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Par francois-fabien le vendredi 26 mars 2010, 05:20 - Histoires du futur - Lien permanent
Dimanche 6 Août
Grand mère a été hospitalisée cette nuit. A quatre heures. C’est Zaza, par
terre, sur la descente de lit, qui l’a entendue geindre en-dessous et qui m’a
réveillée. Elle se plaignait que quelque chose lui écrasait la poitrine, la lui
broyait dans un étau. Les secours ont mis vingt minutes pour arriver. Vingt
minutes qui m’ont paru interminables. On l’a branchée. Et on l’a emmenée. On
n’a jamais voulu que je l’accompagne. J’ai passé le reste de la nuit à tourner
et à virer comme une lionne en cage avant de sombrer, ivre de sommeil, sur le
coup de huit heures du matin…
17
heures
On me l’a laissée voir. Pas longtemps. Pour ne pas la fatiguer. Elle est
méconnaissable. Cireuse avec de gigantesques cernes noirs sous les yeux. Mais
l’opération, à ce qu’on m’a dit, s’est bien passée. Ils vont la garder une
quinzaine de jours et puis ils l’enverront passer un mois en maison de repos.
Du coup, moi, je ne sais plus quoi faire. Rester ?… Toute seule dans cette
grande maison ?… Je n’en ai pas la moindre envie... Partir ?… Qui ira
lui rendre visite à l’hôpital ?… Je n’ai pas le cœur à l’abandonner au
moment où elle a le plus besoin de moi. Et puis de toute façon il va y avoir
Valentine. Qui va venir me rejoindre. La deuxième semaine d’Août elle m’avait
dit. On y est. J’attends son coup de fil d’un moment à l’autre…
22
heures
Je l’ai eue au téléphone Valentine. Elle ne sait pas quand elle pourra. Ni même
SI elle pourra. Sa mère à elle ne va pas très bien non plus. Et c’est un
euphémisme. Il ne lui est pas possible de la laisser dans l’état actuel des
choses. Décidément !… Quand ça s’y met !… Et l’autre, là, qui jubile
intérieurement. Elle fait tout pour le cacher, elle promène partout un petit
air éploré, compatissant, mais elle jubile. Ca se voit. Ca se sent. Elle
n’arrête pas de jubiler. Et ça m’insupporte. Qu’est-ce qu’elle se
figure ?… Que ça va changer quoi que ce soit pour elle ?… Ca va rien
changer du tout. Elle va prendre la porte pareil. Pas tout de suite, non :
je n’ai pas la moindre envie de rester toute seule. Mais elle la prendra. Et ce
sera définitif. Sans aucun espoir de retour…
Lundi 7
Août 2034
L’Apocalypse !… Un spectacle de désolation. Toitures arrachées. Pylônes
renversés. Arbres couchés. Et encore !… Ce n’est que ce que je vois de la
fenêtre de ma chambre. Je n’ai pas encore eu le courage de m’aventurer dehors.
Impossible d’avoir des nouvelles. Pas d’électricité. Pas de télé. Pas de radio.
Mon portable a bien encore de la batterie, mais Internet est inaccessible. Et
grand mère ?… Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé. Comme s’il y avait
besoin de ça !… En plus. J’ai pensé à elle toute la nuit. On n’a pas fermé
l’œil. Comment aurait-on pu ? J’ai laissé Zaza monter avec moi dans le
lit. On s’est blotties l’une contre l’autre. Sans bouger. Le dos rond. C’est ce
que font les animaux – je l’ai lu – en présence d’un danger auquel il leur est
impossible de se soustraire…
Midi
Tout le monde – tout le quartier – a passé la matinée dehors. On a constaté les
dégâts. Parlé. Essayé de se rassurer. Il paraît que les vents ont dépassé, par
endroits, 200 kms/heure. Que du côté de Mont-de-Marsan c’est la désolation. Un
véritable champ de ruines. La tempête – puisqu’il faut bien l’appeler par son
nom – a tout ravagé sur une ligne qui va de Nantes à Bilbao. Les informations
dont on dispose sont fragmentaires et contradictoires. Et de toute façon, dans
l’état actuel des choses, invérifiables. Les services de la voirie – on les
voit, on les entend – sont à l’œuvre pour dégager les routes au plus vite.
Avant ce soir je devrais normalement pouvoir rendre visite à grand mère. A
condition qu’elle se trouve toujours à l’hôpital. Qui a été endommagé. Il
menacerait de s’effondrer. Certains malades auraient été transportés à Arcachon
et à Royan. D’autres auraient été déplacés dans des locaux où ils courraient
beaucoup moins de risques. Un groupe électrogène sera mis à la disposition du
quartier dans la journée de façon à ce qu’on puisse sauvegarder le contenu des
congélateurs, avoir de l’eau chaude, recharger les batteries des téléphones et
des ordinateurs portables. Même si ça risque de ne pas servir à grand
chose : la plupart des relais sont sérieusement endommagés et il faudra
plusieurs jours pour les remettre en état. Quant à Internet personne ne sait le
temps qu’il faudra…
Commentaires
Et bien cela devient de plus en plus difficile... serait-ce de votre part l'aveu d'une idée assez commune aux hommes ?
Celle que sans eux le monde ne saurait tourner rond... ?
;-)
J'avoue que je ne vois pas trop en quoi la présence des hommes aurait pu empêcher la grand mère de faire un infarctus ou la tempête de faire des ravages... Ca arrive aussi quand ils sont là!... Lol... ( Je précise d'ailleurs que ce chapitre était rédigé avant que ne survienne celle qui a ravagé les côtes atlantiques )
A bientôt...
Amicalement...
Je vous taquinais ;-)
C'est juste parce que terminer par : Quant à Internet personne ne sait le temps qu’il faudra…
ça me touche là ou ça agace... Voici des mois que nous avons des soucis de connexion et que même sans tempête... ils n'arrivent pas à nous dépanner... il fallait donc que je réagisse...
Sourire...
Je comprends mieux... Ce n'est pas une consolation, mais... vous n'êtes pas les seuls. Le nombre de personnes que je connais qui ont des problèmes de connexion est assez invraisemblable... La rançon du progrès?... ou celle de la rentabilité à moindre coût?... Plutôt la dernière solution, non?
Bonne journée...
Amicalement...