Ça a très mal démarré. Sur le coup d’envoi, Tom, fébrile, a cafouillé le ballon, qui est allé rouler dans l’en-but. Un joueur rouge s’est précipité, a pris tout le monde de vitesse, aplati.
– On reste concentrés. On fait bloc. On serre les dents ;
Et on est repartis à l’assaut. Sérieux. Appliqués. Deux fois. Trois fois. Dix fois. Une interception malencontreuse. L’ailier adverse qui file à l’essai. Quatorze points de retard à la mi-temps. Ça commençait à faire beaucoup.
– Amandine est là, les gars. Elle vous regarde. Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire.
On s’est arc-boutés. On a donné tout ce qu’on avait. On a marqué. Et pris le dessus. En mêlée. À la touche. Encore marqué. Plus que deux points, deux petits points à rattraper. Après lesquels on a désespérément couru. Jusqu’à la toute dernière minute. Une pénalité. Facile. En notre faveur. S’il la passait Martial, c’était gagné. Il a posé le ballon, levé la tête vers Amandine dans les tribunes, puis vers les perches. Il s’est élancé. Le ballon est passé à côté…

On est longuement restés prostrés sur les bancs du vestiaire. Effondrés. Sans rien dire. Jusqu’à ce que Martial explose.
– Dites-le, les mecs ! Dites-le que je suis nul. Ça me fera du bien. Non, mais comment j’ai pu rater ça ? Comment ?
– Ça peut arriver à tout le monde.
– Mais pas un jour comme ça ! Pas une finale ! Pas quand Amandine…
– Surtout que si tu l’avais passé ce coup de pied, c’est sûrement toi qu’elle aurait…
– Ferme-la ! Je t’en supplie, ferme-la !
Il s’est levé comme un furieux, a claqué la porte derrière lui…

Il a fait sa réapparition, une dizaine de minutes plus tard, en compagnie d’Amandine.
– Ben alors ! C’est quoi ces têtes d’enterrement ? Vous avez perdu. Bon, ben voilà. Et après ? Il y en aura d’autres des matchs. Il y en aura d’autres des victoires. Il y en aura d’autres des finales. Allez, on se secoue ! À la douche ! Ça vous fera le plus grand bien. Ça vous détendra, tiens ! Et puis, il y aura peut-être un petit lot de consolation, qui sait ?

Un lot de consolation ? Ah, comment ils ont volé nos shorts et nos maillots maculés de boue ! Comment on s’y est précipités sous la douche ! Tous. Comme un seul homme. Ça l’a fait rire Amandine. De bon cœur.
– Ah, dès qu’il y a quelque chose à gagner, hein !
Oh, ben oui. Oui. Mais c’était quoi ?
– Vous verrez bien. Tout à l’heure je vous dirai. Le moment venu. Mais d’abord, ce qui serait bien, moi, je trouve, c’est qu’on fasse un peu connaissance. Au moins un minimum. Non, parce que ça va faire quasiment un an que je vous suis partout, là, toute l’équipe, mais de vous, de chacun individuellement, je ne sais pas grand-chose. Pour ne pas dire rien du tout. C’est l’occasion ou jamais.
Et elle a commencé par la douche du bout. Tout au bout. Par Victor. Avec qui elle a échangé quelques mots en souriant. Et en l’examinant tranquillement sous toutes les coutures. Au tour de Tom après. Qu’elle a délibérément fixé en bas. À qui elle a dit, en même temps, quelque chose qui a semblé beaucoup les amuser tous les deux. Et puis les autres. Dans l’ordre. Fred. Martial. Domi. Elle s’approchait. Elle s’approchait de plus en plus. Rémi, juste à côté de moi, elle a voulu qu’il se retourne…
– Que je te voie les fesses ! Parce que pour se rendre vraiment compte sous le short…
Elle les a longuement contemplées.
– C’est bien ce que je pensais : elles sont à croquer.
Elle les a abandonnées à regret. S’est tournée vers moi. M’a détaillé. De la tête au pied. Des pieds à la tête. A recommencé.
– Je ne te le pensais pas comme ça le morceau… Pas du tout… Comment on peut se faire des idées des fois ;
Elle a approché la main. Comme si elle allait me la toucher la queue. Tout près. S’est ravisée.
– Non. Ce serait de la triche. N’empêche que rien que ça tu commences à bander. Qu’est-ce que ce serait si je te le faisais vraiment !
Elle est passée à Theo, mon voisin de droite, à qui elle a demandé tout à trac s’il avait une copine.
– Oui ? Et tu t’amuses quand même tout seul des fois, je parie ! Ah, tu vois ! En pensant à moi ?
Il a bredouillé quelque chose.
– Hein ? Quoi ?
Elle a tendu la tête dans sa direction, sous la douche, pour entendre la réponse. Ce qui lui a mouillé la nuque et le haut des épaules.
Baptiste a suggéré…
– Tu devrais la quitter ta robe. Sinon, quand tu vas arriver au bout de la rangée, t’auras plus un poil de sec.
– T’as de bonnes idées, toi, quand tu veux.
Elle nous a tourné le dos, s’est dirigée vers les bancs. Elle l’a déboutonnée sa robe, retirée, soigneusement étalée. Et puis elle est tranquillement revenue vers nous, en petite culotte et soutien-gorge blancs ajourés, brodés en relief. Elle a relevé la tête, s’est brusquement immobilisée.
– Mais c’est qu’ils bandent ! Mais c’est que vous bandez, les garçons ! Tous. Et pas qu’un peu certains…
– Le moyen de faire autrement avec une fille comme toi !
– Oh, mais ce n’est pas un reproche, hein ! Au contraire…