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Par francois-fabien le vendredi 2 avril 2010, 05:18 - Histoires du futur - Lien permanent
Mardi 15 Août 2034
Pour nous qui avons vécu autre chose avant l’apparition du virus la perspective
de voir la situation actuelle perdurer n’est pas spécialement réjouissante.
Mais qu’en sera-t-il dans 30 ou 50 ans pour celles qui viendront après
nous et qui n’auront connu que ce que nous connaissons aujourd’hui ?… Qui
ne se seront jamais blotties dans les bras d’un homme ?… Qui n’auront
jamais croqué dans une pomme cueillie directement sur l’arbre ?… Qui ne se
seront jamais fait de boucles d’oreilles avec des cerises ?… Est-ce que ça
leur manquera ?… Evidemment pas… Sans doute en auront-elles entendu
parler, mais ce sera si éloigné de leur quotidien qu’elles ne pourront se
représenter que de façon très approximative ce dont il s’agissait. Comment
pourraient-elles avoir la nostalgie de ce qu’elles n’ont pas connu ?… Se
nourrir de substituts alimentaires, connaître l’amour ou l’extase dans les bras
d’autres femmes ce sera aussi naturel pour elles que tout ce qui allait
parfaitement de soi pour nous il y a encore un an…
C’est tout un monde qui est en train de mourir avec nous. Dont personne n’avait
jamais pensé qu’il pourrait disparaître. Qui ne ressuscitera pas. Que nous
serons de moins en moins nombreuses à avoir connu. Dont nous serons de moins en
moins nombreuses à garder la nostalgie. Et ça fait froid dans le dos. Et c’est
absolument terrifiant. Et en même terriblement rassurant. Parce qu’il faut que
tout continue. Fût-ce au prix de la disparition de tout ce qui a été essentiel
pour nous…
Mercredi 16 Août 2034
Finalement ce que ça signifie, entre autres, tout ça, si mes raisonnements sont
justes – et je suis convaincue qu’ils le sont – c’est que jamais plus je ne
tiendrai un homme dans mes bras. Jamais plus sa peau contre la mienne. Ma tête
dans son cou. Nos baisers. Nos corps à corps. Nos matins épuisés. Jamais plus.
A moins que… Christopher. Christopher, oui !… A l’automne. Christopher… En
sachant que ce sera très vraisemblablement le dernier. Qu’après il n’y en aura
plus jamais d’autre…
18 heures
Valentine arrive demain. Sa mère est décédée. Sans un mot Zaza a rassemblé ses
quelques affaires. Je n’ai pas cherché à la retenir…
Jeudi 17 Août 2034
On a sauté en larmes dans les bras l’une de l’autre. Je suis folle de joie…
Mardi 22 Août 2034
Elle est repartie. Et je me sens incroyablement soulagée. Un cauchemar ces cinq
jours. Ce n’était pas elle. Ce n’était pas la Valentine avec qui j’ai vécu et
partagé tant de choses. La Valentine forte comme un roc, rassurante, apaisante,
sur laquelle je me suis si souvent appuyée quand je partais à la dérive. Elle
s’était déshabitée. Absente d’elle-même. Ailleurs. Et moi complètement
désemparée – démunie – devant cette étrangère que je ne savais pas où ni
comment rejoindre. Qui n’en avait manifestement pas vraiment envie. Que même
mes caresses importunaient. Qui me repoussait… « - Plus tard !… Une
autre fois… » Mais c’était comme si ça voulait dire « Plus
jamais… »… J’ai essayé de la pousser dans ses derniers
retranchements…
- Qu’est-ce que tu nous fais là ?… Tu cherches à te punir de la mort de ta
mère, c’est ça ?…
Elle s’est contentée de sourire. Pendant cinq jours elle s’est contentée de
sourire et de hausser les épaules. Sans jamais donner prise sur elle…
Elle l’a décidé ce matin. Sans que rien ait pu le laisser prévoir…
- Je rentre… Ca vaut mieux…
Ca valait mieux, oui !… Avant qu’il ne soit trop tard. Qu’on ne se soit
toutes les deux irrémédiablement perdues. Si ce n’est déjà fait. Je ne sais
pas. Je ne sais plus. C’est incroyable ce que ces quelques jours ont pu
provoquer comme dégâts. J’ai peur de ne plus avoir envie de vivre quoi que ce
soit avec elle. Et je m’en veux. Je m’en veux de ne plus en avoir envie. Je
m’en veux de ne pas avoir su trouver les mots qu’il aurait fallu pour la
ramener. Pour la remettre en elle. Et je ne comprends pas. A cause de la mort
de sa mère tout ça ?… A moins qu’elle n’ait été le facteur déclenchant de
quelque chose qui se trouvait déjà là, à l’état latent, depuis longtemps
?… Depuis toujours ?… Depuis le virus ?… Valentine si forte… Si
tranquille… Si sereine… Pour dissimuler quoi ?… Pour se cacher
quoi ?…