15 Mars

J’avais pris d’excellentes résolutions : pas question de recommencer. Pas tout de suite en tout cas. Que ça ne devienne pas une habitude. Qu’il ne finisse pas par considérer ça comme un dû. Que ça reste exceptionnel. Pas mal, oui ! J’ai tenu le coup, allez, quoi ? Dix minutes à tout casser… Et puis… Un bien-être… Des images… De lui, dans son bureau, à l’ordi, en train de me regarder me le faire… En train de se le faire, lui, avec fougue, avec emportement, sans jamais me quitter des yeux… Le jet de la douche… Qui me cible… Qui s’installe… Sans que je l’aie vraiment voulu… Qui refuse obstinément de s’éloigner… Mes doigts… Ça démarre… Ça peut plus s’arrêter… Ça s’arrêtera plus…


17 heures

Ce qu’on voit, c’est la même chose qu’hier. Ni plus ni moins. En plus agité. En carrément déchaîné, oui, même, à la fin… Ça, c’est ce qu’on voit… Mais alors ce qu’on entend ! Ah, il va en avoir pour son argent ! Je rugis carrément, oui ! Et ça dure, mais ça dure ! Jamais j’aurais pensé que je pouvais me mettre dans des états pareils ! Comment ça me fascinait de me voir ! Je me le suis repassé en boucle au moins vingt fois ce truc… Et de me dire que ce serait lui qui serait assis là ce soir ! Tout à l’heure… Exactement au même endroit… Dommage qu’il ait pas eu l’idée de se filmer, lui, tiens, devant son ordi… Je lui aurais rendu la monnaie de sa pièce… En attendant à force de me regarder comme ça… À force de penser que j’étais à sa place, dans son fauteuil, j’ai… Je dois pas être bien… Je dois vraiment pas être bien par moments…


22 heures

- Elle rentre pas ta mère ce soir…
- Ah, oui ?! Elle est où ?
- Elle passe la nuit chez Solange…
- Encore ! Il y a vraiment plus que cette Solange qui compte…
- Je te le fais pas dire…
- Elle va peut-être finir par y rester…
- Qui sait ?
- Ça a pas l’air de te tracasser plus que ça…
- Ta mère a énormément de qualités, mais…
- Mais elle a encore plus de défauts… Et elle est carrément invivable… Tu peux le dire, tu sais, ça me choque pas… Il y a longtemps que je suis au courant… Bon, mais alors du coup tu vas pouvoir me jouer du violon tout à l’heure…


3 heures du matin

Il m’en a joué. Longtemps. Jusqu’à ce que je tombe de sommeil…
- Va te coucher… Tu n’en peux plus…
Mais je n’ai pas pu m’endormir… Il n’était pas dans la chambre, à côté. Il était dans son bureau. Forcément. Je me suis relevée. Je me suis approchée. À pas de loup. J’ai collé mon oreille contre la porte… C’était moi. Moi de ce matin. Moi ! Lui aussi en boucle. Inlassablement. Son souffle s’est fait plus profond. Plus rapide. Un petit gémissement. Un autre. Un râle étouffé. Je me suis enfuie. Le plus rapidement possible. Le plus silencieusement possible.

Maintenant il dort, là, à côté… Et rêve peut-être de moi… N’empêche que j’ai pris un risque… Et s’il était sorti ? Un risque inconsidéré…  Pas tant que ça finalement ! J’aurais inventé un truc… Que j’avais soif… Où que j’étais pas sûre d’avoir bien fermé la porte d’entrée… Il y aurait vu que du feu…