Découverte ( 18 )
Par francois-fabien le vendredi 27 janvier 2012, 05:10 - Histoires de regards - Lien permanent
21 Mars
Quelqu’un dans l’obscurité… Penché sur moi… Sur mon lit… Qui m’effleure les
lèvres…
– Hein ? Mais qu’est-ce que ?
– C’est moi… Kevin…
– Kevin ? Mais comment t’es rentré ?
– C’est ton beau-père qui m’a ouvert… Je voulais pas partir sans te dire au
revoir…
– Partir ? Mais partir où ?
– Au Brésil… Pour du boulot… Une occasion en or… Je t’en ai pas parlé avant…
Parce que c’était pas sûr… Mais ça y est… Je décolle tout à l’heure…
On s’est rassasiés de plaisir… Et on est restés longtemps dans les bras l’un de
l’autre…
– Faut que j’y aille, Manon ! Maintenant faut vraiment que j’y
aille…
Il s’est penché une dernière fois sur moi… À la porte il ne s’est pas retourné…
Pour que je ne le voie pas pleurer…
Il va me manquer, c’est sûr… Parce qu’il était là, Kevin, tissé à ma vie… Et
pas seulement pour le cul… Pour plein de trucs… Quand j’avais besoin, pour quoi
que ce soit, il suffisait que je lui fasse signe et aussitôt… Pareil dans
l’autre sens… Ce qu’est bizarre quand même, si on y réfléchit bien, c’est qu’on
n’ait pas fini par tomber vraiment amoureux l’un de l’autre… Peut-être qu’on se
connaissait trop… Ou qu’instinctivement on sentait qu’on aurait couru à la
catastrophe…
Est-ce qu’on se reverra ? Sans doute pas… Sûrement pas… Il va faire sa vie
là-bas… Moi ici… La probabilité, pour qu’on se retrouve, est quasiment nulle…
Et alors à moi il va me rester quoi de lui ? De tous ces moments qu’on a
passés ensemble ? Rien ! Enfin, si ! Nos ébats filmés sur le
canapé du séjour… Le comble du comble, c’est que le seul souvenir de Kevin qui
me reste, c’est à Bertrand que je le dois… À Bertrand et à ses petites manies
tortueuses…
16 heures
Je suis allée dans son bureau… À son ordi… Pour la dupliquer cette video… Pour
me le réapproprier Kevin… Kevin avec moi… Kevin et moi… Pour garder quelque
chose de nous… Ce qui m’a permis de découvrir que maintenant – c’est tout
récent… ça doit remonter à deux ou trois jours… pas plus – il y a aussi une
camera dans ma chambre… Eh oui ! De toute façon au point où on en
est ! Un peu plus un peu moins… Et du coup… ben du coup – c’était
inespéré – nos adieux de ce matin je les ai… Deux fois même je les ai copiés…
Au cas où…
21 heures
– J’ai bien fait ? De le laisser entrer dans ta chambre ce garçon ce
matin ? J’ai bien fait ?
– Oui…
– Je savais pas trop si je devais, mais il paraissait tellement
désemparé…
– T’as bien fait, oui… T’as bien fait…
– Et donc s’il revient…
– Il reviendra pas…
Et les larmes me sont brusquement montées aux yeux…
– Ah…
Il s’est approché, m’a prise doucement contre lui… Je me suis abandonnée contre
son épaule et j’ai éclaté en sanglots…