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Par francois-fabien le mardi 22 juin 2010, 05:26 - Histoires du futur - Lien permanent
Mercredi 29 Novembre 2034
Iliona a commencé par me
tirer une gueule longue de trois mètres… Et m’a assommée de reproches… Ah, on
pouvait compter sur moi !… On pouvait… Soi-disant que je devais l’aider à
le retrouver Christopher… Je m’étais chargée de la moitié de la liste et au
final je l’avais laissée tomber… Mais si !… Si !… J’avais enquêté de
mon côté…
- Et alors ?…
Et alors rien… Fallait croire qu’il avait bien préparé son coup pour
disparaître comme ça sans laisser la moindre trace…
- Ouais… Ouais… Et tu crois pas que t’aurais quand même pu me tenir un minimum
au courant, non ?…
- Tant qu’il y avait rien de concret…
- Quand même !… Quand même !… Ca t’aurait pas coûté grand chose de
donner signe de vie, non ?…
- J’avais
beau te chercher à la fac…
- J’y vais plus à la fac… Mais il y a pas que la fac… Tu sais où j’habite…
- T’y vas plus ?… Tu fais quoi alors ?…
- Rien… A part chercher Christopher… Oh, mais je le trouverai… Je finirai bien par le trouver… Un jour ou l’autre il commettra une erreur… Et ce jour-là…
C’est vraiment devenu une
idée fixe…
- Bon… Mais… et toi ?… Qu’est-ce tu deviens ?…
- Moi ?… Je suis enceinte…
Et je lui ai servi la version officielle…
- T’es complètement
conne !… Un gamin !… A l’heure actuelle… Alors qu’on sait seulement
pas comment tout ça va tourner… Pour qu’on te le retire quasiment à la
naissance si ça tombe… Tu es folle !… Tu es vraiment folle !…
Je suis peut-être folle, mais elle est à cent mille lieues de soupçonner la
vérité…
23 heures 30
A cent mille lieues de la soupçonner ?… Non… Dans l’état d’esprit obsessionnel qui est actuellement le sien il fallait bien que l’idée vienne l’effleurer. Et ça n’a pas perdu de temps. Elle est passée tout à l’heure. En mon absence. A une heure où elle savait pertinemment que j’étais à la fac. Elle est passée. Poser, mine de rien, quantité de questions à mon sujet et au sujet de ma grossesse. Les filles, qui la connaissent, se sont méfiées et s’en sont strictement tenues à ce qu’elle savait déjà. Selon elles elle n’est pas repartie convaincue. J’ai donc tout intérêt à rester aussi vigilante que possible. Avec Iliona on peut s’attendre à tout…
Jeudi 30 Novembre 2034
Zaza m’a prise dans ses bras.
Embrassée. Cajolée...
- Tu es bien caline…
- Il faut que je vous dise quelque chose…
- Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?…
- Quelquefois les choses sont tellement évidentes qu’on ne les voit pas…
Surtout quand on n’a pas du tout envie de les voir…
- C’est quoi tous ces préambules ?… Dis !… Dis !… Tu me fais
peur… C’est Christopher, hein, c’est ça ?…
- Oui…
- Il est parti ?…
- Non, il n’est pas parti,
non, mais… il est pas bien depuis quelque temps…
- Oui, ben ça j’avais remarqué, merci…
- Et il a de la fièvre depuis quelques jours… De plus en plus forte… Comme…
Comme quand…
Quelle conne !… Non, mais quelle conne je fais !… Mais c’est pas
possible d’être aussi conne… Et j’ai éclaté en sanglots… Elle m’a doucement
caressé le front… Du bout du pouce…
- Il va mourir, hein ?!… Oui, évidemment qu’il va mourir… Ils sont tous
morts… Tous… On peut pas… Il faut… Essayer quelque chose… Tenter quelque
chose…
- Non… Non… La médecine est aussi impuissante aujourd’hui qu’elle l’était il y
a un an… On ne le sauvera pas… C’était son choix… Vivre encore – à plein –
quelques semaines… Et mourir dehors... On n’a pas le droit de lui imposer autre
chose que ce qu’il a voulu, lui… Vous ne croyez pas ?…
- Si !… Bien sûr… Evidemment…
Vendredi 1er Décembre
J’ai couru là-bas. Je me suis jetée dans ses bras. J’ai
été forte. Je n’ai pas pleuré. Lui aussi m’a doucement caressé le front. Les
cheveux…
- Il y a longtemps que tu sais ?…
- Que je suis sûr ?… Une dizaine de jours… A peine…
- Pourquoi tu n’as rien dit ?… Pour me protéger, hein, c’est ça…
Il n’a pas répondu…
- Chut !… En parle pas… J’ai plus beaucoup de temps… Il faut qu’il soit le
plus plein possible… De nous… De soleil… De vie… Il a voulu qu’on se fasse
l’amour. Très doux. Très tendre. Il n’a pas pu aller jusqu’au bout. Il s’est
endormi contre moi, épuisé. Je l’ai gardé – contemplé – toute la nuit…
Au réveil il s’est excusé, les larmes aux yeux…
- J’aurais tellement voulu…
Je l’ai fait taire d’un baiser…
- Ca ne fait rien… Ce sera pour une autre fois…
- Je ne crois pas, non… C’est au-dessus de mes forces… Mais tu auras quand même
été la dernière… C’est bien que tu aies été la dernière… Pars
maintenant !… Pars !… Et ne reviens pas !…
- Que je ne revienne pas ?… Mais pourquoi ?…
- Parce que… Parce que je n’ai pas le droit de t’imposer ça… Parce qu’il faut
que tu vives… Et que tu gardes de moi un souvenir qui ne soit pas trop…
dégradé…
J’ai refusé. Il a insisté et s’est effondré en larmes dans mes bras…