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Par francois-fabien le mardi 11 mai 2010, 05:36 - Histoires du futur - Lien permanent
Lundi 25 Septembre 2034
Il aura un portable demain. Que nous puissions au moins nous parler en attendant mieux. Il était évidemment hors de question qu’il emporte celui qu’il avait au centre : on aurait eu tôt fait de le localiser… Quant à prendre un autre abonnement, en son nom propre, c’était – cela va de soi – totalement exclu. Et c’est de toute façon impossible pour qui que ce soit : la loi sur la sécurité de Mars 2021 interdit formellement à tout citoyen d’ouvrir plus d’une ligne téléphonique. C’est, encore une fois, Zaza qui nous sauve la mise : elle n’avait bizarrement jamais éprouvé jusque là le besoin d’avoir son propre téléphone. Elle a donc fait une demande…
16 heures
La loi sur la condition masculine a été définitivement adoptée tout à l’heure. Une loi qui – comme souvent – donnera toute latitude à ceux qui auront à la mettre en pratique d’en faire ce que bon leur semblera…
On y répète à l’envi, dans le préambule, qu’il s’agit avant tout d’assurer la sécurité de la population masculine menacée d’extinction par un virus qui est loin d’être sous contrôle. En conséquence ce sera aux expertes scientifiques – et à elles seules – de déterminer si et quand les hommes pourront enfin sortir des centres dans lesquels on les maintient à l’abri d’une éventuelle contamination. On prend même soin de préciser qu’un éventuel « élargissement » serait à tout moment révocable en fonction des circonstances et de l’évolution de la situation… On n’est jamais trop prudent…
Mais, si on sait lire entre les lignes, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, pour le législateur, c’est de s’assurer la possibilité de gérer les populations, et en particulier leur renouvellement, comme il l’entend. Ce sont donc, là encore, des expertes – médicales cette fois – placées sous la tutelle directe du ministère, qui décideront, chaque 1er Janvier, du nombre des naissances autorisées pour l’année et qui choisiront les « heureuses élues » sur critères, paraît-il, sanitaires… Il est loin l’appel au civisme reproducteur du mois de Février !…
Le plus affligeant dans tout ça, c’est que la loi a été votée à la quasi unanimité et que les quelques protestations formulées ici ou là ont été – et restent – pratiquement inaudibles. Comment pourrait-il en aller autrement ?… La hantise de tout un chacun aujourd’hui c’est de mourir de faim ou de soif à plus ou moins brève échéance… Alors comment n’applaudirait-on pas des deux mains à toutes les mesures destinées à limiter, autant que faire se peut, le nombre de bouches à nourrir ?… On entend même dire, ici ou là, qu’après tout il n’est pas nécessaire de garder en vie des hommes devenus pratiquement inutiles… Qu’il suffirait, puisqu’on en a la possibilité, de congeler leur sperme en grande quantité, dans des conditions de sécurité maximum, et de les laisser disparaître… De les faire disparaître ?… On n’en parle pas encore ouvertement, mais dans quelques semaines ?… Les mentalités évoluent – si on peut dire – à une allure !… Il se rencontre de plus en plus de monde pour estimer que le virus a effectivement été sciemment disséminé et probablement délibérément « inventé », mais on ne trouve pratiquement plus personne pour s’en offusquer…
Christopher a sans doute eu le nez fin de « s’enfuir »… C’est peut-être, paradoxalement, ce qui va lui sauver la vie…
23 heures
Ce soir, à table, toutes les conversations roulaient bien évidemment sur cette fameuse loi qui, de l’avis général, ne fait qu’entériner une situation de fait… J’ai voulu savoir comment les autres vivaient la perspective de ne plus jamais croiser un homme de leur vie. De ne plus jamais se blottir dans des bras masculins. Elles ont semblé trouver la question incongrue. Pour Vionne et Fanette il allait de soi que, puisqu’elles sont en couple toutes les deux, c’est qu’elles n’ont pas la moindre attirance pour la gent masculine… Qu’elles s’en passent très bien… Qu’elles s’en sont toujours très bien passées… Toujours ?… C’est aussi ce que Monelle a laissé entendre… Et, au moins dans son cas à elle, je sais que c’est faux. Beaucoup de femmes sont sans doute aujourd’hui sincèrement convaincues qu’elles n’ont jamais été attirées que par les femmes. Parce qu’elles ont fini par l’être. Parce qu’il a été vital pour elles d’oublier. Parce qu’il n’y a plus le choix. Et qu’il n’y aura vraisemblablement plus jamais le choix
Quand j’ai été toute seule
avec Zaza, après, dans la chambre, j’ai voulu savoir…
- Et elle ?…
Elle a eu un geste vague de la main…
- Oh, moi !…
J’ai cru bon d’insister… Avant, quand tout était « normal », elle en
avait des hommes ?… Elle en a eu ?… Elle ne m’a pas répondu tout de
suite… Elle a semblé contempler quelque chose au loin… très loin…
- Des hommes ?… Si… Un jour… Il y a longtemps… Ils étaient quatre…
Et elle a éclaté en sanglots. Je l’ai prise dans mes bras. Elle s’y est
blottie…
- Excuse-moi !… Je savais pas… Je pouvais pas savoir… Il y a des moments
où on ferait beaucoup mieux de se taire…
Commentaires
Ah ! Le pouvoir de l'autosuggestion...
Et la capacité d'adaptation peut-être quand nécessité fait loi...
Amicalement...