Samedi 14 Octobre 2034

 

Pour Zaza des Christopher – des hommes qui se sont « enfuis » des centres – il y en a beaucoup plus qu’on ne croit. Des dizaines. Peut-être des centaines. Elle en veut pour preuve que les mesures de sécurité y ont été récemment considérablement renforcées. Ca ne m’était pas venu à l’esprit – j’étais même naïvement persuadée du contraire – mais c’est effectivement fort probable : on ne voit pas pourquoi il serait le seul à avoir voulu recouvrer la liberté malgré les risques encourus. Cela ne s’est pas ébruité : sans doute veut-on éviter de donner des idées à ceux qui ne les auraient pas encore eues. Et puis nos dirigeantes ne souhaitent probablement pas qu’il puisse se dire que les mesures qu’elles prennent, que ce soit celles-là ou d’autres – sont inefficaces… Ni que les filles se mettent en quête, ici ou là, d’hommes évadés qu’elles chercheraient à utiliser pour leurs menus plaisirs. N’empêche que ce n’est pas très rassurant : parce qu’on peut supposer que les enquêtes diligentées, pour être discrètes, n’en sont pas moins énergiquement menées. Un jour ou l’autre on risque de remonter jusqu’à nous. On verra bien, éventuellement, le moment venu. En attendant pas question que je me pourrisse la vie avec ça…

 

 

 

 

23 heures

 

Je me garderai bien de dire à Christopher que je suis au courant de ses « expéditions »… J’y gagnerais quoi ?… Même si j’y mets les formes il va y lire un reproche. Ca va l’agacer. Il ne se sentira plus les coudées franches. Comme du temps d’Iliona à l’appart. Et pour peu que cette fille là-bas – celle-là ou une autre – lui propose de l’héberger il sautera sur l’occasion. Et c’en sera terminé. Je ne le verrai plus… Zaza pense que c’est, de toute façon, ce qui risque de finir par se produire...
- T’es encourageante, toi !…
- Mieux vaut regarder les choses en face… Il n’a que l’embarras du choix… Il va multiplier les conquêtes…
- Qu’est-ce que t’en sais ?…
- J’en sais… J’en sais que c’est déjà commencé… Qu’il y a au moins trois filles chez qui il se précipite, à tour de rôle, dès que vous avez le dos tourné… Que pour le moment vous l’avez toujours trouvé à la villa quand vous rentrez… Ce ne sera pas toujours forcément le cas… Ca peut lui devenir pesant… Qu’il trouve une autre solution qui lui convienne mieux et il disparaîtra corps et biens du jour au lendemain… D’autant plus que ça correspond tout à fait au personnage…
- Mais on peut faire quoi alors ?… - Lui offrir quelque chose que les autres ne pensent pas à lui offrir… Ou ne peuvent pas lui offrir…
- C’est à dire ?…
- Vous savez bien…

 

 

 

 

Dimanche 15 Octobre 2034

 

Je sais pas, non !… Enfin si, je sais !… Si !… Que je lui flanque une bonne volée devant lui c’est ça qu’elle veut… Et après, en manière de réconciliation, bonne petite séance de léchouilles toutes les deux… Ils adorent ça les mecs… Sûr que ça va le mettre en appétit… Et que j’y trouverai mon compte… Tout le monde y trouvera son compte… Elle a raison Zaza… Ce qu’elle peut m’agacer à avoir toujours raison comme ça… N’empêche qu’il faut bien reconnaître qu’elle a raison… Si j’ai pas un bonus quelconque à lui proposer il va s’enivrer de chair fraîche et dans quinze jours je serai un poids mort pour lui… Une bonne vieille connaissance qui l’a soutenu dans les moments difficiles, qui l’a aidé à s’évader de là-bas, qui lui a procuré gratuitement une somptueuse villa et à laquelle il faut bien qu’en guise de remerciement il procure, de temps à autre, un peu de plaisir… A reculons et en soupirant… Jusqu’au moment où il décidera de s’asseoir sur ses scrupules et où il disparaîtra lâchement sans un mot. Sans une explication. Sans un au revoir… C’est dégueulasse. C’est proprement dégueulasse… Je veux pas… Je veux pas de sa pitié. Je veux pas qu’il me baise par charité. J’en veux pas de sa queue… Qu’il aille la mettre où il veut… Je m’en passerai… J’en ai pas besoin… Qu’est-ce qu’ils croient ces pauvres mecs ?… Qu’ils sont indispensables ?… On peut très bien se passer d’eux…

 

 

 

 

22 heures

 

J’ai passé l’après-midi dehors. Seule. J’ai erré sans but par les rues. Au hasard. Longtemps. Machinalement, à un carrefour, j’ai levé les yeux… « Boulevard Prélier »… Le hasard… le hasard ?… Mais oui, oui, le hasard… Je l’ai lentement remonté… Redescendu… Remonté encore. J’en ai examiné toutes les façades. Derrière l’une d’elles… Laquelle ?… Quelle importance laquelle… Une fille est sortie d’un immeuble… Et si c’était elle ?… Elle m’a souri, demandé si je cherchais quelque chose…
- Non… Pourquoi ?…
- Vous paraissez perdue…
Je paraissais perdue, moi ?… Ah bon !… C’était elle, oui, sûrement… On a discuté un peu, là, sur le trottoir et puis elle m’a proposé de monter boire un thé… Elle s’est assise sur le canapé à mes côtés, m’a effleuré la cuisse. Je ne me suis pas dérobée. J’ai approché mon visage du sien. Nos lèvres se sont trouvées. C’était elle… C’était forcément elle… Je l’ai fait jouir… Je l’ai fait hurler… Demander grâce...