Mardi 12 Septembre 2034

 

Quand Iliona est arrivée à l’appart, à midi, Christopher avait disparu. Elle m’a appelée. Branle-bas de combat. Je l’ai rassurée comme j’ai pu. Je me doutais bien qu’il avait dû aller faire un tour. Sans doute s’était-il égaré ou n’avait-il pas vu passer l’heure. En fait il avait fait mieux que ça : il avait délibérément choisi de l’affronter. Quand il est rentré, en tout début d’après-midi, elle l’a traité de tout. De gamin irresponsable. De crétin immature. Et à quoi ça servait qu’elle ait fait tout ce qu’elle avait fait, qu’elle continue à prendre des risques inconsidérés ( et moi là-dedans je compte pour du beurre ? ) si c’était pour qu’il aille tout flanquer par terre avec des caprices d’enfant gâté ?… Il lui a répondu sur le même ton. Il était hors de question qu’il en passe par ses quatre volontés à elle. Il était assez grand pour savoir ce qu’il avait faire. Et s’il avait su… Ca s’est envenimé. Elle a été à deux doigts de lui mettre une gifle et il a menacé de s’en aller…
- Pour aller où ?…
- Je trouverai… T’inquiète pas… Je trouverai… Ce sera pas vraiment un problème…
Elle s’est montrée beaucoup plus conciliante d’un seul coup. Elle s’est excusée, a essayé de se rattraper aux branches comme elle a pu… Trop tard. Le mal était fait…

 

Quand je me suis retrouvée seule avec lui j’ai voulu savoir… Il comptait vraiment partir ?… Oui… Non… Il savait pas. Il avait rien contre moi. Absolument rien. Mais elle lui sortait par les yeux Iliona. Elle lui sortait vraiment par les yeux. Pour plein de raisons. Et s’il avait su jamais il se serait lancé dans une affaire comme ça avec une fille pareille… Ah non alors !… En tout cas que l’occasion se présente et il n’hésiterait pas une seule seconde… D’ailleurs… D’ailleurs il allait pas l’attendre l’occasion… Il allait la susciter… Et sans tarder…

 

Il y a danger là… Faut que je me bouge… Que je demande à Zaza… Que je lui trouve quelque chose… Que je lui prenne quelque chose… Sans Iliona… Sans qu’elle le sache… Oui… Zaza… Je la rembourserai… Dès que possible…

 

 

 

 

17 heures

 

Elle a souri…
- Vous voulez pas venir avec moi ?…
- Où ça ?…
- Faut que je vous montre quelque chose…
C’était loin… Tout à fait à l’autre bout de la ville là-bas… A l’écart… Une superbe villa… Au milieu d’un parc immense aux arbres centenaires… Elle en avait la clé… Le luxe… Le grand luxe… Du marbre… Deux baignoires… Des lits à baldaquin… Des plafonds à moulures… Des tableaux aux murs… De l’or… De l’argent… De la vaisselle en porcelaine…
- C’est à qui tout ça ?… C’est à toi ?…
Elle a acquiescé d’un bref signe de tête…
- Et tu l’habites pas ?… Pourquoi tu l’habites pas ?…
- Je préfère – et de loin – vivre avec vous…
- On aurait pu venir ici…
- Vous n’auriez peut-être pas voulu… Vos amies non plus… Et puis Iliona serait venue vous voir… Forcément… Elle aurait su… On n’aurait pas pu le cacher là Christopher… Tandis que maintenant…
- Tu penses à tout, toi, hein ?!…

 

 

 

 

Jeudi 14 Septembre 2034

 

Christopher est aux anges. Moi aussi : je vais l’avoir pour moi toute seule… Quand ?… Mardi. Pourquoi mardi ?… Parce que mardi Iliona et moi avons cours à la même heure dans la même salle. Elle ne pourra donc pas me soupçonner d’être directement à l’origine de son « évasion ». Même s’il lui viendra forcément, à un moment ou à un autre, à l’esprit – Zaza en est convaincue – qu’on ait pu manigancer quelque chose ensemble, lui et moi ,derrière son dos…
- C’est la seule piste dont elle disposera… Elle l’exploitera… En désespoir de cause…

 

Le plus vraisemblable, toujours selon Zaza, c’est qu’elle va alors me prendre en filature et que je risque, si je n’y prends pas garde, de l’amener tout droit à la villa…
- Mais à malin malin et demi… Moi aussi je peux la suivre et vous avertir… Au vibreur par exemple… Il ne vous restera plus alors qu’à la faire marcher… Au propre comme au figuré…

 

 

 

 

20 heures

 

Iliona m’a entraînée en bas…
- Qu’est-ce qu’il a ?…
- Qui ça ?…
- Christopher, tiens !… Qui tu veux d’autre ?… T’es idiote ou quoi ?…
- Qu’est-ce tu veux qu’il ait ?…
- Je sais pas… Je le trouve bizarre… Tout guilleret… Comme s’il était tombé amoureux ou quelque chose comme ça…
- J’ai rien remarqué…
- Eh ben pourtant !… Ca se voit… T’as aucune idée de l’endroit où il est allé quand il s’est tiré l’autre jour ?…
- Absolument aucune…
- Moi, ce que je crois, c’est qu’il a gardé des adresses de filles avec qui il était en contact, par Internet, quand il était au centre et qu’il a voulu en revoir une… D’ici à ce qu’elle essaie de nous le souffler !… Essaie de savoir !… Relève tous les indices que tu peux… Parce que pas question qu’il nous échappe alors là !…