Mardi 17 juillet 2012

« Qu’est-ce vous regardez ? Qu’est-ce vous cherchez ? Rémi ? Il est pas là… Je l’ai envoyé faire un tour… Il m’agaçait trop… Depuis cinq heures du matin qu’il me tarabuste pour que je le laisse coucher avec vous… “Juste une fois ! Mais pourquoi tu veux pas ? Qu’est-ce ça peut faire ? Tu seras là n’importe comment… Tu superviseras… Mais pourquoi ? Tu m’as laissé faire plein de trucs avec elle… Alors pourquoi ? Qu’est-ce ça changerait ?” Tout, ça changerait… Tout… Seulement ça il veut pas comprendre… Qu’il s’excite avec une autre… Tant qu’il veut… Au contraire… J’applaudis des deux mains… Je pousse même à la roue… À condition qu’à l’arrivée ce soit moi qu’en profite… Sinon… J’ai pourtant toujours été très claire… Dès le début… Pas question qu’il couche avec une autre… Ça, c’est non, non, et non… Et je reviendrai pas là-dessus… » « Et si vous lui mouliez la queue ? » « Lui mouler la queue ? Mais pour quoi faire ? » « Ben, comme ça il coucherait et il coucherait pas… En même temps… La fille… » « Toi en l’occurrence… » « Il la regarderait coucher avec lui… On peut dire ça comme ça… Mais il serait hors jeu… » « Tu es machiavélique… » « Si ça l’excite pas à fond, ça ! Et si vous y trouvez pas votre compte… Et plus que votre compte… » « Techniquement… » « Je m’en occupe techniquement… Je m’occupe de tout… »

« Tiens, vous vous êtes rapatrié, vous ! » « Oui… J’ai prétendu que j’arrivais pas à dormir… Qu’elle bougeait trop… » « Et c’est pas vrai… » « C’est qu’elle parle trop surtout… » « Eh, ben dis donc ! Ça dure pas longtemps les lunes de miel avec vous… » « Non, mais attendez ! V’là une nana, manifestement elle est demandeuse… Vous couchez avec… Comme vous coucheriez avec n’importe qui… Et aussi sec, le lendemain, la v’là qu’attaque à faire des projets d’avenir dont vous êtes le pivot central… La maison… Les enfants… Et tout ce qui va bien… » « Ben, faut lui dire… Que vous êtes pas partie prenante… Faut lui dire… » « Mais c’est ce que je me tue à faire… Elle entend pas… Elle veut pas entendre… Elle suit son idée… Dans sa tête on est faits de toute éternité l’un pour l’autre… Il y a pas à sortir de là… » « Qu’est-ce vous allez faire ? » « Me sauver… En courant… Il y a pas d’autre solution… Je vais faire mes bagages discret… Et la route… Sans un au revoir… Et sans laisser d’adresse… Non… La seule chose avant… Vous deviez me montrer… Vous m’avez promis… » « Oui, mais petit à petit ça devait se faire… Progressivement… C’est pas drôle sinon… Et comme vous partez… » « J’y aurai pas droit, quoi ! » « Pas cette fois-ci en tout cas… Revenez l’année prochaine… Il y a toutes les chances que je sois là… »

« Mission accomplie ! On va l’avoir la queue de Rémi… » « Génial ! Quand ? » « Demain… Après-demain au plus tard… » « Je pourrais pas assister à la fabrication des fois ? » « Ben… » « Non… C’est idiot… Ça compliquerait tout… Je les connais pas, moi, ces gens… Et puis ce sera mille fois mieux de l’avoir sans qu’il le sache… Sans qu’il se doute que la petite étudiante qui mange bien sagement avec ses parents, là, à la table juste en face de la sienne, elle sait très exactement comment il est fait… Elle peut profiter de lui quand elle veut… Comme elle veut… En attendant, faut que je me remette à rêver sérieusement à son sujet, moi… À imaginer plein de trucs… Ce qu’il faudrait… Tu m’as bien dit qu’il allait à la piscine le matin ? » « Pas systématiquement, mais souvent, oui… » « Pour penser dessus, c’est quand même mieux quand tu l’as sous la main le type… Que tu peux le regarder tant que tu veux… Pendant des heures s’il faut… Il est pas pareil le résultat… Seulement le problème, c’est que les deux autres, à côté, c’est surtout le matin qu’ils en sont… » « Ah, ben ça, les mecs, en général, au réveil… » « Et que si je vais à la piscine… » « Tu peux pas tout avoir en même temps, c’est pas possible… » « Je sais bien, oui… Mais j’aime trop ça quand ils se sucent tous les deux… C’est d’un sensuel ! Et puis rien que de se dire que c’est deux mecs ensemble… T’as réfléchi à comment tu pourrais arriver à les mouler ? » « Ça se fera… Le moment venu… » « Faudrait pas qu’ils soient partis avant… » « Oh, non ! Il y a pas de risque… Pour un bon moment ils l’ont retenue la chambre… J’ai vérifié… »

