Lundi 30 Novembre 2009

 

- Allez, raconte, quoi !
- Il est quatre heures du matin…
- Et alors ? Qu’est-ce ça fout ? On est lundi… Je travaille pas…
- Il y a pas grand-chose à raconter… Sinon que quand vous êtes sorties il y en a tout un tas qu’ont fait la même chose… Les uns après les autres… Mine de rien… Histoire d’aller prendre l’air…
- Ben oui ! Il faisait chaud là-dedans ! Torride !
- Et tout ce joli monde s’est retrouvé, comme par hasard, à proximité de la voiture…
- Qu’était garée dans l’obscurité… Sous les arbres en plus… C’était con ça pour eux… Ils devaient pas voir grand-chose…
- Je les discernais bien, moi, eux ! Très bien même…
- Parce que vous étiez dehors… Mais nous, à l’intérieur de la voiture…
- L’œil s’habitue… Et puis essayer de deviner ce qu’on n’arrive pas à distinguer, c’est pas mal non plus…
- Oui, mais quand même ! Quand même ! La prochaine fois on se garera mieux… Enfin… pas en pleine lumière non plus… Ils oseraient pas approcher…
- Et là je peux vous dire que pour approcher ils ont approché…
- Il y en avait un qu’avait le nez collé à la vitre à un moment, non ?
- Un ? Trois, oui ! Et ce qu’ils ont pas pu voir ils l’ont entendu…
- Comment ça ?
- Avec le vacarme que vous avez fait…
- À ce point ?
- Emilie encore… On l’entendait, oui, raisonnable… Mais alors toi, Charline ! T’as braillé d’une force ! Impressionnant…
- Je me suis pas rendu compte… Je me rends jamais compte quand je suis lancée… Et alors ? Ils ont réagi comment ?
- À ton avis ? Ils vous ont accompagnées, tiens ! Qu’est-ce tu voulais qu’ils fassent d’autre ?
- Tous ?
- Ben oui, tous… Il y en a même deux qui se le sont fait mutuellement…
- Ah oui ? C’est mignon, ça ! Mais ce qu’est chiant, c’est que quand on fait des trucs comme ça, avec du monde qui regarde, on les voit pas les gens… On sait pas comment ils réagissent… entre nous, si, oui, on peut se raconter bien sûr… Mais c’est quand même pas la même chose…

 

- T’as vu ?
- Quoi donc ?
- Il y a des gens qui sont en train d’emménager en face. J’ai beau me dire que j’m’en fous ça me fait quand même quelque chose… Et pas qu’un peu ! Parce que qu’est-ce que j’en ai passé des années là ! Et, qu’on le veuille ou non,  ça restera toujours un peu chez moi… Plus que chez eux… Savoir qui ça va être… Peut-être des gros cons comme c’est pas possible… On voit personne pour le moment… Juste les déménageurs… Tu crois que si je leur demande de me laisser revenir voir, quand ils seront installés, ils voudront bien ?
- Ca dépend… À priori il y a pas de raison… Seulement…
- Seulement ?
- C’est pas forcément une bonne idée… Ils y auront mis leurs meubles… Leurs affaires… Tu n’y retrouveras pas tes souvenirs… Tu seras déçue… Ca peut pas être autrement…
- Oui… Tu as raison… Tu as sûrement raison…

 

- Je suis tordue, hein ?! Complètement tordue…
- Ca y est ! Ca la reprend…
- Non, mais si, c’est vrai, hein ! Parce que comment j’aime ça te voir faire l’amour avec Emilie… C’est de la folie ! Heureusement que personne le sait… Qu’est-ce qu’elles iraient penser de moi les copines ! Elles que dès que leur mec il pose les yeux sur une fille elles te lui font une scène à tout casser… Ben oui, j’aime ça te voir avec elle… Je sais pas pourquoi d’ailleurs… Enfin si, je sais… Au moins en partie… C’est que quand je suis avec toi j’en profite pas vraiment… Enfin si, dans un sens… C’est pas ce que je veux dire… Si, j’en profite !... Trop… Je suis complètement dedans… Et, du coup, tous les petits détails, la façon dont tu t’y prends, tes gestes, tes expressions, tout ça, j’en rate les trois quarts… Tandis que quand je te regarde avec Emilie je peux rester à côté si je veux… Je suis pas obligée de participer… Et alors là il y a plein de choses dont tu t’aperçois… Dont tu peux t’apercevoir que comme ça… Comment c’est émouvant ! Ca me remue d’une force, tu peux pas savoir !
- Oh, si !
- Parce que ça te faisait pareil à toi quand tu me regardais avec des types ?
- D’une certaine façon, oui !
- Mais pas complètement… Oh, ben oui, oui, c’est normal… Vu qu’on était pas ensemble tous les deux… Mais maintenant ? Ca te fera exactement comme à moi, tu crois ?
- Il y a de fortes chances, oui…
- Alors tu sais ce que je me demande ? C’est de quel côté ça viendra pour nous…
- Ca viendra ? Qu’est-ce qui viendra ?
- Ben les problèmes… les difficultés… Si ça vient pas de la jalousie… Tout ça… D’où ça va venir alors ?
- De nulle part… Pourquoi veux-tu absolument que ça vienne de quelque part ?
- Tu crois ? Comment j’aimerais ça que t’aies raison !