Découverte ( 9 )
Par francois-fabien le mardi 27 décembre 2011, 07:14 - Histoires de regards - Lien permanent
9 Mars
Encore un réveil en violon tout à l’heure. Quelque chose de plus violent que
l’autre jour. Ou plutôt pas violent, non. Passionné. Quelque chose de très
beau. Sur quoi j’étais parfaitement incapable de mettre un nom. Parce que je
suis une vraie buse en musique. Et mis à part l’adagio d’Albinoni, je ne
connais rien, mais ce qui s’appelle rien ! Ça m’émeut pourtant… Ça me
remue à l’intérieur… Ça me bouleverse… Mais je n’ai jamais cherché à
approfondir… À savoir… J’ignore pourquoi… C’est comme ça…
Il n’est pas entré dans ma chambre. C’est moi qui suis sortie… L’écouter… Le
regarder jouer… Il s’est aussitôt arrêté… « - Oh, non, non,
continue ! Continue ! » Ce qu’il a fait… Longtemps… Chaque fois
qu’il relevait son archet, qu’il faisait mine de s’interrompre je lui faisais
signe : Encore ! Encore ! jusqu’à ce que…
- Tu sais l’heure qu’il est ? Pas loin de midi…
- Hein ?! Mais j’ai pas vu le temps passer…
- Ah, ça, moi non plus ! Ça me fait un bien de rejouer, mais un bien, tu
peux pas savoir !
- Ben faut pas t’en priver alors ! C’est idiot…
- Je sais, oui ! Mais ça va changer… Oui, ça va changer…
14 heures
Aussitôt après son départ je suis allée sur son ordi revoir – pourquoi m’en
cacher ? – la vidéo où je suis avec Kevin. Que je n’ai pas regardée, mais
alors là pas du tout, avec les mêmes yeux qu’hier. Parce que je savais – faut
pas être idiote non plus ! – qu’il s’en est « servi » ?
Peut-être. Sûrement. Il y a forcément de ça. Est-ce que je lui en veux ?
Un peu quand même. Et puis en même temps pas du tout. Parce que faut bien
reconnaître : v’là un type qu’est complètement privé. Sevré de sexe.
Depuis des semaines, voire des mois. Et moi je lui offre, sans vraiment le
faire exprès, le spectacle d’une partie de jambes en l’air débridée sur le
canapé du séjour. Une aubaine pour lui. Une bénédiction. Faudrait qu’il soit
héroïque pour ne pas en profiter ! De toute façon j’avais qu’à faire
attention. Je savais. Même si je suis censée pas savoir je savais. J’avais qu’à
y penser. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même…
Et puis – je l’écris ? j’ose l’écrire ? – eh bien je me dis qu’au
fond c’est un peu ma façon de le remercier, en secret, pour tout le plaisir
qu’il me procure avec son violon. C’est mon cadeau à moi. En échange du sien.
Voilà… Mon cadeau… Et si ? Non, arrête, t’es complètement folle ! En
tout cas ce serait possible, hein ! Parce que Kevin le mercredi
après-midi… Arrête, j’te dis ! Tu vas pas faire ça ?! Ce serait
délibéré cette fois… Volontaire… Et… Et quoi ? Tu vas continuer longtemps
à faire ton hypocrite… À te faire croire que… Sois honnête ! Est-ce que ça
te flatte pas – au moins un peu – est-ce que ça te flatte pas que ce soit en te
regardant, toi, avec Kevin qu’il ait eu envie hier soir alors qu’il y a tant de
films sur Internet avec des actrices mille fois plus belles et plus séduisantes
que toi ?
Oui, mais enfin faut avouer que t’es quand même trop, toi, dans ton
genre ! Parce que qu’est-ce que t’en sais !? Tu y étais ?
T’étais avec lui ? Eh ben alors ! Si ça tombe il y a même pas pensé à
ta vidéo. Il s’est jeté sur autre chose. Oui, mais non, mais j’y crois pas. Je
suis sûre. Sûre et certaine que c’est nous qu’il a regardés. Je le sais. Je le
sens. Bon, alors qu’est-ce que je fais ? Je l’appelle Kevin ? Je lui
dis de venir ? Non. Non, je peux pas faire ça. Ça craint quand même…
15 heures
Je l’ai appelé. Son portable était éteint.