7 Mars

J’ai honte ! Non, mais comment j’ai honte ! Ma seule excuse, c’est que je ne me suis pas rendu compte. Du moins pas tout de suite. Du moins pas complètement. Ça paraît invraisemblable, je sais… Et pourtant c’est comme ça… Bon, mais que je raconte !
En début d’après-midi mon portable sonne.
- Manon ? C’est moi, Kevin ! J’avais un truc à faire dans ton quartier. Je suis en bas de chez toi. Je peux monter ?
Évidemment qu’il pouvait ! C’te question !
- Salut !
- Oh, là ! Ça va pas, toi ! Qu’est-ce qui se passe ?
Il était au bord des larmes.
- J’ai complètement foiré mes partiels. Je passerai pas en seconde année, c’est sûr… Et comme je redouble déjà…
- Il y a pas mort d’homme…
- Non, bien sûr, mais… je vais faire quoi maintenant ? N’importe quoi… Qu’est-ce ça peut foutre ? De toute façon tout ce que j’entreprends ça tourne au désastre… Je suis un raté… Ça doit être ça ma vocation : raté… 
Je l’ai entraîné vers le canapé devant la télé. Sur le moment j’étais à cent mille lieues de toute cette histoire de caméra. La seule chose que j’avais en tête, c’était de trouver les mots qui allaient me permettre de lui remonter le moral…

J’y suis en partie parvenue… Il s’est blotti contre moi, apaisé. M’a doucement caressé la joue, les lèvres, les seins… J’étais bien. Lui aussi. Et on a eu envie. Sur le moment je n’y ai pas pensé, je le jure ! Et quand j’ai réalisé on était tellement bien partis tous les deux que pour s’arrêter… Et puis j’allais lui raconter quoi à Kevin pour expliquer ? De toute façon – c’est ce que je me suis dit – de toute façon j’aurais largement le temps d’aller nous effacer avant qu’il rentre. Et je me suis abandonnée…

La première chose que j’ai faite, évidemment, quand il a été parti, ça a été de me précipiter sur son ordi. Sauf que c’était pas dans le dossier. Ça ne s’y met manifestement pas directement. Ça passe d’abord par ailleurs. Mais par où ? Ah, j’ai cherché… Pour chercher j’ai cherché… Je n’ai pas trouvé… Et j’ai finalement dû battre en retraite. Il allait rentrer… Et s’il me trouvait là…



21 heures 30

Il est dans son bureau. En train de passer en revue sûrement la moisson de la journée. Ah, j’ai bonne mine, moi ! Non, mais de quoi j’ai l’air ! Heureusement qu’il sait pas que je suis au courant de tout. Non, mais pour quoi je passerais ! D’un autre côté il devait bien se douter qu’un jour ou l’autre ça finirait par arriver… Non… Non, c’est idiot ce que je dis là. J’ai ma chambre pour ça. Et ma chambre, elle, elle n’est pas surveillée. Non, mais qu’est-ce qu’il doit être en train de penser de moi, là, maintenant ! J’ose même pas imaginer. Oh, et puis zut ! Zut ! Un couple qui s’envoie en l’air au jour d’aujourd’hui c’est quand même pas si extraordinaire que ça… Il y en a des milliers sur Internet… C’est devenu d’un banal ! Et puis n’importe comment j’ai pas à me sentir coupable de quoi que ce soit. Manquerait plus que ça ! Personne lui a demandé de placer des caméras dans le séjour. Il n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même si ça lui convient pas et je vois vraiment pas pourquoi je devrais m’arrêter de vivre, surveiller le moindre de mes faits et gestes sous prétexte qu’il lui est passé je ne sais trop quelle yayade par la tête…