21 Mars

Quelqu’un dans l’obscurité… Penché sur moi… Sur mon lit… Qui m’effleure les lèvres…
– Hein ? Mais qu’est-ce que ?
– C’est moi… Kevin…
– Kevin ? Mais comment t’es rentré ?
– C’est ton beau-père qui m’a ouvert… Je voulais pas partir sans te dire au revoir…
– Partir ? Mais partir où ?
– Au Brésil… Pour du boulot… Une occasion en or… Je t’en ai pas parlé avant… Parce que c’était pas sûr… Mais ça y est… Je décolle tout à l’heure…

On s’est rassasiés de plaisir… Et on est restés longtemps dans les bras l’un de l’autre…
– Faut que j’y aille, Manon ! Maintenant faut vraiment que j’y aille…
Il s’est penché une dernière fois sur moi… À la porte il ne s’est pas retourné… Pour que je ne le voie pas pleurer…

Il va me manquer, c’est sûr… Parce qu’il était là, Kevin, tissé à ma vie… Et pas seulement pour le cul… Pour plein de trucs… Quand j’avais besoin, pour quoi que ce soit, il suffisait que je lui fasse signe et aussitôt… Pareil dans l’autre sens… Ce qu’est bizarre quand même, si on y réfléchit bien, c’est qu’on n’ait pas fini par tomber vraiment amoureux l’un de l’autre… Peut-être qu’on se connaissait trop… Ou qu’instinctivement on sentait qu’on aurait couru à la catastrophe…

Est-ce qu’on se reverra ? Sans doute pas… Sûrement pas… Il va faire sa vie là-bas… Moi ici… La probabilité, pour qu’on se retrouve, est quasiment nulle… Et alors à moi il va me rester quoi de lui ? De tous ces moments qu’on a passés ensemble ? Rien ! Enfin, si ! Nos ébats filmés sur le canapé du séjour… Le comble du comble, c’est que le seul souvenir de Kevin qui me reste, c’est à Bertrand que je le dois… À Bertrand et à ses petites manies tortueuses…



16 heures

Je suis allée dans son bureau… À son ordi… Pour la dupliquer cette video… Pour me le réapproprier Kevin… Kevin avec moi… Kevin et moi… Pour garder quelque chose de nous… Ce qui m’a permis de découvrir que maintenant – c’est tout récent… ça doit remonter à deux ou trois jours… pas plus – il y a aussi une camera dans ma chambre… Eh oui ! De toute façon au point où on en est ! Un peu plus un peu moins…  Et du coup… ben du coup – c’était inespéré – nos adieux de ce matin je les ai… Deux fois même je les ai copiés… Au cas où…



21 heures

– J’ai bien fait ? De le laisser entrer dans ta chambre ce garçon ce matin ? J’ai bien fait ?
– Oui…
– Je savais pas trop si je devais, mais il paraissait tellement désemparé…
– T’as bien fait, oui… T’as bien fait…
– Et donc s’il revient…
– Il reviendra pas…
Et les larmes me sont brusquement montées aux yeux…
– Ah…
Il s’est approché, m’a prise doucement contre lui… Je me suis abandonnée contre son épaule et j’ai éclaté en sanglots…