2034 ( 55 )
Par francois-fabien le mardi 27 avril 2010, 04:33 - Histoires du futur - Lien permanent
Mardi 5 Septembre 2034
J’ai été longuement dans ses bras. Si longuement !… Et j’y ai été heureuse. Comblée. Rassasiée. C’est un amant fantastique. Plein de douceur et de fougue. De violence maîtrisée et de délicatesse. Je n’avais jamais connu avec personne des moments aussi intenses. Lui non plus. A ce qu’il dit en tout cas. Ce n’est pas forcément vrai. Mais ça me fait tellement plaisir de le croire…
Ses yeux se sont faits
brusquement implorants…
- Tu sais ce que j’aimerais maintenant ?…
Evidemment que je le savais, mais j’ai feint l’ignorance…
- Non… Quoi ?…
- C’est qu’on aille faire un tour tous les deux dans les rues… Marcher… Croiser
des femmes… Il y a si longtemps que j’en rêve… C’est l’idée qu’un jour je
connaîtrais peut-être à nouveau ce bonheur qui me permettait de tenir le coup
là-bas… Sinon… sinon je ne sais pas ce que j’aurais été capable de faire…
Il s’est rasé du plus près qu’il a pu. S’est maquillé. A passé une de mes petites robes d’été préférées. Il était méconnaissable… Impossible que qui que ce soit se doute de quoi que ce soit… Impossible… On est descendus. On a traversé le jardinet en bas. Emprunté le boulevard. Il m’a donné le bras. Il observait tout et tout le monde avec ravissement. Comme si c’était la première fois. Comme s’il découvrait. Transfiguré. J’ai dû finir par le mettre en garde : il rayonnait tant qu’on se retournait avec curiosité sur son passage, qu’on le suivait des yeux avec insistance…
J’ai eu toutes les peines du
monde à le ramener. Il suppliait…
- Encore un peu… Juste un peu… La rue là-bas et puis on rentre, c’est
promis…
Il s’en est fallu de cinq minutes qu’Iliona ne nous trouve pas à
l’appartement…
Mercredi 6 Septembre 2034
J’ai voulu savoir. Elle
faisait quoi Zaza quand j’étais pas
là ?…
- Rien… Rien… Je vous attends…
- Rien ?… C’est-à-dire ?… Tu t’occupes bien à quelque chose quand
même ?… Tu lis ou tu regardes la télé, non ?…
- Non… Je pense à vous… C’est tout…
En voilà une dont on ne peut pas dire qu’elle ne me soit pas dévouée corps et
âme…
Vendredi 8 Septembre 2034
Je ne le lui ai pas laissé hier soir. Il n’y avait aucune espèce de raison. On avait passé une journée enchanteresse tous les deux, Christopher et moi. Toute la matinée on s’était promenés le long des quais, main dans la main. A midi on avait échoué dans une petite auberge de rêve où on avait passé deux heures idylliques. On était rentrés. On avait fait l’amour. Je m’étais endormie dans ses bras… Et il aurait fallu que je le lui abandonne sous prétexte qu’elle venait d’arriver et qu’elle claquait des doigts… Et puis quoi encore !… Je n’ai pas bougé. Je suis restée dans la chambre – dans le lit – blottie contre lui. Elle a multiplié les incursions pour s’efforcer de me faire quitter la place. Ce que je me suis bien gardé de faire. Elle a fini par jeter l’éponge : elle est repartie en claquant furieusement la porte. Christopher a éclaté de rire. Et on a encore fait l’amour…
23 heures
Elle est revenue ce soir toute mielleuse. Toute souriante. Et c’est moi, cette fois, qui suis partie. Rester là, sur le canapé, à les savoir à côté, à les entendre, c’était au-dessus de mes forces. C’est une situation qui, à l’évidence, ne va pas pouvoir durer. Il va falloir, d’une façon ou d’une autre, trouver une solution…
En attendant j’ai passé une soirée délicieuse avec les filles. Toutes les cinq. On a déliré comme des folles. Zaza était déchaînée. Elle a infiniment d’humour – je ne la connaissais pas sous ce jour-là – et les autres n’étaient pas en reste. Si j’ai bien compris elles passent toutes leurs soirées ensemble et elles ne s’ennuient pas… C’est le moins qu’on puisse dire… On sent entre elles une énorme complicité et j’avoue m’être sentie un peu jalouse… Au point de regretter de passer autant de temps avec Christopher ?… Non … Tout de même pas… Mais au point en tout cas d’avoir une explication franche avec Iliona. Plus question que je reste là-bas, à servir d’alibi, quand elle passe la nuit avec Christopher. Et pas question non plus qu’elle prétende à quelque privilège que ce soit de ce côté-là : dorénavant ce sera une nuit chacune… Et je ne céderai pas…