Découverte ( 4 )
Par francois-fabien le vendredi 9 décembre 2011, 06:20 - Histoires de regards - Lien permanent
1er Mars
Je me demandais pourquoi deux horloges au salon. Eh bien maintenant je sais ! C’est dedans que sont dissimulées les caméras. Je ne suis pas allée coller mon nez dessus, non – il se serait forcément aperçu que je les ai détectées et, pour le moment, je ne veux pas – mais l’angle de prise de vue ne laisse subsister absolument aucun doute.
Dans la cuisine c’est sur la petite étagère rouge qu’elle se trouve. Très vraisemblablement dans l’un des petits flacons d’épices. L’un de ceux, sans doute, dont on ne se sert jamais. Je n’ai pas cherché à déterminer lequel. Quelle importance ?
18 heures
J’avais l’intention de passer l’après-midi sur son ordi. À perdre mon temps en fait. Parce que à quoi ça peut bien m’avancer maintenant de me regarder – le plus souvent en accéléré – en train de paresser devant la télé, de manger ou de ne rien faire. À quoi ça rime ? Je connais le programme. Et je sais bien qu’il ne va rien surgir d’inattendu, d’invraisemblable ou d’exceptionnel. Alors pourquoi je fais ça ? Si seulement je le savais ! Pour voir TOUT ce qu’il a vu ? TOUT ce qu’il voit de moi ? Pour me réapproprier ce qui m’est volé et qui n’aurait jamais dû l’être ? Peut-être. Mais il y a autre chose. Sûrement. Une autre raison. Qui, pour le moment, m’échappe complètement…
Ce qu’il y a de sûr en tout cas, c’est que je n’y ai pas - comme j’en avais l’intention – passé l’après-midi. Ma mère en a décidé autrement. Elle voulait me parler et avait pris des heures, à son boulot, pour ça. Me parler de quoi ? J’ai supposé un instant qu’elle avait, elle aussi, découvert le pot-aux-roses et qu’elle voulait s’en entretenir avec moi. Mais non ! Elle voulait jérémier. Ca, elle sait très bien faire. C’est même ce qu’elle fait le mieux. Il FAUT qu’elle soit la plus malheureuse des femmes. Il n’y a que comme ça qu’elle se sent vraiment exister. Et donc j’ai eu droit au couplet habituel. « - Je me demande si je me suis pas fourvoyée finalement avec Bertrand. Parce que t’as vu, non, mais t’as vu comment il se comporte avec moi ? » Ce que je vois surtout, c’est comment elle se comporte avec lui. « - Il passe sa vie dans son bureau. » Et pour cause ! Elle se plaint sans arrêt. Elle l’assomme de reproches. N’importe qui, à sa place, ferait la même chose. Ou l’aurait foutue depuis longtemps dehors avec armes et bagages. « - Tu crois que c’est drôle, toi, de vivre comme ça, au quotidien, avec quelqu’un qui desserre pas les dents ? » Forcément. Il suffit qu’il ouvre la bouche pour qu’elle le contredise. « - Je suis quand même en droit d’attendre autre chose d’un homme, non ? » Jamais elle ne se demande ce que lui il peut bien attendre d’une femme. « - Ce qu’il faudrait que je fasse… Je vais finir par le faire d’ailleurs. C’est maintenant qu’il faut que je le fasse. Tant que je suis encore relativement jeune. Parce qu’après… Oui… Je vais le faire… Et sans tarder. Faudra pas qu’il s’étonne. Ni qu’il vienne pleurer. Parce qu’à force de pousser le bouchon… Je suis patiente, mais quand même… Oui… Attends-toi à ce que d’un moment à l’autre on redéménage toutes les deux. » On redéménagera pas. De temps en temps, comme ça, il faut qu’elle joue à se faire croire qu’elle va partir. Commencer une nouvelle vie. Rencontrer un VRAI prince charmant. Elle ne le fera pas. Elle a bien trop peur de se retrouver toute seule. Non. Maintenant qu’elle s’est bien défoulée les choses vont reprendre leur cours « normal ». Elle va lui rendre la vie impossible. Lui reprocher tout et le contraire de tout. Lui trouver tous les défauts du monde. Jusqu’à ce que ce soit lui qui peut-être un jour finisse par en avoir par-dessus la tête...
Commentaires
Si elle ne peut s'empêcher de regarder, c'est sans doute pour comprendre pourquoi...
C'est un jeu du chat et de la souris où on risque de finir par ne plus savoir qui est le chat et qui est la souris...