Alexandra dormait… Entre les deux randonneurs… Qui dormaient, eux aussi… J’ai déposé mon plateau sans bruit… Et je me suis éclipsée…

À la 401, elle était toute seule la fille… Hilare… « Il s’est enfui comme un voleur mon Étienne… Soi-disant pour aller chercher un journal… Et il est pas près de remonter… Parce qu’il a qu’une trouille, c’est que je lui refasse le coup d’hier… Il est trop, lui, dans son genre… Pudique comme pas deux… Une vraie petite pucelle… Ça craint pour un mec… Franchement ! C’en est même carrément ridicule, oui… Et j’ai beau m’y prendre comme je veux… Faire tout ce que je peux pour le sortir de là… Ça sert strictement à rien… Vous avez vu ça hier… S’il avait pu rentrer dans un trou de souris… Surtout que vous, vous avez joué le jeu… Vous vous êtes pas défilée… Dans ce genre de situation, les filles, en général, elles posent leur plateau et elles se sauvent à toutes jambes… Il y en a même qui l’abandonnent sur le pas de la porte… Pas vous… » « C’est que… ça surprend… Ça scotche… Quand on s’y attend pas… » « Oui… Et puis faut dire ce qui y est… Un couple qui baise, c’est pas si souvent qu’on a l’occasion… Autant en profiter… À votre place j’aurais fait exactement la même chose… Alors je me vois mal vous jeter la pierre… Ah, non… Non… De ce côté-là vous n’avez rien à craindre… »

« J’abuse, non ? Comme ça… Tous les jours… T’as peut-être quelque chose de mieux à faire… » « De mieux ? Je vois vraiment pas ce qu’il pourrait y avoir de mieux que de se faire du bien… » « Surtout en l’ayant en double comme ça ton copain… » Et on est montées… On s’est installées… Face à face… Mises en train… En caresses douces avec… Sur le pourtour… Sur les lèvres… Sur le clito… Une brève incursion… Elle… Moi… Une autre… Plus approfondie… Plus soutenue… Encore une autre… Elle a renversé la tête en arrière… Doucement gémi… J’ai pris mon téléphone… « Qu’est-ce tu fais ? » Je l’appelle… J’appelle Barnabé… » « Oh, non ! Je vais mourir… » J’ai mis le haut-parleur… « Allo… Barna ? C’est moi, Manon… Je suis avec ma copine Christa, là… Et tu devineras jamais ce qu’on est en train de faire toutes les deux… » « Oh, que si ! Vous vous amusez… À mes dépens… » « On peut dire ça comme ça, oui… Et tu t’occupes très bien de nous… C’est très très agréable… » « J’en suis ravi… Bonjour, Christa… Enchanté de faire votre connaissance… Qui plus est dans des circonstances comme celles-là… » « Excuse-la, Barna… Elle me fait signe qu’elle est complètement hors d’état de te répondre… Elle est au bord de l’implosion, là… » Et elle a déferlé, les yeux clos, la bouche entrouverte, la tête renversée en arrière… « T’entends ? T’as entendu ? » « Oui… Elle a une très belle voix… Et elle la pousse très bien la petite mélodie du plaisir… » « Barna… Moi aussi… Ça vient… Ça va venir… Je jouis, Barna… Je jouis… Que c’est bon ! Non, mais que c’est bon… » « Moi aussi, les filles, ça y est… Depuis un petit moment déjà… » « Et t’as rien dit… Tu nous en as pas fait profiter… Mais t’es un vrai salaud… »

Armand tenait absolument à m’emmener au restaurant… « Qu’on soit un peu ensemble… Tous les deux… » « Mais on l’est tous les soirs ensemble… » « C’est pas pareil… » Ah, bon… Si c’était pas pareil alors… Et on est allés au restaurant… Un grand restaurant… Le chic du chic… « Vous êtes fou… » « Si vous saviez quel bonheur c’est, pour moi, d’être avec vous… » « Vous êtes quelqu’un de très attachant, Armand, et, en même temps, de très déconcertant… » « C’est-à-dire ? » « Vous êtes aux petits soins pour moi… Vous êtes attentif au moindre de mes désirs… Vous me donnez du plaisir… De toutes sortes de façons… Mais vous n’avez pas envie de moi… Pas vraiment… Pas complètement… Et c’est très perturbant, pour une femme, un homme qui ne la désire pas… Dans un sens, c’est gratifiant… On compte vraiment… On n’est pas qu’un objet de convoitise… Mais dans un autre, c’est terriblement frustrant… » « Je ne vous désire pas, moi ? Si vous saviez… » « Vous ne le dites pas… Vous ne le montrez pas… » « Vous êtes jeune et belle… Je suis un vieux bonhomme… Je ne vais pas aller vous encombrer d’un désir dont vous n’avez que faire… » « Qu’en savez-vous ?