Vendredi 15 Septembre 2034

 

On a beaucoup ri Christopher et moi. Ah, pour en avoir des indices elle allait en avoir !… On allait lui en donner !… Et on en a semé un peu partout. Des sérieux. Des solides. Tout ce qu’il y a de plus consistant. Quatre photos. Avec les adresses. Elle aura de quoi s’occuper mardi. Et tous les jours suivants. Et tant qu’elle explorera ces pistes-là il ne lui viendra pas à l’idée de se mettre sur la nôtre…

 

 

 

 

22 heures

 

Ici et là on meurt de soif. Au sens propre. Voilà près d’une semaine qu’on nous dresse la liste, chaque jour un peu plus longue, des pays et régions où l’eau fait cruellement défaut, où les gens tombent comme des mouches. On multiplie les reportages. On nous dresse un tableau apocalyptique de ce qui nous attend, à notre tour, dans les toutes prochaines années. Et on profite de l’occasion pour procéder à un sondage sur… les hommes. Sur leur éventuel retour parmi nous au cas où le virus serait enfin éradiqué. Faut-il s’étonner, dans ces conditions, qu’une très large majorité de femmes – plus de 80% - soient farouchement opposées au rétablissement du « statu quo ante » et se disent tout à fait favorables à ce qu’on limite le nombre des mâles à ce qui s’avère strictement nécessaire pour assurer la survie de l’espèce sans risque majeur de consanguinité ? Comment en irait-il autrement ?… Dans les situations d’urgence on pare au plus pressé et on pense d’abord à soi. A son propre intérêt. A sa propre survie.

 

Comme le « hasard » fait bien les choses c’est la semaine prochaine que doit être discuté le projet de loi dit de la « condition masculine ». Nos députées, fortes de cet immense soutien dans l’opinion, ne se feront pas faute d’officialiser une situation dont tout le monde s’accordait jusque là à dire qu’elle était imposée par les circonstances… Même si… je suis de plus en plus convaincue – et je ne suis pas la seule – que l’irruption brutale de ce virus n’a en aucun cas été le fruit du hasard. On l’a délibérément voulue et programmée. On connaissait, en haut lieu, la gravité de la situation. On savait à quel péril imminent l’épuisement des ressources naturelles exposait l’humanité. Les morts allaient, de toute façon, se compter par millions. On les a choisis. On a choisi – pour dire les choses crûment – de ne conserver que les femmes et un nombre limité de mâles, de « bourdons », ceux dont le virus ne parviendrait pas à venir à bout et qui, de ce fait, seraient les plus à même, parce que plus résistants, de perpétuer l’espèce dans les meilleures conditions. Je crois de moins en moins qu’on parviendra à éradiquer le virus. Et je le crois d’autant moins qu’on l’a, à l’évidence, sciemment et volontairement propagé…

 

 

 

 

Dimanche 17 Septembre 2034

 

La perspective de son déménagement met Christopher dans un état de surexcitation incroyable. Il ne tient plus en place. Il me submerge de questions… « C’est où ?… C’est fait comment ?… Il y a combien de pièces ?… Et le jardin ?… Il est grand le parc ?… Et Zaza ?… Comment je l’ai connue ?… C’est quel genre de fille ?… Pas dans le style d’Iliona au moins ?… »… Devant elle il s’efforce de se contrôler. Avec plus ou moins de succès. Elle n’est pas dupe, c’est clair… Elle s’est mis dans la tête qu’il profite des moments où on le laisse seul pour aller rendre visite à une certaine Raphaëlle, avec laquelle il correspondait quand il était au centre, qu’il l’a dans la peau et qu’il va finir, tôt ou tard, par aller s’installer chez elle…
- Quel espèce de petit salopard quand on y pense… Après tout ce qu’on a fait pour lui !… Tout le mal qu’on s’est donné… Et l’autre !… Quelle sale petite garce !… Mais si elle s’imagine que je vais me laisser faire comme ça !… Elle risque d’avoir des surprises… Des sacrées surprises… Elle est pas la seule…

 

 

 

 

23 heures

 

Zaza est d’avis de rester pourtant vigilantes…
- Avec cette fille vous pouvez vous attendre à tout… Absolument tout… Elle est machiavélique… Et si elle l’avait inventée de toutes pièces cette Raphaëlle ?… Elle a pas inventé qu’elle existe… Non… Elle existe… Mais si elle essayait de vous faire croire qu’elle croit qu’il y a anguille sous roche entre Christopher et elle ?… Pour vous endormir… Pour que vous baissiez la garde… Pour que vous soyez persuadée que c’est de ce côté-là qu’elle ira chercher si Christopher disparaît… Déjà vous vous méfiez moins, je le vois bien… Vous la croyez sur une fausse piste et vous êtes toute contente… C’est peut-être vous qui êtes sur une fausse piste… Celle sur laquelle elle veut vous entraîner… Quand Christopher sera parti c’est sur vous qu’elle fera porter tous ses soupçons … Vous toute seule… Et personne d’autre…