2034 ( 61 )
Par francois-fabien le mardi 18 mai 2010, 06:07 - Histoires du futur - Lien permanent
Mardi 3 Octobre 2034
Iliona se veut très méthodique. Au café, entre deux
cours, elle m’a sorti une liste de son sac. Une liste de 22 noms… - On
partage…
Et elle m’a remis 11 fiches individuelles sur lesquelles étaient inscrits le
nom de la fille, son âge, son adresse, sa profession, ses occupations, les gens
qu’elle fréquente ainsi qu’une foule de renseignements les plus divers… Le plus
souvent il y avait également une photo…
- Il est forcément chez l’une d’entre elles… Une des 22… Le tout, c’est de
savoir laquelle… Moi, ce que je te conseille, c’est de procéder d’abord par
élimination. Celles qui vivent en famille ou en groupe on voit pas comment
elles pourraient le cacher… Par contre celles qui sont seules… Ou presque…
Quand tu as de sérieux soupçons surtout tu lâches pas… Tu passes sa vie au
crible… Il faut qu’on trouve… Et on trouvera…
16 heures
Si elle s’imagine que je vais perdre mon temps à
espionner des filles que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam sous prétexte de
localiser Christopher dont je sais pertinemment où il se trouve !… J’ai
autre chose à faire… Zaza pense que c’est pourtant nécessaire…
- Ne serait-ce que pour lui donner le change… Si vous ne le cherchez pas
vraiment, si vous ne prenez pas son enquête à cœur, si vous ne lui apportez pas
des résultats tangibles elle va forcément finir par se reposer des questions…
Et par en tirer les conclusions qui s’imposent… Mais si vous voulez je m’en
occuperai… Que vous puissiez rester avec Christopher le plus longtemps et le
plus souvent possible… Si Zaza n’existait pas il faudrait vraiment
l’inventer…
23 heures
Christopher a voulu voir la liste qui l’a beaucoup fait rire… - Ce sont des filles que j’ai pour la plupart complètement oubliées… Avec lesquelles j’ai dû dialoguer, à un moment ou à un autre, quand j’étais au centre… Il a fait mine de l’enfouir dans sa poche…
- Bon, mais merci… Ca me fait des adresses pour le jour
où je voudrai aller voir ailleurs…
Je me suis ruée sur lui… J’ai fait mine de le gifler. De le battre. Je la lui
ai arrachée… On a roulé l’un sur l’autre et ça s’est terminé comme ça ne
pouvait pas ne pas se terminer…
Il plaisantait. Evidemment qu’il plaisantait. Mais on ne plaisante jamais à blanc. Ca a toujours un sens. Il est le seul homme dans un univers exclusivement féminin. Comment ne serait-il pas tenté ?… Il prétend ne pratiquement plus aller errer par les rues. C’est peut-être vrai. C’est sans doute vrai. Ca ne le restera pas forcément. Il finira par y retourner. Par saisir une occasion quelconque pour engager la conversation. Pour faire plus ample connaissance. S’il se sent en confiance il livrera son secret. Il y a neuf chances sur dix que la fille ne le trahisse pas. Bien trop contente de profiter de l’aubaine. Il va s’enhardir. Révéler le pot-aux-roses à une autre. Une autre encore. Jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où il y en aura une qui saura suffisamment bien y faire et où il disparaîtra pour de bon… A moins qu’à force de jouer avec le feu il ne soit finalement dénoncé… Au bout du compte Iliona n’avait peut-être pas tort de vouloir le mettre sous cloche. Sauf qu’elle n’en est pas sortie gagnante. Et que je me vois mal prendre maintenant avec lui l’exact contrepied de la façon dont je me suis jusqu’à présent comportée…
Jeudi 5 Octobre
Zaza n’est pas rentrée de la nuit. Elle a « enquêté » et y a mis tout le sérieux dont elle est capable. Je sais très exactement à quoi ont passé les vingt-quatre dernières heures cinq des filles de la liste. Ca ne présente pas le moindre intérêt, mais Iliona sera contente. Elle va répéter tant et plus que ça avance, qu’on approche du but. Zaza aussi est contente, mais elle, c’est de me rendre service. Quand bien même je ne lui en manifeste pas la moindre gratitude. Et je ne lui manifeste jamais la moindre gratitude pour quoi que ce soit. Ce qu’elle a l’air de considérer comme parfaitement normal. Zaza se satisfait d’être avec moi. Près de moi. Ca semble suffire à son bonheur. Je ne la bats plus. Je n’en éprouve plus – j’ignore pourquoi – le moindre désir. Elle n’y fait jamais la moindre allusion. Ce qui me convient à moi lui convient à elle. Finalement, à force de patience et d’abnégation, elle a obtenu ce qu’elle voulait : vivre dans mon ombre. Ce qui ne me dérange pas le moins du monde. Je me suis habituée à elle, à sa présence permanente, à sa constante sollicitude. Si elle disparaissait maintenant, si elle choisissait de reprendre sa liberté – ce qui est infiniment peu probable – aucun doute qu’elle me manquerait. Est-ce que je me suis attachée à elle ?… D’une certaine façon, oui. Et d’une autre pas du tout. Mais est-ce qu’il est vraiment nécessaire de démêler ce que j’éprouve à son égard ?…