Mercredi 25 juillet 2012

Christa m’a regardée me préparer, assise sur le rebord de la baignoire… « Tu sais quoi ? Eh ben je crois que je suis en train de tomber amoureuse dingue de Valentin… Enfin, non… C’est pas que je suis en train, c’est que c’est fait… Et lui aussi, je crois… Non ? T’as pas cette impression, toi ? » « Comment veux-tu que je sache ? Il s’est bien éclaté avec toi hier soir, oui, ça, ça crevait les yeux… Est-ce que ça signifie pour autant qu’il est amoureux ? Là, par contre… » « Oh, si, il l’est ! Si ! Parce qu’il y a pas que ça… Il y a tout ce qu’il m’a dit après… » « Et c’est quoi ? On peut savoir ? » « Qu’il voulait qu’on se revoie… Qu’il me montrerait plein de trucs là-haut… Des trucs que j’avais même pas idée que ça existait… Qu’il m’emmènerait regarder… Des hommes… Autant que je voudrais… Que ça le rendait fou la façon dont je les contemplais… Et puis qu’il avait beaucoup de chance de m’avoir rencontrée… Que c’était fou l’imagination que j’avais… Qu’il pouvait parler de tout avec moi… Mais alors là vraiment de tout… » « T’emballe pas quand même ! » « Mais je m’emballe pas ! » « Non, parce que jusqu’à maintenant presque tout  ce que tu as vécu ça a été dans ta tête… Et puis là d’un seul coup… Barnabé d’abord… Et puis, aussitôt derrière, Valentin… Alors forcément t’es sur un petit nuage… » « Oui… Non… Mais il y a tout ce qu’il m’a dit… Que j’ai quand même pas inventé… La seule chose… Il est vraiment marié ? » « Ah, pour ça, oui… » « Et il est amoureux d’elle ? » « D’elle… je sais pas… Peut-être… Mais de Barnabé, oui… Alors là il y a aucun doute… »

Elle était dans la salle de bains Solange… « C’est vous, Manon ? Déjà ? Attendez-moi ! J’arrive… J’en ai pour deux minutes… Vous m’attendez, hein ? » Je n’ai pas répondu… Je me suis déshabillée… Complètement… Installée dans le fauteuil… « Là… Voilà… Vous voyez que ça a pas été bien long… » Elle a levé les yeux… S’est figée… « Tu l’as fait… Tu… Oh, merci… Merci… » Et elle est venue se jeter à mes pieds… « Tu m’as ensorcelée… Tout le temps je pense à toi… Tout le temps j’ai envie de toi… J’en peux plus… Tu me rends folle… » Elle a posé ses mains sur mes genoux… Glissé sa tête entre mes cuisses… « Je voudrais… Tellement… Je peux ? » Je n’ai pas répondu… Elle s’en est approchée… Plus près… Tout près… Je l’ai doucement repoussée… « Tu veux pas ? » « Plus tard… » « Quand ? » « Quand j’aurai eu la queue de ton mari… En moulage…Et en vrai… Les deux… » « Tu les auras… Oh, oui que tu les auras… »

Alors ? Elle avait avancé Alexandra ? « Un peu que j’ai avancé… Parce que ni patron ni patronne  il y avait hier… Il était tout seul pour tenir le magasin Eymeric… Ce qui n’était guère propice aux galipettes… Des clients pouvaient surgir à tout moment… Qu’il ne pouvait quand même pas aller accueillir en se reculottant précipitamment… On a discuté du coup… Et j’en ai profité pour lui tirer les vers du nez… Il la voyait où la patronne ? Quand ? Et ça se passait comment tous les deux ? Il ne s’est pas fait prier pour raconter… Et pour entrer dans les détails… Je n’ignore plus rien de la façon dont ils s’envoient en l’air et des chapelets de mots cochons qu’elle débite quand elle jouit… Je sais aussi qu’elle prend mille précautions pour que leur liaison ne soit pas découverte… Et pour cause : c’est à lui que le magasin appartient… En propre… Alors en cas de divorce… » « En v’là une qu’aime jouer avec le feu… » « Qu’a d’énormes besoins sexuels, moi, je crois plutôt… Et un mari pas très opérationnel de ce côté-là… » « Et vous comptez faire quoi de tous ces renseignements si c’est pas indiscret ? » « En tirer parti… À ma façon à moi… Je vais me faire plaisir… Très très plaisir… »

Christa avait pleuré… « Oui… Si… Un peu quand même… Parce que ça y est… Ils sont partis… Il a eu un appel Barnabé… Ça avait l’air urgent… Fallait qu’ils passent récupérer la voiture en plus avant… Ils ont pas voulu te déranger… Ils te feront signe n’importe comment… » « Et les moulages de tes charmants voisins ? » « Ça y est… Ils sont faits… Je les ai… Faut pas encore s’en servir par contre… Faut le temps qu’ils sèchent… » « Oui, ça, je suis au courant… J’ai un peu l’habitude, tu sais… » « C’est vrai… Je suis bête… N’empêche dommage que t’aies pas été là à midi… » « Oui, mais alors ça, pour moi, le midi, c’est complètement exclu… » « Quand je dis que c’était dommage… Dans un sens, oui… Mais pas dans l’autre… J’ai pu les avoir tous les deux pour moi toute seule comme ça… Et tu sais quoi ? Ben, ça y est… Pour de vrai… Il me l’a fait Valentin… Il m’a coulé dedans derrière… Ça a été lui… Le premier… Le tout premier… Tu peux pas savoir comme je suis contente… »

« Anne ! Mais qu’est-ce tu fais là ? » « Je viens voir comment ça se passe… Comment tu  te débrouilles… Bien, on dirait… » « Oh, ça va, oui… Bien… Plus que bien même… Mais comment c’est con ! Parce qu’ils viennent de partir Barnabé et Valentin… Il y a à peine deux heures… » « Je sais, oui… C’est moi qui leur ai dit de filer… » « Hein ! Mais pourquoi ? » « Parce qu’il y a Laëtitia avec moi… Qu’est là-haut, dans la chambre, en train de s’installer… Et que je ne suis pas certaine qu’elle aurait vraiment apprécié de trouver son mari ici avec un amant en titre… Qui est, de surcroît, le tatoueur dont elle s’est entichée… » « Hola, oui ! Belle embrouille en perspective… » « Valait effectivement mieux éviter de tenter le diable… Même si les tendances de son mari – on en a beaucoup parlé toutes les deux ces derniers jours – ne me semblent plus lui poser vraiment problème… Admettre – intellectuellement – qu’il est attiré par les hommes, c’est une chose, mais avoir carrément le nez dessus, c’en est une autre… Et c’est, je crois, prématuré… Surtout s’agissant de Barnabé… » « Oui… Alors si je comprends bien elle fait toujours une fixation sur lui, quoi ! » « Elle parle très souvent de lui en tout cas… Et dans des termes très louangeurs… »

Elle avait pas envie de faire sa connaissance Christa à Laëtitia… « Mais alors là vraiment pas… Je veux pas lui parler ni rien… Je la déteste trop… »