2034 ( 50 )
Par francois-fabien le vendredi 9 avril 2010, 05:39 - Histoires du futur - Lien permanent
Samedi 26 Août 2034
Je suis curieuse de savoir ce qu’elle s’imagine. Que quand je serai toute seule
avec Christopher on va rester à contempler tous les deux sagement les franges
du tapis ?… Alors que ça fait des mois que je n’ai pas serré un homme dans
mes bras. Elle n’est pas idiote à ce point quand même !… Ni au point
d’imaginer que je vais me sacrifier et lui abandonner complètement la place… Ou
que, subjugué par elle, Christopher n’aura pas un regard pour moi… L’étrange,
c’est qu’elle n’en parle pas. Pas un mot. Rien. Ca ne lui ressemble pas…
L’Iliona que je connais m’aurait déjà mis depuis belle lurette les points sur
les i… Si elle ne l’a pas fait c’est sans doute qu’elle a sa petite idée.
Qu’elle me prépare un coup à sa façon. Mais quoi ?… Le plus vraisemblable,
c’est qu’elle va chercher à m’évincer. D’une façon ou d’une autre. C’est
inévitable. Et, la connaissant comme je la connais, elle est capable de
tout. Seulement cette fois il va lui falloir être
vraiment très très douée. Parce que je suis sur mes gardes et que je n’ai pas
du tout l’intention – mais alors là pas du tout – de lui laisser les coudées
franches…
18 heures
Valentine m’a signifié par mail tout à l’heure – elle n’a même pas pris la
peine de me téléphoner – qu’elle avait décidé d’aller habiter la maison de sa
mère. Qu’elle ne sera donc plus avec nous à la rentrée. Aller s’enterrer là-bas
avec ses souvenirs, ce n’est probablement pas ce qu’elle peut faire de mieux.
Mais je n’ai pas du tout envie de lutter et d’argumenter sachant que, de toute
façon, je ne la convaincrai pas. Est-ce que c’est aussi une façon de me
signifier que tout est fini entre nous ?… Sans doute. Sûrement. Est-ce que
ça me fait mal ?… Est-ce que j’en souffre ?… Je n’en sais trop rien.
Je préfère ne pas savoir. Ne pas me poser, pour le moment, la question. La
seule chose que je sache, c’est que j’éprouve un immense soulagement :
l’idée de la retrouver là-bas dans le même état que quand elle était ici
m’était, à proprement parler, insupportable…
22 heures
J’ai mis Zaza au courant de l’évasion imminente de Christopher. Une Zaza toute
heureuse que je lui manifeste une telle confiance. Une Zaza qui sera, quoi
qu’il arrive, mon indéfectible alliée. Une alliée que j’ai décidé de ramener
avec moi dans mes bagages. Dont je saurai, le moment venu, faire le meilleur
usage. Son bonheur quand je le lui ai dit !… On aurait dit une gamine qui
découvre ses cadeaux sous le sapin de Noël…
- Mais alors ?!… Je vais vivre chez vous ?!… Avec vous ?!… Tout
le temps ?!…
J’ai fait signe que oui. Elle m’a sauté au cou…
Dimanche 27 Août 2034
Je suis allé dire au revoir à grand mère ce matin, très tôt, sur son lit
d’hôpital avec l’angoissant pressentiment que je ne la reverrai pas…
- Je dois remonter… Les cours vont reprendre… Le temps de tout remettre en
place…
- Mais, bien sûr, ma chérie !… Bien sûr !… Pense à toi !… Pense
à ton avenir…
On a pris toutes les deux sur nous pour ne pas éclater en sanglots. Et je me
suis enfuie. Il n’y a pas d’autre mot. J’ai laissé Zaza tout remettre en ordre
et fermer la maison. J’étais hors d’état d’y remettre les pieds…
20 heures
Monelle était seule dans le séjour…
- Et Zanella ?…
- Elle est avec sa mère Zanella…
- Eh bien je la lui souhaite bonne… Parce que je l’ai vue… Elle est dans un
état !…
- Il paraît, oui…
- Elle va pas aller s’installer là-bas elle aussi au moins ?!… Elle ferait
une de ces conneries…
- J’en sais rien… J’en sais rien et j’m’en fous… Elle commence à me courir
Zanella…
- Tu as quelqu’un d’autre ?…
Elle a haussé les épaules…
- Toi oui, en tout cas, on dirait…
Avec un petit coup de tête dans la direction de Zaza qui, debout à mes côtés,
examinait tout avec une stupéfaction ravie…
- Va visiter si tu veux…
Elle ne se l’est pas fait répéter deux fois...
- Elle va habiter ici… Ca t’ennuie pas ?… -
Pourquoi voudrais-tu que ça m’ennuie ?… Tu fais bien ce que tu veux… C’est
ta nouvelle cop’s alors !?… Dans un sens, oui… Et dans un autre pas du
tout…
- Ce qu’il y a de bien avec toi, c’est que tout est toujours très
clair…