14 Mars

Je ne vais pas me chercher d’excuses. Je n’en ai ni besoin ni envie. Je l’ai fait. Tout à l’heure. Dans la salle de bains. Assise dans la baignoire. En sachant parfaitement ce que je faisais. À cause d’hier. De la musique. De la journée qu’on a passée ensemble. Et aussi parce que je savais qu’il allait me voir – me regarder – toute nue. Que, sans doute, il allait attendre ce moment-là toute la journée avec impatience. Y penser constamment. Se précipiter, aussitôt rentré, dans son bureau pour se gorger de moi tout son saoul. Ça avait quelque chose d’infiniment troublant cette idée. De profondément excitant. Et je l’ai fait. Même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu, je crois, me retenir… J’en avais bien trop envie…


17 heures

J’ai trouvé. J’ai enfin trouvé par où transitent les vidéos, quand elles sortent, toutes fraîches, des caméras. Il est retors. Mais je suis maligne. Et du coup je me suis regardée. Avant lui. On voit rien du tout en fait. Enfin si ! On me voit jusqu’à la moitié des seins. Qui ballottent tant qu’ils peuvent. Forcément. Ils suivent le mouvement. Une chose est sûre en tout cas : c’est qu’on ne peut avoir aucun doute sur l’occupation à laquelle je suis en train de me livrer. Même si on ne fait que la deviner. Il sera peut-être déçu ? Il aurait peut-être préféré voir vraiment… Non, mais attends, il va pas se plaindre en plus ! Manquerait plus que ça ! C’est déjà un sacré beau cadeau que je lui fais là… Il ira pas prétendre le contraire… Oh, et puis qu’est-ce qui lui dit que je recommencerai pas… Et que cette fois… En attendant je peux être fière de moi : parce que pas une seule fois – ce qui aurait pu éveiller sérieusement ses soupçons – je ne me tourne vers la caméra… Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manquait par moments…


21 heures

Il avait à peine refermé la porte de son bureau que ma mère a explosé…
- Et voilà ! Voilà ! Le v’là encore enfermé là-dedans… Non, mais tu peux me dire ce qu’il y fabrique comme ça à longueur de temps ? Ah, c’est agréable pour moi ! Je le vois pas de la journée et quand il rentre il a rien de plus pressé que de disparaître. Le week end, pareil… Oh, mais j’ai pas dit mon dernier mot ! Parce que Solange elle a le même à la maison. Exactement le même. Et tu sais ce qu’on se disait toutes les deux ? Eh bien qu’on allait sûrement pas continuer à supporter ça comme ça pendant des mois et des mois…
- J’ai déjà entendu ça des dizaines de fois…
- Oui, mais bouge pas que si ce coup-ci il change pas ! Parce que j’en peux plus, Manon… J’en peux vraiment plus… Et Solange non plus… On en a soupé des bonshommes… Alors tu sais ce qu’on envisage ? De se prendre un petit quelque chose toutes les deux… Pas trop grand… Pas trop cher… Ah, ils tomberaient de haut…
- Eh ben faites-le ! Qu’est-ce que vous attendez ?
- Si on ne s’éloigne pas de Paris c’est hors de prix. Et tu as tes études, toi, ici ! Et tu as ton petit caractère… Alors je ne suis pas certaine que Solange et toi ça se passerait bien tous les jours…
- Et bien sûr, comme d’habitude, c’est de ma faute…
- C’est pas ce que je veux dire…
- Mais c’est quand même ce que tu dis… Ce que t’es en train de me dire, c’est que je t’empêche de faire ce que tu veux… Que je t’empêche de vivre… Ah, c’est agréable à entendre !
- On peut pas parler avec toi… Jamais… Faut tout de suite que tu prennes la mouche…
- Mais pars ! Pars ! Vis ta vie ! Et t’inquiète pas pour moi… Je me débrouillerai… Je trouverai une solution…
- Laquelle ?
- T’inquiète, j’te dis !