2034 ( 54 )
Par francois-fabien le vendredi 23 avril 2010, 04:59 - Histoires du futur - Lien permanent
Samedi 2 Septembre 2034
Je n’y suis pas allée hier
soir. Ce qu’Iliona m’a vertement reproché ce matin quand je suis arrivée…
- Si tu commences déjà à te défiler !…
Elle a établi tout un planning en fonction de nos horaires de fac respectifs.
En vert les moments où elle sera seule avec lui. En bleu les moments où je
serai seule avec lui. En rouge ceux où nous serons tous les trois ensemble. Et
en noir ceux où il devra rester seul. Elle a fait en sorte qu’ils soient le
moins nombreux possible. Ils l’inquiètent. Et elle accable Christopher de
recommandations. Qu’il ne marche pas, quand il sera seul, dans l’appartement.
Qu’il ne tire pas la chasse d’eau. Qu’il n’ouvre pas de robinet. Qu’il évite
tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, est susceptible de faire du bruit et
d’attirer l’attention. Et quand il toussera ?… Quand il éternuera ?…
Je suis revenue à la charge : est-ce qu’il ne serait pas plus judicieux
d’admettre qu’une troisième personne vit ici quitte à ce qu’on ne la voie
jamais ?… Iliona y est farouchement opposée. Pour elle c’est le meilleur
moyen d’attirer l’attention et de faire découvrir le pot-aux-roses… Alors qu’à
mon avis au contraire… Christopher m’a fait un clin d’œil par-dessus son
épaule…
Elle a prévu que nous
passerions toutes les deux toutes les nuits – ou peu s’en faut – à l’appart.
Sans d’ailleurs se préoccuper de savoir ce que je pouvais bien en penser. Ce
que je pense ne présente pas pour elle, de toute façon, beaucoup d’intérêt. Je
compte pour quantité négligeable. Elle décide. Elle tranche. Elle organise.
C’est comme ça. Et il n’y a pas à discuter. Elle a installé ses affaires dans
la chambre de Christopher. Une façon de proclamer clairement que c’est là sa
place. La mienne est sur le canapé, dans le séjour. A leur servir d’alibi.
Quitte à ce qu’elle me jette quelques miettes de temps à autre. Comme elle l’a
fait tout à l’heure. Du bout des lèvres…
- Tu veux y aller ?… Tu veux aller avec lui ?… Non ?… Bon, ben
moi j’y retourne alors… J’ai trop envie… Depuis le temps que j’ai pas eu un
homme entre les cuisses…
Et elle s’est enfermée dans la chambre avec lui…
Moi aussi, j’ai envie… Qu’est-ce qu’elle croit ?… Et pas qu’un peu. Mais pas comme ça !… Pas dans ces conditions-là… Mon heure viendra… Et alors là !… Là !…
Dimanche 3 Septembre 2034
J’ai trouvé un prétexte pour m’enfuir tout à l’heure de là-bas. C’était trop éprouvant. Elle minaude. Elle mamoure. Elle joue au petit couple. Ce qui – soit dit en passant – l’agace à l’évidence, lui, prodigieusement. Il n’y en a que pour elle. Elle accapare la conversation. Le saoule d’anecdotes toutes plus inintéressantes les unes que les autres dans lesquelles elle tient systématiquement le beau rôle. L’enfouit sous une avalanche d’histoires drôles dont elle est la seule à rire…
20 heures
Quel dommage que l’arrivée de Vionne et Fanette ait coïncidé avec « l’évasion » de Christopher !… Je ne peux pas profiter vraiment d’elles. Et elles m’ont gentiment fait remarquer tout à l’heure qu’elles avaient la désagréable impression de me mettre systématiquement en fuite. J’ai juré mes grands dieux que non et prétendu avoir intégré un groupe de réflexion dans lequel je m’investissais beaucoup. L’explication a paru les satisfaire. A moins qu’elles n’aient voulu me donner le change. Il n’empêche qu’il faudra quand même que je leur consacre du temps. D’abord parce qu’elles en valent la peine et ensuite pour les « contrôler » et éviter qu’elles ne finissent par se poser les vraies questions auxquelles elles ne manqueraient pas d’apporter un jour les vraies réponses…
23 heures
Zaza, elle, n’en pose pas de
questions – ou très peu – mais elle écoute toujours avec une extrême attention
ce que je veux bien lui dire. Et ce soir je lui ai beaucoup parlé. J’en avais
besoin. Besoin de lui raconter là-bas…
- Et je sais vraiment pas comment ça va tourner… Parce que parti comme c’est
combien de temps je vais pouvoir supporter ça ?…
- C’était obligé avec elle… Obligé… Ce qu’il faudrait, c’est que vous
l’emmeniez Christopher… Que vous alliez le cacher ailleurs… Sans qu’elle le
sache… Il refuserait, vous croyez ?…
- Je crois pas, non… Surtout quand du temps aura passé… Qu’il l’aura vue sous
son vrai jour… Malheureusement c’est pas possible…
- Pourquoi pas possible ?…
- Parce que financièrement je serais dans l’incapacité de faire face…
- J’en ai, moi, des sous… Et beaucoup plus que je pourrai jamais en
dépenser…
Je vais repartir là-bas le cœur beaucoup plus léger. D’autant que demain elle a des cours importants. Christopher sera tout à moi…