter avec Christopher ce soir. Ce n’est pas faute d’avoir
essayé. Et d’avoir insisté. Il était pourtant en ligne – il l’est resté toute
la soirée – mais occupé. Désespérément occupé. Avec qui ?… Iliona ?…
Non. Elle faisait tout ce qu’elle pouvait de son côté pour entrer en contact
avec lui. Sans plus de succès. Ce qu’on redoute maintenant, toutes les deux,
c’est qu’il se soit ouvert de son projet à une autre, qu’elle lui ait fait
miroiter toutes sortes de chimères dans lesquelles il est allé donner tête
baissée et que ce soit avec elle qu’il s’évade en septembre. Il n’a pas le
droit. C’est notre projet à nous… A nous trois… Comment c’est exaspérant de se
sentir délibérément ignorée comme ça… Et l’autre là, en-dessous, qui a choisi
le moment – je la soupçonne de l’avoir fait exprès – où j’éteignais rageusement
l’ordinateur pour se mettre à revendiquer. Pourquoi je lui flanquais plus de
baffes ? Pourquoi je la battais plus ? C’était que j’avais plus
envie ? Que ça me faisait plus plaisir ? Ah, c’était comme ça ?…
Elle en voulait ?… Elle allait en avoir… Elle en a eu. largement son
compte…
Samedi
5 Août 2034
Je n’aurais jamais dû la récupérer. La prendre avec moi. Ca change trop de
choses entre nous. Ca en fait disparaître. Ca en crée d’autres. Je ne la tape
plus – je m’en rends bien compte – parce que tel est mon bon plaisir, comme
avant, mais parce que, elle, elle en a envie. Parce qu’elle le réclame. Et ça
n’a plus rien à voir : ce n’est plus elle qui en passe par où je veux,
mais moi par où elle veut. Et elle est en train de donner à tout ça un sens
qu’il est hors de question que ça ait pour moi. Je n’ai pas du tout envie
qu’elle se mette à imaginer – comme c’est manifestement le cas – que j’éprouve
quoi que ce soit pour elle. Si !… De l’indifférence. L’indifférence la
plus absolue. Qu’elle se le tienne pour dit. Ses airs de chien battu
m’insupportent. Sa dévotion à mon égard m’exaspère. Et elle va gicler. Ce soir
– demain au plus tard – je l’aurai mise dans le train. Et bon vent !… Et
qu’elle essaie de recroiser ma route pour voir !…
23
heures
Christopher a beaucoup ri. Non, mais qu’est-ce que j’étais allé
m’imaginer !… Déjà qu’il se demandait s’il avait bien fait de mettre
Iliona au courant !… C’était pas pour aller faire ses confidences à la
première venue… Oui… Oui… Mais n’empêche qu’il n’a pas répondu à la question…
Qu’il a éludé… Et que je ne sais toujours pas pourquoi il était impossible de
le joindre hier soir…
Commentaires
Ça se complique sérieusement !!!
Et ça ne fait que commencer... Elles ne sont pas au bout de leurs peines...
A bientôt...